Chapitre 156
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Traducteur : Coughing Baby
Éditeur : Coughing Baby
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◈ L’Impérialiste malgré lui
Chapitre 156
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Cadeau (2)
J’avais confiance en la force de Sebestian.
Non, n’importe qui, dans l’Empire, aurait fait confiance à Sebestian.
Il était à la tête de la maison Ebenholtz et, dans le même temps, le glaive de l’Empereur.
Si Dieter Schmidt avait, à lui seul, soutenu les finances chancelantes de l’Empire, Sebestian avait, à lui seul, empêché l’effondrement du front impérial.
Malgré tout, Sebestian avait des limites évidentes.
Comme il était lui-même le plus fort, il ne regardait pas autour de lui. Il sous-estimait les menaces extérieures à l’Empire et n’était le glaive que d’un seul homme.
Autrement dit, Sebestian avait fini par se détourner de la politique. Il avait fermé les yeux sur ce qui se passait dans l’Empire et cessé de tendre la main au-delà de ses frontières.
Il n’aurait jamais dû agir ainsi, mais peut-être qu’il en avait, comme moi, assez de la politique.
« Il est arrivé au passage des reliques, accompagné d’un adjudant de confiance. »
Schatz me l’annonça. Je souris légèrement et hochai la tête.
« J’espère que le cadeau lui plaira. »
Sebestian vaincrait sans peine le chef de Gentra, et briserait tout aussi aisément la nuque de ses subordonnés.
J’aurais aimé garder la trouvaille pour moi, mais l’Arcane qu’on y découvrirait plairait sûrement même à l’Empereur.
« Mais il se passe beaucoup de choses dans l’Empire, ces derniers temps. »
Je venais de recevoir une nouvelle plutôt intéressante.
[Audience relative à la requête d’habeas corpus]
Oswin Mason. Professeur à la Tour de magie Zestpol et noble d’une maison prestigieuse. Il avait officiellement déposé une requête d’habeas corpus auprès de la Cour impériale pour sauver un disciple injustement enlevé par la Garde impériale.
« … »
Avant ma régression, cet épisode avait été baptisé « l’affaire réactionnaire de Zestpol ». Des professeurs, des étudiants et des jeunes de Zestpol, innombrables, avaient enseigné le droit civil ou avaient simplement été arrêtés sans motif, puis torturés en masse, exécutés ou emprisonnés.
Les premiers événements se déroulaient de façon semblable, mais j’en ignorais les détails.
La censure des médias m’en avait laissé peu de souvenirs.
Pour être honnête, je ne m’y étais pas intéressé.
Quoi qu’il en soit.
Les salauds de la Garde impériale prendraient tout ce que faisait Oswin pour une attaque contre leur organisation.
Je ne saurais comment ils réagiraient ensuite qu’en observant les événements de mes propres yeux.
…
Cet après-midi-là, je me rendis à la Cour impériale centrale. Coiffé d’un chapeau et vêtu simplement, je m’assis tout au fond de la galerie.
« Nous ouvrons l’audience relative à la requête d’habeas corpus du détenu Oliver Muller. »
Le juge entra le premier, prit place, frappa de son marteau et déclara l’audience ouverte.
Il s’agissait d’une audience visant à obtenir la libération d’un détenu accusé d’un crime idéologique, mais Oliver lui-même ne se trouvait pas au tribunal.
La Garde impériale avait sans doute refusé de le présenter, invoquant des raisons de « sécurité ».
« Votre Honneur. »
Oswin se leva, contenant à grand-peine sa colère.
« Mon client a été soudainement accusé d’idéologie antipatriotique et emmené illégalement. Pourtant, ni sur les lieux de la perquisition menée par la Garde impériale ni au domicile de mon client, on n’a trouvé la moindre preuve matérielle de pensées subversives. »
Il tira ensuite un document officiel d’un épais dossier et le présenta comme preuve.
« Voici l’arbre généalogique certifié de mon client. Il prouve qu’il est un Impérial pur-sang, un Aran dont les racines en terre impériale remontent à ses grands-parents, sans la moindre goutte de sang étranger. »
Un arbre généalogique. À ce stade, après la proposition de la Loi civile impériale, c’était à la fois la preuve la plus solide et la plus dangereuse.
« Il s’agit donc clairement d’une application abusive de la loi et d’un abus de pouvoir de la Garde impériale, qui le savait et l’a tout de même laissé faire ! »
Des gardes impériaux étaient assis de l’autre côté. Même tandis qu’Oswin plaidait avec passion, ils se contentaient de ricaner, sûrs d’eux.
