« …À quoi bon faire cela maintenant ? La présentation commerciale est déjà terminée… » Les lèvres de Neslan bougèrent imperceptiblement, mais il se tut aussitôt, bien que ses mains tremblent visiblement.
Il veut le faire lui-même. Même si sa bouche dit non, son corps, lui, est honnête.
Pour l'encourager, j'ajoutai un mot : « C'est une occasion d'apporter de l'honneur à la famille. »
« Une occasion d'apporter de l'honneur à la famille, dites-vous ? »
« Oui ! C'est une chance de devenir quelqu'un de très utile pour la famille. »
« Une chance pour quelqu'un comme moi, qui étais totalement inutile, de devenir utile… » Ses lèvres tremblantes se figèrent soudainement, et il hocha lentement la tête.
Succès. Je souris chaleureusement, l'encourageant par mon expression.
Le Comte Ronus avait lourdement investi dans cette entreprise. De plus, je savais qu'une partie de cet investissement provenait du Marquis Berto. Ce qui signifiait que j'avais toutes les raisons d'aider la famille Kalinos.
Comte Ronus, l'heure de votre chute a sonné. Le Marquis Berto devra lui aussi en subir les conséquences à son retour. À cet instant, je savourais le goût satisfaisant de la réussite.
Neslan, avec une expression légèrement excitée et les joues empourprées, marmonna pour lui-même : « Alors, si je donne à cet artefact magique un nom, quelque chose comme "Tonneau de sang d'orc bouillant", et que je l'apporte à mon fils… »
En entendant ses murmures, mon visage se crispa de consternation. …Pff, c'est vrai. Leurs compétences en marketing sont un désastre, n'est-ce pas ?
De loin, je pouvais entendre Neslan grommeler : « Je devrais attacher une liqueur dorée à côté de la broche-artefact magique. Comme un tonneau d'orc. »
Leur sens esthétique est tout aussi déplorable.
Je me pris la tête entre les mains, frustrée. Comme je devais maintenir mon personnage de « fauteur de troubles », je ne pouvais pas intervenir directement. Mais peu importe mes réflexions, je ne trouvais aucun moyen d'aider sans révéler mon identité.
C'est alors qu'une idée brillante me traversa l'esprit. Attends, qui a dit qu'il n'y avait pas de moyen ?
* * *
« D-Donc, vous dites que je devrais prétendre être le nouveau propriétaire d'une guilde marchande et les arnaquer ? »
« Les arnaquer ? De quoi parles-tu, Kima ? »
Kima est le comptable de la famille Florette et le gestionnaire financier de mon café. Ayant laissé son passé d'ivrogne derrière lui, il travaillait désormais si dur que son nez en était presque tordu. Mais une personne talentueuse se doit de recevoir une charge de travail triple pour vraiment briller.
« Eh bien, vous me demandez de me déguiser et d'aider à la distribution d'artefacts magiques… n'est-ce pas ? N'est-ce pas une arnaque ? »
« Non, Kima. Cela signifie simplement que tu auras trois emplois : comptable de la famille Florette, comptable pour mon café, et maintenant, propriétaire d'une petite guilde marchande, "Kimar". »
Le regard de Kima vacilla.
Je souris en lui montrant le contrat d'esclavage. « Je veux simplement confier une splendide guilde marchande à quelqu'un d'aussi talentueux que toi. » Avec ça, Kima allait…
« Je suis talentueux ? »
« Oui. Tu es vraiment remarquable. »
« J-Je suis touché, mais… » Il joignit les mains, l'expression submergée par l'émotion.
Je savais que ça arriverait.
Malgré son salaire dérisoire, Kima avait même inventé le système de comptabilité à partie double. Il était l'incarnation même d'une nature loyale, presque servile.
Le prêt de nom est réglé pour le moment. Bien sûr, je devais le dédommager correctement.
Après avoir finalisé avec succès un contrat lui accordant 20 % des primes sur les ventes, je frappai discrètement à la porte du Duc Kalinos. En combinant l'artefact magique de mon beau-père avec une expertise marketing moderne, j'avais préparé une présentation commerciale minutieuse.
Je me motivai, convaincue que tout se passerait bien. Allons-y. Sauvons-le. Donner à quelqu'un la volonté de vivre, ça vaut le coup d'essayer, non ?
* * *
Dans la pièce sombre, le bruit du papier que l'on tourne résonnait dans le silence. Devant le Duc Kalinos, qui lisait le rapport, Giselle semblait un peu plus nerveuse que d'habitude. Car l'expression silencieuse et concentrée qu'il arborait en lisant était, en réalité, plutôt intimidante.
« Vendre les artefacts magiques vidéo aidera certainement les finances de la famille. Mais pensez-vous vraiment que cela donnera à mon père la volonté de vivre ? »
« Oui ! N'est-ce pas merveilleux ? Je veux vraiment que Lord Neslan continue à vivre ! »
« Vous voulez vraiment qu'il vive. » Le regard sombre de Kalinos s'attarda sur Giselle.
Giselle semblait être quelqu'un qui vivait pleinement sa vie. Elle ne faisait jamais rien à moitié, pas même lorsqu'il s'agissait de causer des ennuis, et prenait même au sérieux l'acte de punir les autres. Elle était même allée jusqu'à utiliser un nom d'emprunt pour tenter de sauver son père. Son intense concentration sur l'accumulation d'argent n'était qu'un bonus.
En observant cette femme alimenter passionnément la flamme du désir de vivre, il se souvint de quelqu'un qui, autrefois, vivait de toutes ses forces, tout comme Giselle.
