Chapitre 105
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Traducteur : Coughing Baby
Relecteur : Coughing Baby
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◈ L’Impérialiste malgré lui
Chapitre 105
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Ce qu’est la littérature (2)
À Zerpa, la légion Durkon, stationnée sur la route d’Alcantara, protégeait les convois de ravitaillement de l’Empire.
À première vue, c’était un travail fastidieux. Pour des troupes réputées d’élite, il pouvait sembler peu satisfaisant.
Mais en contrepartie, les primes de Maximilian étaient distribuées en chemin.
Les soldats du rang de Durkon recevaient des paquets remplis de boissons et de friandises de qualité, ainsi que de produits de première nécessité, tandis que les officiers touchaient des enveloppes contenant une solde supplémentaire.
Schweitzer lui-même n’était pas avide d’argent, mais ses subordonnés, eux, l’étaient.
« Restez sur vos gardes ! Si quelqu’un hésite à donner le mot de passe, abattez-le sur-le-champ ! »
L’effet fut immédiat. Déjà réputée pour sa discipline la plus sévère de l’Empire, Durkon tint sa position défensive comme un mur de fer.
Pendant ce temps, le lieutenant-colonel Kai Han accueillait les convois impériaux dans la capitale.
Bang ! Boum !
L’unité de ravitaillement entra dans la capitale en grande pompe, tirant même des salves d’honneur en l’air. L’idée venait de Maximilian, ou plus précisément de Johann.
« Nous nous chargerons de la distribution. »
Le lieutenant-colonel Han en informa les généraux royalistes. Ils ne s’y opposèrent pas ouvertement.
Il ne fallait pourtant pas relâcher sa vigilance.
Ces hommes trouveraient bien un moyen détourné de détourner une partie des provisions.
« Votre Altesse, voici les vivres qui seront distribués aux civils. »
« … Vous allez vraiment les distribuer ainsi ? »
Le prince héritier Alonso posa de nouveau la question, les lèvres sèches et tremblantes.
« Oui. La distribution se déroulera exactement comme indiqué. »
« Ha… haha. »
Alonso posa une main sur son front et laissa échapper un rire sans joie, presque incrédule.
Le lieutenant-colonel Han baissa la voix.
« Messire chevalier Maximilian s’est donné beaucoup de mal pour préparer tout cela, pour Votre Altesse. »
« Je sais. Je sais. Comme on pouvait s’y attendre, messire chevalier Maximilian est… »
Le prince héritier prononça le nom du chevalier avec un respect formel, mais aussi sincère.
Han ne prit pas la peine de rectifier son titre.
« … Le peuple sera fou de joie. Certains mangeront jusqu’à s’étouffer. »
En temps de guerre, la distribution des vivres se faisait par catégories.
Catégorie 1, le personnel essentiel, comme les ouvriers affectés aux tâches pénibles, les soldats et les réparateurs : pain, viande, soupe et alimentation riche en protéines, avec du poivre.
Catégorie 2, les travailleurs affectés à des tâches moins pénibles et le personnel de bureau : pain, soupe, pommes de terre et autres céréales.
Catégorie 3, les citoyens ordinaires, les commis et les employés des boutiques : pain et soupe.
Catégorie 4, les personnes sans emploi, les vieillards, les infirmes et les vagabonds : un pain.
Comparé aux anciennes rations de Zerpa, le menu semblait tellement meilleur que le prince héritier ne put que le contempler avec admiration.
« Pour organiser la distribution, nous aimerions consulter le registre administratif de Zerpa et le placer sous notre contrôle. Nous y autorisez-vous ? »
« Ah, bien sûr. »
Des bons de rationnement seraient délivrés en fonction des noms inscrits dans le registre de Zerpa, puis la distribution commencerait.
Mais un problème demeurait.
Les ennemis de l’intérieur : les généraux corrompus de la monarchie.
Quant à la façon de « s’occuper » d’eux…
Maximilian devrait peut-être intervenir lui-même plus tard.
« C’est vraiment magnifique. »
Quoi qu’il en soit, le prince héritier était bouleversé.
Une fois la distribution lancée, les soldats et les habitants de Zerpa ressentiraient probablement la même chose.
« Au fait, Votre Altesse, vous parlez l’impérial aussi couramment qu’un Aran de naissance. »
Le lieutenant-colonel Han posa la question avec un léger sourire.
Le prince héritier acquiesça doucement.
