Chapitre 106
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Traducteur : Coughing Baby
Éditeur : Coughing Baby
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◈ L’Impérialiste réticent
Chapitre 106
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Comment atteindre un rêve
Le cartel.
C’était un groupe qui vendait des rêves.
Des rêves qu’aucun moyen ordinaire ne permettait d’atteindre ni de posséder, mais auxquels une seule gorgée suffisait à vous mener.
« Fuuuuu… »
Une fumée parfumée s’éleva du cigare qu’il tenait entre les dents.
Les confins du sud-est de l’Empire. Plus précisément, une somptueuse demeure nichée au cœur de Berkina, une nation orientale.
C’était le repaire du vaste réseau de trafiquants de drogue, le Cartel de Parmano.
« Putain. Un seul foutu bouquin, et il est tellement beau… Hé. Le type, là ? »
Le chef, Costa, posa la question d’une voix désinvolte. Il tenait dans sa main le roman impérial « Baltaras ».
« Oui. Nous venons de le capturer. »
Un subordonné lui répondit.
« Capturer » était un drôle de mot, mais il n’y en avait pas de meilleur quand la cible maîtrisait le mana.
« Fouillez-lui les yeux ou les tripes, s’il le faut. Découvrez s’il y a d’autres espions parmi nous. Ce n’est pas possible qu’il n’y ait qu’un seul rat. »
Costa fronça les sourcils et écrasa son cigare.
Ce salaud leur avait coûté cher. Une immense plantation entière était partie en fumée.
« Mais, Don Costa. Un chevalier impérial… »
« Hé. Vous savez combien d’argent on a perdu ? Si on avait vendu tout ce stock, ça nous aurait rapporté des milliards, des milliards ! On a foutu en l’air une véritable montagne de fric ! »
Les veines de son cou se gonflèrent tandis qu’il parlait. Il ne digérait toujours pas la perte. Tout cet argent qui était parti en fumée à cause de ce salaud…
« Ces chevaliers de merde ne peuvent même pas venir ici. »
Berkina appartenait à l’Alliance orientale.
Une région où même l’Empire ne pouvait pas déployer ses troupes à sa guise. À cause d’un traité ou d’un truc du genre.
Grâce à cela, le Cartel de Parmano faisait de bonnes affaires entre Berkina et l’Empire.
« Non, ils ne viendront pas. »
Costa ricana.
« C’est plus sûr, justement parce que c’est l’Empire. Vous savez à quel point ces connards sont coincés. Ils méprisent les drogués de bas étage et ne leur accordent même pas un regard. Pendant ce temps, ils se défoncent tous les jours avec nos produits haut de gamme. »
Tous les paquets de première qualité produits par le cartel partaient directement pour le centre impérial, plus précisément les quartiers huppés.
« Même les nobles consomment nos produits, voilà ce que je veux dire. »
Il ralluma son cigare et fit signe à son subordonné.
« Hé, peu importe. Tu connais Baltaras ? »
« Bal… tes pieds te brûlent ? »
« Bon sang, quel abruti. »
Costa éclata de rire et agita l’exemplaire de Baltaras qu’il tenait à la main.
« Quel dommage. Né idiot, tu ne peux même pas apprécier la beauté d’un roman pareil. »
« Désolé, monsieur. »
Au subordonné qui n’arrêtait pas de s’incliner, il tendit généreusement « Baltaras ».
« Tu as attrapé ce type, alors je te le donne. Lis-le quand tu auras le temps. Ça te fera un peu de culture. »
« Ah, oui… »
« T’en fais pas, espèce de salaud. »
Costa serra les dents sur son cigare et reprit :
« Tu crois vraiment que ces seigneurs du palais feraient tout un foin pour sauver un chevalier roturier défraîchi, viré de l’Ordre des Sentinelles ? Dans ce monde, un dingue pareil… »
* * *
« Je suis le chevalier Maximilian. »
Province de Pellan, au sud-est de l’Empire.
Un village frontalier, où le territoire impérial s’avançait comme une aiguille acérée depuis le continent pour rejoindre le littoral de l’Alliance orientale.
