Chapitre 94
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Traductrice/éditrice : Natty
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◈ Le Régresseur et la Sainte Aveugle ◈
Chapitre 94 : Confusion
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Dans l’un des salons de réception du palais impérial.
Maximilian sirotait son thé en observant la Maîtresse de la Tour des mages, assise en face de lui.
De longs cheveux roux bouclés. Des yeux en amande et des lèvres relevées en un sourire. C’était une beauté à l’allure séductrice, mais Maximilian le savait.
Cette femme était une vieille bique de plus de cent vingt ans.
« Pourquoi m’avoir fait venir ainsi ? »
La Maîtresse de la Tour des mages prit un air élégant. Maximilian lui répondit sans la moindre gêne.
« Le festival a commencé, alors je vous ai fait venir pour vous féliciter de vos accomplissements. »
« Oh, et quand vous dites me féliciter, vous voulez dire… ? »
« Vous avez bien travaillé. »
« … »
Le sourire de la Maîtresse de la Tour des mages se figea. Même à présent, Maximilian était si mauvais avec les mots qu’il disait les choses sans jamais s’expliquer clairement.
Sans s’en rendre compte, Maximilian se rappela ce que son jeune frère lui avait demandé.
— Gardez-la ici jusqu’au coucher du soleil. Jusque-là, seulement.
C’était une demande de son jeune frère, qu’il avait toujours trouvé immature. En tant que frère aîné, il était naturel de la satisfaire.
« Avez-vous rencontré le moindre désagrément ? »
À ces mots, les yeux de la Maîtresse de la Tour des mages s’incurvèrent.
« Grâce aux bontés de la famille impériale, j’ai toujours vécu dans l’abondance. »
« Vraiment ? »
Maximilian acquiesça, puis poursuivit :
« J’ai vu les objets mis aux enchères par la Tour des mages. Il y avait bien des choses remarquables. »
« Oh, je suis ravie qu’ils aient plu à Votre Altesse. »
« Oui, les organes artificiels, en particulier, m’ont impressionné. Je pense que nous devrions discuter de leurs applications possibles avec les guérisseurs. »
« C’est une œuvre dont je suis particulièrement fière. »
Une œuvre dont elle était particulièrement fière.
La question de savoir comment elle avait mis au point une telle technologie lui remonta à la gorge, avec le thé, puis y redescendit. Il repensa à ce que son jeune frère lui avait raconté.
« Des cadavres qui se promènent sans leurs organes. »
Le lien n’était-il pas évident, et profondément suspect ?
« Je vous suis reconnaissant de toujours œuvrer au bien-être de l’Empire. »
« Vous me flattez. Ah, si nous en avons terminé, puis-je m’en aller ? »
Il tressaillit.
Maximilian se figea en entendant ces mots.
« … Restez encore un peu. »
« Avez-vous autre chose à me demander ? »
« J’aimerais m’entretenir encore un peu avec vous. »
Heureusement, sa voix ne trembla pas. Le sang-froid qu’il avait cultivé en vivant comme Prince héritier lui servait encore, même à présent.
La Maîtresse de la Tour des mages fixa Maximilian. Après l’avoir observé attentivement et poussé un petit bourdonnement pensif, elle se mit à glousser. Puis elle se leva et s’approcha de lui.
La Maîtresse de la Tour des mages s’assit sur les genoux de Maximilian. Sa main se mit à lui caresser la joue.
« On dirait que vous voulez faire ça. Je me trompe ? »
Pour l’une des rares fois de sa vie, Maximilian se sentit déconcerté et écœuré.
À l’idée qu’on puisse croire qu’il faisait des avances à une vieille bique de plus de cent vingt ans, la peau lui démangea.
Il ne pouvait toutefois rien laisser paraître. Maximilian posa sa tasse de thé et recouvrit de sa main celle qui reposait sur sa joue.
Ma dame, pardonnez-moi.
Il s’excusa intérieurement auprès de sa fiancée, puis répondit à voix haute :
« … Tout dépend de la façon dont vous le voyez. »
Un large sourire, qui semblait presque lui fendre le visage, apparut sur les lèvres de la Maîtresse de la Tour des mages.
« Hmm… »
Les yeux plissés, elle observa Maximilian avant de se pencher lentement vers lui. Les pupilles de Maximilian tremblèrent comme si un séisme venait de frapper, et tout son corps se raidit.
Cette réaction était due au dégoût que lui inspirait la suite des événements.
Il voulait la repousser et s’enfuir sur-le-champ, mais ne le pouvait pas. Maximilian ferma les yeux très fort.
Il tenta de chasser ses pensées, de ne rien ressentir, de faire le vide. Puis Maximilian sentit…
Léchement.
Une langue lui parcourant le lobe de l’oreille.
Son estomac se retourna. Il avait envie de vomir. Maximilian serra les dents et supporta l’épreuve.
Un frisson lui remonta le long de la colonne vertébrale.
Pour l’Empire. Pour son jeune frère. Tandis que Maximilian se répétait intérieurement qu’il supporterait tout cela, les mots qui suivirent l’obligèrent à ouvrir de grands yeux.
