Chapitre 140
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Traducteur : Coughing Baby
Éditeur : Coughing Baby
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◈ L’Impérialiste malgré lui
Chapitre 140
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Le monde pense de nous ce qui lui plaît (2)
« De vos bêtes de Zerpa, ne livrez que les meilleures. »
Dans un village frontalier du plateau, au-delà de la gorge Alberon, je tendis un nouveau contrat de longue durée à l’homme qui, en un an à peine, était devenu propriétaire d’un vaste ranch comptant des milliers de têtes de bétail.
« … O-oui. Compris. »
Je ne baissai pas du tout le prix unitaire. Au contraire, je le fixai généreusement, à la hauteur de la qualité.
Ainsi, il pourrait stabiliser son activité et la développer davantage.
« Et embauchez les villageois pour vous mettre à récolter professionnellement les truffes qui poussent dans les environs. »
Je procédai de la même façon pour le prix d’achat des truffes.
À vrai dire, dans cette région montagneuse et aride, les truffes n’étaient pas si coûteuses. Pour les habitants, c’était simplement un mets rare. Le plus gros problème, c’était qu’elles se gâtaient vite ; autrement dit, leur transport était difficile.
Malgré tout, je les payai au juste prix.
« Le prix des truffes sera fixé comme ceci. »
« … Hein. O-oui ? »
Comme Dieter me l’avait conseillé, si l’on cherche à tirer d’emblée des profits énormes à la source, on attire les parasites.
Bien sûr, grâce au prince héritier, j’avais obtenu l’exclusivité du commerce des denrées de Zerpa.
Mais si j’achetais les truffes vingt dollars sur place pour les revendre cinq cents au centre impérial, des contrebandiers aveuglés par l’appât du gain finiraient par créer un marché noir.
« Tant qu’à faire, rebaptisons le village. »
Mais que se passerait-il si, dès le départ, je les achetais entre cent et deux cents dollars pour les vendre cinq cents ?
Une fois pris en compte le coût des infrastructures initiales, du transport réfrigéré par pierres de mana, de la main-d’œuvre, de la contrebande, des risques et du reste, les marges fondaient comme neige au soleil.
Aux yeux de ces parasites, le marché ne serait plus assez intéressant pour qu’ils prennent le risque de s’en mêler, avec les « droits de monopole » des Ebenholtz dans l’équation.
« Que diriez-vous de “Terone” ? Les truffes Terone. Ça sonne distingué. »
Je n’étais pas homme d’affaires, mais avant la guerre, il me fallait faire affluer entre mes mains les immenses richesses de l’Empire.
L’argent était une promesse colossale, faite par tous les habitants du continent, et je comptais en accumuler autant que possible pour servir la plus grande des causes.
« O-oui, oui. Ça me plaît. Mais pour transporter ces champignons… »
« Ne vous en inquiétez pas. »
Pour le transport, je comptais charger l’Académie Lorenzo de mettre au point des conteneurs réfrigérés grâce aux pierres de mana.
« Si vous découvrez d’autres denrées rares dans la région, prévenez-moi à tout moment. »
« Oui ! Je m’en souviendrai, messire chevalier ! »
Le propriétaire du ranch n’arrêtait pas de s’incliner, l’air d’avoir le monde à ses pieds.
… Puis,
à partir de ce jour, un vent nouveau souffla sur les grands restaurants du centre impérial.
À commencer par Lilac Vita, que j’avais racheté, presque tous les établissements financés par mes capitaux ajoutèrent à leur menu de nouveaux plats préparés avec des spécialités de Zerpa.
Grassement rémunérés, les chefs comprirent aussitôt comment cuisiner le bœuf de Zerpa et les truffes. Le bœuf de Zerpa était moins persillé, mais son goût de viande était plus prononcé ; ils le cuisaient donc à feu doux et longuement pour l’attendrir, puis le recouvraient de copeaux de truffe, au riche et délicat goût d’umami, comme d’une fine couche de neige, afin de créer des plats d’une grande finesse.
Le résultat fut exactement celui que j’avais escompté.
