Chapitre 125
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Traducteur : Bébé qui tousse
Éditeur : Bébé qui tousse
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◈ L’Impérialiste malgré lui
Chapitre 125
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Une pièce truquée (2)
Dans un salon de Bolska, Hanna se fit faire une permanente pour la première fois de sa vie.
« … Combien ? »
« Trente bolan. »
La femme dans le miroir lui était inconnue. Ses cheveux, autrefois rêches, retombaient à présent en ondulations soignées et professionnelles.
« Tenez. »
Leon lui tendit une nouvelle carte d’identité et lui assigna un nouveau rôle.
« Notre marchand d’armes va commencer à répandre des rumeurs selon lesquelles tu essaies d’en faire passer en contrebande. Fais-toi passer pour une femme d’affaires, approche-les et découvre qui tire les ficelles. »
Elle sortit du salon et se rendit à l’hôtel qu’ils avaient choisi.
« Tu as déjà acheté des choses à bas prix pour les revendre ? »
« Ah, un tas de fois ! »
Hanna était une roturière, originaire d’un minuscule trou perdu à la campagne. Mais elle avait vite compris qu’elle avait du talent et, dès qu’elle avait décidé de devenir chevalier, elle avait su qu’il lui faudrait de l’argent.
Alors, elle avait enchaîné tous les petits boulots qu’elle trouvait. Elle avait ramassé des herbes pour les vendre, dépecé des bêtes et vendu leurs peaux, harangué les clients dans les marchés bondés et amassé de l’argent à force d’opiniâtreté.
« Vraiment ? »
« Oui. Je peux le dire avec fierté : avant d’entrer dans la section d’élite de l’Empire, j’avais gagné dix mille dollars toute seule. Sans ça, je serais morte de faim. »
Dix mille dollars. Pour certains nobles, c’était l’argent qu’ils dépensaient en une soirée à boire. Pour un ouvrier impérial moyen, cela représentait six mois de salaire.
Mais personne n’aurait cru qu’une fille de la campagne avait gagné cette somme entre huit et treize ans.
« Alors, tu étais déjà une vétérane ? Dans ce cas, considère simplement que tu fais la même chose à plus grande échelle. »
« … Mais… Il ne me faut pas de l’argent pour avoir l’air d’une femme d’affaires ? »
« T’inquiète. Max s’en est chargé. »
Leon tendit à Hanna une carte magnétique donnant accès à l’hôtel le plus luxueux de Bolska.
« Récupère tes fonds pour l’opération là-bas. Si elle réussit, l’Empire remboursera tout de toute façon, alors dépense autant qu’il le faudra. »
À présent.
Hanna déballa ses affaires dans la suite. Le reflet que lui renvoyait le miroir en pied lui plaisait.
« Je devrais peut-être garder cette coiffure. »
Les boucles lui allaient bien. À la section d’élite de l’Empire, ses cheveux lui avaient toujours causé tant de soucis qu’elle les avait gardés courts.
Ding dong.
Au son de la sonnette, Hanna se raidit.
« … »
La main crispée sur son poignard, elle avança à pas lents et se plaqua contre le mur, à côté de la porte. Elle tenta de percevoir la moindre vibration de l’autre côté.
Rien.
Elle renforça tout de même son mana et entrouvrit lentement la porte.
Crrrric…
Il n’y avait personne, mais un sac reposait sur le sol.
Hanna le prit et le transporta à l’intérieur. Elle le posa sur la table et l’ouvrit avec précaution.
« Ouah… »
Ses yeux s’écarquillèrent. Des liasses de billets, serrées comme des briques.
Une note écrite de la main de Maximilian était posée dessus.
[ Règles d’attribution des fonds de l’opération : 5 000 000 de dollars ]
Hanna fixa tour à tour l’argent et la note, bouche bée.
« Cinq millions… Ça représente trois ans de salaire. »
Non, attends. Après les impôts, les dépenses courantes, les économies…
« Plutôt cinq ou six ans. »
Dans tous les cas, c’était bien plus qu’il n’en fallait pour financer l’opération.
Elle hocha la tête et referma le sac.
* * *
Bureau de l’Ordre des Sentinelles.
Je ramassai un document posé sur mon bureau. Il venait de Bolska.
[ Demande de soutien de la Fondation Maximilian ]
[ Chevalière de première année « Hanna Usar » ]
Une guerre du renseignement faisait rage dans l’ombre. Bientôt, les attentats anti-impériaux allaient se multiplier. Ils avaient donc probablement commencé à agir après avoir repéré les premiers signes avant-coureurs.
