Chapitre 101
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Traducteur : Coughing Baby
Relecteur : Coughing Baby
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◈ L’Impérialiste malgré lui
Chapitre 101
──────
Votre foi (4)
Mon ennemi était Izenheim.
Non, Izenheim était l’ennemi de l’humanité.
Et pourtant, je ne connaissais toujours pas vraiment Izenheim. Ni leur patrie, ni leur nature, ni leurs origines, pas même la raison pour laquelle ils cherchaient à détruire ce continent.
Cette raison fondamentale demeurait enveloppée de brouillard.
Alors, chaque fois que je leur faisais face, j’hésitais.
Les tuer à vue était-il vraiment le bon choix ?
Devais-je les capturer, les torturer, leur disséquer le cerveau, voire mener des expériences sur des humains si nécessaire, et leur arracher leurs secrets par la force ?
« … »
Un épéiste se tenait en face de moi. Un capitaine en uniforme militaire.
Il était un ennemi qui faisait réagir mon cœur. Derrière lui, quelques soldats pointaient leurs fusils sur moi.
« Êtes-vous un chevalier de l’Empire ? »
Il m’interrogea dans un impérial courant. Je restai immobile, jaugeant sa force.
— Boum.
La réaction du virus était assez puissante. Il restait pourtant bien moins redoutable que Dune Kan.
Heureusement, j’avais un peu de temps devant moi. J’avais déjà détruit le poste de communication.
« Capitaine ! Donnez le signal quand vous voulez ! Nous tirerons ! »
L’un des soldats lança ces mots d’une voix tremblante.
« Non. Ne tirez pas. »
Le capitaine les arrêta.
« Vous ne pouvez pas le maîtriser avec des fusils. Ne le provoquez pas sans raison. »
Il me regarda et esquissa un sourire amer.
« … Quant à moi, je ne pense pas pouvoir vous faire gagner beaucoup de temps. »
Il avait le regard d’un homme qui jouait la résignation.
Puis il reprit en impérial.
« Si vous êtes vraiment un chevalier de l’Empire, alors je vous en prie au nom de la chevalerie. »
La langue aurait manifestement une grande importance dans la grande guerre à venir.
Cela ne fit que renforcer mon envie d’étudier davantage.
« Laissez partir les soldats, je vous prie. Ils ne font qu’obéir aux ordres. »
Cette révérence polie, alors qu’il tenait son épée, me souleva le cœur. C’était absurde et exaspérant.
Je répondis sans baisser ma lame.
« Si vous répondez à ma question. »
« … Faites d’abord partir les soldats, je vous en prie. »
Beaucoup des soldats présents avaient encore des visages d’enfant.
À peine vingt ans, voire dix-neuf. De purs Zerpans, pas des Izenheim.
« … »
Le capitaine s’adressa à eux.
« Partez. »
« M-mais… »
« Tout de suite ! »
C’était la première fois que je voyais un Izenheim se faire ouvertement passer pour un saint.
Les soldats s’enfuirent après avoir abandonné leurs fusils. Je le foudroyai du regard et prononçai une seule phrase.
« Vous êtes Izenheim. »
« … Si vous parlez de mes origines, oui. »
Quelle audace. Plus je l’observais, plus il me faisait l’effet d’une nouvelle sorte d’Izenheim… ce qui était impossible.
J’avais peut-être, jusque-là, inconsciemment enfermé Izenheim dans un moule immuable.
C’étaient des êtres prêts à tout pour leur cause.
« Un Izenheim m’a dit un jour ceci. »
Je me rappelai Jacob.
Le premier Izenheim que j’avais rencontré après ma régression, et le premier que j’avais tué.
C’était clairement un spécimen immature. Jeune, émotif et, surtout, incapable de dissimuler sa véritable nature.
« “Comment osez-vous voler notre langue ? Je vais vous arracher le cœur et le déchiqueter avant de le manger.” »
J’imitai les intonations de la langue qu’il avait marmonnée.
Le visage du capitaine se durcit aussitôt.
« Celui-là disait que les vôtres grandissaient en mangeant des cœurs. Que votre but était l’extermination de l’humanité. »
« … »
« D’où venez-vous, et pourquoi cherchez-vous à nous détruire ? »
Il resta un instant interdit, puis m’adressa un sourire triste.
« Je savais… qu’il y aurait quelqu’un comme vous. »
Cette pitoyable comédie me dégoûta.
