Chapitre 11
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Traducteur : Coughing Baby
Éditeur : Coughing Baby
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◈ L’impérialiste malgré lui
Chapitre 11
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Ma maison et moi (2)
Au quartier général de l’Ordre, la nouvelle, qui avait tardé à se répandre, faisait grand bruit.
Le chevalier débutant Maximilian avait tué un enfant. Celui-ci était soupçonné du meurtre d’un noble, mais le défunt avait une réputation exécrable.
À vrai dire, c’était le genre d’homme qui méritait de mourir cent fois. Les médias de tout l’Empire s’emparèrent de cet argument.
« … Comme c’est étrange. »
Dans la salle d’entraînement de l’Ordre des Sentinelles, le jeune chevalier Leon essuya son épée d’exercice en songeant à Max.
Il n’avait jamais été du genre à se faire remarquer. À la section d’élite de l’Empire, l’académie des chevaliers, il était déjà comme ça. Les factions y étaient bien distinctes, et Max avait assez de soutien pour prendre la tête de l’une d’elles quand bon lui semblait. Pourtant, il n’en avait jamais rejoint aucune. Il n’en avait pas non plus fondé. Au début, Leon s’était dit : « Il ne veut même pas se mêler à ces idiots. »
Mais ce n’était pas ça.
Max était plus doux qu’il ne l’aurait cru. Il ne donnait toutefois pas l’impression d’être entièrement bon.
Il n’était pas du genre à écraser les autres, mais il détestait qu’on l’ignore ou qu’on froisse son orgueil…
À certains égards, c’était un homme tout ce qu’il y avait de plus ordinaire, un petit personnage.
C’était gênant à dire, mais il faisait partie de ces innombrables « nobles qui n’en ont pas l’air » que comptait l’Empire.
« Douze ans. Trois de moins que le dernier. »
Tiana, la partenaire d’entraînement de Leon, fit tournoyer son épée et marmonna :
« Peut-être qu’il cachait une folie derrière toute cette faiblesse. Les types comme ça deviennent dingues quand ils finissent par craquer. »
Leon s’essuya la sueur et laissa échapper un petit rire. Une curiosité singulière traversa ses traits doux.
« Max avait parfois l’air fou, c’est vrai. »
Il était du genre à se mettre rarement en colère, mais à tout garder en lui jusqu’à exploser et perdre la tête.
« Malgré tout, Max est en avance sur nous. Je suis jaloux. »
« Jaloux de quoi ? Les médias sont en pleine hystérie, en ce moment. »
Tiana lança une serviette à Leon.
« Il n’était pas obligé de tuer le gamin. Tu sais à quel point les gratte-papier sont féroces, ces temps-ci. C’était son premier jour, alors il s’est sûrement emballé pour rien. Je parie qu’il le regrette maintenant. »
« … Tu crois ? »
« Je te le dis. »
Ils burent un peu d’eau et sortirent de la salle d’entraînement.
« Si ça avait été nous, la haute direction aurait aussi pété les plombs. Mais comme c’est un Ebenholtz… euh, fidélité ! »
« Fidélité ! »
Ils montaient l’escalier du couloir lorsqu’ils croisèrent des chevaliers plus gradés. Tous deux se dépêchèrent de saluer.
« Oh, bon travail. Tiana et Leon, c’est bien ça ? »
« Oui, messire. »
C’étaient Kairon et Yulian. Kairon avait un air sournois, presque serpentin, et à côté de lui se tenait Yulian, beau comme un mannequin, le supérieur qui avait été assigné à Max. De prime abord, Yulian et Max se ressemblaient un peu.
Yulian leur adressa un signe de tête.
« Continuez comme ça. »
« Oui, messire ! »
Les chevaliers expérimentés descendirent dans la salle d’entraînement souterraine, tandis que les deux débutants reprenaient leur ascension vers le premier étage.
C’est alors qu’ils aperçurent Max devant l’ascenseur.
« Max ! Max ! J’ai appris la nouvelle. Félicitations. »
Leon s’approcha, l’entrain un peu forcé. Max se contenta d’un léger signe de tête.
« Ouais. »
« Où tu vas ? »
Les portes de l’ascenseur s’ouvrirent à cet instant. Max entra et répondit :
« Le commandant adjoint m’a convoqué. »
* * *
Toc, toc.
Je frappai à la porte du bureau du commandant adjoint Anton. Une voix m’invita bientôt à entrer.
Quand j’ouvris la porte, Anton était assis à son bureau. Il leva les yeux vers moi et sourit avec douceur.
« Ravi de vous voir, chevalier débutant Maximilian. »
« Fidélité. »
« Entrez. »
Je m’avançai et m’arrêtai devant son bureau.
« Vous avez résolu une affaire d’envergure dès votre première semaine. »
Il tapota du doigt quelques journaux posés sur son bureau. Leurs gros titres se répartissaient entre deux opinions diamétralement opposées.
[L’étoile montante des Ebenholtz châtie un criminel sanguinaire !]
