Chapitre 34
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Traductrice/éditrice : Natty
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◈ Le Régresseur et la Sainte Aveugle ◈
Chapitre 34 : Apôtre de l’Amour - 2
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« Elle arrive. »
Le jour où l’Apôtre de l’Amour revint au Royaume sacré, Rene l’attendait devant la grande porte du Grand Temple. Aux mots de Vera, elle sentit tout son corps se raidir.
Il lui restait deux Apôtres à rencontrer. Elle allait en voir un, il était donc naturel qu’elle soit nerveuse.
Vera n’était pas tout à fait à son aise non plus, même si sa raison était à la fois proche et différente de celle de Rene.
Espérant que cet Apôtre serait au moins normal, Vera plissa les yeux en observant la silhouette qui s’approchait au loin, puis prit la parole.
Il voulait décrire l’apparence de l’Apôtre de l’Amour à Rene.
« … C’est une femme âgée. »
C’était ce qui frappait le plus. L’Apôtre de l’Amour ressemblait à une vieille femme que le temps avait visiblement marquée.
Il poursuivit :
« Elle a l’air douce. Ses cheveux blancs sont rassemblés en un chignon, et elle se tient légèrement voûtée. Ses vêtements de cérémonie ne sont pas froissés, alors je pense qu’elle aime que les choses soient nettes et bien rangées. »
Il avait observé son apparence d’aussi près que possible et en avait tiré ses conclusions. Rene hocha la tête à plusieurs reprises, gravant ses paroles dans sa mémoire.
« Est-ce que j’ai l’air convenable ? »
Y avait-il quelque chose qu’on pourrait lui reprocher ? À sa question, Vera l’examina et répondit avec désinvolture :
« Vous êtes belle. »
Rene tressaillit.
« M-merci… »
« Je n’ai fait que dire la vérité. »
Rene pinça les lèvres. Ses paroles lui donnaient l’impression que son esprit se mettait lentement à bouillir.
Il ne pensait sûrement à rien de particulier, pourtant, d’une manière ou d’une autre, ses mots semblaient avoir un autre sens.
Son cœur était en plein tumulte. Elle avait cru que cette agitation s’apaiserait une fois qu’elle se serait habituée au Royaume sacré, mais elle ne faisait que s’intensifier de jour en jour.
Si seulement cela ne se produisait que lorsqu’ils étaient ensemble… Même séparés, lorsqu’elle se trouvait dans ses appartements avec Hella, qu’elle mangeait, se lavait ou s’allongeait pour dormir, Vera lui venait à l’esprit à chaque instant.
Sa voix, leurs mains enlacées, les conversations qu’ils avaient eues. Tout cela remuait dans son esprit.
Des pensées qu’elle ne pouvait maîtriser.
Elle aurait dû se concentrer sur l’apprentissage des arts divins, l’étude de la doctrine et toutes sortes d’autres matières. Pourtant, penser à Vera l’en empêchait.
Pourquoi suis-je comme ça ?
Tandis que Rene s’interrogeait sur son propre état…
« Bienvenue. »
Vargo prit la parole.
À ces mots, Rene releva la tête et se tourna vers l’avant. L’Apôtre de l’Amour devait être arrivée. Lorsqu’elle s’en rendit compte, son corps se raidit sous l’effet d’une tension grandissante.
La réponse fusa au moment où Rene pinçait fermement les lèvres.
« Oui, Votre Sainteté a bien vieilli. »
« Pas autant que toi. »
« Ha ha. Je ne suis pas aussi laide que Votre Sainteté. Retirez ça. »
Leur conversation se poursuivit avec une familiarité naturelle.
En regardant la scène, Vera tenait la main de Rene. Ses yeux s’écarquillèrent en entendant ces paroles.
Ce vieil excentrique se faisait provoquer et laissait passer ça sans broncher. N’était-ce pas étonnant ?
Il n’aurait jamais imaginé découvrir ce côté de Vargo.
Quel genre de personne était donc l’Apôtre de l’Amour pour que Vargo la traite avec tant d’égards ?
À cette question qui lui traversa l’esprit, l’expression de Vera se fit étrange.
L’Apôtre de l’Amour, qui discutait avec Vargo, fixa Vera en remarquant cette expression derrière lui.
Ses yeux se plissèrent légèrement.
Vargo tourna aussitôt la tête. Puis, laissant échapper un « Ah », il s’écarta et s’adressa à Rene.
« Sainte, veuillez la saluer. Voici Dame Terisa, l’Apôtre de l’Amour. »
« B-bonjour ! »
Aux mots de Vargo, Rene s’inclina profondément en guise de salut.
Rene éprouvait la même surprise que Vera. Vargo ne s’adressait avec autant de formalité qu’à elle, et pourtant, il traitait quelqu’un d’autre avec le plus grand respect. C’était vraiment surprenant.
Alors que Rene gardait la tête baissée, l’air embarrassé, Terisa s’approcha d’elle. Elle prit la main de Rene et la redressa doucement avant de parler.
