Chapitre 90
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Traductrice/éditrice : Natty
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◈ Le Régresseur et la Sainte Aveugle ◈
Chapitre 90 : Le Palais impérial
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La sphère se posa sur la poitrine d’un cadavre.
Personne ici n’était assez stupide pour ne pas comprendre ce que cela signifiait.
Crépuscule était une formule de sort de traçage. Ses cibles étaient les personnes disparues.
… Ce qui voulait dire que ces cadavres étaient les disparus.
Vera se rappela le murmure de Rohan, quelques instants plus tôt, et demanda :
« … Vous connaissez ce visage ? »
« Oui. Non, est-ce que je la connais ? Je devrais plutôt dire que je la connaissais ? »
Rohan s’essuya le visage d’une main tremblante et prit une profonde inspiration.
C’était bien un visage qu’il connaissait. Comment aurait-il pu l’oublier ? Elle avait été l’une des plus belles femmes qu’il eût jamais rencontrées.
Ses cheveux d’un rose pâle, ses yeux tombants bordés de longs cils, son nez fin et ses lèvres aux commissures relevées.
Chaque détail était resté gravé dans l’esprit de Rohan.
« … Pourquoi ? »
Pourquoi tous ces cadavres avaient-ils ce visage au-dessus du cou ? Et pourquoi Crépuscule les désignait-il ?
Il était trop confus. Impossible de tirer la moindre conclusion des indices qu’ils avaient sous les yeux.
Tandis que le regard de Rohan vacillait avec force…
« Hmm… »
Albrecht s’avança. Il tenait déjà Pure Blood à la main.
« Excusez-moi un instant. »
Le prince leva haut son épée.
Puis, dans un bruit de déchirure, il ouvrit la poitrine du cadavre.
« Qu’est-ce que vous… ! »
« Regardez. »
Le regard d’Albrecht s’assombrit. Rohan s’apprêtait à protester contre ce geste brusque, mais, en voyant ce que lui montrait Albrecht, il aspira brusquement l’air.
La cage thoracique était vide. On avait retiré tous les organes : il ne restait que les os et la peau.
« J’ai senti quelque chose de différent en les frappant. J’avais nettement l’impression de trancher des gens, mais quelque chose clochait. Maintenant, je comprends. Ils étaient vides à l’intérieur… »
Rene tressaillit à ces mots.
« … Vera ? »
« Tout va bien. »
Vera recouvrit de sa main celle, tremblante, de Rene pour la calmer.
Albrecht poursuivit :
« Il y a autre chose d’étrange. Jusqu’à notre entrée, aucun de nous n’avait remarqué leur présence. Même une fois à l’intérieur, c’était pareil. Je ne les ai repérés que lorsqu’ils ont lancé leurs dagues. »
Vera s’immobilisa.
Albrecht avait raison. Avant d’entrer, il n’avait senti aucune présence.
Vu les capacités de combat de ces cadavres, il était absurde qu’ils aient pu se cacher de tout le monde ici.
« L’Apôtre de la Guidance semble connaître ce visage. Je propose donc que nous partions d’abord et qu’il nous raconte toute l’histoire. Qu’en pensez-vous ? Je doute que rester ici nous apporte quoi que ce soit de bon. »
« … D’accord. »
Vera jeta un regard aux cadavres dans leur état lamentable, puis se retourna.
« Allons-y, Sainte. »
« Ah, oui… »
En conduisant Rene à l’extérieur, Vera se rendit compte d’une chose.
Il ne s’agissait pas d’une simple affaire de disparition. Quelque chose de plus profond et de plus sinistre se tramait.
* * *
De retour au domaine du comte, le groupe s’assit en cercle dans le petit salon et écouta Rohan, dont l’air demeurait perplexe.
« Alors… c’était il y a huit ans. J’étais venu remettre une lettre de Mari au comte et, comme c’était la saison des festivals, je me suis dit que j’allais rester pour visiter les environs. Je suis resté un mois ou deux dans l’Empire. »
« En gros, tu as traîné sans rien faire ? »
« Allons, ma sœur ! Ce n’est pas le plus important ! »
Mari claqua la langue devant la réponse déconcertée de Rohan.
« Bon, on parlera de ça plus tard. Dépêche-toi de continuer. »
« Ouf… Bref, Anna était une femme que j’ai rencontrée au festival. Je buvais seul dans une taverne en plein air, au marché nocturne, quand elle est venue me voir. »
Rohan poursuivit, fouillant dans ses souvenirs.
