Chapitre 2
« C’est votre dernier avertissement. Si vous faites encore le moindre chahut, vous serez disqualifié de l’examen et expulsé de la salle sur-le-champ. » Le surveillant adressa cet avertissement à Lee Se-Hoon d’une voix sévère.
Dès que le surveillant s’éloigna, l’attention qui s’était brièvement portée sur lui se dispersa. Comme cet examen était crucial pour intégrer la célèbre Académie Babel, les candidats ne se souciaient guère des erreurs des autres. Ils voyaient plutôt cela comme un concurrent en moins et continuaient leur forgeage sans sourciller.
« ... »
Se-Hoon fixait sa main dans le vide, l’esprit ailleurs après la réprimande du surveillant.
Je suis revenu trente et un ans en arrière ? Pourquoi ? Comment ?
Il avait cru que c’était simplement sa vie qui défilait devant ses yeux avant de mourir, mais ses sensations étaient bien trop réelles. Tout en manipulant le marteau bon marché qu’il tenait en main, il tenta de se remémorer les dernières minutes précédant son trépas. Quelques instants plus tard, un vague souvenir refit surface.
[Le paysage mental synesthésique de l’arme « --- » a été activé.]
[Activation de la compétence « Retour à l’origine »]
C’est vrai, la manifestation d’un paysage mental synesthésique... Un phénomène où une compétence puissante s’imprègne dans des objets forgés avec des Pierres de Graisse. Bien qu’il ait rencontré cela d’innombrables fois au cours de sa carrière, il y avait quelque chose d’anormal cette fois-ci.
C’est la première fois que ça arrive avec ma propre Pierre de Graisse.
Malgré les millions d’objets qu’il avait façonnés avec sa pierre, une telle manifestation ne s’était jamais produite.
Alors comment le paysage mental synesthésique s’est-il activé, et comment suis-je revenu dans le passé ?
Cette situation le laissait perplexe, mais il finit par arriver à une conclusion.
Était-ce une coïncidence ?
En y réfléchissant, sa première manifestation de paysage mental synesthésique avait eu lieu alors qu’il tentait désespérément de repousser une attaque à son poste de travail. Peut-être était-ce aussi une simple coïncidence cette fois-ci. Son visage se figea à cette pensée, puis il éclata de rire face à la faiblesse de sa propre conclusion.
C’est de la folie.
Soit il était devenu fou, soit le monde l’était. Il ne comprenait pas ce qui se passait, mais la réalité était qu’il était bel et bien revenu dans le passé. Et ce n’était pas n’importe quel moment : il était retourné au tout premier regret de sa vie.
Que faire... eh bien, il n’y a pas grand-chose à réfléchir.
L’esprit un peu plus clair, il tourna la tête pour vérifier le temps restant. Une heure.
Il jeta un coup d’œil autour de lui et remarqua que les autres candidats avaient presque terminé leur forge.
C’est ridicule. Il examina rapidement le morceau de minerai sur lequel il travaillait. Il était martelé de façon chaotique, mal équilibré et dépourvu de toute forme correcte, le rendant impropre même à un usage décoratif.
Je devrais peut-être me contenter de le raffiner pour l’instant, pensa-t-il en se caressant le menton avec dépit. La note baisserait peut-être un peu, mais réussir le test était tout ce qui comptait. Sur cette pensée, il saisit le marteau avec légèreté.
***
« Quelle horreur. » Kim In-Cheol, un homme d’âge mûr, observait les candidats en grommelant de mécontentement. Bien qu’il n’attendît pas grand-chose de ce groupe, composé uniquement de candidats réservistes, ils étaient bien pires que ce qu’il avait anticipé.
Même en tenant compte de la chute considérable du prestige du Département de Forge... Les candidats n’avaient même pas les connaissances de base sur la maîtrise des flammes ou la posture à adopter pour manier un marteau. Ils frappaient le fer à l’aveugle, déversant le peu de mana et de compétences qu’ils possédaient sans même suivre les règles élémentaires de la forge. Peut-on vraiment appeler ce processus du forgeage ?
Réunir autant de candidats n’a pas vraiment résolu le problème. Il poussa un profond soupir et baissa la tête, déçu, en se massant les sourcils.
Clang !
Soudain, un son unique résonna dans la salle d’examen. Un son si tranchant qu’il put instantanément le distinguer parmi tous les martèlements des autres candidats. Ses yeux s’écarquillèrent de surprise tandis que le son résonnait à ses oreilles.
