L'expression auparavant indifférente de Vientin se durcit en un instant, devenant froide et rigide. Le duc Reshaniel, qui venait de faire une remarque provocatrice sur son éventuelle curiosité concernant Giselle, l'observait avec un sourire élégant et mesuré.
Peu après, le visage de Vientin retrouva son impassibilité habituelle et il répondit calmement : « Pourquoi le serais-je ? »
Avec un air qui semblait sincèrement curieux, le duc Reshaniel précisa aimablement : « Je parle de choses comme le passé de votre épouse, par exemple. »
« Quelle perte de temps. » Bien que son ton fût quelque peu raide, pour la première fois, une pointe de mépris passa sur le visage par ailleurs détaché de Vientin. « Gardez votre intérêt loin de ma femme. N'osez pas laisser transparaître votre possessivité répugnante. »
L'expression toujours rayonnante du duc Reshaniel se figea légèrement, se crispant un peu face à ces mots qu'il n'avait jamais entendus auparavant. Jamais de sa vie on ne l'avait qualifié de « répugnant ». Et jamais on ne l'avait accusé d'avoir une quelconque « possessivité » envers Giselle.
Après avoir fixé le duc Reshaniel désormais inexpressif, Vientin détourna le regard. Comme si son changement d'expression précédent n'avait été qu'un mensonge, le duc Reshaniel laissa échapper un rire bas, presque moqueur. « Vous partez déjà. »
« Je n'ai rien à faire ici. »
«Oh ? Cela pourrait changer bientôt. »
Alors que Vientin s'apprêtait à s'éloigner, le duc Reshaniel parla d'un ton décontracté : « Si vous le souhaitez, je serais ravi de m'asseoir à la table des négociations. N'est-ce pas les talents de ma famille que vous convoitez ? »
« Les négociations », déclara le duc Kalinos en se retournant vers lui, les yeux glacés, comme pour souligner ses paroles, « sont annulées. »
Ce n'était pas possible. Il désirait assurément le pouvoir divin de la famille Reshaniel. La famille Kalinos a toujours eu besoin de pouvoir divin et de capacités de guérison… Pourtant, le duc Kalinos s'éloigna avec une assurance qui montrait clairement qu'il n'avait jamais eu l'intention de négocier avec le duc Reshaniel.
Le duc Reshaniel fixa intensément le dos du duc Kalinos alors qu'il pénétrait dans le château de Dainan. Cet homme… celui qui possède Giselle… Ses lèvres élégantes se tordirent en un instant. Son expression était indéchiffrable. Impossible de savoir ce qu'il pensait.
Les choses deviennent intéressantes.
* * *
« F-Frère. Ainsi, l'alliance avec la famille Reshaniel a finalement échoué. Est-ce la centième fois que nous échouons… ? »
« Pour être précis, depuis l'époque du premier chef de famille, il s'agit de notre 191e échec. »
De retour au manoir Kalinos, Vientin posa la pierre sacrée qu'il tenait sur la table.
« Au moins, nous avons réussi à obtenir plusieurs pierres sacrées décentes du baron Dainan. C'est un soulagement. »
« Ce n'était rien. Comme prévu, la persuasion a été facile. »
Honnêtement, qui pourrait refuser lorsque son frère demande des pierres sacrées avec ce visage-là ? Le comte Teren faillit hocher la tête, pensant que Vientin se prenait pour un maître négociateur, mais il se retint.
Mais pour quelqu'un qui a obtenu ce qu'il voulait, les pierres sacrées, Frère n'a pas l'air si satisfait… Peut-être est-ce parce qu'il a rencontré le duc Reshaniel. Le duc lui a-t-il dit quelque chose ? Ou bien… A-t-il obtenu la confirmation de cette rumeur qui se répand dans la société, selon laquelle Lady Giselle court après le duc Reshaniel ?
Le comte Teren, jetant un regard nerveux autour de lui, prit un air doux et tenta de le réconforter. « Quoi qu'il en soit, Frère, au moins pour l'instant, nous n'avons pas trop à nous soucier du problème de la graine de démon. Nous pouvons utiliser les pierres sacrées pour le gérer. De plus, le laboratoire travaille sur une potion de guérison, et vous avez déjà ordonné aux mages de la famille de pratiquer la magie de soin. »
« C'est vrai. Cela devrait éteindre l'incendie immédiat. »
« Mais à long terme, nous devrons faire venir un nouveau guérisseur, ou du moins trouver un médecin vraiment exceptionnel qui connaît des méthodes de guérison puissantes. Tous les parents par le sang recherchent quelqu'un nommé Wot, mais personne ne semble savoir où Wot est allé. »
Vientin, perdu dans ses pensées, griffonna distraitement une note sur le rapport. « Wot, hein. »
« Oui. Ah, bien sûr que vous vous en souvenez. Wot est celui qui a guéri notre père. Parmi les médecins, Wot est tenu en très haute estime. »
À bien y réfléchir, il réalisa qu'il n'avait jamais vu le visage de Wot, le bienfaiteur de la famille. « Trouvez Wot et amenez cette personne devant moi. »
« Tous les parents par le sang misent tout sur la recherche de Wot. Certains plaisantent même en disant que s'ils rencontrent Wot, ils demanderont à l'épouser sur-le-champ juste pour faire de Wot un membre de la famille. Mais honnêtement, rien que d'imaginer épouser Wot me donne une sensation étrange, comme si je commettais un péché terrible et que j'allais être frappé par les cieux… C'est presque effrayant. Comme si quelqu'un allait me tuer ou quelque chose comme ça. »
« Ne sois pas si dramatique. »
« Oui, Frère… » Le comte Teren frissonna visiblement.