« Enfin, c’était un festival, l’ambiance était bonne… Qu’est-ce que j’étais censé faire d’autre ? J’ai passé le reste du festival avec elle. C’est tout. Je n’ai plus jamais eu de ses nouvelles ni reçu le moindre message après ça. Mais… »
Qu’avait-il vu dans le Bas-Fonds ?
Ne trouvant pas de réponse, Rohan prit un air encore plus sombre.
Albrecht l’écouta, les sourcils froncés, puis avança une hypothèse :
« Si ces cadavres se trouvaient déjà dans l’Empire à l’époque, l’Apôtre aurait-il pu rencontrer l’une de ceux qui étaient actifs alors… ? »
« Non. Je suis certain que ce n’était pas ça. »
« Hmm ? »
Rohan hésita. Son expression se fit gênée, puis il poussa enfin un profond soupir.
« … Anna avait bel et bien tous ses organes, à l’époque. »
« Comment le savez-vous ? »
Rohan se tut. Son air grave céda peu à peu la place à l’embarras.
Mari fronça les sourcils et claqua la langue.
« Tu as couché avec elle, c’est ça ? »
« … Ma sœur, quelle façon de le dire. »
« Sale petit débauché. Tu sèmes ta semence partout et tu n’as pas encore engendré un enfant ? C’est à peine croyable ! »
Rohan se ratatina sous les remontrances de Mari. Albrecht rougit, mais ses yeux brillaient aussi de curiosité. Le comte se couvrit les yeux d’une main.
Le silence retomba dans la pièce.
Rene, qui avait écouté sans un mot, réfléchit un moment avant de comprendre enfin le sens des paroles de Mari et de Rohan. Son visage s’empourpra.
« Ah, c-c’est… »
« … Sainte, je vous en prie, reprenez-vous. »
« O-oui, oui… ! »
L’atmosphère solennelle bascula en un instant. Une gêne étrange envahit la pièce.
Mari croisa les bras et balaya la pièce du regard avant de laisser échapper un petit reniflement.
« Je n’ai dit ça que parce que vous aviez tous l’air si abattus. C’est justement le moment de se ressaisir et de discuter calmement ! Mon cher, quelque chose vous vient à l’esprit ? »
« Hmm… »
Le comte Vaischur se caressa la barbe en réfléchissant.
« Au moins, je sais qu’aucun noble n’est responsable. À ma connaissance, aucun noble de la capitale ne maîtrise ce genre de sorcellerie. »
« Ils ont peut-être engagé un mage. »
« Impossible. Tant que la Tour des mages veille sur le ciel au-dessus de la capitale, tous les sorts lancés dans son enceinte sont repérés par le réseau de détection… »
Le comte tressaillit. Les autres réagirent de la même façon.
Albrecht eut un bref rire sans joie et prit la parole :
« À bien y réfléchir, la Tour des mages se trouve juste au-dessus du Bas-Fonds, n’est-ce pas ? »
À ces mots, la pièce se figea.
Albrecht observa les visages graves du groupe, puis déclara :
« Je devrais en parler à mon frère. »
« Vous voulez dire au Prince héritier ? »
« Oui. La Sainte doit se rendre au palais impérial dans deux jours, n’est-ce pas ? »
Albrecht sourit, ses dents blanches étincelant.
« Le moment est idéal. Nous en reparlerons dans deux jours. »
Vera demanda son avis à Rene.
« Cela vous convient-il ? »
« Oui, faisons comme ça. Ce n’est pas comme si nous avions une réponse claire pour l’instant. »
À l’approbation de Rene, Albrecht hocha la tête.
« Parfait. La famille impériale enverra donc un carrosse ce jour-là. Il se fait tard. Je vais prendre congé. Vous avez tous beaucoup travaillé, alors reposez-vous bien. »
Albrecht partit, et le comte Vaischur l’accompagna.
Il ne resta que les quatre Apôtres.
Lorsque la Tour des mages avait été mentionnée, Rene avait eu une pensée.