Clang ! Clang !
Le son était lent mais rythmé, imperturbable et clair. Sa singularité le surprit et capta toute son attention.
Qui produit ce son ? Il chercha frénétiquement dans la salle d’examen pour en trouver la source ; sa mauvaise humeur s’était complètement évaporée.
Clang !
Il finit par repérer un jeune homme balançant son marteau avec assurance, sans la moindre hésitation. Au premier abord, ses mouvements semblaient désordonnés, mais le fer en dessous était manifestement forgé avec une excellence inégalée dans la salle.
...C’est comme s’il était devenu un tout autre homme.
Bien qu’In-Cheol fût profondément déçu par les candidats, il observait toujours leur posture de base pour le processus d’évaluation. Parmi eux, Se-Hoon était bien en dessous de la moyenne et sous la barre de qualification pour l’Académie Babel.
En y pensant, il était dans la lune quand In-Sung l’a réprimandé.
Bien que ce fût rare, il arrivait que des individus éveillent leurs compétences sans signe avant-coureur et montrent ensuite une amélioration technique significative. Peut-être Se-Hoon en faisait-il partie.
Comme c’est intéressant. Cet examen semblait devoir se terminer par la disqualification de tous les candidats sans même une seconde évaluation, mais les choses pourraient bien prendre une tournure différente. In-Cheol se redressa et examina Se-Hoon avec attention.
Crac !
Soudain, la pièce la plus exceptionnelle de la salle vola en éclats.
***
Lorsque Se-Hoon avait commencé le processus de raffinage, il l’avait pris à la légère. Bien que la réputation de l’Académie Babel fût importante, ce n’était qu’une institution de formation. Compte tenu de sa renommée et de ses compétences avant la régression, cet examen devait être une simple formalité.
Pour lui, cette session était essentiellement un test pour évaluer l’état de son corps d’il y a trente et un ans. Il était clair qu’il devait comprendre les limites de ses capacités ; après tout, il était impossible de retrouver instantanément les sommets de ses années de forge.
Serrant les dents...
Pourtant, il ne pouvait tout simplement pas supporter de regarder ce qu’il était en train de forger. Ce morceau de ferraille allongé et pointu, se faisant passer pour une épée, était forgé de ses propres mains.
Il n’y avait rien à faire ; c’était le mieux qu’il pût produire dans cet état. Son corps était incapable de manier un marteau correctement, faute d’entraînement, et son mana était trop faible, même pour la forge. Bien qu’il comprenne parfaitement la situation, tout son corps le démangeait et le sang lui montait à la tête alors qu’il grimaçait.
À l’époque, il était un véritable artisan qui ne tolérait pas la moindre aberration, pas même des erreurs imperceptibles à l’échelle du nanomètre. Dès qu’il trouvait un défaut, même si la pièce valait des milliards, il la fracassait sans hésiter. On le surnommait le « Forgeron Créancier » et il ne laissait passer aucune erreur.
« Hmph !! »
Crac !
En le frappant sur l’enclume, il brisa le couteau en deux morceaux nets. Tout le monde dans la salle, y compris le surveillant, fut surpris. Il était courant que les candidats se découragent quand leur travail ne donnait pas les résultats escomptés, mais jamais personne n’avait fracassé sa propre œuvre par frustration.
Comment oses-tu... Han In-Sung, le surveillant qui lui avait adressé l’avertissement initial, ne pouvait accepter cette situation. Il ne pouvait tolérer qu’un candidat fasse preuve d’autant d’impolitesse devant le professeur principal du Département de Forge.
Il se dirigea d’un pas colérique vers Se-Hoon, bien décidé à l’expulser de la salle d’examen cette fois-ci.
« Monsieur... le surveillant. » Les yeux de Se-Hoon brillaient d’un éclat inquiétant, son corps tendu.
Pour In-Sung, ce n’était qu’un personnage insignifiant, dont les compétences étaient bien en dessous de la moyenne, même parmi ce groupe de réservistes.
« ... »
Cependant, une fois devant lui, aucun mot ne sortit de la bouche d’In-Sung. Il ressentait la même présence émanant de Se-Hoon que celle qu’il avait connue à l’époque où il était à Babel : la pression d’un aîné condescendant cherchant quelqu’un à provoquer.
« J’ai quelque chose à vous dire... » Se-Hoon serra les dents, luttant pour réprimer l’envie de tutoyer le surveillant.