« Le Deuxième Prince est bien curieux, n’est-ce pas ? »
Boum.
Il eut l’impression que son cœur tombait dans sa poitrine.
La mention soudaine d’Albrecht en était la cause. Maximilian inspira brusquement. Sa tête pivota avec raideur vers la Maîtresse de la Tour des mages, dont le nez frôlait presque le sien.
La Maîtresse de la Tour des mages souriait. Ses lèvres aussi s’étiraient, comme si elles allaient rejoindre ses oreilles.
« Vous pourriez simplement faire semblant de ne pas savoir. »
Maximilian n’était pas assez idiot pour ne pas comprendre ce qu’elle voulait dire.
… Elle le savait.
Elle avait remarqué. Elle savait tout de leurs agissements et de la raison pour laquelle il l’avait convoquée aujourd’hui.
Soudain, les pensées de Maximilian s’aiguisèrent.
Mon jeune frère est en danger.
Au moment où son expression se figea, avant qu’il ait pu se ressaisir…
« … Vous devriez plutôt vous inquiéter pour vous-même, Votre Altesse le Prince héritier. »
La Maîtresse de la Tour des mages prit la parole. Sa main glissa le long de la joue de Maximilian, descendit vers son cou, puis vers sa poitrine.
Elle lui caressa la poitrine d’un geste d’une obscénité absolue, puis descendit encore. Au moment où Maximilian cessa de respirer…
Floc.
Un bruit écœurant de chair déchirée retentit.
En un instant, toute notion de réalité s’évanouit, remplacée par le choc.
La tête tremblante, Maximilian baissa les yeux vers son ventre.
« Hum… ! »
Il toussa du sang.
Le poing de la Maîtresse de la Tour des mages était enfoncé dans son ventre.
« Franchement. J’aurais peut-être envisagé de vous laisser vivre si vous aviez été un peu plus jolie. »
Lorsque la Maîtresse de la Tour des mages retira son poing, du sang jaillit de la blessure.
« Vous avez l’air bien trop masculin, Prince héritier. Vous n’êtes pas très appétissant. »
Goutte à goutte.
Maximilian chancela, submergé par la douleur qui s’emparait soudain de son corps, et regarda la Maîtresse de la Tour des mages.
Elle se leva et traversa la pièce jusqu’à la fenêtre, le claquement léger de ses talons résonnant à chacun de ses pas. Elle fredonnait pour elle-même.
« Puisque c’est le festival, ne devrions-nous pas célébrer cela plus dignement ? »
Il aurait dû appeler les gardes qui se tenaient juste derrière la porte, mais son corps n’avait plus aucune force. Il n’avait pas l’énergie de le faire.
Avant de perdre connaissance, Maximilian aperçut des flammes rouges comme le sang.
* * *
La cavité mise au jour sous la casse du Bas-Fonds.
Après que Rene, dans les bras de Vera, y eut sauté et posé le pied au sol, la première chose qu’elle fit fut…
« Argh… ! »
Elle eut un haut-le-cœur.
« Sainte ! »
« J-Je vais bien… Beurk ! »
Une nouvelle vague de nausée la submergea.
Il n’y avait pas d’autre raison : l’odeur infecte qui emplissait les lieux. Les mains de Rene tremblaient. Ses jambes flageolaient. Elle devinait ce que cette odeur signifiait.
Une puanteur âcre et putride. C’était une odeur immonde qu’elle n’avait jamais rencontrée de sa vie, et pourtant, dès qu’elle la sentit, elle comprit instinctivement.
Rene, qui se couvrait la bouche, tendit la main vers Vera en tremblant. Ses doigts agrippèrent son col.
« … Vera. »
« … Oui. »
« Ce sont… des cadavres… ? »
C’était l’odeur des cadavres. Pas un ou deux, mais celle de dizaines de corps, au moins, entassés les uns sur les autres.
À la question de Rene, l’expression de Vera se crispa et ses lèvres remuèrent.
« Oui. Ils sont éparpillés dans toute cette cavité. »
Vera regarda autour de lui.
Des cadavres au ventre ouvert jonchaient les lieux. Ils semblaient avoir été abandonnés là depuis un certain temps, certaines parties de leurs corps étant en décomposition. Le sang accumulé sous eux avait noirci, et des insectes grouillaient dessus.
Mais ce qui frappait le plus, c’étaient les têtes posées sur ces corps.
… Anna.
Anna, d’après Rohan. Une femme aux longs cheveux roses et raides, au visage doux. Tous les cadavres avaient le sien.
Plus répugnant encore, tandis que leurs corps étaient entièrement décomposés et que le sang s’amassait autour d’eux, leurs visages étaient restés propres, sans la moindre trace de putréfaction.
Quel enchaînement de causes et d’effets avait pu mener à cela ?
Dans quel but avait-on aménagé cette cavité ?
Tandis que Vera poursuivait ses réflexions, les autres descendirent à leur tour. Leurs visages exprimaient le même choc.