« Vientin, je m'en vais. »
« Où vas-tu, Frère ? »
« À l'entraînement ! »
Une personne qui se trempait de sueur plus de dix heures par jour.
« Frère, j'ai sommeil. »
« Non, regarde l'aurore là-bas. N'est-ce pas incroyable ? Tu devrais venir ici avec la personne que tu aimes un jour. »
« Alors revenons ensemble plus tard ! Parce que c'est toi que j'aime le plus, Frère ! »
« Menteur. Tu aimes tes recherches par-dessus tout. »
« Eh bien… »
« C'est pas grave, Vientin ! J'adore le fait que tu sois si passionné par tes recherches. Si je deviens le chef de famille, je construirai un immense laboratoire de recherche à ton nom. Je t'offrirai même un monstre de compagnie. »
« Oui, Frère ! J'ai hâte ! Je veux un troll vraiment, vraiment énorme comme animal de compagnie. Je prendrai tellement bien soin de lui ! Je brosserai même ses poils tous les jours ! »
Il disait toujours : « Faisons ça, absolument. »
…Et un été, en tant qu'héritier, ce frère combattit les monstres qui émergeaient du territoire des monstres.
« Non, Frère ! Selon mes calculs mathématiques, cette bataille contre les monstres est extrêmement dangereuse. Laissons les soldats s'en occuper, d'accord ? Tu pourras participer à la prochaine bataille. »
« Je dois y aller, même si c'est dangereux. Je dois protéger le territoire, puisque je suis l'héritier, après tout. »
« Je ne comprends même pas ce que ça veut dire, Frère. N'y va juste pas. C'est dangereux. »
« Non. Je dois y aller. Si je ne le fais pas, qui protégera notre peuple ? Je reviendrai sain et sauf, je te le promets. Et Vientin. »
« Oui ? »
« Si je ne suis plus là, tu devras protéger la famille, le territoire et les gens que j'aime. Promets-le-moi. »
N'y va pas.
Le frère qu'il aimait et respectait plus que quiconque au monde fut mis en pièces par les monstres. Tout ce qui revint fut son père, attendant le jour de sa mort après avoir perdu son fils. La promesse de revenir vivant fut oubliée en vain, et Vientin hérita du sceau du chef de famille qui aurait dû appartenir à son frère.
Les années passèrent. Les habitants du territoire, qu'il s'était donné tant de mal à sauver, oublièrent rapidement son frère. Eux aussi devaient avancer dans leur propre vie.
Mais ma famille était en ruines. Le chagrin de son père l'amena à s'isoler, et sa mère devint encore plus froide. Son neveu était élevé par une autre famille, une qui n'était pas dangereuse.
C'est à quel point la vie était vide. Contrairement à la recherche, qui donnait des résultats tangibles, la vie ne se résumait qu'à des moments éphémères.
Il n'y a aucun sens à la vie. Et rien ne vaut la peine de travailler dur pour le protéger. Pourtant, pourquoi cette femme le pousse-t-elle à s'interroger sur la valeur de la vie ?
Pour quelqu'un piégé dans la coquille du nihilisme, c'était insupportable, alors il laissa échapper la question : « Mon père ne veut pas vivre. Est-il vraiment nécessaire de le faire vivre ? »
« Qu'il ne veuille vraiment pas vivre ou que ce soit juste un mécanisme de défense, nous ne pouvons pas en être sûrs. »
« … »
« Ai-je été trop directe ? »
« Un peu. »
« Mais, à mon avis, Lord Neslan veut vivre. Surtout quand je le vois sourire, ravi d'utiliser l'artefact magique vidéo et de ressentir un sentiment d'efficacité personnelle. »
Lui aussi avait remarqué que le sourire joyeux de son père était devenu plus fréquent ces derniers temps.
Si Neslan voulait vivre, il n'avait aucune intention de l'en empêcher. Il n'y avait aucune raison de le faire, après tout.
« …Alors, laissez-moi entendre le plan détaillé. Suggérez-vous que vous aiderez personnellement à vendre l'artefact magique vidéo ? »
« Oui. Généralement, chaque famille distribue ses artefacts par le biais de ses guildes marchandes. Je souhaite aider aux ventes pour contribuer à la volonté de survie de Lord Neslan ! »
Alors qu'il parcourait rapidement le rapport résumant l'utilisation de pseudonymes, de prêts de noms et de stratégies marketing de base, il murmura doucement : « Le rapport est aussi impeccable que d'habitude, mais j'ai une question. »
« Quelle question ? »
« Pourquoi le "Tonneau de sang d'orc bouillant" est-il listé comme un exemple de mauvais nom ? Ça me semble sauvage et impressionnant. »
Le visage de Giselle se figea pour des raisons qu'elle ne pouvait expliquer. Elle semblait vouloir dire quelque chose très fort, mais il passa au point suivant.
« Mais je vous fais confiance. Après tout, vous n'avez jamais rien fait à moitié, pas même quand il s'agissait d'agacer ma mère ou de gâcher les repas des gens. »
« Waouh, je ne sais pas si c'est un compliment ou une insulte, mais je vais le prendre comme un compliment. »
Il baissa légèrement la tête, observant Giselle avec persistance. Une nouvelle curiosité à propos de cette femme surgit soudain dans son esprit. Une femme apparut devant lui, quelqu'un qui déclarait qu'elle vivrait n'importe quelle vie avec défi, alors même qu'il croyait que ni la mort ni la vie n'avaient de sens.
Alors que le Duc Kalinos signait le contrat, il demanda soudain : « Je vous l'accorde. Mais je veux savoir une chose. Pourquoi vivez-vous si diligemment ? »