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L’atmosphère dans la Tour de magie s’échauffa de nouveau. La raison était simple : le comte Melandorf, le mécène du trio, avait annoncé sa visite.
Aussi forte que fût Bella, l’affaire se déroulait tout de même au sein de la Tour de magie. Si elle s’en était prise à un mage soutenu par un grand noble, elle risquait fort d’en payer le prix. C’était pourquoi l’atmosphère dans la Tour de magie du Désert était plutôt morose ces derniers temps. Ceux que Bella avait aidés, en particulier, venaient souvent frapper à la porte de son dortoir, inquiets pour elle.
« Bella ! J’ai entendu dire que le comte Melandorf venait. Ça va ? »
« Oui, ça va. Pour l’instant, contentons-nous de nous concentrer sur nos travaux de recherche. »
« Je sais que tu nous as rendu nos travaux de recherche, mais… »
C’était normal qu’ils s’inquiètent. Après tout, l’incident où j’avais corrigé ces types avait été étouffé sans qu’aucune décision officielle soit prise. Enfin, qui sait ? Je n’étais pas vraiment sûre que ça mérite tant d’inquiétude.
« Quand le duc Kalinos et le comte Melandorf arriveront… » Je regardai droit dans les yeux ma colocataire, qui faisait des recherches sur le voyage dans le temps, puis poursuivis : « Le voyage dans le temps les intéressera beaucoup. »
« C’est impossible. »
« Si, ça les intéressera. Alors, approfondis tes recherches. »
Toujours inquiète, ma colocataire esquissa un sourire gêné et hocha la tête.
Cette fille… Elle avait décidément une façon de penser hors du commun, ce qui rendait ses recherches sur le voyage dans le temps extraordinaires. J’écoutai ses idées à ce sujet en prenant des notes au fur et à mesure.
Enfin, le jour arriva où le duc Kalinos et le comte Melandorf vinrent ensemble à la Tour de magie du Désert, accompagnés du Maître de la tour. Au même moment, Bella disparut. Comme si elle n’avait jamais existé, elle s’évanouit sans laisser de trace.
* * *
« Nous avons appris que cette idiote de Bella avait quitté la Tour de magie, alors nous sommes venus. »
La scène se déroulait dans la bibliothèque de la Tour de magie. Le trio s’adressait avec sarcasme aux mages qui préparaient leurs travaux de recherche.
« J’ai peut-être connu un passage à vide, mais la gloire d’antan peut resplendir à nouveau. Nous pouvons donc reprendre notre essor. »
« Et puis, nous avons le comte de notre côté. »
Gold, Silver et Bronze recommencèrent à faire la loi dans la Tour de magie. Ils comptaient avec impatience les instants qui les séparaient de l’arrivée du comte. Et, comme ça, la tyrannie du trio reprit pour une journée entière.
Tout en s’inquiétant pour Bella, les autres mages subirent le harcèlement du trio et poursuivirent leurs recherches. Celle qui travaillait le plus dur était Sera, la colocataire de Bella. Elle s’accrochait aux paroles de Bella, qui avait disparu, et qui lui avait dit un jour que ses travaux de recherche seraient reconnus tôt ou tard.
* * *
Pendant ce temps, un petit restaurant situé à l’extérieur de la Tour de magie accueillait un groupe de nobles de haut rang. Ils étaient quatre : le comte Melandorf, la duchesse Giselle Kalinos, le duc Kalinos et le Maître de la tour.
Un repas fumant devant eux, le duc Kalinos demanda avec impatience : « Giselle, comment vas-tu ? »
« Très bien. J’ai l’air d’aller mal ? »
« Je vois. Tu as le même air reposé qu’après avoir corrigé le marquis Berto. »
« … »
Waouh, quel sens de l’observation ! Mais il y avait d’autres personnes ici. Enfin, nous n’étions pas particulièrement raffinés. Je laissai passer sa remarque sans trop y réfléchir et hochai la tête.
Le Maître de la tour demanda ensuite avec prudence : « Quelle était l’atmosphère dans la Tour de magie ? »
À ces mots, je pris une petite gorgée de vin, puis répondis d’un ton ferme : « Mais avant ça… » Mon regard glacial se posa sur le comte Melandorf. « Vous êtes bien le comte Melandorf ? »
« Oui, oui ! Eh bien… Je suis effectivement l’investisseur et le principal mécène de la Tour de magie du Désert ! Melandorf ! Quel honneur de rencontrer ainsi l’archimage ! C’est un immense honneur pour ma famille ! »
Je le regardai froidement. À force de se frotter les mains comme un moustique, il me faisait penser, quoi que j’en dise, à une version de seconde génération du moustique Reshaniel.
« Très bien, j’ai une question à vous poser. Vous avez créé un artefact magique étrange, n’est-ce pas ? »
« … Oui, oui ? J’en ai créé tellement, des choses étranges, que je ne sais pas laquelle vous voulez dire. » Il me regarda d’un air absent.