« Quel est le problème ? » demanda In-Sung en déglutissant nerveusement.
« Je souhaiterais reforger l’objet... Pourriez-vous me fournir le matériel nécessaire... s’il vous plaît ? »
Les yeux d’In-Sung tremblèrent ; il ne parvenait pas à déterminer s’il s’agissait d’une requête polie ou d’un ordre direct. Normalement, il aurait réprimandé le candidat pour une telle audace, mais il se retrouva incapable de prononcer un seul mot. Il hésita, tiraillé entre son réflexe de refuser catégoriquement et son instinct qui le mettait en garde ; il avait peur que Se-Hoon ne se venge d’une manière ou d’une autre s’il refusait.
« Hm. »
In-Cheol, qui s’était approché sans faire de bruit, ramassa un morceau du couteau. Les candidats autour murmuraient de curiosité tandis qu’il examinait la pièce avec attention, comme s’il y portait un réel intérêt.
Contrairement à In-Sung, il méritait amplement son titre de professeur principal du Département de Forge de l’Académie Babel. C’était une figure colossale, classée parmi les cent meilleurs forgerons du monde.
« Hé, toi », dit In-Cheol en fixant Se-Hoon tout en replaçant le morceau brisé sur l’enclume.
« Penses-tu que briser ce couteau était la bonne chose à faire ? »
Cette question pouvait être interprétée de bien des manières. D’autres candidats auraient paniqué, pensant avoir commis une faute grave. Mais une seule réponse vint à l’esprit de Se-Hoon.
« Oui. Je ne voulais pas soumettre quelque chose d’aussi médiocre pour cet examen. »
« ...Je vois. » Après avoir constaté son assurance inébranlable, In-Cheol réfléchit un instant, puis tourna son regard vers In-Sung, qui restait là, hébété.
« Surveillant Han, reste-t-il du matériel ? »
« Hein ? Ah, oui. Il en reste un peu. »
« Alors apportez-en ici. Cela ne contrevient pas aux règles de l’examen, après tout. »
« C’est vrai... mais... »
In-Sung questionna prudemment cette décision, la jugeant excessive compte tenu des circonstances.
« Dois-je les apporter moi-même ? »
« Non, monsieur ! » In-Sung se précipita vers la réserve et revint avec une grande boîte.
« Huff, huff... J’ai apporté tout le minerai de fer et les pierres d’allumage. »
« Bon travail. » Après avoir tapoté l’épaule d’In-Sung, In-Cheol vérifia le temps restant et regarda Se-Hoon.
« Il ne reste que quarante minutes. Est-ce suffisant ? »
« Oui, c’est suffisant. »
La méthode habituelle ne fonctionnerait pas dans cette situation, mais il existait une autre façon de faire. In-Cheol sourit en voyant l’étincelle dans les yeux de Se-Hoon, signe que le jeune homme débordait d’idées.
« J’ai hâte de voir ça. »
Les surveillants retournèrent à leurs places, et Se-Hoon jeta un coup d’œil au matériel étalé devant lui. Sans inspection approfondie, il nota que le minerai de fer était d’une qualité uniforme et que la pierre d’allumage était d’une excellente variété. La raison pour laquelle les matériaux étaient d’une telle qualité était de ne laisser aucune excuse aux candidats quant à une préparation inadéquate.
Cela devrait suffire, pensa-t-il avec une expression satisfaite. Les choses pourraient être un peu rudes, mais c’est la vie ; on ne peut rien créer de bon sans souffrir un peu.
Il choisit quelques morceaux de minerai de fer et des pierres d’allumage, puis se posta devant la forge mourante. Concentrant le peu de mana qu’il possédait dans ses mains, il entrechoqua violemment les pierres d’allumage.
Cr-Crépitement !
Des sons de chocs aigus accompagnés d’étincelles volantes retentirent. Des flammes jaillirent entre ses mains comme des lampes vacillantes. Tous les candidats dans la salle d’examen observaient ce spectacle étrange avec admiration.
Si les pierres d’allumage sont imprégnées de mana, elles deviennent extrêmement chaudes...
D’où vient cette odeur de brûlé ?
Quelque chose était sur le point de se produire ; tout le monde le sentait instinctivement.
Vlan !
Une résonance distincte, différente des sons de collision précédents, émana simultanément de toutes les pierres d’allumage. Surpris par le son, Se-Hoon jeta prestement les pierres dans la forge.
Kabaang !!!!
Des flammes iridescentes jaillirent de la forge.