« Mais être Izenheim ne signifie pas que nous partageons tous le même objectif. Tout comme vous. »
— Peut-être.
C’était sans doute la principale raison de la défaite de l’humanité.
« Au bout du compte, nous sommes nous aussi des humains, comme vous tous. »
Une expression si humaine.
Une émotion si humaine.
… Tout n’était qu’imitation.
« Je m’oppose aux miens. Je me bats pour ce qui est juste. »
En revêtant la même peau que nous et en parlant notre langue, ils franchissaient nos frontières et se glissaient dans nos cœurs.
« Vous trahissez les vôtres ? »
« Oui. Chacun en a le droit, face à tous les autres dans ce monde. Une race n’est qu’une race. Elle ne peut décider de mon idéologie, de mes convictions ni de l’avenir que je choisis. Après tout, nous venons tous des mêmes origines… nous sommes tous des humains, n’est-ce pas ? »
Des humains comme nous.
Je lâchai un rire sans joie et levai mon épée.
« Nous ne sommes pas des humains comme vous. Du moins, pas les gens de votre espèce. »
La tristesse s’étendit sur le visage du capitaine.
« … Vous portez en vous une haine aveugle, ardente et brutale contre une race entière… »
Fssssss…
Le mana Ebenholtz ondula sur ma lame. Il inspira profondément et leva son épée.
« Si ma mort peut vous apporter un peu de réconfort, je l’accepterai volontiers. »
Je traçai une ligne invisible dans l’espace. Le mana ondula comme un clair de lune.
Deuxième forme Ebenholtz : Entaille au clair de lune.
L’Izenheim frappa à son tour. Son mana était bleu.
Il ne différait en rien du mana humain.
Il ne manifesta jamais l’impulsion de Jacob.
… Peut-être que l’existence de cet Izenheim nommé Jacob avait été le plus grand coup de chance de ma vie, et de celle de l’humanité.
Crac… !
À l’instant où la lumière jaillit, l’épée du capitaine se brisa et sa tête s’envola dans les airs.
Même à l’agonie, son regard ne semblait pas m’en vouloir.
Ou peut-être me comprenait-il.
« Espèce de vermine répugnante. »
Le virus dévora goulûment son mana, tandis que j’écrasais son visage sous ma botte.
Crac ! Crounch !
Je déformai ses yeux calmes, son nez et sa bouche.
« … Haa. »
Pourtant, c’était indigne de moi.
Je me calmai, pris une profonde inspiration et rejetai mes cheveux en arrière.
Je remis mes vêtements en ordre et essuyai la chair et la saleté sur mon épaule.
Inutile de m’emporter.
Aucune raison de bouillir de rage.
Je savais déjà ce qu’ils étaient.
« Ils… se servent de leur propre mort. »
Ils étaient prêts à faire de leur propre mort un marchepied.
Pour un seul et unique but : la fin du monde.
Je devais donc avoir le cœur dur.
Une soif de tuer inébranlable. Une haine qui ne vacillait pas.
« Ouf… »
Je sortis de ma poche intérieure une pierre de mana de haute pureté.
Je la lançai légèrement en l’air, puis frappai l’entrée du tunnel.
Kwoaaaaaah !
Un éclair argenté, amplifié par la pierre de mana, fracassa la voûte. Un grondement tonitruant retentit et le socle rocheux s’effondra.
Le tunnel entièrement enseveli ne faisait plus qu’un avec la montagne.
« Leon. Pont détruit. »
« Dare Tan. Pont détruit. »
« Hanna. Destruction du pont terminée ! »
« Royce. Mission accomplie. »
Les comptes rendus confirmant la réussite des missions me parvinrent les uns après les autres.
« … Ici Maximilian. Nous nous dirigeons maintenant vers la capitale de Zerpa. »
* * *
Nous détruisîmes les installations ennemies, semâmes la confusion et nous faufilâmes entre les mailles de leur encerclement rigide pour entrer dans la capitale royaliste.
Nous atteignîmes ainsi le cœur de la monarchie de Zerpa : « le palais royal d’Elenium ».
« Chevaliers de l’Empire. »
Les trois recrues de l’an zéro, Leon et moi présentâmes nos papiers à la porte principale du palais.
Les gardes vérifièrent minutieusement l’insigne de mana de l’Ordre des Sentinelles, puis s’inclinèrent.
« Oui. Nous vous attendions. Entrez, je vous prie. »
Guidés par un majordome, nous pénétrâmes à l’intérieur.