« J’ai visité l’Empire quand j’étais jeune. Pour les membres de la famille royale, l’impérial fait partie des bases. »
« Dans ce cas… »
Han sortit un livre de son manteau et le lui tendit.
Son titre était estampé à l’or sur la couverture noire.
« Cela vous dirait de le lire ? Il est arrivé du centre impérial avec les provisions. »
Les colis de ravitaillement venus de l’Empire contenaient plusieurs livres, et celui-ci, en particulier, avait beaucoup de succès auprès des soldats.
« Baltaras… ? »
Le prince héritier caressa la couverture luxueuse et ouvrit le livre à la première page.
* * *
… Une mode avait gagné le centre impérial.
Elle tenait en un seul livre : « Baltaras ».
« Ha… ça me rend dingue. »
Un après-midi tranquille.
Ashton, ancien membre de l’Ordre des Sentinelles devenu chevalier privé indépendant, savourait lui aussi chaque ligne et la ressentait au plus profond de lui.
« Comment un livre pareil a-t-il pu sortir du centre… »
À première vue, on aurait dit une banale histoire d’amour, mais ce n’était pas du tout le cas.
À vrai dire, elle était plus poignante et plus réaliste que n’importe quelle autre romance.
Un génie ne se souciait pas de la censure.
À vrai dire, c’était déjà incroyable que ce livre ait passé la censure.
« Hé ! Egilon ! »
Quelqu’un l’interpella. Ashton soupira et referma le livre.
Il se leva sans hâte et regarda dans la direction de la voix.
« Egilon ! Quoi de neuf à la ferme ?! »
Ils se trouvaient dans la zone frontalière sud-est de l’Empire. Une immense plantation du Cartel de Parmano, où poussait le pavot noir, principal ingrédient de la drogue Archia.
« Hé ! Egilon ! Je t’ai demandé s’il s’était passé quelque chose ?! »
Un cadre du cartel cria depuis le haut d’une jeep.
Le chevalier Ashton, alias Egilon, infiltré du cartel, désigna la ferme d’un mouvement du menton.
« Tu vois bien. C’est calme. »
« Parfait. Alors, on échange les gardes ! »
La frontière sud-est était une région où se mêlaient plusieurs langues, dont le berkina, celle de la nation orientale. Ils échangèrent des plaisanteries dans un dialecte grossier, puis descendirent de la jeep.
Des gardes armés du cartel.
Ce n’étaient pas de vulgaires voyous. Le cartel employait des mercenaires aussi habiles à l’épée qu’avec les armes à feu ; certains dépassaient même les chevaliers en service actif.
« Bon travail. »
« Ouais, bonne garde, Egilon, espèce d’enculé. »
« Va te faire foutre. »
Ashton leva son majeur et s’éloigna de la ferme.
Les cadres du cartel et les hommes chargés de sa défense se saisirent d’épées et d’armes à feu.
Puis le soleil se coucha, et la ferme fut peu à peu ensevelie dans une obscurité totale.
Cette atmosphère paisible, silencieuse…
Bang !
Fut déchirée en un instant.
Le coup de feu fit jaillir des étincelles.
Clang ! Clang ! Ratatata !
Le son aigu des lames qui s’entrechoquaient.
« Espèce d’enfoiré ! Tuez-le ! Crève ! Aah, aaah ! »
Le sang gicla, les cris fusèrent.
Tranche. Schrrk.
L’acier entailla la chair. Des membres sectionnés roulèrent sur le sol.
Scrrrape.
Peu à peu, le chaos s’apaisa. Le silence revenait lentement sur les lieux…
Fouuuush.
Un feu de champ se mit à rugir.
Des dizaines d’hectares de terres agricoles, destinées à fournir la matière première des narcotiques, furent engloutis par les flammes rouges et réduits en cendres…
Un pas.
Une botte de combat de chevalier frappa la route. Un homme aux cheveux blonds et aux yeux dorés se tenait devant le mur de feu vacillant. Le clair de lune éclairait la ligne anguleuse de sa mâchoire.
Il se frotta le menton couvert d’une barbe rêche, puis leva les yeux vers le ciel nocturne.
« Ah, chevalier Yulian ! »
Dans le sud-est impérial, un directeur adjoint du Bureau de lutte contre les stupéfiants accourut.
« Merci pour votre travail. »
Yulian acquiesça en silence.
C’était une opération de destruction d’une plantation de narcotiques. Il s’agissait d’éradiquer le pavot noir, matière première de l’Archia de haute pureté.
