« Oh, vraiment ? »
« Ouais. C’est le maître de Lord Kima qui supervise toutes les opérations ! »
Grâce à mon ouïe fine, j’écoutais secrètement les domestiques de la famille bavarder dans le couloir. Mais je n’arrive pas à croire que la rumeur selon laquelle Kima n’est qu’une marionnette se soit répandue dans toute la maison. Typique de Kima et de sa nature servile.
Bien qu’il prétende être à la tête de la guilde marchande, il était nerveux et a fini par avouer qu’il y avait un véritable patron au-dessus de lui. Mais ce n’était pas un problème, car la clause de confidentialité du contrat lui interdisait de mentionner le « vrai patron », c’est-à-dire moi.
Toucher une part des bénéfices des artefacts magiques tout en faisant la promotion du café, c’est ce qu’on appelle faire d’une pierre deux coups. Je gloussai intérieurement, me félicitant, quand le bavardage des domestiques parvint à nouveau à mes oreilles.
« Qui peut bien être ce patron ? Il est vraiment incroyable. »
C’est moi.
« Je suis curieux de connaître le secret derrière l’écran de chargement… De plus, sachant que l’invention provient de notre famille, les gens s’intéressent à nous. L’atmosphère est différente d’avant. »
« J’adorerais remercier personnellement le patron. »
C’est moi. Vous pouvez me remercier directement.
Les domestiques, qui discutaient avec animation, tournèrent au coin du couloir et s’approchèrent de moi. En se retrouvant face à face avec moi, ils hésitèrent un instant avant d’incliner légèrement la tête.
« Ah, c’est Madame. »
« Oui, bonjour. »
« Vous vous rendez quelque part ? »
Les domestiques entamèrent la conversation avec empressement. Depuis que je m’étais débarrassée de Caitlyn et de ses sbires, les serviteurs et les servantes étaient devenus très amicaux à mon égard.
« Vous êtes absolument ravissante aujourd’hui, Madame ! »
Zut ! Tout le monde m’aime !
Je me réprimandai silencieusement de ne pas remplir mon devoir de faiseuse de troubles et répondis avec une expression nonchalante : « Ouais, je rentre chez moi. Je n’aime pas cet endroit. »
« Pardon ? Ma-Madame. »
Les domestiques, surpris, échangèrent des regards.
« Je retourne au manoir principal. Giselle a promis de rendre visite à ma famille d’origine au moins une fois par semaine. Je n’aime pas rester trop longtemps dans cette demeure. »
« P-P-Puis-je vous demander pourquoi ? »
« L’atmosphère ici est tellement lugubre. J’ai besoin de recharger mon énergie yang ! »
Alors que mes paroles insensées laissaient les domestiques perplexes, des points d’interrogation semblaient flotter au-dessus de leurs têtes.
« J-Je vois. »
« Compris, Madame… »
Ils avaient l’air assez déçus. Voir leurs expressions me fit l’effet d’un coup de poignard au cœur. Il est facile de s’en prendre aux puissants, mais je ne pouvais pas me résoudre à faire de même avec les domestiques, qui me rappelaient mon ancienne moi, la plus basse des basses.
C’est tout ce que je peux faire. Tourmentée par une culpabilité brûlante, je me grattai la tête frénétiquement et me précipitai vers le manoir des Florette… pour être bloquée par Kima, qui jonglait avec trois rôles, alors qu’il me tendait un registre.
« Nous avons convenu de recevoir les frais de distribution du marketing vidéo une fois par mois. La comptabilité est en cours, et il semble que nous recevrons environ cent millions chaque mois pour l’année à venir ! » Kima me tendit le registre méticuleusement tenu avec un sourire éclatant.
Mon cœur bat la chamade. Après déduction des frais d’intermédiaire, combien vais-je réellement toucher ? Ça devrait faire environ sept mille après impôts, non ?
Je m’éloignais progressivement de la Giselle appauvrie de ma vie passée. Il semble que je gagne lentement des alliés, et même la nature forcée de l’intrigue originale est en train de disparaître. Même si ce n’était pas mon intention, le fait que les servantes et les domestiques m’apprécient en était la preuve suffisante.
Je serrai les poings, essayant tant bien que mal de ne pas verser de larmes de gratitude, tandis que Kima, remarquant mes émotions, ajouta quelques informations. « Ah, concernant le café, il commence à attirer des habitués, à commencer par les chanteurs de l’opéra. »
« Vraiment ? »
« Mais, étrangement, plusieurs autres cafés ont ouvert à proximité, donc nos ventes ont un peu baissé… » Il se frotta le visage avec une expression troublée, semblant inquiet pour moi.