Leon et Hanna étaient tous deux dignes de confiance.
J’allumai le terminal.
« Schatz, fais envoyer cinq millions de dollars à Bolska. En liquide. »
« Oui. Compris. »
Pour l’instant, je me contenterais de leur fournir de l’argent. Je n’avais pas le loisir de m’inquiéter de ce qui se passait à Bolska en cet instant.
Car c’était demain.
À moins d’un changement radical, un attentat aurait lieu demain soir à l’Opéra royal.
Le jour où Justine échappait à son chevalier garde pour se rendre seule au théâtre.
L’attentat avait lieu à ce moment précis et, grâce à Leonard, tous deux tombaient amoureux.
« Messire chevalier, qu’en est-il de l’opération dont vous m’avez parlé la dernière fois ? »
À la question de Schatz, je regardai l’affiche.
« Nouvelle production : Le Fantôme de l’Opéra »
« Nous avons repéré des signes suspects dans l’opéra. »
Si mon hypothèse était juste.
Si les Izenheim avaient orchestré la rencontre entre Leonard et Justine pour attirer la princesse.
Si la tragédie romantique la plus marquante d’avant ma régression n’avait été, en réalité, que leur mise en scène.
« … Il faut que je le fasse. »
« Oui. »
J’y avais longuement réfléchi.
Aurais-je pu gagner le cœur de la princesse à la place de Leonard ? Si je l’avais sauvée à ce moment-là, aurais-je pu prendre sa place ?
Mais je n’avais pas besoin d’aller jusque-là.
Je froissai discrètement l’affiche dans ma main.
Le soir de l’« Opéra royal ».
Peut-être parce qu’une nouvelle production y était présentée pour la première fois depuis longtemps, la rue devant l’édifice était noire de monde.
Si l’histoire suivait son cours, un attentat aurait lieu ici même ce soir.
Je me dirigeai vers le côté de l’opéra.
J’avais repéré une entrée de service à l’avance. Un passage étroit par lequel le personnel faisait entrer et sortir les accessoires de scène.
J’avais déjà accroché à mon cou un badge d’employé et enfilé une tenue de travail avec un béret.
« … Leo. »
Un grésillement, puis une réponse adorable résonna dans l’écouteur.
— Ouaf.
Leo était déjà à l’intérieur.
La mission du jour se ferait en binôme avec Leo. À partir de maintenant, je traiterais Leo comme un humain, et non comme un chien.
« Vas-y. Comme je te l’ai expliqué. »
— Ouaf.
J’entrai ensuite dans les coulisses. Le personnel s’affairait dans tous les sens. Je voulais d’abord évaluer la situation, mais…
« Hé, toi, le morveux ! Qu’est-ce que tu fiches ? Prends ça ! »
Un homme d’âge mûr, d’humeur massacrante, me fourra une échelle dans les mains.
« … Oui. »
Je la pris.
« Installe-la là-bas. »
Déguisé en membre du personnel, je n’avais pas le choix. Je participai d’abord aux préparatifs de la scène et fis tout ce qu’on me criait de faire. « Mets ça là, pas là, là-bas, espèce de fils de pute, pauvre taré, t’as du plomb dans la tête ? Bon sang, quel déchet, celui-là. »
« … C’est bon, maintenant ? »
Je me retournai : il était déjà parti.
« Espèce de… »
On disait de l’opéra que c’était un art aristocratique, mais, derrière le rideau, ça restait la jungle.
« Qu’est-ce que tu fiches là ? Bouge-toi, abruti ! »
Quelqu’un cria quelque part. Je réprimai un soupir et m’écartai.
Boum ! Boum ! Boum !
Les lumières de la scène s’éteignirent. La salle était déjà pleine à craquer.
Frrrr…
Le rideau s’ouvrit lentement de chaque côté, la scène prit vie et le nouvel opéra que j’avais moi-même fait venir, « Le Fantôme de l’Opéra », commença.
Fouuu…
Une douce lumière éclaira un point de la scène. Le dos de Leonard.
Je le regardai, puis m’éloignai sans bruit. Tel un fantôme, je me glissai dans l’ombre et poursuivis mon chemin.
* * *
Sous l’Opéra royal. Une cachette qui ne figurait sur aucun plan.
Là, se déroulait une répétition plus minutieuse et plus secrète que l’opéra lui-même.