« Waouh. Tout ça valait combien ? Des dizaines de millions de dollars, pas vrai ? »
Le directeur adjoint marmonna des banalités, mais Yulian s’abîma dans ses pensées.
Les narcotiques faisaient oublier la vie.
Les gens se droguaient-ils parce que la vie était dure ?
Dans ce cas, le problème venait-il des personnes qui se droguaient, de celles qui fabriquaient ces substances ou des groupes qui broyaient les gens jusqu’à les réduire à la misère ?
Quel que fût l’angle sous lequel il examinait la question, aucune réponse claire ne lui venait.
« Au fait… messire chevalier. Avez-vous lu ce livre ? »
Le directeur adjoint sortit un livre de son manteau.
« Baltaras ».
« Tout le monde en parle en ce moment. Ma fille m’a tellement tanné pour que je le lise que j’ai fini par m’y mettre, et c’était incroyablement bon. Mais ce salaud de Dyke… Ah, au cas où vous ne l’auriez pas encore lu… »
Yulian sortit le même livre de son manteau.
« Oh, bien sûr. »
« La lecture est mon passe-temps. Dyke est un fils de pute. »
« Hahaha, bien sûr. Tout à fait vous, messire chevalier. Vous n’auriez pas pu passer à côté d’un chef-d’œuvre pareil. »
« Je crois savoir de qui Baltaras s’inspire. »
« Hein ? Le modèle ? Ah, vous-même ? »
Le directeur adjoint se mit à débiter des absurdités. Yulian fronça légèrement les sourcils.
« Ah, non ? Pendant que je lisais, je n’arrêtais pas de penser à vous, chevalier Yulian. »
« Baltaras n’est pas aussi usé que moi. »
Il n’y avait qu’un seul homme qui correspondait à la description de Baltaras.
« Veillez à bien nettoyer les lieux. »
« Oui, monsieur. Comptez sur moi. Franchement, il n’y a même rien à nettoyer. On a tout brûlé. »
Yulian s’éloigna et ouvrit le livre. À la page dix-sept, Ashton avait dissimulé un message codé.
Cette opération avait été menée conjointement par Ashton et Yulian.
Vieux camarades, ils avaient enquêté ensemble pendant de longues années.
Pour rendre l’Empire plus juste, pour éliminer les cartels qui lui nuisaient…
Yulian fixa la ferme en flammes et serra « Baltaras » contre lui.
« … »
Pourtant, quel camp était vraiment « juste » ?
Il n’avait toujours pas trouvé la réponse.
* * *
Deux semaines après la parution de Baltaras.
Le roman « Baltaras » provoqua des remous dans tout l’Empire. Les jeunes nobles tombèrent sous le charme de Baltaras, le protagoniste tragique, tandis que les nobles corrompus faisaient semblant de réfléchir profondément.
Étrangement, aucun d’eux ne semblait se dire qu’il était lui-même Dyke, l’ennemi de Baltaras.
Mais Baltaras n’était pas qu’un divertissement. Le roman véhiculait aussi de la propagande.
La suprématie aran imprégnait toute l’histoire et, si Baltaras était trahi par les nobles impériaux, ce furent les barbares du front oriental qui le tuèrent directement à la fin.
La première œuvre de Johann mêlait littérature, art et propagande.
Quelle influence aurait-elle sur l’esprit de l’époque ?
Il était encore impossible de le prévoir.
Je ne devais pas trop en attendre.
J’espérais seulement que cela aiderait les lois que je comptais proposer plus tard.
« Hum. »
Un après-midi.
J’arrivai un peu en retard à l’Ordre et, comme d’habitude, pris un journal.
[Un noble nommé « Baltaras » conquiert l’Empire.]
[Un noble qui n’existe pas parcourt l’Empire…]
Je parcourais les gros titres avec satisfaction quand…
Toc toc, bam !
On frappa à la porte, qui s’ouvrit aussitôt.
Yulian.
Une visite aussi soudaine était extrêmement inhabituelle de sa part.
« Chevalier Yulian. Que se passe-t-il ? »
Au lieu de répondre, Yulian s’assit sur la chaise en face de moi.
« … Max. »
« Oui. »
« En tant que chevalier, je souhaite vous demander officiellement votre soutien. »
Yulian me demandait de l’aide.
C’était surprenant.
« Hum… »
Je calculai d’abord mentalement le moment où cela arrivait.
Une crise susceptible de frapper Yulian à cette période. Les affaires sur lesquelles il enquêtait personnellement.
Le Cartel de Parmano.