Ils doivent pousser comme des champignons après avoir vu à quel point mon café fonctionne. J’imagine que l’imitation est inévitable… Mais je fermai le registre et dis : « Peu importe, nous sommes les originaux, donc tout va bien. »
« Hein ? Originaux, quoi ? »
« Je veux dire que nous sommes les pionniers, et nous avons fait la promotion, donc ça va. Les gens préfèrent toujours l’original à l’imitation. »
Alors que je discutais avec Kima et vérifiais le registre une dernière fois, la porte s’ouvrit soudainement. C’était le Comte Florette, qui semblait s’être précipité, à bout de souffle.
« Giselle, il y a un problème. » Il me tendit le journal avec un soupir calme. « Alors, cette racaille de bas étage revient, hein. »
Une racaille de bas étage ? Je ne sais pas de qui il parle, mais n’est-ce pas un peu dur de traiter quelqu’un comme ça ?
[<Dernière minute> Le Marquis Berto est de retour !]
[Le grand inventeur d’artefacts et de potions, le futur maître épéiste, le Marquis Berto]
[Après un long voyage, le Marquis Berto revient — jusqu’où va sa beauté ?]
[Il annoncera officiellement son retour lors de la « Fête de Saint Gladius »]
« Ouais, cette ordure de racaille, qui n’est douée qu’en politique, est de retour et n’est toujours pas morte. »
L’un des protagonistes masculins rongés par le regret qui a ruiné ma vie. Et le bâtard qui m’a écrasée avec sa politique sale juste parce qu’il avait honte…
Il arrive, enfin. Vers sa dernière demeure.
Apportez-moi une pelle, une pelle. Je veux sérieusement juste l’enterrer dans le sol.
Le Marquis Berto est revenu après son voyage ! Après des mois d’errance sur d’autres continents à bord d’un navire massif, il est arrivé dans son domaine et a lu le journal présentant son article avec un sourire satisfait. J’ai rapporté d’excellents artefacts, des épices rares et même des ingrédients pour potions.
Sentant le vent ébouriffer sa barbe virilement poussée, il regarda le miroir à main sur le bureau. En levant le bras devant le miroir, son physique musclé se gonfla d’une force brute.
Honnêtement, j’ai l’air absurdement sauvage. Est-ce parce que je manie tant l’épée ?
Après environ 30 minutes à admirer son propre reflet, la porte de la salle des miroirs s’ouvrit prudemment, révélant un visiteur inattendu. C’était le Comte Ronus, qui ressemblait à un mendiant. Bien qu’il fût l’un de ses proches aides, le Marquis Berto ne l’avait jamais vu dans un tel état auparavant et fut pris de court.
« …Hmm ? Qu’est-ce qui vous amène ici sans prévenir ? »
« Marquis Berto ! Ha… V-Vous êtes enfin de retour ! »
« Que se passe-t-il ? »
En entendant les circonstances détaillées, c’était assez absurde.
« Quoi ? Il y a un problème avec le nouvel investissement dans le café ? »
« Oui. Ils utilisent déjà des épices rares pour préparer de la nourriture et du café, et on dit que c’est très délicieux. »
Ayant acheté d’innombrables épices pour gérer un café sous un pseudonyme, il réalisa qu’il était déjà en retard dans le secteur. Cela lui laissa un goût amer dans la bouche.
« Quelle famille gère ce café ? »
« C’est bien là le problème. Personne ne le sait avec certitude. On dit que ce pourrait être le Comte Florette, qui est récemment revenu de l’île aux épices, mais comme les entreprises sont souvent gérées sous des pseudonymes, c’est difficile à dire. »
« Ha ! Ils m’ont devancé. Je ne m’attendais pas à ce que le Comte Florette soit un homme d’affaires aussi avisé. Quoi qu’il en soit, enquêtez. Découvrez exactement qui c’est. »
Alors qu’il se massait les tempes pour réprimer sa frustration, il remarqua que le visage du Comte Ronus était devenu pâle de détresse. Il semblait y avoir un autre problème.
« Et ? Il y a autre chose, n’est-ce pas ? »
« C’est lié à la famille Kalinos. »
Le Marquis Berto, qui s’apprêtait à le renvoyer d’un geste hautain de ses cheveux pommadés, s’arrêta. « …Kalinos ? Vous parlez de la famille dirigée par Vientin Kalinos ? »