Chapitre 141
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Traducteur : Coughing Baby
Éditeur : Coughing Baby
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◈ L’Impérialiste malgré lui
Chapitre 141
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Le monde pense ce qu’il veut de nous (3)
Un attentat à la bombe eut lieu.
Je me précipitai aussitôt sur les lieux. Je tirai Leutern, l’un des véritables VIP du palais, d’une voiture complètement écrasée. Il saignait abondamment.
Il avait une jambe fracturée et de légères brûlures. Il semblait tiré d’affaire, mais uniquement grâce au cube de pierre de mana haut de gamme qu’il portait au cou : mon cadeau.
C’était le cœur de la « Garde d’aura sphérique », une des fonctions d’un artefact valant des millions de dollars.
« Emmenez-le immédiatement. »
J’en donnai l’ordre aux secouristes, qui arrivèrent quelques instants plus tard.
Une fois Leutern II emporté, je m’éloignai et observai calmement la zone dévastée par l’explosion.
« Laissez les lieux tels quels. Que personne ne touche à quoi que ce soit. »
Après avoir empêché les policiers et les autres chevaliers de s’approcher, j’éveillai le virus en moi.
Ssssss.
Ma vision vira au bleu, et les résidus activés sur le site de l’explosion apparurent à mes yeux.
Des fragments de mana étaient éparpillés là où les flammes avaient tout ravagé. J’en suivis les flux et vérifiai si les indices avaient bien pris la forme voulue.
La longueur d’onde d’impureté de la pierre de mana utilisée comme charge explosive. L’odeur caractéristique de l’alliage laissé par la fusion des pièces fabriquées à Gigantes.
Tout était exactement comme prévu.
« Tous les éléments recueillis sur place seront transférés au siège de l’Ordre des Sentinelles, dans mon bureau. »
J’en donnai l’ordre aux officiers d’état-major, puis regagnai l’Ordre.
…… Je venais à peine d’apporter les preuves au bureau des chevaliers et m’apprêtais à commencer l’analyse approfondie que les murmures du couloir s’amplifièrent jusqu’à devenir des cris.
« Messire chevalier, des nobles du palais impérial se trouvent dehors. »
Un officier d’état-major accourut pour me prévenir. Dès qu’ils avaient appris que Leutern II avait été attaqué, plusieurs factions du palais s’étaient précipitées pour connaître la vérité.
« À partir de maintenant et jusqu’à la clôture de l’affaire, refusez tous les entretiens. »
Je les écartai tous sans exception.
« Même le duc Leutern a dit qu’il comptait venir en personne… »
« Expliquez-leur poliment que c’est une question de transparence de l’enquête. Un chevalier impérial ne se mêle pas des luttes politiques du palais. Nous ne cherchons que la vérité. »
Même les officiers d’état-major ignoraient ce qui se cachait derrière l’explosion. C’était mieux ainsi.
Dans mon cercle le plus proche, seules Schatz et Yukia, qui avait fabriqué la bombe, étaient au courant.
« Oui, monsieur. »
L’officier d’état-major transmit mot pour mot mes propos aux nobles du palais.
L’enquête et les analyses proprement dites commencèrent ensuite.
Je fis appel aux meilleurs spécialistes du mana de l’Empire. Pour garantir l’objectivité, je convoquai des experts réputés, des professeurs titulaires de l’Université impériale centrale et des mages de la Tour de magie, puis leur demandai de vérifier les débris de la bombe et sa structure de mana de manière croisée.
Pourtant, leur analyse ne fit ressortir qu’un seul élément : une très faible longueur d’onde provenant de la pierre de mana utilisée comme charge explosive.
On retrouvait cette trace dans les pierres de mana d’une mine appartenant à la maison Julius, mais aussi dans celles de vingt à trente autres mines.
Impossible, donc, d’identifier clairement une provenance. Tous les experts aboutirent à la même conclusion : « Une bombe conçue avec une extrême habileté, de sorte que sa trace soit impossible à remonter. »
De quoi semer l’incertitude et diviser le palais.
« Messire chevalier, voici le rapport établi par le professeur Edward et le professeur Miller, de l’Université impériale centrale, après avoir mené leurs recherches dans des conditions entièrement indépendantes. »
Quelques jours plus tard, l’officier d’état-major déposa un autre dossier, épais celui-là.