« … À bien y réfléchir, Trevo venait de la Tour des mages, n’est-ce pas ? »
« Oui. Cela remonte à plus de vingt ans, mais c’était un mage prometteur, au point d’avoir été pressenti comme candidat au poste de Maître de la Tour des mages. »
« Devrions-nous lui demander conseil ? Si nous envoyons un courrier express, nous devrions recevoir une réponse sous dix jours. »
« Oh ! Ce type ! Je l’avais complètement oublié, ça fait si longtemps qu’on ne l’a pas vu ! »
Mari répondit avec enthousiasme, puis Rohan enchaîna :
« Alors, je vais envoyer la lettre. Ah, je devrais aussi ramener quelques paladins en renfort ? »
« Ce ne serait pas possible. Envoyer des troupes dans la capitale d’un autre pays risquerait de provoquer un incident diplomatique. »
« Hein ? Même si c’est eux qui nous demandent de l’aide ? »
« Pas ces gens-là, mais la famille impériale. Et en ce moment, elle est en position de faiblesse. »
« Qu’est-ce que vous racontez ? Alors, pourquoi nous, ça ne pose pas de problème ? »
« Nous ne sommes que quelques-uns et nous avons une raison légitime d’être ici. Personne ne peut nous le reprocher. Gardez cela à l’esprit et contentez-vous d’envoyer la lettre. Sainte, allons-nous nous retirer ? Il est très tard. »
« Ah, oui. »
Rene prit la main de Vera et se leva.
Alors même qu’elle quittait le petit salon, cette même pensée continuait de lui trotter dans la tête.
Hmm…
Quelque chose, dans la présence des cadavres qu’ils avaient affrontés dans le Bas-Fonds, lui semblait familier.
* * *
Deux jours plus tard, devant le palais impérial.
Rene descendit du carrosse, déjà épuisée, puis poussa un profond soupir.
La raison allait de soi : elle portait une tenue d’apparat. Les suivantes l’avaient habillée depuis le petit matin et l’avaient laissée complètement épuisée.
Se demandant si elle pourrait rencontrer le Prince héritier et rentrer sans encombre le jour même, Rene prit la main de Vera et descendit du carrosse.
« Vous avez beaucoup travaillé. »
« Non. Mais, surtout, ma tenue est-elle correcte ? Elle n’est pas froissée à force d’être restée assise ? »
« Oui. Vous êtes tout à fait digne d’une Sainte, alors ne vous inquiétez pas le moins du monde. »
« Tant mieux. »
Rene se mit en marche, posant sa canne au sol dans un toc.
« À quoi ressemble le palais impérial ? »
« Comme la bibliothèque que nous avons visitée, le blanc y domine. Quatre larges avenues partent du palais impérial central, et d’autres bâtiments se dressent entre elles. Hmm, les jardins sont eux aussi dignes du palais impérial. Le blanc, le vert et les fleurs plantées çà et là composent une grande variété de couleurs. »
Vera continua de décrire les lieux, mais il se sentit quelque peu embarrassé.
Le complexe du palais impérial était bien trop vaste, et les bâtiments qu’il abritait étaient tout aussi nombreux.
Comment pouvait-il lui expliquer tout cela ?
Rene sentit son embarras et rit doucement.
« Vous n’avez pas besoin de tout me décrire. Avec ce que vous m’avez dit, j’arrive déjà à m’en faire une idée générale. »
« … Oui. »
Une atmosphère paisible les enveloppait tandis qu’ils marchaient main dans la main.
Après avoir marché un moment, savourant cette rare sensation de paix, ils entendirent une voix forte devant eux :
« Soyez les bienvenus ! »
C’était la voix d’Albrecht. Plus d’une douzaine de serviteurs se tenaient derrière lui.
Albrecht plissa ses yeux dorés, étincelants sous le soleil, en un sourire, dévoilant ses dents blanches avant de poursuivre :
« Bienvenue à la cour impériale ! Je suis Albrecht van Frihi, le deuxième prince impérial ! C’est un honneur de rencontrer la Sainte et l’Apôtre ! »
À cette salutation officielle, Rene comprit enfin qu’il s’agissait de sa première rencontre officielle avec Albrecht et inclina la tête.
« C’est un honneur de vous rencontrer, Votre Altesse. »
En voyant Rene le traiter avec tant d’égards, Albrecht sentit quelque chose remuer dans sa poitrine.
C’était bien ça ! Voilà comment les choses auraient dû se passer ! Il était le deuxième prince impérial. N’avait-on pas été bien trop familier avec lui jusqu’ici ?
Un léger sentiment d’indignation monta en lui, redoublant son émotion.
Le corps d’Albrecht se mit à trembler légèrement, et Vera fronça les sourcils.
Le bruit de talons résonna dans l’espace.
Albrecht et Vera se tournèrent tous deux vers sa provenance. Lorsqu’ils aperçurent la personne, leurs traits se durcirent.
Une jeune femme aux traits acérés sortit de l’intérieur, ses cheveux roux bouclés virevoltant autour d’elle.
« … Maîtresse de la Tour des mages. »
La propriétaire de la Tour des mages, que l’on soupçonnait d’être derrière les disparitions, s’avançait vers eux.
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