« Qu’est-ce que… ? »
Rohan était le plus bouleversé. L’esprit de nouveau en plein tumulte, il recula d’un pas en titubant.
Mari et le comte Vaischur contemplèrent la scène, graves, tandis qu’Albrecht restait figé par la stupeur.
« C’est insensé. Ils ont fait une chose pareille et ont continué à se promener tranquillement ? »
Les veines ressortaient sur la main qui serrait Pur-Sang.
Vera l’observa un instant, puis reprit le fil de ses pensées.
Il n’y a personne ici.
Il ne percevait aucune présence. Ce n’était pas qu’il n’en avait pas repéré une : il n’y avait véritablement aucun mouvement dans cette cavité, hormis le leur.
À part le léger bruissement des insectes.
Quelqu’un avait forcément fourni le sérum à la Maîtresse de la Tour des mages. Il devait bien y avoir un intrus pour que tout cela ait un sens.
Vera sentit ses pensées s’emmêler.
Qu’avait-il négligé ? Quel genre d’endroit était-ce ?
Tandis qu’il se débattait avec ces questions, Vera sentit quelque chose d’anormal dans toute cette pièce.
Et s’ils avaient tout vidé ?
Et s’ils avaient emporté tout l’équipement qui se trouvait ici ?
Vera aiguisant son regard, il examina attentivement la cavité.
Il inspecta d’abord les murs. Ils étaient rugueux et irréguliers, grossièrement taillés dans la roche.
Puis il observa les cadavres. Ils étaient comme les autres, des corps en décomposition depuis longtemps.
Enfin, il examina le sol.
En étudiant le sol sous les cadavres, Vera tressaillit à la vue de ce qui attira son attention.
« Sainte, veuillez m’excuser. »
Vera confia Rene à Mari, qui la soutenait jusque-là. Il s’approcha de l’endroit où six cadavres étaient entassés et se mit à les déplacer.
La sensation humide et le froid caractéristique des cadavres se répandirent dans son corps.
Sans y prêter attention, Vera retira tous les corps et essuya le sang accumulé.
… C’est enfoncé.
Le sol était nettement plus creux que la zone autour.
On aurait dit que quelque chose y avait été posé.
Ce n’est qu’alors que Vera comprit.
Ils se sont retirés ?
Comme dans la casse au-dessus, tout l’équipement qui se trouvait ici avait été emporté.
De plus, les cadavres avaient été délibérément disposés pour dissimuler les traces.
Retrait. Camouflage.
Tandis que Vera reliait de nouveau ses pensées autour de ces mots-clés, son corps s’agita.
… Ils savaient que nous viendrions.
Ils savaient qu’on découvrirait cette cavité.
Il poursuivit son raisonnement.
Alors, où sont-ils allés ?
Vu la taille de cette cavité, il ne pouvait pas s’agir d’une petite opération.
Il devait y avoir d’autres cadavres ambulants que ceux qui gardaient les lieux au-dessus.
Le dernier sujet de test numéroté dans le journal portait un numéro dans les deux mille.
Même si ce nombre s’était accumulé au fil des dernières années, même s’ils avaient remplacé certaines personnes entre-temps, il aurait dû en rester des centaines.
Si un groupe aussi nombreux s’était déplacé, s’il avait tenté de quitter l’Empire, cela n’aurait pas pu passer inaperçu.
Tandis que Vera poursuivait ses réflexions…
… Et s’ils n’avaient pas quitté la capitale ?
Cette possibilité lui vint à l’esprit.
Et s’ils se trouvaient encore dans la capitale impériale, cachés un peu partout avec un objectif précis ?
Un frisson parcourut tout le corps de Vera. Il se redressa brusquement.
Les forces les plus puissantes de la capitale impériale se trouvaient actuellement dans le Bas-Fonds. Hors de la capitale impériale, les rues étaient bondées de touristes venus de toutes les régions. La Maîtresse de la Tour des mages et l’intrus savaient déjà qu’ils avaient été démasqués.
Alors, quelle situation pouvait survenir ? Quel choix pouvaient-ils faire ?
Grrr… !
Le sol trembla. Le groupe se raidit. Tous se tournèrent vers l’endroit d’où venait la secousse.
« … La vibration vient du centre de la capitale impériale. »
Les mots d’Albrecht.
Ils scellèrent leur conclusion.
Ils sèmeraient la terreur dans la capitale impériale pendant le festival. Ils s’échapperaient au milieu du chaos, sans laisser à personne la force de les poursuivre.
Parvenu à cette conclusion, Vera comprit ce qu’ils chercheraient à obtenir par leur attaque.
Il se rappela où se trouvait la Maîtresse de la Tour des mages à présent.
« … Le Prince héritier. »
Ils s’en prendraient au Prince héritier. Pour empêcher la capitale impériale d’agir à la légère, même après avoir résolu l’incident, l’enliser dans le chaos intérieur et gagner du temps.
Vera tourna vivement la tête. Il regarda Albrecht et lança, la voix pressante :
« Le Prince héritier est en danger ! »
… Ils tenteraient d’assassiner le Prince héritier en profitant du chaos.
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