« Tout est prêt. »
Cecilia, compositrice de l’opéra et stratège de l’opération, prit la parole.
Devant elle s’étalait un plan détaillé de l’opéra, sur lequel des fils rouges reliaient les itinéraires prévus pour la princesse et Leonard ce soir-là.
« … Ça va marcher ? »
Un camarade posa la question avec inquiétude.
Ils avaient osé mettre en scène une histoire d’amour visant la fille de l’Empereur. S’ils étaient découverts, même la décapitation aurait été une punition trop clémente pour une trahison de cette ampleur.
« Bien sûr que ça va marcher. Vous savez combien de fois la princesse est venue voir Leonard ? »
Elle désigna un calendrier au mur. Chaque jour où Leonard se produisait était encerclé en rouge. Dès qu’il tenait le premier rôle, elle ne manquait jamais une représentation.
« Presque à chaque fois. Cette noble dame échappe à ses gardes et se cache dans un coin du théâtre. »
Et la famille de Leonard ? Avait-elle quelque chose à envier aux autres ? Pas du tout.
Une maison au passé prestigieux et à l’honneur intact, simplement un peu modeste par sa taille.
La famille idéale pour accueillir un gendre.
« Le cœur de la princesse penche déjà pour lui. Il ne nous faut qu’un petit déclencheur. Et ce soir, elle n’a pas de garde. »
La Faction révolutionnaire. Une organisation dont les membres étaient reliés comme des points sur une carte.
« Nous devons le faire. »
Chacun soutenait leur cause à sa manière.
« En ce moment, l’Empire n’a que la guerre en tête. Si elle éclate, trop de gens mourront. Il nous faut quelqu’un à l’intérieur pour tirer le frein. »
Princesse Justine. Fille unique de l’Empereur et avenir de l’Empire.
Et si elle tombait amoureuse de Leonard, qui avait l’esprit ouvert ?
« Nous n’avons pas d’autre choix que de gagner la princesse à notre cause. Nous ne pouvons pas vaincre l’Empire avec des lames et des fusils. »
L’opération politique la plus romantique qui soit.
Elle désigna le plan. On y voyait des explosifs répartis dans tout le bâtiment, ainsi que les positions des membres armés de la Faction révolutionnaire qui s’étaient portés volontaires pour la cause.
Une crise, un sauvetage et une histoire d’amour.
Le scénario était déjà prêt. Les acteurs montèrent sur scène sans connaître leurs rôles, et les lumières s’allumèrent.
Il ne leur restait qu’à suivre l’itinéraire prévu, et la tragédie se transformerait en histoire d’amour, comme si le destin l’avait voulu.
« Commençons. »
…
« Ô chant de la nuit ! Enlace-moi ! »
« Le Fantôme de l’Opéra », un immense succès dans la République occidentale de Prozen.
Grâce à Maximilian, l’œuvre avait gagné l’Empire et, portée par la voix de Leonard, bouleversait le public.
« Je suis celui qui ne peut te voir. »
L’opéra qu’il avait toujours rêvé de chanter. Leonard déversait sa voix comme s’il se libérait enfin de toutes ces années d’amertume. Nobles, roturiers, bourgeois : tous étaient captivés.
« Vil et insignifiant, incapable de t’approcher. »
Le visage à moitié caché derrière un masque, il chantait le rôle du Fantôme et emplissait le théâtre de sa voix.
« Toi, deviens ma musique ! »
Au moment où Leonard, absorbé par son rôle, tendit la main et saisit le vide.
Crac, crac.
Une minuscule fissure apparut parmi les sièges du public.
Elle commença au troisième étage, dans les places ordinaires.
Un léger craquement, ou le bruit d’une vis qui se desserrait.
Crrrrac…
Les vibrations s’amplifièrent.
La secousse gagna le deuxième étage, puis atteignit les loges d’honneur du premier.
« … Quoi ? »
« Quel roturier mal élevé… »
Les nobles froncèrent les sourcils et se retournèrent. Ils s’apprêtaient à réprimander ces rustres qui osaient faire du bruit pendant un opéra sacré.
Mais l’agitation ne retomba pas. Elle enfla comme une vague, jusqu’à ébranler les acteurs sur scène.
Enfin.
Krrrrac…
Le bruit de quelque chose qui se brisait.
— …
Leonard interrompit son chant. L’orchestre s’arrêta lui aussi.