Contrairement à la splendeur de la façade, une atmosphère morose régnait dans le palais. Les domestiques que nous croisions avaient l’air sombre, et les nobles nous observaient du coin de l’œil avec méfiance.
Ça sentait la défaite.
« Veuillez patienter ici. »
Le majordome désigna un long couloir bordé de chambres d’amis.
« Son Altesse le prince héritier arrivera sous peu. En attendant, vous feriez mieux de vous reposer après votre voyage. »
« Bien. Nous le ferons. »
Je m’adressai aux autres chevaliers.
« Défaites vos bagages et reposez-vous un peu. »
Les recrues de l’an zéro avaient une mine affreuse : de lourdes cernes, les yeux creusés. Cela dit, moi non plus, je n’avais pas dormi depuis soixante heures.
« O-oui… »
« Compris… »
Ils répondirent faiblement avant de gagner leurs chambres.
J’ouvris moi aussi la porte de la chambre qui m’avait été attribuée.
Une chambre VIP préparée pour les invités. Un tapis luxueux, un lit moelleux et, près de la fenêtre, une plante en pot bien entretenue.
« Pas mal. »
J’enlevai mon manteau et le posai sur une chaise. Dès que je m’affalai sur le lit, une lourde fatigue s’abattit sur mes épaules.
« … Max. Tu as une minute ? »
Leon entra alors dans ma chambre.
« Ouais. Pourquoi ? »
« J’ai quelque chose à te dire. »
« Quoi ? »
Il tira une chaise, la tourna et s’assit à califourchon dessus.
« Euh… au sujet de l’armée impériale. Pour être honnête, à part nous, elle n’a pas l’air très disposée à s’impliquer sérieusement dans cette guerre civile. »
Tout en se grattant la nuque, il poursuivit.
« C’était déjà l’impression qu’on avait dès le début. Avant même d’arriver ici. »
L’Empire avait une raison d’hésiter à dépêcher l’Ordre des Sentinelles.
Son véritable objectif n’avait jamais été de se précipiter au secours des royalistes de Zerpa.
« Non. Les renforts vont bientôt bouger. »
Peu importait.
Quels que soient les desseins de l’Empire, je pousserais cette guerre civile vers une victoire royaliste.
« Hein ? Vraiment ? Les renforts, c’est Durkon, non ? C’est une légion assez brutale. »
Forte d’environ dix mille hommes, la légion Durkon était assez célèbre dans l’Empire. Efficace, mais à moitié composée de brutes épaisses.
Avant ma régression, elle avait traîné des années des pieds tout en réquisitionnant les ressources locales de Zerpa.
« Ouais. Durkon va avancer. Sans aucun doute. »
« Comment tu peux en être aussi sûr ? »
Je pris une serviette sur l’étagère et esquissai un sourire en coin.
« J’ai écrit quelques lettres. »
Mes lettres manuscrites étaient parties avec le lieutenant-colonel Kai Han.
À présent, elles avaient dû parvenir à l’Empire et commencer à titiller l’armée là où ça faisait mal.
« Ce ne sont pas les ordres qui font bouger les gens, Leon. »
J’enlevai ma chemise.
« Ce sont les relations. »
Leon me regarda d’un air étrange, puis haussa les épaules.
« D’accord, comme tu veux. Tu sais que les chevaliers envoyés en mission ne restent jamais plus d’un mois, pas vrai ? »
« Je sais, idiot. Dehors, je dois me laver. »
« Ça marche. »
Leon sortit et je gagnai la salle de bains.
Je vérifiai d’abord si la pièce était équipée de micros ou d’un dispositif d’écoute.
Chhhh…
J’ouvris l’eau chaude et m’immergeai entièrement.
L’eau tiède dissipa la fatigue accumulée dans mon corps.
* * *
— Au quartier général local, en territoire zerpan.
Le général de division Schweitzer, commandant de la « légion Durkon », envoyée en renfort par l’Empire, avait réquisitionné de force le penthouse d’un hôtel de luxe du centre-ville et dirigeait une réunion opérationnelle.
« Pour commencer, calculez combien de nouvelles bombes magiques il nous faudra pour rayer de la carte un village de cette taille. »
Il désigna la carte et donna ses ordres aux officiers. La zone était remplie de paisibles habitations.
« En parallèle, testez le rendement de la magie d’incinération à grande échelle. »
La légion Durkon n’avait jamais eu pour objectif de participer immédiatement aux combats.