Le juge parcourut d’un air indifférent l’arbre généalogique présenté par Oswin, puis demanda à la partie adverse :
« Que répondez-vous aux arguments du requérant ? »
Un garde nommé Hans se leva lentement et renifla.
« J’ai beaucoup de mal à comprendre, Votre Honneur. Il est fort possible que cet arbre généalogique soit lui-même falsifié. Et même si son sang est pur, si son esprit corrompu est rempli d’idées subversives visant à renverser l’Empire, alors il est déjà un ennemi de l’Empire, plus dangereux que n’importe quelle lignée hétérogène. »
Oswin bondit sur ses pieds face à ce sophisme.
« C’est absurde ! Vous prétendez pouvoir prouver ce qu’une personne pense ?! »
Oswin Mason. Quoi qu’on puisse lui reprocher, c’était un homme de bien. Noble d’une maison prestigieuse, il s’attaquait à une affaire dont il aurait très bien pu se tenir à l’écart.
« L’Empire est la nation des Arans ! Comment une nation censée les protéger peut-elle piétiner un jeune Aran innocent et le faire saigner ?! »
Sa voix puissante résonna dans la salle d’audience. Mais elle ne parviendrait jamais jusqu’au juge.
« Et cette nuit-là, outre mon client, la Garde impériale a arrêté sans suivre la procédure des dizaines, des centaines de citoyens innocents ! »
« Des centaines ?! Vous ne savez même pas de quoi vous parlez ! »
L’un des gardes se leva d’un bond et le désigna du doigt.
« Alors, rendez publiques les informations ! »
Oswin le fixa sans reculer d’un pouce et répliqua :
« Qui vous avez arrêté, comment, où et sous quelles accusations ! Et quelles preuves objectives vous avez pour les étayer ! Révélez tout, sans rien dissimuler… ! »
* * *
La première audience du premier procès s’acheva sans résultat notable. Le juge ne rendit aucune décision claire et renvoya l’examen de l’affaire à une date ultérieure. Oswin retrouva alors d’autres avocats de Zestpol dans une salle de réunion.
« … À l’heure actuelle, nous avons identifié plus de quarante étudiants arrêtés à tort. »
Tout en parlant, Oswin tira brusquement sur sa cravate pour la desserrer.
« Au bout du compte, les arbres généalogiques seront déterminants. Et les certificats ? »
« Nous en avons obtenu trente en bonne et due forme. Pour les dix autres… est-ce qu’on devrait les faire passer pour authentiques ? »
« Surtout pas. »
Oswin secoua fermement la tête. En de telles circonstances, falsifier un arbre généalogique était un crime capital. Tous ceux qui avaient récemment été pris à en falsifier, même maladroitement, avaient été exécutés sans exception.
« … Tous les documents que nous présenterons doivent être authentiques. Pas presque authentiques. Ils doivent l’être. »
Le probable artisan de la « Loi civile impériale », la forme la plus pure du désastre.
Il suffisait que Maximilian tombe sur eux par hasard pour que tout soit détruit.
« Où en sont les médias ? »
« Au plus mal. »
Un avocat jeta les journaux du jour sur la table. Au lieu de révéler la brutalité de la Garde impériale, ils ne publiaient que des articles à sa solde, en gros titres à la une.
[Un groupe réactionnaire se cachait sous terre à Zestpol : une rafle générale !]
[Des élèves d’une école du soir arrêtés et interrogés pour avoir tenté d’ébranler les fondations de l’Empire par leurs idées subversives]
« … Putain de merde. »
Oswin se couvrit le visage des deux mains. La justice avait été achetée, les médias contrôlés et leur adversaire n’était autre que la Garde impériale du palais.
« Ils n’ont quand même aucune autre preuve. Si les arbres généalogiques sont solides, nos chances restent bonnes. »
Quoi qu’il arrive, il ne pouvait pas laisser ses disciples innocents dans une telle situation.
…
Bam !
Le lieutenant-colonel Lorenz abattit la main sur le bureau de la salle d’interrogatoire et se renfrogna. Un document réclamant des preuves matérielles supplémentaires reposait sur le bureau.
« Ces fils de pute osent semer un tel bordel à cause de l’application d’un ordre impérial… »
Son regard injecté de sang transperça ses adjudants.
« Alors, cet arbre généalogique que le vieux a présenté au tribunal ? »
« … Nous pensons qu’il est authentique. Nous l’avons vérifié avec soin, mais… »
« Et comment tu peux en être sûr, espèce d’abruti ?! »
Lorenz hurla et lança le dossier au visage de l’adjudant.