« … Chef, quelle est donc cette odeur ? »
« C’est une truffe rare, appelée truffe Terone. On ne la trouve que dans les montagnes préservées de Zerpa. »
« Terone ? Une truffe ? »
« Oui. Elle pousse là où le mana naturel de la gorge Alberon s’accumule et se condense… »
Dès le lancement de la nouvelle carte, les gourmets du centre impérial furent en délire.
Même les nobles du palais, réputés pour leur palais difficile, succombèrent à ces saveurs envoûtantes ; les restaurants où un repas coûtait plusieurs milliers de dollars affichaient complet jour après jour.
La « truffe Terone » et le « bœuf de première qualité de Zerpa » furent rapidement reconnus comme les ingrédients de luxe les plus raffinés du continent.
Pour moi, qui gérais depuis longtemps des commerces de bouche à ma manière, en gourmet, ce fut une nouvelle source de pouvoir à laquelle je ne m’attendais pas.
* * *
« Waouh… »
Leutern II trembla de plaisir en goûtant le nouveau menu dégustation de Lilac Vita.
« … C’est incroyable. »
La saveur était entièrement nouvelle, d’une pureté parfaite.
La texture du bœuf de première qualité de Zerpa n’avait rien à voir avec celle de toutes les viandes qu’il avait goûtées jusque-là, et ce champignon Terone, ou peu importe son nom, lui donnait l’impression de stimuler directement son cerveau.
« C’est vraiment… absolument délicieux. »
Les nobles installés avec lui dans le même salon privé ajoutèrent chacun leur commentaire, le visage plein d’admiration.
« Goûter un mets pareil au centre impérial… »
« Qui aurait cru que Zerpa produisait des ingrédients aussi précieux ? »
« Honnêtement, j’ai encore du mal à y croire, même en le mangeant. »
« Tout cela, c’est grâce au duc Leutern. J’ai entendu dire que même Grossman n’avait pas réussi à obtenir une réservation ici. »
Ces derniers temps, il était pratiquement impossible de réserver à Lilac Vita. L’argent n’y changeait rien, pas plus que le rang, à moins d’être Sa Majesté l’Empereur.
Les Ebenholtz soutenaient le restaurant ; qu’y pouvait-on ?
« Ah, ce n’est rien. Je suis simplement heureux que vous appréciiez tous le repas. »
Lilac Vita avait toujours joui d’un grand prestige, mais depuis le lancement de sa nouvelle carte, l’établissement était devenu un symbole parmi les nobles, une preuve de pouvoir et d’influence.
J’avais entendu dire que les demandes de réservation affluaient de toutes parts.
« À vrai dire, je me sentais un peu mal à l’aise à l’idée de venir seul dans un endroit aussi chic. »
Leutern II se donna des airs, une fourchette à la main. En réalité, il ne les avait rassemblés que parce que Maximilian lui avait dit qu’il pourrait lui obtenir une réservation quand il le voudrait.
« Mais c’est vraiment délicieux. »
« L’accord entre le plat et le vin… Ah. »
« J’ai l’impression que cette saveur va me rester en bouche même une fois rentré chez moi. »
C’étaient des nobles du palais, de rang moyen ou moyen-supérieur, peut-être.
Jusque-là, chaque fois que je leur proposais de sortir, ils me servaient des prétextes du genre : « Il faut que je réfléchisse », mais dès qu’ils avaient entendu le nom de Lilac Vita, ils s’étaient précipités.
« Ce plat est préparé avec une pièce de choix : de la langue de bœuf provenant de bêtes de première qualité élevées sur le plateau préservé de Zerpa, servie avec des herbes de montagne et de la truffe… »
À cet instant, le personnel entra pour présenter le plat, disposé avec élégance, tandis que le sommelier leur servait du vin.
« De la langue de bœuf ? »
Leutern II fronça les sourcils.
« C’est de la langue de bœuf ? Nous mangeons de la langue de bœuf ? »
« Oui. Je vous en prie, goûtez. C’est un mets délicat. Bon appétit. »
Leutern ne comprenait pas, mais le membre du personnel s’en alla après leur avoir souhaité bon appétit.
« Non, mais qui voudrait manger de la langue de bœuf… »
« Duc Leutern. »
À cet instant, un noble du palais échangea un regard avec les autres, comme s’ils s’étaient concertés, puis prit la parole avec précaution.