« O-oui, oui ! Fidélité ! Sergent Lopez, de la police provinciale de Pellan, à Lurales ! »
Le sergent à la peau sombre me salua d’un geste confus.
C’était un Aran, mais sa couleur de peau le faisait traiter comme un inférieur.
« Hm… »
Je me tenais aux coordonnées qu’Ashton avait transmises comme dernier emplacement connu.
Je restai immobile et regardai autour de moi. Le paysage n’avait rien à voir avec celui du centre.
L’air tropical et humide, l’architecture exotique… On se serait cru moins en territoire impérial que dans une petite ville de villégiature.
En réalité, sa géographie en faisait presque une zone autonome, où le droit coutumier local pesait davantage que la loi impériale et où l’impérial et le mercagnol, une langue parlée dans plusieurs États orientaux, se mêlaient.
« Alors Ashton, autrement dit Egilon, a été enlevé en plein milieu de ce village et emmené de l’autre côté de la frontière ? »
« Ç-ça… Nous avons interrogé les habitants, mais tous disent n’avoir rien vu. C’est tellement isolé qu’il n’y a presque plus personne dehors après la tombée de la nuit… »
Lopez répondit en sueur.
Je regardai par-dessus son épaule.
« … »
D’autres policiers de Lurales, les fusils en bandoulière, s’étaient rassemblés pour fumer. Ils me jetèrent un coup d’œil et ricanèrent.
« Hm. »
Ils parlaient tous en mercagnol. Après l’impérial et l’aran, c’était la langue la plus parlée, ou la deuxième plus parlée.
Les nobles impériaux, bien sûr, ne prenaient jamais la peine de l’apprendre. Tout au plus étudiaient-ils le prozen, dont la prononciation passait pour une forme d’art élégante.
- Boum
Ils m’agaçaient.
Leurs chuchotements, parce qu’ils pensaient que je ne comprenais pas.
- Boum.
Et, chose étonnante, deux de ces quatre hommes étaient des Izenheim.
« Suivez-moi pour l’instant. Nous devons aller quelque part. »
« Ah, oui. Où ça… ? »
Je partis sans répondre. Les hommes de Lurales me suivirent, perplexes.
Nous empruntâmes un sentier sinueux, jusqu’à une falaise côtière déserte, où l’on entendait les vagues.
Crac, crac.
Je m’arrêtai sur le sol poussiéreux et me tournai vers Lopez.
« Sergent Lopez. »
« Oui. »
D’une voix basse, presque couverte par le ressac, je demandai :
« Avez-vous vendu des informations au cartel ? »
« … Quoi ? Qu-qu’est-ce que vous… N-non ! »
Les yeux de Lopez s’agitèrent. J’acquiesçai calmement et tirai la longue épée accrochée dans mon dos.
« Vous quatre, là. Approchez. »
J’appelai en mercagnol les hommes derrière nous. Ils sursautèrent et échangèrent des regards. Ils n’avaient jamais imaginé qu’un noble impérial, encore moins un chevalier, puisse parler mercagnol.
« Approchez. »
Tandis qu’ils s’avançaient à contrecœur, les paroles qu’ils avaient marmonnées un instant plus tôt, à voix basse, me revinrent avec une netteté saisissante.
« Hé, alors c’est ça, un chevalier impérial. Plus mignon que prévu. »
« Un joli garçon comme ça sait vraiment manier l’épée ? Il va juste prendre la pose. »
« Il a quel âge ? Si je m’approche, je pourrai peut-être sentir le lait de sa mère. Je devrais le renifler ? »
Même s’ils n’avaient pas été des Izenheim, je n’aurais pas eu l’intention de les épargner.
Ma mère était peut-être mon talon d’Achille.
« En vertu de la loi impériale, je vais procéder à votre exécution sommaire pour avoir insulté un chevalier. »
Je frappai.
Tranch !
Je décapitai d’abord celui qui avait parlé de ma mère. Son corps sans tête s’effondra sur le sable. Le sang gicla et éclaboussa le visage de Lopez.