[Un chevalier sans pitié pointe sa lame sur un enfant : polémique autour d’un usage excessif de la force]
[Le meurtrier du noble était-il vraiment un enfant ? Une enquête menée dans l’opacité…]
« Beaucoup doutent de nous. Ils prétendent que même ce qu’ils ont vu de leurs propres yeux est une invention. »
Bon nombre de médias étaient hostiles à l’Ordre. Avant de régresser, je les détestais moi aussi, mais cette hostilité était due aux manigances de l’Empereur.
L’opinion publique était manipulée afin de déplacer le centre du pouvoir de l’Ordre vers la Garde impériale.
« Le grand jury a également été confirmé. J’ai appris que vous n’aviez pas refusé de comparaître. »
« C’est exact. »
Le grand jury devait se tenir le mois suivant. Anton eut un sourire amer.
« Maximilian. Je connais le poids qui pèse sur vos épaules. Le nom des Ebenholtz est éblouissant, presque à l’excès. Le poids de votre maison, les attentes du monde… tout cela écrase un homme. Mais vous n’avez pas besoin de vous mettre tant de pression. Même si vous n’avancez que d’un pas par jour, vous finirez tout de même par atteindre votre destination. »
Je regardai Anton. Il s’était fait tout seul. Issu d’une lignée noble déchue, presque réduite au rang de roturiers, il était arrivé à ce poste par son seul talent.
« Oui. Je graverai vos paroles dans mon cœur. »
Anton Jefren était un homme chaleureux. Un homme indéniablement bon. Il ne penchait ni pour l’Empire ni pour la Révolution ; il essayait seulement de suivre la bonne voie.
Mais à cette époque, alors que les nuages de la guerre s’amoncelaient, les hommes comme Anton n’avaient pas leur place. Il méritait assurément le respect, mais le poste de commandant adjoint ne lui convenait pas.
« En récompense, cinquante mille dollars seront ajoutés à votre budget annuel de chevalier. »
Chaque chevalier recevait un budget de fonctionnement annuel fixe. Pour les débutants, le montant de base était de trois cent mille dollars. Les chevaliers chevronnés aux états de service remarquables pouvaient disposer de deux ou trois millions, voire davantage.
Les chevaliers utilisaient ce budget pour engager des informateurs, couvrir les frais de mission et ainsi de suite.
« Merci, commandant adjoint. »
« Avez-vous autre chose à ajouter ? »
« Non. Tout va bien. »
« Vous pouvez alors disposer. »
« Fidélité. »
Je reculai hors du bureau du commandant adjoint. Je revins sur mes pas, pris l’ascenseur et descendis au deuxième étage.
C’est alors que ça arriva.
« Max ! »
Quelqu’un m’appela. Je me retournai.
Un groupe de chevaliers issus de la noblesse se tenait là. Ils étaient cinq ou six, tous membres de la faction de Kairon.
Les mêmes hommes qui, avant ma régression, avaient détruit Anton et pris le contrôle de l’Ordre.
« Max. Qu’est-ce que le commandant adjoint t’a dit ? Raconte. »
« Ouais, il a dit quelque chose de spécial ? Tu sais… à propos des Ebenholtz. »
Ils se méfiaient de moi. Plus précisément, ils redoutaient une possible alliance entre Anton et les Ebenholtz.
Anton n’avait qu’un point faible : ses origines et son milieu.
« Max. Si ce vieux Anton t’a dit quelque chose de bizarre… »
« Max. Peu importe ce que tu as entendu là-dedans, raconte-nous… »
« Max, hé. Tu te souviens qu’on avait bu ensemble, là-bas ? Je peux organiser une autre soirée… »
Max. Max. Hé, Max. Eh, Max.
Les entendre faire rouler mon nom dans leur bouche comme bon leur semblait me dégoûta.
« — Max ? »
Je les interrompis et demandai froidement :
« Quand vous ai-je autorisés à m’appeler comme ça ? »
« … Hein ? »
Je devais devenir l’homme le plus loyal de l’Empire. Pour exterminer une espèce étrangère, je le devais.
Mais cela ne signifiait pas que je voulais m’allier à cette racaille qui rongeait l’Empire de l’intérieur. Cela n’aurait fait que transformer le choix le moins mauvais que j’avais fait en pire choix de ma vie.
« Je m’appelle Maximilian, et nous ne sommes pas à la section d’élite de l’Empire, où nous traînions ensemble. »
« … »
Les chevaliers gardèrent le silence un instant.
« Faites attention à la façon dont vous vous adressez à moi. Ici, nous sommes tous chevaliers, quel que soit notre rang. »
Je passai devant eux et me dirigeai vers mon bureau.
De vieux souvenirs refirent un instant surface. L’époque où l’on me traitait comme un paillasson, comme un noble stupide.
« J’aurais dû comprendre plus tôt. »
Même aujourd’hui, ces salauds m’appelaient comme si j’étais leur chien, mais vous n’étiez pas comme moi.