« Les deux professeurs sont parfaitement d’accord sur la puissance de l’explosion, la composition des pièces et le mode de détonation. »
« Et la garantie de la Tour de magie ? »
« Mage Ezel Runselot a recueilli en personne les données de réponse du mana sur les lieux, juste après l’incident, puis a procédé à une vérification comparative. La Tour de magie Sentio garantit donc que le risque de falsification des preuves, sur place ou après l’incident, est extrêmement faible. »
« … Ezel a fait ça ? »
« Oui. La Tour de magie Sentio a dépêché Mage Ezel, sa meilleure spécialiste de la médecine légale. »
Sans m’en rendre compte, j’avais fini par faire appel à ses compétences.
Ça me laissait un goût amer, mais je n’y pouvais rien.
Comme je l’avais voulu, les « preuves » étaient au point.
* * *
Leutern I se rendait de nouveau à l’Hôpital royal impérial pour voir son fils hospitalisé.
Goutte à goutte.
Dans le silence d’une nuit battue par une pluie lourde qui frappait la voiture, il reçut le rapport d’analyse de la bombe officiellement publié par le chevalier Maximilian.
« … On dirait que ce salaud l’a vraiment fait. »
Leutern I serra les documents dans sa main veinée.
« Duc Leutern, je vous en prie, gardez votre calme. Les preuves matérielles ne sont pas encore concluantes. Quelle que soit l’âpreté de la lutte politique, assassiner un membre de la famille impériale pour l’éliminer serait aller trop loin, même pour Julius… »
Son fidèle conseiller tenta de le raisonner avec prudence, mais la colère de Leutern ne retomba pas.
Son fils, Leutern II, avait survécu par miracle. Au moment de l’explosion, le cube de pierre de mana qu’il portait au cou s’était activé.
Sans ce bouclier miraculeux…
Le corps de son fils aurait été si violemment déchiqueté qu’il aurait été impossible d’en récupérer un cadavre entier.
« … Garder mon calme, dites-vous ? »
Leutern I expira bruyamment et réprima l’envie de tuer qui lui montait à la poitrine.
« Oui. Malgré tout, Julius irait-il vraiment jusqu’à une telle extrémité ? »
« C’est lui qui a eu peur le premier. L’expulsion de la Chambre des nobles était déjà une mesure extrême. »
Leutern avait seulement voulu lui couper quelques membres, mais Julius n’avait cessé de le soupçonner et n’avait plus pu le supporter.
« Le moment choisi est absurde, lui aussi. Des rumeurs disaient que mon fils rassemblait des soutiens à Lilac Vita, et voilà que ça arrive juste après. »
Mais le plus grave, c’était la puissance de l’explosion.
Une force de frappe conçue pour tuer à coup sûr.
Ce salaud avait voulu tuer Leutern II sans aucun doute.
« … Laissez le chevalier Maximilian s’occuper de toute l’enquête. »
Le conseiller lui parla de nouveau d’un ton posé.
« S’il s’agit du chevalier Maximilian et de la maison Ebenholtz, aucune pression du palais ne le fera plier. Lors de la précédente enquête interne de l’Ordre, n’a-t-il pas interrogé le chevalier Adria avec transparence et impartialité, avant de conclure qu’il n’y avait pas matière à accusation ? »
Maximilian respectait les principes. Il était transparent et ne cédait pas à la pression. Il avait toujours eu assez de pouvoir, d’autorité et de stature pour agir ainsi. Il n’avait donc aucune raison de fabriquer des preuves dans cette affaire ou de piéger quelqu’un par la force. C’était devenu l’opinion dominante au palais.
« … Si l’on découvre que ce salaud a vraiment tenté de tuer mon fils… »
Les rides profondes du visage de Leutern I tressaillirent sinistrement.
Un vieux père approchant des quatre-vingts ans, dont la soif de pouvoir s’était même éteinte. Dans les années qui lui restaient, il n’avait plus qu’un seul trésor à protéger dans ce monde cruel : son fils.
« J’exterminerai tout son clan. »
Une férocité bestiale emplit les yeux de Leutern I.
* * *
La suspicion n’est pas un phénomène.
C’est une autre forme de méfiance.
Tant que la méfiance subsiste, la suspicion ne se dissipe jamais. Elle ne fait que s’embraser, toujours plus incontrôlable.
Il me suffisait de rester transparent, puis de les consumer avec l’étincelle qui mettrait le feu à cette méfiance.
« Enchanté. Je suis Maximilian Ebenholtz, chevalier des Sentinelles et enquêteur en chef dans l’affaire de l’attentat contre Leutern II. »
Dans la salle de conférence de l’Ordre des Sentinelles, j’installai autour d’une table ronde un représentant de chacune des grandes maisons du palais. Après l’attentat, la plupart des nobles du palais s’étaient cloîtrés entre ses murs ; la majorité des participants étaient donc des émissaires.
« Afin de garantir l’objectivité, nous avons convié les plus grands experts de chaque domaine. »
Je présentai un à un les spécialistes assis derrière la table ronde.