Les lâches royalistes allaient de toute évidence s’éterniser en menant une défense dispersée. Il n’était donc pas question de gaspiller les précieuses ressources impériales. Mieux valait tester de nouvelles armes et méthodes militaires en vue des guerres à venir.
En réalité, le général de division Schweitzer avait reçu ces ordres précis de hauts dignitaires du palais impérial.
« Autre chose. Vérifiez jusqu’où nous pouvons pousser les esprits fragiles des mages avant qu’ils ne craquent. »
Les mages étaient autant d’armes tactiques ambulantes. Mais pour les utiliser au combat, il leur fallait des supports comme des cercles magiques et des pierres de mana ; surtout, il fallait prendre soin de leur esprit et de leur corps fragiles pour obtenir des résultats convenables.
« O-oui. Compris ! »
Les officiers d’état-major répondirent d’une seule voix.
« Plus tard, nous raserons les zones civiles qui collaborent avec la faction républicaine. »
Quand les civils s’effondraient, c’était toute une nation qui s’effondrait. Telle était la doctrine de Wolfgang, chef d’état-major de la Garde impériale.
En massacrant les civils, ils évalueraient l’efficacité des tactiques de terreur, ainsi que le prestige de l’Empire…
« Général de division ! Un messager est arrivé. »
Un officier des transmissions accourut.
Schweitzer fronça les sourcils.
« … Un messager ? »
« Oui. Un messager de la force de Berton. Ils disent qu’il s’agit d’une demande de coopération concernant leur plan de marche… »
« Renvoyez-le. »
« Bien, monsieur ! »
Schweitzer agita la main.
Berton. Il ne savait même pas de qui il s’agissait.
Après avoir congédié l’officier des transmissions, Schweitzer allait reprendre la réunion.
« Général de division ! Communication ! »
L’officier des transmissions réapparut, encore plus pressé.
« Une communication ? »
« Oui ! Un appel urgent par la ligne militaire ! »
Une ligne militaire de circuit de mana avait été installée dans le sous-sol de l’hôtel et reliée au commandement impérial du centre-ouest.
Schweitzer passa une main dans ses cheveux et descendit.
« Ah. Général de division Schweitzer, vous m’entendez ? Ici… »
« Je vous entends. »
« Ah. C’est le général de division Maut. »
« Maut ? Qu’y a-t-il ? »
« Ça fait longtemps. »
C’était un ancien camarade de classe, le général de division Maut, de l’armée. Il était en service dans les forces chargées de la répression à Gennen.
« Rien de particulier. Je voulais seulement savoir quand vous comptiez vous mettre en marche. »
« … Quoi ? »
Schweitzer éclata d’un rire incrédule devant cette question sortie de nulle part.
« Votre marche, votre marche. Vous avez dû vous reposer suffisamment sur place. Combien de temps comptez-vous encore rester les bras croisés ? »
« … Je ne vois pas de quoi vous parlez. C’est mon secteur et j’ai déjà reçu des ordres de mes supérieurs. »
« Les royalistes sont isolés. La force de Berton risque déjà sa vie dans ses opérations. Est-il normal que le gros des troupes reste les bras croisés ? Vous êtes venu faire du tourisme ? »
« Quoi ? Vous ne m’avez pas entendu ? J’ai reçu des ordres ! »
« Pour votre… »
Clic.
Schweitzer coupa sèchement la communication. Ce connard avait-il pris un mauvais médicament ?
« Ce fou se met soudain à me faire la leçon… »
En maugréant, il remonta dans la salle de réunion.
Mais alors…
Moins de cinq minutes plus tard, l’officier des transmissions accourut de nouveau.
« M-monsieur. On vous appelle encore. »
« Si c’est Maut, dites-lui de la boucler et de dégager. »
« Ce n’est pas le général de division Maut. »
« Bon sang. Alors, qui est-ce ?! »
« C’est le lieutenant général Litruman. »
En entendant la voix à l’autre bout de l’appareil, Schweitzer répondit poliment.
« … Ah, oui. Mon ancien supérieur… Non, lieutenant général. »
C’était Litruman, directeur d’Empire Point et ancien de l’armée.
« J’ai appris que vous aviez installé un commandement local à Zerpa. Un certain temps a passé. Quel est votre calendrier de marche ? »
« Euh… Je vous prie de m’excuser, mais nous n’avons pas prévu de marcher dans l’immédiat. Pour le moment, nous… »
« Quoi ?! »
Un rugissement explosa dans le récepteur.
