Chapitre 158
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Traducteur : Coughing Baby
Éditeur : Coughing Baby
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◈ L’Impérialiste réticent
Chapitre 158
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Un cadeau (4)
Salle des visites. Dans cette pièce enclose de murs de béton gris, je regardai l’homme assis en face de moi.
Oliver Muller. À côté de sa silhouette misérable, ravagée par toutes sortes de souffrances, se tenait le capitaine Hans, de la Garde impériale.
« Oliver Muller. »
Je murmurai son nom.
« C’est bien cela ? »
« O-oui. Oui, c’est bien cela. »
Hans, de la Garde impériale, répondit. Je fronçai les sourcils et lui demandai :
« Êtes-vous Oliver ? »
« … Je vous prie de m’excuser. »
Hans baissa la tête. Je reportai mon regard sur Oliver et pensai à sa mère. Je me rappelai les larmes de joie qu’elle avait versées après mon témoignage.
« Oliver Muller, fils de Sarah Muller. »
Fallait-il vraiment une grande raison pour élever quelqu’un ?
Peut-être que, parfois, il n’y en avait aucune.
De même qu’un enfant a besoin d’une mère, il arrive sûrement qu’une mère ait besoin d’un enfant.
« … Oui. »
La voix d’Oliver traversa ses dents serrées, rauque, comme si ses cordes vocales avaient été déchirées.
« Je suis Oliver Muller. »
En le regardant, je me surpris à sourire.
…
« Nous avons retrouvé les dossiers d’un hôpital situé dans la ville natale de Sarah Muller. L’établissement a fermé, mais les dossiers médicaux originaux ont été conservés aux archives de l’administration locale. »
Au bureau de l’Ordre des Sentinelles, j’acceptai les documents auxquels je m’attendais.
Cette fois, il s’agissait d’anciens dossiers médicaux de Sarah Muller.
« … Fausse couche. »
Les Izenheim s’attaquaient aux points les plus vulnérables des gens.
Ils avaient donc approché une femme accablée par la perte de l’être qui lui était le plus cher. Une femme qui priait désespérément pour remplir un jour ce berceau vide, d’une manière ou d’une autre.
Peut-être par une journée d’automne battue par la pluie, ou un jour d’hiver balayé par les blizzards mordants.
Sous un pont sombre, ou sur le sol glacé.
Ils l’avaient attendue là, sous l’apparence d’un nouveau-né, cette femme au cœur brisé.
Si Sarah Muller avait commis un péché, c’était seulement celui-ci : avoir eu un cœur fragile, mais fort, qui l’empêchait de passer son chemin devant un bébé abandonné et la poussait à l’accueillir puis à l’élever avec amour.
« Je vois. »
Je rangeai les papiers. L’arbre généalogique était authentique, mais un fait comptait davantage. J’avais découvert la ruse des Izenheim.
Désormais, Oliver Muller ne pouvait plus être laissé en vie. À tout le moins, il ne fallait pas le laisser devenir le point de convergence de cette crise.
* * *
Pendant ce temps, un ancien passage magique se trouvait là.
À l’endroit où l’Arcane avait été découvert, des analystes et des chercheurs de la maison Ebenholtz traversèrent le passage et arrivèrent sur place.
« Nous percevons des résidus de mana. Il faudra étudier tout cela. »
Une vaste caverne. Aucune trace de quoi que ce soit, pas même d’une présence humaine.
Ils installèrent du matériel de détection du mana ultramoderne et aménagèrent un camp de base. Sebestian Ebenholtz, commandant suprême de l’armée impériale, était assis dans la caserne, occupé à régler les affaires de l’Empire.
« Une lettre de Sa Majesté. »
Des messagers traversèrent le passage pour remettre des lettres à Sebestian.
L’Empereur ayant déclaré qu’il attendait cela avec impatience, Sebestian était fort satisfait de ce cadeau de son fils.
« Commandant ! »
Le chef des chercheurs cria alors :
« Nous avons trouvé un passage. »
Sebestian sortit. Le détecteur du chercheur clignotait en bleu à un endroit de la paroi rocheuse. Le mana y tourbillonnait de manière irrégulière.
Les mages calculèrent rapidement à rebours le schéma de condensation et injectèrent de la magie dans le tourbillon.
Srrrk.
La paroi de pierre fondit, révélant un escalier en colimaçon.
« On dirait que c’est là. »
En temps normal, ils auraient d’abord inspecté les lieux. Sebestian n’hésita pas.
Un pas. Puis un autre.
Il descendit, tout simplement.
Les chercheurs et les adjudants voulurent le suivre, mais Sebestian leva la main pour les arrêter.