« A-aah ! »
Tandis que Lopez hurlait, mon épée s’abattit de nouveau. Je tranchai le bras et la jambe du deuxième, transperçai le cœur du troisième et coupai le dernier en deux.
Quatre cadavres heurtèrent le sol en un instant.
Je fis sauter le sang de la lame et me retournai.
« Sergent Lopez. »
« Euh, euh, hhh… »
« Je méprise ceux qui rient sottement devant moi, qui mentent ou qui déblatèrent des insanités. »
Le visage de Lopez devint livide. Ses jambes cédèrent et il s’écroula au sol.
« Maintenant, je vais vous le demander une nouvelle fois. »
Je rengainai mon épée et répétai ma question.
« Avez-vous vendu des informations au cartel ? »
Lopez haleta comme s’il hyperventilait, puis tomba à genoux, pris de panique.
« J-j’ai un enfant ! Et une vieille mère malade… ! »
« Je ne vous ai pas demandé de me parler de votre famille. »
« Je suis désolé ! Je vous en prie, épargnez-moi ! »
Il me supplia, les deux mains tendues, presque en larmes.
« … Sergent Lopez. »
Je baissai les yeux vers lui et prononçai son nom.
« O-oui… ? »
« Si vous tenez à vivre, répondez. »
Il n’était pas un Izenheim, il méritait donc d’être épargné.
« Qu’avez-vous exactement vendu au cartel ? Dites-le-moi, c’est tout. »
« C-c’est-à-dire… »
Lopez prit la parole d’une voix tremblante.
…
« Alors, il a révélé les informations personnelles d’Ashton et étouffé l’affaire. Le cartel avait prévenu Lurales de la date de l’enlèvement d’Ashton, et la police n’a pas été déployée ce jour-là. Ils n’ont même pas rédigé de rapport. »
C’était la confession du sergent Lopez.
« Je vois. »
Yulian répondit avec amertume. Son regard s’était assombri.
« Il est donc certain qu’on l’a enlevé à Berkina. Avons-nous une piste sur l’endroit où ils le détiennent ? »
Cet incident s’était également produit avant ma régression, mais je ne me souvenais pas exactement de l’endroit où Ashton était mort. Il ne m’en restait qu’un bref rapport indiquant que même son corps n’avait jamais été retrouvé.
« D’après certains renseignements, le chef du Cartel de Parmano aurait une base dans les environs. »
Yulian désigna un point sur la carte. Le centre-ville de Berkina, à une certaine distance de la frontière impériale.
« Ce n’est pas loin. »
Nous discutions à l’aéroport.
Les relations entre l’Empire et l’Alliance orientale étaient actuellement au beau fixe. Ils souriaient de toutes leurs dents tout en dissimulant des couteaux dans leur dos.
Grâce à certains accords, beaucoup d’Impériaux et d’entreprises impériales faisaient des affaires dans l’Alliance orientale, et l’on pouvait aussi s’y rendre en avion.
« Prenez ceci. Votre pièce d’identité. »
Je tendis à Yulian une fausse carte d’identité de Berkina.
« Parlez-vous le mercagnol ? »
« … Assez. »
« Dites quelque chose. Je veux savoir à quel point. »
Yulian se racla la gorge, puis prononça quelques mots avec un accent maladroit.
« Comme ça, ça va assez bien ? »
« Non. On dirait que toutes vos dents sont tombées. Jouez plutôt les taciturnes. »
« … »
Yulian referma la bouche, l’air gêné.
« Prenez aussi ceci. Portez-le. »
Je lui tendis un lourd sac de voyage.
« Il y a dix millions de dollars dedans. »
Yulian acquiesça.
« Alors, allons-y. »
« Oui. »
Nous nous levâmes, franchîmes la porte d’embarquement et montâmes dans l’avion.
« … »
Yulian regarda autour de lui et haussa les sourcils. La cabine était pleine.
« Il y a plus de monde que d’habitude, aujourd’hui. »
« Ah. Ce sont tous des agents de notre opération. »
« … Vraiment ? »
« Oui. »
« Je n’en avais aucune idée. »
Le mercagnol était une langue assez répandue. La plupart des nobles ne la connaissaient pas, mais un bon nombre de roturiers de l’Est la parlaient.