Puis l’explosion éclata.
KWA-AAAH !
Le plafond de l’opéra se tordit et des débris s’abattirent en pluie. Les piliers de la scène s’effondrèrent.
KOUUM !
La salle fut plongée dans le chaos. Les cris, les explosions, les étincelles et la fumée se mêlèrent et jaillirent vers le haut.
Ratatatat !
Des coups de feu tirés de sources inconnues déchirèrent l’air et semèrent la panique partout.
« Par ici ! Vite ! »
Leonard et les employés criaient en indiquant les sorties de secours, mais son attention ne se portait que sur un seul endroit.
« … »
Leonard avait déjà localisé la princesse. Un employé de la billetterie de l’opéra avait tout préparé à l’avance. De minuscules mécanismes à ressort avaient été dissimulés dans les fins bracelets de papier remis aux spectateurs.
Un dispositif de résonance mécanique qui signalait leur position par de minuscules vibrations. Comme il n’utilisait pas de mana, personne ne pouvait le détecter.
Vmmmm.
Le récepteur au poignet de Leonard vibra.
Sans hésiter, il changea de direction.
KWA-AAANG !
Une bombe explosa à l’endroit prévu. Un nuage de fumée s’éleva avec le souffle.
À travers l’épais brouillard, il aperçut le dos d’une femme en robe.
Elle se dirigeait vers le couloir des coulisses.
!
Comme prévu, la deuxième explosion retentit.
Les luminaires du plafond s’écrasèrent au sol.
Le timing était parfait.
« Hop ! »
Leonard partit à toute vitesse. Il se jeta au-delà des débris qui s’effondraient.
Il roula sur le sol, la princesse dans ses bras.
« … Vous allez bien ?! »
Il ne chercha pas à savoir qui elle était. Il n’essaya même pas. De toute façon, sa robe lui cachait le visage.
Pour l’instant, il lui suffisait de jouer son rôle et de sauver la personne en danger.
Boum ! KWA-AAANG !
Les explosions s’intensifièrent.
« Par ici ! Je connais un endroit sûr ! »
Leonard lui saisit le poignet et l’entraîna avec lui.
Vers la voie d’évacuation prévue. Vers l’endroit où leurs camarades les attendaient et où le destin était censé commencer.
Tac.
Dans les coulisses.
Dans le couloir, les jambes de Leonard s’immobilisèrent brusquement.
« … »
Par instinct, Leonard recula.
Un frisson glacial lui parcourut l’échine.
Un pas.
Quelqu’un sortait de l’obscurité.
Un pas.
Ce n’était ni un camarade, ni un membre du personnel, ni un agent de sécurité.
Les yeux injectés de sang, un homme traînait une hache ensanglantée, le corps tout entier nimbé d’intentions meurtrières.
Une entrée qui ne figurait pas au scénario.
L’instinct de Leonard hurla.
Si cet homme l’attrapait, il était mort.
* * *
L’Opéra royal. Des explosions retentissaient partout, des débris volaient et les gens se bousculaient dans le chaos pour fuir.
D’innombrables coups de feu claquaient, mais personne ne mourait vraiment. Des gens étaient pris dans des accidents, mais ce n’était pas la question.
Je me dis :
Si tout cet incident faisait partie de leur scénario, je ne pouvais pas entrer dans leur jeu. Je ne le ferais pas.
Il me fallait donc rétablir un peu d’équité.
Je décidai plutôt de renverser la table.
Le moyen le plus sûr de ruiner une pièce, c’était de faire entrer le réel en scène.
Dans les bas-fonds de l’Empire, il y avait quantité d’hommes prêts à tout pour de l’argent. Des tarés des souterrains.
Je les payai pour qu’ils s’infiltrent dans cet opéra. Ils avaient pour ordre d’assassiner Leonard et de faire dégénérer l’attentat.
J’avais fait appel à de vrais tueurs, pas à des acteurs.
— Ouaf !
La voix de Leo résonna dans l’écouteur.
« … Tu l’as trouvée. »
Leo avait trouvé la princesse.
Je me tournai dans cette direction.
« Reste en position. »
Ils sous-estimaient la vie.
La vie n’est pas une pièce de théâtre.
Son essence, c’est le chaos.
Elle n’est jamais acquise, mais c’est la chose la plus précieuse à laquelle l’humanité doit s’accrocher de toutes ses forces.
« Allons-y… »
À partir de maintenant, nous entrons en scène pour de vrai.
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