« Si on recule maintenant pour un bout de papier, qu’est-ce que tu crois qu’il va advenir de la dignité et du prestige de notre organisation ?! »
La Garde impériale spéciale. Créée pour faire appliquer cet ordre impérial, elle devait obtenir des résultats concrets.
« Soudoyez quelqu’un, quoi qu’il en coûte. Trouvez-moi un expert qui témoignera que cet arbre généalogique est un faux. »
Les lèvres de Lorenz tressaillirent.
« Un expert en authentification de documents. Dénichez-en un qui a déjà occupé une fonction publique et faites-le témoigner. »
« … Oui, compris. »
Ils ajouteraient une nouvelle accusation passible de la peine capitale — « falsification d’arbre généalogique » — aux intentions impures que nourrissaient ces vermines de Zestpol envers la Loi civile impériale.
« C’est l’occasion d’en faire un exemple. Souvenez-vous : “cette personne” nous soutient. »
Kents Bertem. Le second fils de la maison Bertem tirait les ficelles de cette affaire en coulisses.
Autrement dit, ils n’avaient rien à craindre.
…
Quelques jours plus tard, la deuxième audience s’ouvrit à la Cour impériale centrale.
Le premier témoin convoqué par la Garde impériale, un expert en falsification, se racla la gorge, le visage tendu.
« … Oui. D’après mon analyse… »
Désignant l’arbre généalogique présenté par Oswin, il déclara d’un ton ferme :
« J’estime qu’il s’agit d’un faux document, habilement manipulé. »
« Non, qu’est-ce que vous racontez ?! Quelle partie a été manipulée, exactement ?! »
Oswin se leva d’un bond et cria.
« Du calme ! Maintenez l’ordre dans cette salle d’audience ! Du calme ! »
Un garde, de l’autre côté, frappa le bureau et aboya.
Oswin se tourna précipitamment vers le juge.
« Votre Honneur, l’authentification est une discipline subjective où les experts peuvent avoir des avis divergents. Par conséquent… »
« Objection rejetée. Ce tribunal estime que l’expert possède l’autorité et les qualifications nécessaires. »
Le juge évita le regard d’Oswin en rejetant son objection. Mais celui-ci ne renonça pas.
« Dans ce cas, veuillez autoriser notre partie à faire appel à un autre témoin capable de déterminer l’authenticité de ce document ! »
À la demande d’Oswin, le juge jeta un coup d’œil du côté de la Garde impériale. Les gardes affichaient un air détendu.
Peu importait qui Oswin solliciterait : ils étaient persuadés de pouvoir l’acheter avec de l’argent et du pouvoir. Et si cela échouait, ils n’auraient qu’à invoquer l’autorité du palais pour rejeter directement la demande d’admission du témoin.
De toute façon, dans des circonstances pareilles, personne n’aurait risqué sa vie pour témoigner honnêtement.
« Quel drôle de vieux… »
Lorenz observait le procès en ricanant.
L’affaire était plus facile que prévu, ce qui la rendait amusante. Voir ce vieux noble paniquer était profondément satisfaisant.
« La demande du requérant est approuvée. Nous mettons fin à cet examen et suspendons l’audience. »
Bam. Bam.
Le juge frappa de son marteau.
Oswin et les avocats de Zestpol tentèrent de faire appel à de nombreux experts. La plupart les éconduisirent sans détour ; même ceux qui avaient d’abord accepté se rétractèrent par la suite, ou virent leur demande d’admission comme témoins rejetée d’emblée.
Le temps leur manquait, et leur demande de report du procès fut naturellement rejetée.
Au bout du compte, même le jour de la troisième audience, ils n’avaient toujours aucun témoin.
— Crac. Crac.
Des flocons aussi durs que des cailloux se posèrent sur la Cour impériale centrale.
« … »
Oswin arriva, accablé, et resta planté dans le parking, à contempler le gigantesque palais de justice.
À cet instant, une voiture de grand luxe s’approcha en glissant et s’arrêta à côté de lui.
Oswin se tourna vers elle.
Bzzzt—
La vitre arrière descendit sans bruit, dévoilant le visage impassible d’une femme.
« Vous avez l’air préoccupé. »
C’était Sonnet Kandel, son ancienne disciple.
« … Sonnet ? »
« Puis-je vous donner un conseil, professeur ? »
Oswin s’approcha et acquiesça.
En cet instant, il avait besoin de n’importe quelle parole, de la moindre aide.