Edward, professeur titulaire à l’Université impériale centrale ; le professeur émérite Miller, un géant du génie du mana ; et Mage Ezel Runselot, de la Tour de magie Sentio.
À chaque nom que je prononçais, les représentants nobles s’inclinaient poliment. Ils connaissaient bien l’autorité et la réputation de ces experts.
« Avant de commencer la présentation complète, j’ai une requête. Si quelqu’un ici a apporté un appareil ou un dispositif d’enregistrement pour consigner cette réunion… »
Je promenai le regard sur les visages autour de la table. Une lueur de tension passa dans leurs yeux.
« Posez-le sur la table, afin que l’enregistrement soit clair. Cette enquête n’a rien à cacher, mais toute fuite dans la presse est strictement interdite. »
Ils échangèrent des regards, un instant perplexes, puis toussotèrent maladroitement et sortirent des appareils de leurs manteaux.
Pierre de mana, magie, mécanique, parchemins de reconnaissance vocale… il y avait de tout.
« Bien. Nous allons donc commencer la présentation de l’affaire. »
Je fis un exposé froid et précis sur l’heure exacte de l’incident, son emplacement et les mesures prises pour préserver la scène.
Puis je projetai à l’écran les photographies des principaux éléments retrouvés sur place.
« Nous allons maintenant entendre directement les experts sur les analyses et les conclusions tirées des preuves recueillies. Professeur Edward ? »
Le professeur Edward, aux cheveux blancs, se leva et s’éclaircit la gorge.
« Oui. Notre analyse des débris récupérés sur les lieux confirme qu’il s’agissait d’une bombe magique à double amorçage, qui fait exploser instantanément du mana hautement comprimé. Plus particulièrement, son enveloppe extérieure et ses principaux composants étaient constitués de plusieurs aciers spéciaux alliés, mêlant des matériaux occidentaux et orientaux… »
À l’instant où il prononça le mot « orientaux », les nobles se tendirent. L’Empire oriental était l’endroit où se trouvait Gigantes, détruite quelques années plus tôt, et Gigantes figurait bel et bien parmi les suspects.
« Nous avons également identifié le profil ondulatoire de la pierre de mana utilisée comme charge explosive. Il s’agit de la variété appelée Curio. À ce jour, on l’extrait dans vingt-huit mines. L’une d’elles appartient à la maison Julius. »
Le silence engloutit la table ronde.
Un représentant du palais leva la main.
« Je respecte votre érudition, professeur, mais existe-t-il la moindre possibilité que des preuves aient été délibérément manipulées pendant l’enquête, ou que des fragments compromettants aient été écartés ? »
Le professeur Edward se tourna vers moi.
J’acquiesçai calmement et pris la parole.
« Toutes les preuves et les données d’analyse seront divulguées en toute transparence, sans rien dissimuler… »
« J’ai moi-même vérifié l’état des lieux. »
Ezel Runselot se leva avant que quiconque ait pu réagir.
« Je suis Ezel Runselot, mage de sixième rang de la Tour de magie Sentio. »
Mage de sixième rang. Elle était devenue une mage qui comptait.
« Je me suis rendue sur les lieux juste après l’incident et j’y ai recueilli les données de réponse du mana. En les comparant aux résultats des analyses matérielles des professeurs Edward et Miller, j’ai constaté une correspondance parfaite entre la composition des fragments et les trajectoires des résidus de mana. Je peux donc affirmer avec une entière certitude que le risque de falsification des preuves, par les enquêteurs ou par quiconque après eux, est de 0 %. »
Ezel se rassit en toussotant sèchement.
« Comme vous venez de l’entendre… »
« Cette réunion n’est qu’une présentation de l’avancement de l’enquête à ce jour. Les recherches visant à retrouver le responsable de l’attentat contre Leutern II se poursuivront sans exception, et toutes les preuves recueillies au cours de l’enquête seront divulguées en toute transparence, comme aujourd’hui. »
Au moment où j’allais clore la réunion autour de la table ronde…
« Nous comprenons le déroulement de l’enquête. Malgré tout, la maison Leutern, directement victime de cet incident, ne devrait-elle pas au moins pouvoir s’entretenir avec vous, messire chevalier ? »
Le représentant de la maison Leutern s’exprima d’un ton ferme.
« Oui, bien sûr. »
J’acquiesçai volontiers.
Les étincelles du soupçon étaient déjà plantées dans leurs cœurs.
Il était temps d’y mettre le feu.
……
« Messire Maximilian, veuillez parler à cette personne. »
Le représentant de la maison Leutern posa un orbe de cristal.