« Gardez le haut. »
Il se suffisait à lui-même en bas. À eux de prévenir toute intrusion depuis le dessus.
Ses adjudants comprirent sa consigne comme par habitude. Après tout, aucun homme de l’Empire n’était plus fort que Sebestian.
Sebestian descendit seul.
Fssssss…
Il atteignit bientôt un sol plat où stagnait un air sec. L’intérieur était tout aussi vide, mais quelqu’un l’avait devancé. Cette personne ne semblait pas avoir remarqué sa présence.
Son mana, calme et pur comme une respiration, s’activait sans cesse pour effacer sa présence.
Sebestian dut donc se dévoiler volontairement. Une attaque surprise n’aurait pas été très noble.
« … Hein ? Qu’est-ce que c’est ? »
Dès que Sebestian abaissa son voile de mana, ils remarquèrent enfin sa présence.
« Quelqu’un d’autre est arrivé ? »
La voix était sèche, agacée.
Sebestian les observa de ses yeux dorés, impassible.
« … »
Quatre hommes vêtus de robes grises le fixaient en ricanant.
« Quelques mouches sont donc arrivées avant nous. »
Sebestian marmonna. L’un des hommes, outré par son arrogance, libéra le mana le premier. Une vague de mana rouge déferla sur Sebestian.
Sebestian n’esquiva pas. Comme s’il chassait un insecte, il tendit la main et attrapa les flammes qui fonçaient sur lui. Fssht. Il les écrasa en plein vol.
« … Quoi ? »
Il avait effacé du mana à haute densité à mains nues.
Était-ce seulement possible ?
Alors qu’ils restaient déconcertés par ce phénomène, qui défiait les frontières entre la physique et le mana, Sebestian tendit l’autre main, la referma légèrement, puis l’ouvrit.
Crac, vroum.
Un morceau de la paroi rocheuse, saisi par son mana, se détacha et forma un bloc gros comme un poing. Sebestian le lança comme un caillou.
KWAHHHHH !
Le son qui déchira l’air n’avait rien de celui d’un caillou. Sa vitesse dépassait elle aussi l’entendement. Il n’y avait pas le temps d’esquiver.
L’homme qui venait de libérer son mana reçut le fragment de roche en plein visage.
BOOOUM !
Son crâne éclata comme une pastèque, projetant du sang et de la matière cérébrale.
En moins d’une seconde, ils passèrent de quatre à trois. Sebestian fit un pas en avant et dévisagea les survivants.
« … Major. C’est bien sa tête. »
L’un des trois s’adressa à l’homme près de lui. Sous cette pression, il était loin d’être serein.
Le major prononça calmement son nom.
« Sebestian Ebenholtz. »
Les ténèbres les plus profondes de l’Empire actuel. Un monstre de la Maison impériale, salué comme l’un des plus grands hommes des mille ans d’histoire de l’Empire.
Il était arrivé.
« … »
Le visage des membres de Gentra se durcit. Une lueur argentée assombrit les yeux dorés de Sebestian.
S’ils attendaient, ils perdraient.
Le major prit les devants et projeta du mana sur Sebestian.
KWAGAGAGAK !
Une force écrasante balaya l’endroit où se trouvait Sebestian. Mais, quand la poussière retomba, il avait déjà disparu.
Au moment où le major pivota brusquement la tête,
Sebestian se tenait soudain juste devant lui, si près que leurs souffles se mêlaient.
« Séparation. »
Le major fit exploser son mana et força l’espace lui-même à s’élargir entre eux. Le corps de Sebestian fut projeté à plusieurs dizaines de mètres en un instant.
« Ainsi, vous possédez le talent de l’Esprit des mots. Vous maîtrisez le mana par la parole. »
Sebestian marmonna en dégainant la longue épée à sa ceinture. Son adversaire méritait qu’il tire son épée.
Tac.
Sebestian fit de nouveau un pas en avant. Son corps s’éleva sans un bruit. Il flotta comme une plume, puis disparut en un instant. On aurait dit que la gravité s’était évanouie.
« Déploiement. »
Le major lui lança des masses de mana tout en battant vivement en retraite. L’épée en trancha certaines, mais les autres s’accrochèrent aux vêtements de Sebestian.
« Explosion. »
Boum. Boum. KWA-KWA-KWANG !
Le mana accroché à Sebestian explosa en chaîne. Une fumée bleue et des ondes de choc enveloppèrent la caverne.
Le major croisa les mains et modela le mana. Il dressa une barrière en treillis.