Le sud-est impérial. La plus grande et la pire organisation de narcotrafiquants de l’Empire, qui sévissait dans les régions frontalières où la loi et l’ordre n’avaient pas cours.
« … Vous connaissez Parmano ? »
« Le cartel, oui. »
« Un camarade qui s’y était infiltré menait une mission extrêmement dangereuse. Nous avons perdu le contact. »
Yulian poursuivit d’un ton égal.
« Nous avons pu localiser approximativement sa dernière position, mais… »
Comme toujours, il gardait son calme.
C’était bien Yulian : calme face à la mort, en prison, même avec l’exécution juste devant lui.
« Je ne peux pas gérer une opération d’une telle ampleur tout seul. J’ai besoin de personnes en qui je puisse avoir confiance, ainsi que de fonds. »
Yulian était incorruptible. Il consacrait toutes ses récompenses et son salaire aux orphelinats et aux plus démunis ; il devait donc manquer cruellement d’argent pour ses propres opérations.
« Oui. »
Je répondis sans hésiter.
« Je me porte volontaire. »
La drogue était un poison qui rendait l’Empire malade.
Et derrière ceux qui répandaient ce poison, sans aucun doute…
Il y aurait des Izenheim.
« Partez devant. Je vais me préparer. »
Après tout, c’était exactement le genre d’« affaire » que j’attendais.
Yulian avait perdu contre le cartel par le passé.
Je ne laisserais pas les choses se terminer ainsi.
…
Kairon s’adossa à la fenêtre de son bureau et ferma les yeux.
Une sombre lueur de lune filtrait par l’ouverture et éclairait son visage. Une larme perla au coin de son œil avant de rouler sur sa joue.
Baltaras.
Chacune de ses paroles, chacune de ses phrases avait du poids. Même sa fin tragique était empreinte d’une noble signification.
« … Haa. Hk. »
La posture, l’allure, tout ce qu’un noble se devait d’incarner.
Cela faisait peut-être bien longtemps qu’il n’avait pas été submergé par une émotion aussi pure.
« Hk… khup. »
Il réprima l’émotion qui montait en lui. Une fois remis, il quitta le bureau.
« Hoo… »
Il prit une grande inspiration et appuya sur le bouton de l’ascenseur.
Ding.
Dans l’ascenseur qui s’ouvrait se tenait une chevalière déjà à bord. C’était la chevalière supérieure Adria.
Elle aussi tenait un livre à la couverture noire.
« Vous l’avez lu aussi ? »
« Oui. On dirait que vous avez pleuré, messire chevalier Kairon. »
« Moi ? Pas du tout. »
« Vous avez des traces de larmes. »
« … Un livre comme celui-là ne vous correspond pas. »
Kairon jeta un regard à Adria et eut un rire sec. Adria acquiesça légèrement.
« C’est vrai. J’ai compris le devoir de noblesse dont parlait Baltaras. Mais, au bout du compte, le thème du livre tout entier était étriqué. Il désignait un camp comme ennemi. »
« Espèce de folle. Tais-toi. Comment oses-tu ? »
« … Même si nous ne sommes que tous les deux, vous ne trouvez pas que vous exagérez ? J’ai quand même trouvé l’intrigue vraiment passionnante. Une romance qu’on ne voit pas souvent dans l’Empire… »
Ding.
L’ascenseur arriva à ce moment-là. Ils se dépêchèrent de rejoindre le parking.
Kairon détestait avoir affaire aux femmes. Elle devait ressentir la même chose.
« Vous partez déjà ? »
À cette voix inattendue, ils se retournèrent.
Et, au moment où ils virent l’homme apparu de nulle part…
« … »
Les yeux de Kairon s’écarquillèrent. Ceux d’Adria aussi.
Dans leurs oreilles résonna de nouveau la description de Baltaras.
[Même dans l’obscurité, l’éclat de ses yeux dorés ne faiblissait jamais. Ses cheveux blonds, toujours impeccables, brillaient d’un éclat magnifique. Son uniforme était irréprochable, sans la moindre trace de poussière, et jamais sa conduite ni son allure ne laissaient à désirer…]
« Portez-vous bien. »
Il monta dans sa voiture et s’éloigna sans un mot de plus. Même le plus banal de ses gestes était parfait. Adria et Kairon le regardèrent partir, hébétés.
« … Hein. »
Ils étaient abasourdis.
Un chevalier à l’image de Baltaras, du moins en apparence…
… travaillait depuis tout ce temps au même endroit qu’eux.
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