« En vérité, nous nous sommes également réunis ici parce que nous avions quelque chose à vous dire. »
Leutern fit mine de l’écouter tout en se concentrant sur le nouveau plat.
Ils avaient dit que c’était de la langue de bœuf. De la langue de bœuf ? Devais-je vraiment manger ça ? Et si je vomissais ? Ne ferais-je pas mieux de laisser les autres goûter d’abord ?
« Il semble que le moment soit venu pour nous aussi de prendre une décision. De vous accorder, duc Leutern, ce que nous estimons vous devoir en retour… »
« Ah, merde. En retour de quoi ? Inutile. »
Réclamer une contrepartie pour un simple repas partagé aurait été pitoyable.
« Mangez, tout simplement. Goûtez. »
Sur ces mots de Leutern, les autres coupèrent élégamment la langue de bœuf et la goûtèrent sans hésiter. On aurait dit qu’ils n’avaient pas entendu l’explication.
« … ! »
« Hein ! »
« … Impossible ! »
Leurs expressions changèrent instantanément. Ils avaient l’air d’avoir reçu une balle.
« C’est bon ? »
Ils mâchèrent, avalèrent aussitôt, puis lui retournèrent la question.
« O-oui. Q-qu’est-ce que c’est ? »
« Ils ont dit que c’était de la langue de bœuf. »
« La langue… la langue de bœuf a vraiment ce goût-là ?! »
Ils n’avaient donc vraiment pas écouté.
« Peu importe. On dirait que c’est bon, alors. »
Leutern II porta à son tour un morceau de viande à sa bouche.
Une bouchée.
Dès qu’il eut goûté, la saveur, l’arôme et la texture dépassèrent tout ce qu’il avait pu imaginer ; il eut l’impression d’être emporté dans un autre univers…
« … Ugh. »
Leutern vacilla un instant, étourdi par un goût qu’il ne parvenait pas à décrire.
…
Palais impérial, dépendance de Leutern.
« Ce garnement de Leutern ? »
« Oui. »
Leutern Ier reçut un nouveau rapport de son fidèle aide de camp, et celui-ci le satisfit encore davantage.
« Ah… vraiment. »
Son fils passait à l’action avec audace. Le garçon avait réussi, on ne savait comment, à obtenir une table à Lilac Vita, où même les nobles du palais avaient désormais du mal à réserver — et, pour être honnête, Leutern Ier lui-même aussi — puis y avait invité plusieurs nobles du palais.
Tous disposaient d’un droit de vote.
C’était évident.
Son fils, Leutern II, avait commencé à rassembler sérieusement ses propres partisans pour remporter cette lutte politique.
« À part ça, où en est la convocation du comité d’éthique ? »
Même la convocation du comité d’éthique de la Chambre des nobles était difficile. Il fallait l’approbation de plus de la moitié de la Chambre pour le réunir, puis celle de plus des deux tiers du comité pour pouvoir prononcer une exclusion.
« Les preuves que nous avons réunies sont si accablantes que le camp Julius ne pourra pas les nier facilement. Mais un rat acculé mord le chat ; pour l’instant, nous devons surtout nous méfier d’une riposte désespérée. »
Son aide de camp s’exprima d’un ton inquiet.
Leutern acquiesça gravement.
« La première exclusion en cent ans… »
Même pour Leutern, créer un précédent aussi extrême représentait un fardeau politique considérable.
« Je trouverai un compromis raisonnable. Priver Julius de son pouvoir réel, mais empêcher son exclusion. »
En politicien chevronné, il réfléchissait à ce qu’il pouvait obtenir au lieu d’étrangler complètement son adversaire.
« Toutefois, des rumeurs circulent au palais : Leutern II voudrait que Julius soit exclu sans condition et chassé. »
« … »
Le regard de Leutern Ier vacilla.
Il suffisait de voir ce qui s’était passé à Lilac Vita. Ces rumeurs s’étaient déjà largement répandues au palais.
« … Sur ce point, je le raisonnerai. »
En tant que père, il n’avait guère le choix.
