* * *
« Au moins, pour le moment, aucun enfoiré ne viendra me demander en mariage. »
Quiconque me demanderait en mariage en me voyant dans cet état devrait être totalement fou. Et d’après mes souvenirs de la haute société, il n’y avait pas de déments à ce point-là.
Alors que je marchais avec grâce dans ma tenue de sac-poubelle —
«Waouh, pas de pluie, pas de cailloux sur lesquels trébucher. Même l'air est limpide, sans la moindre particule de poussière. »
C’était incroyable. C’était la première fois que je me sentais aussi rafraîchie depuis que j’avais pris conscience de ma vie passée. J’avais vraiment l’impression que ce monde, qui s’acharnait contre moi, avait changé.
Il est temps de rassembler la force nécessaire pour tenir tête à la tyrannie de Mariposa…
Je marchais joyeusement, songeant à la manière de renforcer mon pouvoir, quand je passai par hasard devant le terrain d’entraînement près de la porte principale du manoir.
Abisan, le fils de Mariposa qui s’exerçait assidûment à la magie, me poussa violemment l’épaule avec un sourire narquois. « Hé, la honte de la famille ! Où est-ce que tu traînais ? »
J’étais sur le point de répondre que je revenais tout juste d’avoir fait un scandale à mes fiançailles, mais une peur viscérale me coupa la parole. Ce gamin avait l’habitude de me frapper régulièrement.
Alors que je tremblais sur place, il attrapa mon col d’un poing négligent et me traîna avec lui. « Suis-moi. C’est toi qui vas te faire tabasser à ma place. »
Mon corps, marqué par la terreur, ne pouvait plus réfléchir alors que j’étais traînée jusqu’au terrain d’entraînement, où un visage familier m’accueillit.
« Seigneur Abisan ! Où étiez-vous passé ? Vous n’avez pas encore terminé votre entraînement à la boule de feu ! »
«Ah, Maître ! Je suis désolé. Mais je crois que la pratique de la boule de feu sera difficile pour moi aujourd’hui. Frappez-la plutôt. Vous la frappez toujours quand je n’arrive pas à lancer de sorts, n’est-ce pas ? »
Le ton arrogant d’Abisan me grinça aux oreilles. Le regard visqueux du professeur de magie se fixa sur moi.
« C’est vrai. C’est ce que j’ai fait. Tu as apporté le sac de frappe. »
«Tousse, tousse ! »
Je fus poussée au sol lorsqu’il lâcha mon col, m’effondrant en tas. C’était exactement ce qui m’arrivait toujours. Il faut que je me lève et que je m’enfuie, mais mon corps ne bouge pas. Bon sang !
Je restai là, assise, écoutant les mots humiliants pleuvoir sur moi. À ce rythme, les coups de pied indiscriminés de l’instructeur allaient commencer.
« Giselle, je pensais que tu étais encore en train de supplier et de ramper devant le marquis Berto et le duc Reshaniel cette fois-ci. »
« Le marquis Berto est parti en voyage, et le duc Reshaniel est en pèlerinage à la tour de magie. Ils reviendront plus tard, alors elle va juste rester sagement à la maison pour l’instant. Comme si cette fille avait des amis, de toute façon. »
Je mordis mes lèvres tremblantes en regardant l’instructeur d’Abisan se délier les mains pour me frapper.
« À l’instant, avez-vous dit marquis Berto ? »
«Ha, ouais. Ton soi-disant ami d’enfance. La personne après qui tu rampes et que tu poursuis sans cesse. »
Entendre le sarcasme d’Abisan me fit enfin reprendre mes esprits. Qu’est-ce que je fais, à avoir peur maintenant ? Je secouai la poussière de mes vêtements et bondis sur mes pieds.
« Non, je ne le fais pas ! Je ne cours pas après ce maudit démagogue ! »
« Qu’est-ce que tu as dit ? »
Que je veuille argumenter ou non, le simple fait de penser au marquis Berto faisait monter une rage en moi. Cet enfoiré était le premier protagoniste masculin à regret, celui qui m’avait jetée droit dans l’enfer. Il souffrait d’une maladie mystérieuse qui lui causait des douleurs dès qu’il tenait une épée ou utilisait la magie, mais étrangement, la douleur s’atténuait quand il me tenait la main.
Je m’inquiétais pour lui et, pensant que nous étions amis, je le laissais souvent me tenir la main. Mais ce que cet enfoiré m’a fait… ! Il a répandu de fausses rumeurs disant que j’étais amoureuse de lui. Combattre uniquement par la manipulation et le mensonge. Un vrai démagogue professionnel, hein ?
Je grinçai des dents et serrai les poings de rage. « Cette ordure ? Je ne veux rien avoir à faire avec lui ! »
Alors Abisan prit une expression moqueuse et dit : «Waouh, tu as perdu la tête ? On dirait que tu ne connais pas ta place, alors devrais-je te donner une leçon ? »
«Ah, ce serait une bonne chose que vous pratiquiez la magie de feu sur cette garce une fois, Seigneur Abisan. Essayez de lui brûler les cheveux. »
L’instructeur de magie et Abisan ricanèrent tous les deux en même temps.