« Formation protectrice. »
Les mots insufflaient l’intention. Ils annonçaient la manifestation de la magie.
SHWEEEAK !
Aussitôt, la longue épée de son adversaire jaillit de l’épaisse fumée âcre. La barrière de mana s’anima comme un être vivant et tenta de la bloquer, mais…
CHAAAAANG !
Au contact de la barrière, la longue épée se fendit en éclats argentés. Sa forme se désagrégea et jaillit en fragments acérés. Une seule lame se dispersa en centaines de morceaux, projetés dans toutes les directions.
Ting, ting, ting, CHAAAAANG !
La barrière qu’il avait érigée vola en éclats en un instant, comme une lumière de lune qui se brise.
Et, derrière elle, Sebestian chargea, l’épée à la main.
« … »
Devant ce spectacle d’une beauté éblouissante, le major sourit.
C’était de l’admiration pure, ou peut-être un rire proche de la résignation.
!
Sebestian abattit son épée.
La forme ultime des Ebenholtz : la Pleine Lune.
Le secret de famille, baigné par la lumière de la lune, trancha l’espace lui-même.
* * *
Salle des visites, quartier général de la Garde impériale spéciale.
Oswin Mason était assis sur une chaise en métal, aux côtés de Sarah Muller.
Cette fois, Sonnet Kandel, qui avait organisé la visite, était également présente.
« … Pourquoi avez-vous préparé autant de choses ? »
Oswin demanda cela en regardant les boîtes-repas que Sarah avait posées sur la table.
« Oliver a dû passer un très mauvais moment en prison. Il n’a sûrement pas pu manger correctement. J’en ai aussi apporté une pour vous, conseiller. Et une pour mademoiselle Sonnet… »
Sarah tapota le paquet qu’elle avait déballé. Elle adressa aussi à Sonnet un regard plein de reconnaissance.
« Hum. Eh bien… Nous mangerons quand il arrivera. »
Oswin s’éclaircit la gorge. Sonnet acquiesça en silence.
Ils attendirent en silence, mal à l’aise, que quelqu’un se présente.
Kriiiic.
À cet instant, la porte de fer s’ouvrit.
Oliver allait-il enfin sortir ? Oswin et Sarah se levèrent par réflexe, tandis que Sonnet resta assise et observa.
Un pas. Puis un autre.
Des bottes résonnèrent dans le couloir. Oswin tourna la tête.
Sarah Muller se retourna elle aussi, le visage plein d’espoir.
Un pas. Puis un autre.
Mais l’homme qui entra n’était pas Oliver Muller.
Il était bien plus froid, plus incisif, plus impeccable, vêtu d’un uniforme de chevalier immaculé.
Maximilian von Ebenholtz.
Un pas. Puis un autre.
Il s’avança d’un pas tranquille et s’assit naturellement sur la chaise vide qui leur faisait face.
« Ravi de vous voir. »
Avec un léger sourire, il sortit quelque chose de son manteau et le posa sur la table en deux claquements secs.
D’épaisses liasses de documents.
« … Messire Maximilian. Que faites-vous ici ? »
Oswin prit la parole le premier, sans parvenir à cacher son inquiétude.
L’uniforme de chevalier. Il était venu pour affaires officielles.
« Ah, inutile d’être si tendu. Rien de grave. »
Maximilian répondit doucement en mettant les papiers en ordre.
« Avant de commencer la visite officielle et l’entretien, j’aimerais éclaircir quelques petits détails. »
Oswin regarda Sonnet. Elle soutint son regard, le visage raide, puis se tourna vers Maximilian.
Oswin répondit :
« De quels détails parlez-vous ? »
Maximilian entrelaça les doigts et regarda Sarah Muller.
« … Messire, je suis l’avocat de madame Sarah Muller. »
Il acquiesça aux paroles d’Oswin, mais son regard resta fixé sur Sarah Muller.
Maximilian prit la parole.
« Pour commencer, permettez-moi de le préciser d’emblée. Comme je l’ai déclaré au tribunal il y a quelques jours, l’arbre généalogique des Muller est authentique et n’a pas été modifié. Vous pouvez être tranquille. »
L’arbre généalogique était authentique. Mais il était trop tôt pour se rassurer. Aux oreilles d’Oswin, les mots s’enchaînaient d’une manière subtilement inquiétante.
« Cependant, il y a un point que je dois personnellement vous demander et vérifier, madame Sarah Muller… »
Maximilian baissa alors les yeux vers les boîtes-repas soigneusement disposées sur la table, encore chaudes, et demanda :
« Cela vous dérangerait-il que j’y goûte ? »
Sarah Muller acquiesça avant même de s’en rendre compte.