Son fils, impétueux, semblait suivre le principe qu’il fallait tuer pour ne pas être tué, mais, à long terme, il valait bien mieux pour lui de s’arrêter là.
* * *
Bureau de l’Ordre des Sentinelles.
« Alors, combien ça a coûté en tout ? »
Assis à mon bureau, j’écoutai l’enregistrement de la conversation transmis par le cube de pierre de mana de Leutern II.
« Messire Maximilian a déjà payé pour— »
« Ah, ce n’est rien. »
Ce cube de pierre de mana haut de gamme, d’une pureté exceptionnelle, qu’il m’avait pratiquement supplié de lui procurer. Grâce au sort d’écoute dissimulé que j’y avais implanté, je pouvais surveiller le moindre des faits et gestes de Leutern II.
« J’ai dîné sous mon nom, alors c’est à moi de payer. Enregistrez la dépense telle quelle. »
« Bien, messire. Pour le menu de six personnes et les boissons, le total s’élève à quatre-vingt mille dollars. »
Pour tenir le palais en échec, le meilleur moyen consistait à pousser ces salauds à se méfier les uns des autres et à perdre confiance les uns dans les autres. Semer la discorde afin d’empêcher les factions de s’unir.
Pendant qu’ils se déchiraient, je bâtirais mon propre pouvoir sans qu’on vienne me mettre des bâtons dans les roues.
De ce point de vue, Leutern II était un pion fort utile.
« Quatre-vingt mille pour six… Cet endroit coûte vraiment cher. »
« Ce sont les boissons. »
« Ah, je sais, je sais. L’alcool coûte cher… »
Leutern paya en marmonnant d’une voix douloureuse. Peu après, je l’entendis quitter le restaurant. Il échangea des politesses avec les nobles du palais qui le remerciaient, puis monta bientôt dans sa voiture et s’installa.
« J’ai le ventre plein. Rentrons. »
« Bien, monsieur. »
Alors que la voiture de luxe qui le transportait avançait sans à-coups dans la nuit,
je pris le communicateur posé sur mon bureau.
« Tout est prêt ? »
Il ne restait qu’un dernier acte pour embraser le conflit entre les deux maisons royales, Julius et Leutern.
« Oui. Donnez le signal quand vous le souhaitez. »
Le véhicule de Leutern roulait dans une rue calme, sous la nuit.
J’avais fait installer à l’avance sous sa voiture une bombe de mana fabriquée spécialement pour l’occasion.
C’était un engin explosif improvisé, assemblé par Yukia avec des pièces d’anciens composants de Gigantes. La pierre de mana utilisée comme charge était elle aussi d’un type appelé Curio, extrait d’une mine appartenant à la maison Julius.
Une fois l’explosion déclenchée, le mana se dissiperait rapidement, mais une équipe médico-légale compétente d’une agence directement rattachée au palais, ou un chevalier des Sentinelles, pourrait tout de même en détecter de faibles traces.
« Ouf. Bon sang, c’était vraiment délicieux. Ça valait le prix. »
À cet instant précis, tandis que Leutern II se tapotait le ventre en marmonnant avec satisfaction,
« Détonation. »
Mon ordre fut exécuté.
Kwaaaaaaaang──── !
Le dispositif d’écoute transmit une déflagration tonitruante, comme si elle allait me déchirer les tympans.
Boooum !
La lourde voiture blindée fut projetée en l’air d’un seul bloc,
Kradoudoudoum── !
son châssis s’écrasa sous la pression de l’explosion,
Krrrriii !
et des fragments d’acier déchiquetés fusèrent dans toutes les directions, frappant l’asphalte.
« A-aaah ! Kyaaaah ! »
Ses cris étaient si nets, si théâtraux, que je souris sans m’en rendre compte.
Mais je n’avais pas le temps de regarder.
Ding !
Une alerte retentit sur le système de missions des Sentinelles, sur l’ordinateur posé sur mon bureau.
[Urgent : explosion d’un véhicule sur une voie principale du troisième district de la capitale]
[Une personne très haut placée se trouvait probablement à bord. Déploiement de chevaliers des Sentinelles demandé.]
En tant que Maximilian, chevalier de l’Ordre des Sentinelles, j’acceptai de bon gré l’ordre de déploiement.
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