« C’est vrai, je suis complètement différent d’une pauvre garce qui n’a pas de mana et qui ne peut même pas lancer de sorts. Je devrais t’apprendre une vraie leçon. »
« Qui a dit que je n’avais pas de mana ? »
« Parce que tu n’en as pas. C’est pour ça que tu es allée supplier le duc Reshaniel, en disant “Votre Grâce, Votre Grâce !” »
« Ce n’était pas moi qui suppliais, pourtant ? »
C’était le duc Reshaniel.
Le protagoniste masculin à regret n°2, le duc Reshaniel. Cet enfoiré est une ordure lui aussi.
Le duc Reshaniel, qui rêvait de devenir le plus jeune futur maître de la tour de magie, fut un jour maudit et perdit tout son mana. Il n’y avait qu’un seul moyen de briser cette malédiction : voler de façon permanente le mana de quelqu’un né avec une immense réserve. Et la personne qui avait attiré son attention — moi — était quelqu’un doté d’un cœur de mana extraordinaire, même si je ne réalisais pas mon propre potentiel.
« Duc Reshaniel, d’où sort cet enfoiré de moustique pour faire une proposition aussi éhontée ? »
Duc, maître de la tour de magie, peu importe. Ce type est un moustique. Un moustique qui parasite les autres parce qu’il n’a pas une goutte de mana.
« Quel genre de bêtises racontes-tu soudainement ? Cette garce me répond et me lance même des regards noirs ? »
« Désolée, mais même si je me suis fait sucer le sang par cet enfoiré de moustique, je vaux toujours mieux que toi. »
Peut-être ne pouvait-il pas comprendre pourquoi la « honte de la famille » lui parlait de manière informelle. Abisan cria à l’instructeur : « Frappez-la vite. Elle a besoin d’être battue pour retrouver ses esprits ! »
« C’est exact. Elle ne se comportera bien qu’après avoir été frappée. »
L’instructeur leva sa baguette pour me frapper. Mais je levai la main et le dévisageai en retour.
« Ouais, eh bien, je ne vais plus me laisser faire. »
Dans un sifflement, la baguette qui allait me frapper éclata en flammes brillantes et fut réduite en cendres. Je souris méchamment avec une boule de feu flottant au-dessus de ma paume. Regardant Abisan décontenancé, je marchai vers lui.
« Tu sais quoi, Abisan ? Je crois que je suis meilleure que toi pour lancer des boules de feu. »
Les yeux de l’instructeur et d’Abisan s’écarquillèrent simultanément. Je fis un pas de plus vers Abisan. Les flammes qui vacillaient au bout de mes doigts roussirent leurs cheveux à tous les deux en même temps.
«Ahhhhh ! » Terrifié, Abisan tomba sur ses fesses et demanda frénétiquement : « T-Toi ! Tu savais lancer de la ma-magie ? »
« Ce n’est pas possible. Cette stupide garce doit utiliser un artefact ! »
En les regardant paniquer, je me débarrassai de la poussière sur mes mains. Un artefact, mon œil. Où aurais-je trouvé l’argent pour acheter un truc pareil ? J’ai juste appris en regardant Abisan prendre ses leçons de magie avec son tuteur tout en me faisant battre.
Grâce à cet idiot d’Abisan qui me traînait partout quand il apprenait la magie, j’ai réussi à en apprendre assez pour lancer de la magie de second cercle. Je n’avais aucune idée de comment faire quoi que ce soit au-delà, et grâce à ce maudit moustique, mon mana était presque épuisé, donc c’était ma limite.
Je courus vers la porte pour m’échapper avant qu’ils ne reprennent leurs esprits, leur lançant une dernière pique : « Regardez ça. Vos cheveux sont tous brûlés et frisés. Bien fait pour vous ! »
« Hé, la honte de la famille ! Tu as perdu la tête ? »
« Note bien mes paroles. À partir de maintenant, je ne perdrai plus jamais contre vous, bande d’enfoirés ! »
Abisan et le protagoniste masculin à regret n°2, le duc Reshaniel. Leur but à tous les deux était de devenir l’archimage.
Moi, celle que vous méprisez tous, je deviendrai l’archimage que vous désirez le plus. Attendez de voir.
Qu’est-ce qu’un archimage ? C’est un mage doté d’un mana si puissant qu’il est compté parmi les cinq plus forts de l’empire — quelqu’un à qui même l’empereur témoigne du respect.
Si je développe mes capacités et deviens archimage… Mes capacités changeront, donc l’histoire originale sera forcément bouleversée aussi. Faire d’une pierre deux coups.
Alors que je me précipitais hors des portes du domaine Florette, je calculai rapidement mon plan dans ma tête.
1. Récupérer mon mana perdu.
2. Recevoir des leçons de magie avec un professeur décent.
3. Utiliser des objets comme des artefacts et des potions pour devenir encore plus forte.
La première chose à faire était de remplir mon mana épuisé jusqu’à ras bord ! Heureusement, grâce à ma lecture de [Regretteras-tu quand je mourrai ?], je savais comment remplir mon mana. Cette méthode était…
* * *
« Bienvenue, cli…ent… ? » Le propriétaire du restaurant, vêtu de vêtements couverts de motifs de crânes, se redressa d’un bond.
Cet endroit n’était autre que <Le Dangereux Dragon Cracheur de Feu>, un restaurant secrètement géré sous un alias par la famille Kalinos.