« Merci. »
Maximilian se servit avec élégance, prit un morceau de viande et le goûta.
« Hum. Excellent. Vraiment très bon. »
À ce compliment bienveillant, Sarah esquissa un petit sourire soulagé. Il s’essuya la bouche avec une serviette et demanda soudain :
« D’après les dossiers que j’ai consultés, vous avez perdu votre mari il y a vingt-sept ans. Est-ce exact ? »
Cette question sur son passé la prit au dépourvu. Sarah tressaillit et répondit :
« Oui… Il y a eu un terrible accident à l’usine où il travaillait… »
« Moritz Muller. Vous avez perdu votre mari dans ce tragique accident. »
Maximilian poursuivit comme s’il évoquait des choses banales, mais
floc, floc,
le malaise ne cessait de monter, comme si l’eau s’élevait lentement sous leurs pieds.
« Vous étiez enceinte d’Oliver Muller à cette époque, je suppose. »
Les épaules de Sarah Muller tressaillirent. Oswin tendit la main pour l’arrêter. Il voulait lui dire de ne pas répondre.
« Messire, pourquoi revenir sur une affaire si ancienne… »
« Je ne fais que poser une question. »
Maximilian sourit de nouveau. Son visage s’éclaira d’un sourire radieux. Sonnet repoussa discrètement ses cheveux, et Oswin baissa le bras.
Sarah Muller déglutit et répondit :
« … Oui. C’est exact. À l’époque, je n’étais pas seule. »
À cet instant, toute expression disparut du visage de Maximilian.
Dans la salle des visites, l’eau qui leur léchait les chevilles leur montait déjà au-dessus des genoux.
« Madame Sarah Muller. »
Ses yeux dorés s’assombrirent comme de la pierre froide. Il poussa l’un des documents vers elle du bout du doigt.
« Dans un petit hôpital de votre village natal, nous avons trouvé un dossier médical très intéressant. »
C’était la copie d’un registre de patients, usé par le temps. En le lisant, Sarah Muller pâlit comme un linge. Oswin écarquilla les yeux.
Maximilian entrouvrit les lèvres et prononça un mot cruel.
« Fausse couche. »
Une vague soudaine la frappa en pleine poitrine. Ses yeux tremblèrent.
« Messire Maximilian, je… »
Oswin s’empressa de prendre la parole, mais Maximilian leva la main pour l’arrêter. Il ne regardait que les yeux tremblants de Sarah Muller.
« Comme vous pouvez le constater, d’après ce dossier hospitalier vieux de plusieurs décennies, un enfant qui a clairement fait une fausse couche et n’a jamais vu le jour est soudain apparu vivant, puis a grandi sous le nom d’Oliver Muller. »
Maximilian tapota le document et insista :
« À partir de maintenant, je compte retrouver toutes les personnes qui vivaient dans ce village à l’époque et mener une enquête approfondie. »
Ils devaient forcément savoir. Ils avaient vu cette femme perdre son mari, puis l’enfant qu’elle portait, avant de ramener soudain un nouveau-né chez elle, un jour.
« S’ils étaient au courant et ont choisi de fermer les yeux ou de cautionner les faits, tout le village sera puni. »
Il prenait tout un village en otage et pointait de nouveau sa lame vers une seule personne.
« Alors, je vous le demande à présent, madame Sarah Muller. »
Sa voix glaciale emplit la salle des visites d’un silence paralysant.
La respiration de Sarah Muller devint saccadée. Ses membres tremblaient, sa tête cognait. Un instant, sa vue se brouilla et son ouïe sembla s’éteindre.
« Oliver Muller, qui est actuellement détenu ici. »
Maximilian se pencha en avant.
« Est-ce l’enfant que vous avez mis au monde ? »
La gorge de Sarah se serra. Une douleur suffocante et une pression écrasante envahirent son corps.
De lourdes larmes tombèrent une à une de ses yeux écarquillés, mais elle ne parvint pas à prononcer un mot et ne fit que sangloter.
À elle, Maximilian lança un ultimatum.
« Souvenez-vous-en. Vous n’aurez pas de seconde chance. »
… Le silence s’éternisa.
Ni Oswin ni Sonnet ne pouvaient répondre à sa place. Seul demeurait un silence oppressant.
Enfin, la voix éraillée et brisée de Sarah Muller s’éleva.
« … Non. »
Sonnet baissa les yeux. Oswin se mordit la lèvre et ferma les paupières. Maximilian s’adossa à sa chaise.
« Merci pour votre honnêteté. »
Sur ces mots, il conclut.
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