J’avais donc recruté ces roturiers en leur offrant une rémunération impossible à refuser.
« J’ai aussi racheté cet aéroport. »
« … Quand ça ? »
« Hier. »
Je l’avais acheté la veille. Depuis le début, j’avais prévu de posséder la plupart des infrastructures majeures, comme les aéroports, dès que l’occasion se présenterait.
« … Je vois. »
Yulian acquiesça et s’adossa à son siège.
Il avait l’air un peu abasourdi.
…
Avant ma régression, l’affaire Ashton avait été étouffée.
L’Empire savait qu’un chevalier était mort, mais comme il n’était affilié à aucun ordre et qu’il était roturier, on s’était contenté de dissimuler sa mort.
Les salauds du palais avaient probablement eux aussi touché des pots-de-vin du cartel.
Pour faire tomber le cartel, il nous fallait donc du temps, de l’argent et, avant tout, des hommes.
Dès mon arrivée à Berkina, je déployai des agents partout.
Dans les secteurs civils comme militaires, dans les moindres recoins. Les agents achetaient les habitants, et ces derniers en achetaient d’autres.
Le budget de l’opération était illimité. L’économie de Berkina était modeste, de toute façon.
À ce rythme, tout serait réglé en deux jours environ.
« Chevalier Yulian. Je crois que nous l’avons trouvé. »
Et c’est exactement ce qui arriva.
Nous avions localisé Ashton.
« Partons tout de suite. »
Nous montâmes dans une jeep et roulâmes longtemps sur des chemins non goudronnés, hors de la ville.
Nous arrivâmes bientôt à un ranch perdu dans la jungle, bien loin des repaires tape-à-l’œil habituels du cartel.
Au milieu se dressait un bâtiment qui ressemblait à une écurie abandonnée.
« Là-bas. »
« Allez-y. »
Grincement. Nous garâmes la jeep à distance et avançâmes discrètement entre les arbres.
La sécurité des lieux était laxiste. Seuls quelques hommes armés de fusils somnolaient dans le coin.
Tranche. Poignarde.
À l’aide de signes, nous les éliminâmes un à un avec précision, mais un garde aux sens particulièrement aiguisés montait la garde devant le bâtiment.
Un épéiste.
« Je m’occupe de l’extérieur. Entrez. »
Je parlai en faisant circuler mon mana. Yulian avait assez de talent pour tout maîtriser seul, mais nous devions aller vite.
Il ne fallait jamais sous-estimer les capacités de combat du cartel. Il recrutait comme mercenaires les meilleurs combattants de son pays et d’ailleurs.
Si nous ne le libérions pas rapidement, des hommes de ce calibre continueraient d’affluer.
« Oui. Compris. »
Yulian bondit en avant sans un bruit, tandis que je contournai le bâtiment par l’arrière.
Avant d’entrer, j’y envoyai mon mana.
La résonance silencieuse d’Ebenholtz traversa le mur et balaya l’intérieur. Je ne détectai aucun ennemi. Une seule présence s’y trouvait.
Grincement.
J’ouvris la porte.
Dans les ténèbres qui se dissipaient lentement, un homme était attaché à une chaise.
« … »
Pendant un instant, je faillis laisser tomber l’épée que je tenais.
Le chevalier Ashton.
Couvert de sang, il était assis, la tête basse, respirant péniblement.
La torture avait ravagé tout son corps, mais sa poitrine se soulevait encore faiblement.
Il était toujours vivant.
Mais…
Je ne comprenais pas. L’espace d’un instant, quelque chose explosa dans ma tête.
Un chevalier retraité de l’Ordre des Sentinelles.
Un homme qui l’avait rejoint neuf ans plus tôt avant de le quitter après un certain incident.
Le compagnon auquel Yulian avait accordé une confiance absolue.
Pourquoi mon cœur réagissait-il ainsi en sa présence…
- Boum.
… de cette façon ?
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