« L’artefact magique qui vole le mana des autres. »
« Ah ! Celui-là ! Oui, c’est exact. Je l’ai donné à quelques bons amis mages. Pour qu’ils volent le mana des méchants ! »
« … »
Mais qu’est-ce qui clochait chez ce type ? … C’était un idiot ? Je le dévisageai, abasourdie par ses paroles, qui me faisaient sérieusement douter de son intelligence.
Melandorf partit d’un grand rire et poursuivit : « Je savais que vous sauriez apprécier pleinement la véritable valeur de cet artefact magique, duchesse ! Les méchants de la Tour de magie seraient éliminés… »
« Vous avez donné cet artefact magique aux méchants, c’est ça ? »
« Hein, oui ? » Il prit un air ébahi.
Waouh, il était vraiment transparent. Dire que la Tour de magie avait été dirigée par un idiot pareil. Le Maître de la tour posait problème, lui aussi. Cela dit, puisqu’il était venu chercher quelqu’un d’aussi compétent que moi, il n’était pas entièrement irrécupérable.
Je m’adressai à voix basse au comte Melandorf : « Cet artefact magique n’est pas acceptable. Quels qu’aient été vos objectifs, vous n’auriez pas dû fabriquer une chose pareille. »
« *Gasp*… »
« Débarrassez-vous-en. »
« Oui ! M-Mais à part celui-là, j’ai des tas d’autres inventions. Vous voulez les voir ? J’ai aussi une machine à voyager dans le temps… »
J’allais faire semblant de ne pas l’entendre, mais je m’arrêtai. « … Une machine à voyager dans le temps ? »
« Oui, oui ! »
Je le dévisageai d’un air menaçant.
Le comte Melandorf s’enthousiasma comme jamais et poursuivit avec entrain : « J’ai aussi fait des recherches sur une machine à voyager dans le temps ! Tout le monde me disait d’arrêter ces recherches inutiles, mais j’adore toutes sortes de recherches ! Plus elles sont inutiles et bizarres, plus je suis heureux et excité. En fait, il y a même une recherche intitulée “Faire pousser des poils d’aisselles de plus d’un mètre”… »
« Vous me coupez l’appétit. » Le duc Kalinos l’interrompit tout naturellement.
Le comte Melandorf ne parvenait pas à retenir les tressaillements de sa bouche, toute à son excitation, et dit : « J-Je suis désolé ! Mais je n’ai absolument aucun don pour la magie, alors dès que je vois des recherches remarquables, mon cœur se met à battre à tout rompre. En fait, les gens me maltraitent en disant que je ne sais pas reconnaître les gens et que je n’ai aucun flair pour la recherche… »
Je le regardai. Il ne mentait pas… J’avais cru que ce type était un cerveau dément qui tirait les ficelles dans l’ombre. En fait, ce n’était qu’un maniaque de la recherche… Cette découverte m’arracha un long soupir intérieur. « Alors, coopérez avec moi. »
« Hein ? Comment ? » Le comte Melandorf cligna des yeux.
Je lui souris gentiment. « Donnez-moi tous les résultats de recherche que vous avez obtenus jusqu’ici. Et investissez votre fortune. »
« *Gasp* ! Vraiment ? Je suis tellement heureux ! Tellement heureux ! »
Bon, quand il verrait le contrat que j’allais lui mettre sous le nez, son bonheur se changerait peut-être en désespoir.
« C’est vraiment le plus beau jour de ma vie. Pouvoir contribuer aux recherches de l’archimage… Même si je ne suis que la poussière sous vos ongles de pied, je serais heureux ! »
… Ou peut-être pas, avec lui.
« Dégage. » Heureusement, le duc Kalinos dressa aussitôt un mur infranchissable.
Je repris la parole à l’intention du comte : « Concentrez-vous surtout sur les recherches concernant la machine à voyager dans le temps. Quant aux poils d’aisselles… oubliez ces absurdités. »
« O-Oui ! Compris ! »
Le repas s’acheva ainsi. Maintenant que j’avais également conclu un contrat avec le comte Melandorf, je résolus de préparer le grand nettoyage final de la Tour de magie.
* * *
Tout le monde se rassembla dans la grande salle de banquet centrale de la Tour de magie. Enfin, le duc Kalinos et le comte Melandorf étaient venus à la Tour de magie. Les deux nobles avaient, disait-on, ordonné au Maître de la tour de rassembler tous les mages.
Le comte Melandorf ne les avait pas contactés séparément depuis la veille au soir, mais Gold, Silver et Bronze étaient ravis. Ils trépignaient à l’idée de pouvoir enfin présenter comme leurs les résultats de recherche qu’ils avaient volés aux autres. Après tout, le comte Melandorf ne l’avait-il pas dit lui-même ?
« L’artefact magique qui vole le mana est révolutionnaire. »
Ils attendaient, le cœur battant d’impatience.
Enfin, les portes de la salle de banquet s’ouvrirent. Le trio affichait un air fébrile et impatient, songeant aux résultats de recherche qu’il avait volés. Les portes de la salle de banquet s’ouvrirent et la personne qui apparut fut…
« Qui est-ce ? »
« Celle qui avait disparu… »
« Ce ne serait pas Bella ? »