Pendant ce temps, à l'évocation de cette « sensation effrayante », Vientin se souvint de l'aura étrange qui entourait le duc Reshaniel. L'affirmation selon laquelle il pouvait manier à la fois le mana et le pouvoir divin, deux forces de natures totalement opposées, ne semblait pas être une exagération. Les miracles qu'il accomplissait semblaient assez impressionnants. Et pourtant, l'homme réputé pour être le plus saint de l'Empire semblait aussi sinistre et sombre qu'un serpent. Il était désagréable d'entendre le nom de Giselle sortir de sa bouche, mais pas autant que son aura.
C'est pourquoi Vientin n'avait demandé aucune personne dotée de pouvoir divin à la famille Reshaniel. Il n'embauchait jamais personne ayant un passé douteux.
…Soyons clairs. Mon dégoût lorsqu'il mentionne Giselle est une autre affaire. Même s'il se l'interdisait, chaque fois que le duc Reshaniel évoquait Giselle, ses yeux devenaient sinistres. Comme si Giselle était la propriété du duc Reshaniel, comme si elle n'était qu'un sujet de conversation qu'il pouvait aborder à sa guise.
Se remémorant l'attitude désagréable de l'homme, Vientin leva les yeux, son regard glacial. « Je ne demanderai pas d'aide à la famille Reshaniel. Assurez-vous de trouver Wot. »
Le comte Teren lui jeta un coup d'œil, puis se gratta la tête. « Ouais, compris. Oh, et Frère… »
« Quoi ? »
« Eh bien… Je sais que cela peut paraître déplacé, mais essayez de ne pas trop vous inquiéter. Lady Giselle est complètement dévouée à vous en ce moment ! »
Vientin eut une expression subtile face au comte Teren. À cet instant, loin derrière la porte, on put entendre les pas légers d'une femme qui approchait.
« Hum, Frère ? Pourquoi me souriez-vous soudainement comme ça… ? »
« C'est Giselle. »
«Hein ? Comment avez-vous su… ? »
« N'est-ce pas évident ? Les pas de Giselle sont toujours à trois temps. »
Que la mâchoire du comte Teren soit tombée ou non, qu'il ait murmuré « C'est un vrai fou… » ou non, Vientin garda les yeux fixés sur la porte par laquelle Giselle allait bientôt entrer.
Quelques instants plus tard, la porte s'ouvrit et Giselle apparut avec un sourire éclatant. Pour la première fois depuis longtemps, il eut l'impression de pouvoir enfin sourire un peu lui aussi.
* * *
Je ne savais pas pourquoi, mais au moment où je suis entrée dans le bureau du duc, le comte Teren a battu en retraite précipitamment. Pourquoi m'a-t-il regardée avec autant de pitié avant de partir ? Mais je me suis ressaisie. J'étais là pour une raison aujourd'hui, après tout !
Selon mon informateur, Ivanka le hamster, toute la maisonnée était en ébullition à la nouvelle que le duc Kalinos avait confronté le duc Reshaniel et rapporté une pierre sacrée du château de Dainan.
« Selon Lord Giyet, elle n'est même pas cent fois moins puissante que les capacités de guérison de Lady Wot, mais la pierre sacrée absorbe et élimine complètement l'énergie démoniaque qui s'échappe des failles de monstres ! »
J'étais sur le point de me caresser le menton et de sombrer dans mes pensées, mais je me suis arrêtée. Le baron Dainan et une pierre sacrée. Cela me dit quelque chose…J'avais l'impression que le souvenir était juste hors de portée.
À bien y réfléchir, qu'est-ce qui se passe avec ce monde et les pouvoirs miraculeux des pierres ? Comme cette pierre porte-bonheur que j'ai ramassée chez la famille Sirentium la dernière fois. C'est si étrange. Alors, j'étais venue voir le duc Kalinos en partie pour déterrer plus d'informations sur la pierre sacrée, et en partie parce que j'étais curieuse de savoir ce qui s'était passé entre le duc Reshaniel et le duc Kalinos. Mais alors…
«Ah, Giselle. »
Voir son sourire rayonnant m'a fait sourire en retour.
Ce serait bizarre de poser des questions sur la pierre sacrée tout de suite. J'ai décidé d'y aller en douceur, en parlant comme si de rien n'était. « J'ai entendu dire que toute la maison était en émoi aujourd'hui parce que vous avez rencontré le duc Reshaniel. »
Le sourire facile qui s'était épanoui sur son visage s'est effacé, et il a demandé lentement, son expression devenant sérieuse : « …Pourquoi demandes-tu cela ? »
«Oh, pourquoi ? Est-ce une information classée secrète ? »
Il est terriblement irritable… Alors que j'étais sur le point d'éluder la question, son regard clair m'a frappée de plein fouet.
« Ne me dis pas que tu t'intéresses au duc Reshaniel ? »
Eh bien, je m'y intéresse. Si vouloir le mettre en pièces compte comme de l'intérêt, alors oui. De mon point de vue, c'était une question aussi absurde que : « Penses-tu vraiment que ce troll est beau ? »
C'est au moment où je cherchais encore comment répondre qu'il a semblé mal comprendre quelque chose et a demandé doucement, presque en murmurant : « …As-tu encore de l'affection pour cet homme, Giselle ? »