Maintenant que les terminaux étaient devenus la norme, les orbes de cristal appartenaient à une époque révolue.
Ils avaient toutefois un avantage : intercepter leurs ondes de mana était bien plus difficile qu’avec les terminaux.
« Je vous écoute. »
« … C’est Leutern, messire Maximilian. »
La voix rauque de Leutern I sortit de l’orbe de cristal.
« J’ai entendu votre présentation. J’ai aussi étudié attentivement les conclusions des experts. Mais quoi que j’en pense, je ne peux m’empêcher de trouver votre enquête excessivement prudente. »
Leutern I poursuivit comme s’il réprimait sa colère.
« L’une des sources possibles de la pierre de mana utilisée comme détonateur est une mine appartenant à la maison Julius, et parmi les fragments de la bombe se trouvaient des alliages spéciaux autrefois produits à Gigantes. Qu’en pensez-vous ? »
« Il est vrai que certains fragments correspondent à des pièces fabriquées à Gigantes, mais cela ne suffit pas à identifier le coupable. »
« C’est précisément ce que j’appelle une prudence excessive. Julius est aussi celui qui avait le mobile le plus évident. Vous savez bien ce qui se passe au palais, n’est-ce pas ? »
Je secouai la tête.
« Soyons clairs : le palais ne m’intéresse pas. »
Pas le moindre intérêt. Je voulais juste les tuer jusqu’au dernier.
« Pour l’instant, il ne s’agit que de coïncidences circonstancielles. Tant qu’aucune preuve matérielle concrète n’apparaît… »
« Il ne restera aucune preuve matérielle. Il a probablement aussi tué l’homme de main qui a posé la bombe dans le véhicule. Vu le tempérament de Julius, c’est exactement ce qu’il ferait. »
La voix de Leutern I s’éleva, et l’orbe de cristal trembla légèrement.
Je répondis calmement.
« Duc Leutern, l’enquête relève uniquement de notre responsabilité. »
Je laissai percer une légère irritation dans ma voix.
« Je vous prie de garder la mesure. »
En tant que chevalier, je ne pouvais pas laisser paraître le moindre signe que les nobles du palais m’influençaient.
« … Je me suis un peu emporté. Je vous prie de m’excuser. »
Leutern poussa un long soupir.
« Oui. Quoi qu’il en soit, les interrogatoires des témoins sont prévus pour demain. Je les questionnerai également sur ces points… »
……
Julius envoya un représentant à l’Ordre au lieu de se présenter en personne. Compte tenu des circonstances particulières de cet attentat, j’acceptai.
« À cause de Gigantes, beaucoup de malentendus circulent à mon sujet, mais je jure que je n’y suis pour rien. »
Julius l’affirma fermement par l’intermédiaire d’un orbe de cristal, comme l’avait fait Leutern.
Bien sûr que tu n’y étais pour rien.
« Oui. Je ne conclus pas non plus que qui que ce soit en soit responsable. Je ne mêlerai pas non plus les accusations de détournement de fonds à Gigantes à cette affaire. »
« … Je sais. Malgré tout, chevalier Maximilian, j’aimerais vous poser une question. »
« Laquelle ? »
Avant même le début de l’interrogatoire, Julius tenta d’exposer ses propres soupçons.
« La raison pour laquelle Leutern II a survécu : ce cube de pierre de mana. »
Il se méfiait de Leutern. La situation elle-même allait dans ce sens.
« Quelqu’un au palais savait-il exactement que le cube possédait une fonction protectrice capable d’arrêter une explosion ? »
« Hum… »
Je me caressai le menton et fis durer le silence, comme si je réfléchissais.
« Celui qui le lui a offert, moi ; l’artisan qui a fabriqué le cube ; et… »
Je baissai la voix jusqu’au murmure.
« Leutern II lui-même. »
« … »
Julius se tut sur-le-champ. Le silence s’installa longuement. Dans la salle d’interrogatoire immobile, seule sa respiration lourde résonnait par intermittence.
« Je vois. »
Il finit par murmurer ces mots dans un soupir.
« Alors c’était ça… »
Je pouvais deviner à peu près ce qu’il pensait.
« Leutern II savait qu’il avait un moyen sûr de protéger sa vie. Il savait donc qu’il ne mourrait pas, même en cas d’attentat à la bombe. »
Le soupçon devient certitude, et la certitude engendre la haine.
« Chevalier Maximilian. »
Sa voix retentit froidement dans l’orbe de cristal.
« Avez-vous déjà envisagé que cet incident ait pu être mis en scène ? »
Julius supposait désormais que Leutern II lui-même était derrière l’attentat contre Leutern II — autrement dit, qu’il en était le coupable.
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