« D’après ce que je vois, professeur Oswin, vous êtes prisonnier de vos préjugés. »
« Moi ? Prisonnier de mes préjugés ? »
« Oui. Vous qui m’avez plus que quiconque mise en garde contre les préjugés. »
Elle ajouta, en haussant un sourcil :
« Il y a une personne que vous ne parvenez pas à voir clairement. Au fond, n’est-ce pas une idéologie, elle aussi ? »
Oswin plongea son regard dans celui de Sonnet. Son expression trahissait une incompréhension totale.
Le coin des lèvres de la jeune femme se releva en une courbe étrange.
« Alors, professeur, si vous vous détachez de vos préjugés et réexaminez cette situation avec le plus de froideur et de lucidité possible… »
Elle indiqua soudain quelque chose du regard.
« Vous verrez qui est la personne la mieux placée pour cette situation. »
Après ces paroles énigmatiques, la voiture qui l’emportait disparut dans la neige.
Oswin demeura immobile. Lorsqu’il regarda dans la direction que Sonnet lui avait indiquée, il aperçut…
« … ? »
un homme qui entrait dans le palais de justice central.
Il portait un manteau et un chapeau, tandis que son aide tenait soigneusement un parapluie au-dessus de sa tête. Il semblait vouloir se dissimuler, mais son allure et son autorité se dégageaient de lui comme la neige : il avait tout d’un noble.
Celui que Sonnet avait qualifié de « personne la mieux placée ».
Oswin murmura à voix basse :
« … Un expert en authentification de documents. »
L’homme qui avait repéré avec précision jusqu’aux plus infimes falsifications dans les arbres généalogiques et envoyé des dizaines de personnes à la potence.
« Si vous vous détachez de vos préjugés et réexaminez cette situation avec le plus de froideur et de lucidité possible, vous verrez qui est la personne la mieux placée pour cette situation. »
L’homme vers qui les conseils de Sonnet l’avaient orienté
était venu.
…
Troisième audience. La question centrale de cet examen était de savoir si l’arbre généalogique avait été falsifié.
Comme pour asseoir leur avantage, les gardes impériaux amenèrent trois autres experts. Tous relevèrent des anomalies dans l’arbre généalogique et répétèrent un seul mot, tels des perroquets : « falsifié ».
« … Maître de la défense ? »
Après avoir entendu tous les témoins de la Garde impériale, le juge se racla la gorge et baissa les yeux vers Oswin.
« Vous n’avez déposé aucune demande de témoignage avant la date du procès. »
Oswin garda le silence et fixa le vide. En face de lui, les gardes ricanèrent, certains que la victoire leur était déjà acquise.
« Maître, renoncez-vous à votre argumentation ? »
Le juge renouvela sa question.
Gloups. Il déglutit. Même dans un corps aussi âgé, la tension le gagnait.
C’était dire à quel point cette démarche… relevait du pari suicidaire.
Oswin secoua la tête.
« … Non. Je n’ai pas déposé de demande particulière pour faire entendre un témoin. »
Il prit une grande inspiration et se leva lentement.
« En vertu de la règle sur les témoins présents dans la salle, je souhaite demander qu’une nouvelle personne présente dans cette salle témoigne en qualité d’expert. »
« … Ici ? »
Le juge fronça légèrement les sourcils.
« Oui. »
Oswin acquiesça d’un air résolu.
« Le témoin que je souhaite faire entendre se trouve dans cette galerie. »
Oswin inscrivit un nom à la plume sur un formulaire vierge de demande de témoignage, puis le remit au greffier. À la lecture du document, le visage du juge vacilla un instant.
Tel était le poids de ce nom.
Il détenait un pouvoir absolu, un pouvoir qui effrayait jusqu’aux juges.
« … Ce nom est-il exact ? »
« Oui. »
« Cette personne se trouve en ce moment même dans cette salle ? »
La voix du juge trembla légèrement. Tous les regards de la salle se tournèrent vers Oswin.
« Oui. Il est là. »
Expirant l’air qu’il retenait dans sa poitrine, il regarda tout au fond de la galerie.
« Je… »
Sous le chapeau rabattu sur son visage, il croisa ces yeux dorés, froids et enfoncés dans leurs orbites.
« Je souhaite faire témoigner le chevalier sentinelle assis là-bas. »
Un homme que personne, dans l’Empire, n’osait traiter à la légère ; un homme devant lequel même la Garde impériale ne pouvait que s’incliner.
« Je souhaite faire appel à messire Maximilian Ebenholtz en qualité d’expert. »
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