Je n’étais pas comme vous.
J’étais le fils du duc Sebestian, l’héritier légitime et aîné des Ebenholtz.
Toi et moi étions différents depuis notre naissance, et Freya avait raison.
Je n’aurais jamais dû quitter les Ebenholtz.
Parce que j’étais les Ebenholtz eux-mêmes.
J’occupais une position qui me permettait de faire ce qui devait être fait.
* * *
Comment commençait la journée d’un chevalier, et comment se déroulaient les missions ?
J’avais accompli ma première mission avec Yulian, le supérieur qui m’avait été assigné, mais un supérieur n’était qu’un supérieur. À l’Ordre des Sentinelles, toutes les tâches étaient gérées méthodiquement par le système centralisé de gestion des missions.
Clic.
J’allumai l’ordinateur de mon bureau. L’interface apparut.
[Système de gestion des missions des Sentinelles]
Sur un côté de l’écran, les innombrables incidents signalés en temps réel aux quatre coins de l’Empire s’accumulaient, comme autant d’alertes.
Ding ! Ding ! Ding ! Ding !
Les catégories étaient variées : apparitions de monstres, activités rebelles, crimes violents, affaires non résolues et bien d’autres. Les affaires étaient classées selon leur gravité et leur urgence.
Ces innombrables missions étaient attribuées aux chevaliers par un algorithme précis. Le premier critère était l’expertise.
Les dossiers des missions précédentes, les résultats aux entraînements, les spécialités de chacun : toutes ces données servaient à évaluer leur expertise.
Par exemple, les chevaliers spécialisés dans la chasse aux monstres, ou ceux qui excellaient dans les assassinats d’agents et le renseignement, étaient prioritaires pour les missions correspondantes.
Bien sûr, il ne s’agissait que de recommandations : si une mission ne leur convenait pas, ils pouvaient la refuser. Et toutes les missions ne trouvaient pas forcément preneur auprès d’un chevalier parfaitement adapté.
Pour les affaires courantes, où il était plus difficile d’évaluer l’expertise, les chevaliers pouvaient choisir certaines missions dans la liste et se porter volontaires.
C’était pourquoi les débutants étaient encore en train de trouver leur spécialité.
Clic.
Parmi les onglets de missions, je cliquai sur « Liste des criminels les plus recherchés ». L’écran se couvrit de portraits-robots à l’air sinistre et de textes d’avertissement rouges.
Je parcourus leurs noms de code.
« … ? »
Puis l’un d’eux attira mon attention : « Mangeur de têtes ». Un tueur en série monstrueux, qui n’aurait dévoré que la tête d’Impériaux.
Les photos des scènes de crime jointes au dossier étaient horribles. Tous les corps avaient été mutilés au-dessus du cou, au point d’être méconnaissables. Les chairs déchirées étaient en lambeaux, comme si une bête les avait mordues et arrachées.
« Attends. »
Soudain, la dernière apparition de Jacob me revint en mémoire.
Crac !
Sa bouche s’était fendue au-delà des limites humaines, jusqu’aux oreilles. À l’intérieur, des dents acérées se tordaient, chargées de mana.
« Qui est cette Lexi, celle qui vient t’offrir son cœur ? »
Je lui avais posé cette question, et il avait explosé de rage, révélant sa véritable apparence.
Lexi comptait-elle tant que ça pour lui ?
Mais l’enfant que j’avais tué dans le parc était différent.
Juste avant de lui trancher le cou, je lui avais murmuré :
« Je sais qui tu es. Tu attends toujours Lexi ? »
L’enfant n’avait montré aucune agitation. Il s’était contenté de me regarder avec un léger sourire, sans jamais révéler sa véritable identité. Il était mort en gardant l’apparence d’un enfant sans défense.
Pour protéger les siens.
« … Lexi. »
Je murmurai ce nom.
Jacob n’avait pas réagi parce que j’avais compris une langue étrangère. Il avait perdu la tête en entendant le nom de l’une des siens, Lexi.
Ils accordaient la priorité absolue à la dissimulation de leur espèce aux humains. À tel point qu’ils acceptaient volontiers jusqu’à leur propre mort.
Mais leur personnalité et leurs émotions variaient nettement d’un individu à l’autre. Jacob, en particulier, tenait énormément à une personne précise : Lexi.
Selon les critères des Izenheim, c’était peut-être un « très faible ».
C’était pour cela qu’il était tombé dans le piège de la provocation, s’était dévoilé et était mort de ma main.
« Mangeur de têtes. »
Je reportai les yeux sur « Mangeur de têtes », à l’écran.
[Système de gestion des missions de l’Ordre des Sentinelles]
[Statut du chevalier : Année 0, Maximilian von Ebenholtz]
[Code de mission : C-077]
[Type de mission : Traque et arrestation d’un criminel recherché]
[Cible : Mangeur de têtes (non identifié)]
J’appuyai sur « Accepter ».
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