« Vous voulez mourir ?! Vous êtes allé jusque-là et vous n’avez toujours aucun plan de marche ?! »
« N-non, monsieur. C’est simplement que nous avons reçu des ordres que je ne peux pas révéler. À propos de nouvelles armes et de nouvelles tactiques… »
« Alors, testez-les sur le champ de bataille, espèce de demi-chauve ! En route, tout de suite ! »
« … »
Schweitzer se frotta le sommet dégarni du crâne et se mordit la lèvre.
Litruman dirigeait Empire Point. Il occupait peut-être un poste politique important, mais les champs de bataille lui étaient encore bien étrangers.
Alors, pourquoi tout à coup…
« Si vous continuez à rester là sans rien faire, hein ?! Je vous tuerai de mes propres mains. Compris ?! »
« Lieutenant général Litruman, je vous prie de m’excuser, mais j’ai reçu des ordres de mes supérieurs. »
Cette fois, Litruman raccrocha le premier.
« … Ha. »
Schweitzer reposa le combiné, abasourdi.
Tous ces vieillards s’étaient-ils concertés pour prendre un mauvais médicament ?
« C’est vraiment un putain de délire… »
Sa calvitie grandissante suffisait déjà à le rendre fou de rage.
Il avait envie de se défouler pour de bon. Un seul village ne suffirait pas. En raser deux d’un coup lui ferait peut-être du bien.
« Tout le monde, rasseyez-vous ! »
Schweitzer regagna la salle de réunion et s’apprêtait à reprendre son exposé.
Mais une fois encore…
« M-monsieur ! »
« Qu’est-ce qu’il y a encore ?! »
L’officier des transmissions entra en courant, le visage au bord des larmes.
« Général de division Schweitzer, c’est le lieutenant général Walter. »
Schweitzer gémit et se pressa le front.
Le lieutenant général Walter, véritable poids lourd de l’armée, était presque assuré d’être promu général.
« Ça fait longtemps. Je suis heureux d’entendre votre voix. »
« … Oui, lieutenant général. Le plaisir est partagé. C’est encore à propos de ça ? »
« Encore à propos de quoi ? »
« Vous m’appelez pour parler de la marche, n’est-ce pas ? »
« Hmm. »
Walter semblait sur le point d’ajouter quelque chose.
« Ah, peut-être… »
« Exactement. Pourquoi n’êtes-vous toujours pas en mouvement ? »
Mais qu’est-ce qui se passait, bon sang ?
« … Nous exécutons actuellement des ordres secrets… »
« Alors, considérez ceci comme un ordre public. Mettez-vous en route immédiatement. »
Maut. Litruman. Et maintenant Walter.
Les généraux impériaux faisaient pression sur lui comme s’ils s’étaient concertés. À ce rythme-là, un général finirait par le contacter à son tour.
« Mais… »
« Une force qui part soutenir une armée est un renfort. Une armée qui reste enterrée sur place est une garnison. »
Schweitzer sentit une sueur froide lui couler dans le dos.
« Je ne le répéterai pas. »
« Ha… »
Il ne comprenait pas pourquoi.
Il ne comprenait vraiment pas, mais avec une telle pression de la part de l’armée, il ne pouvait plus se contenter de l’appui du palais.
À vrai dire, il pouvait aussi tester les nouvelles armes sur un champ de bataille.
Prendre des civils pour cible leur permettrait aussi d’évaluer les dégâts psychologiques infligés à l’ennemi, mais il ne pouvait pas se mettre toute l’armée à dos pour ça.
« … Compris. Où devons-nous aller ? »
« Faites votre jonction avec Berton. »
Clic.
La communication fut coupée.
Schweitzer s’effondra sur une chaise.
« Qu’est-ce que c’est que ce bordel… Et puis, c’est quoi, Berton ? »
Il se souvint alors soudain de ce que l’officier des transmissions avait dit plus tôt.
« Le messager de Berton attend. »
« … Le messager. »
Il se leva d’un bond et dévala les escaliers jusqu’au hall de l’hôtel. Un soldat se tenait là, couvert de poussière.
« Fidélité ! »
« Vous venez de Berton ? »
« Oui, monsieur. Mon commandant m’a chargé de vous remettre ceci. »
Le soldat lui tendit respectueusement une lettre cachetée.
Schweitzer s’empara brutalement de l’enveloppe, puis vérifia le nom de l’expéditeur inscrit dessus.
« Ha, vous vous moquez de moi… »
Un rire sans joie lui monta aux lèvres.
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