« Ravie de vous rencontrer, Sainte. Vous n’avez pas besoin d’être aussi formelle. »
Sa voix était douce. Lorsque Rene releva la tête, Terisa examina son visage, puis poursuivit :
« Quelle jolie jeune fille ! Quand vous aurez un peu grandi, tous les hommes du monde seront à vos pieds. »
Terisa laissa échapper un petit rire.
Rene rit maladroitement à ces mots, puis tourna instinctivement son attention vers Vera.
C’était un geste inconscient.
Terisa cligna des yeux devant cette réaction étrange. Puis elle remarqua Vera, vers qui Rene s’était tournée, et laissa échapper un « Ah ».
« Alors, c’est vous, le pactisé. J’ai beaucoup entendu parler de vous. On dit que vous aimez bien faire des histoires ? »
« Ce n’est pas vrai du tout. »
Vera se crispa légèrement en répondant. Puis il inclina la tête.
« Je m’appelle Vera. »
« Oui, ravie de vous rencontrer. »
En entendant le rire de Terisa résonner à ses oreilles, Vera se demanda ce qu’on avait bien pu raconter sur lui pour qu’elle l’accueille ainsi.
Terisa regarda Vera s’incliner avec déférence. Puis elle reporta son attention sur Rene, plissa les yeux et sourit.
« Hmm… »
Le son lui échappa. Tournant de nouveau son regard vers Vera, Terisa lança d’un ton taquin :
« Quel beau garçon, et si grand ! Plutôt séduisant pour un Apôtre. »
« Vous me flattez. »
« Je n’ai fait que dire ce que je pensais. »
Tout en parlant, Terisa observait l’expression de Rene.
Rene tressaillit et prêta encore plus attention à Vera.
Terisa comprit aussitôt ce que signifiait cette réaction.
Son sourire s’élargit. Un rire ravi lui échappa.
Ces vacances s’annonçaient plutôt agréables.
* * *
Après avoir salué Terisa, Rene entra dans la salle de réunion du Grand Temple et s’assit en silence à côté de Vera.
Terisa était sortie, expliquant qu’elle avait quelque chose à discuter avec Vargo.
Dans le calme ambiant, les paroles de Terisa lui revinrent à l’esprit.
Quel beau garçon, et si grand !
Ces mots décrivant l’apparence de Vera s’attardaient dans ses pensées.
À bien y réfléchir, Rene n’avait jamais su à quoi ressemblait Vera.
C’était naturel, puisqu’elle ne voyait pas. Pourtant, Vera décrivait si précisément l’apparence des autres qu’elle parvenait à se les représenter dans une certaine mesure. Or, dans tout le Royaume sacré, Vera était le seul dont elle ignorait le visage.
Quand elle s’en rendit compte, Rene se mit à s’inquiéter sans même le vouloir. Une seule pensée occupait son esprit.
Comment devrais-je le lui demander ?
… À vrai dire, elle aurait pu le lui demander tout simplement. Mais Rene perdait tous ses moyens en présence de Vera, et cela ne lui vint pas à l’esprit. À la place, elle chercha un prétexte.
Non, même si elle avait songé à le lui demander directement, elle aurait essayé de trouver un prétexte.
Et si Vera la trouvait bizarre de poser une telle question ? Et s’il croyait qu’elle éprouvait des sentiments pour lui ? Ces inquiétudes la tourmentaient.
Rene pensait ne pas être amoureuse de Vera.
Il y avait bien des raisons à cela, mais la principale était la suivante :
Rene n’avait jamais éprouvé la moindre attirance pour un homme et ne comprenait donc pas que ce sentiment était de l’amour.
Plus elle s’inquiétait, plus sa tête s’inclinait. Ses yeux se fermèrent très fort.
Lorsque son état devint manifestement étrange…
« Sainte ? Vous ne vous sentez pas bien ? »
Vera prit la parole.
À ses mots, Rene sursauta, releva brusquement la tête et répondit d’une voix forte :
« Non ! »
Elle ressemblait à un culbuto qui se redressait après avoir été renversé.
Après avoir répondu, Rene sentit le bout de ses doigts trembler. Puis elle se dit : *Ferme les yeux et demande-lui, c’est tout !* Elle remua prudemment les lèvres.
« Monsieur. »
« Oui, je vous écoute. »
« À quoi ressemblez-vous ? »
Immobile.
Vera s’arrêta de bouger. L’expression de Rene se figea davantage encore.
Ce n’est qu’alors que Vera comprit qu’il n’avait jamais dit à Rene à quoi il ressemblait, et le regret l’envahit.
Comme cela avait dû être gênant pour elle ! Comme cela avait dû être désagréable de ne pas connaître le visage de quelqu’un qu’elle voyait presque tous les jours !
Vera fut saisi de remords à cause de son manque d’égards et s’excusa auprès de Rene.
« Je vous prie de m’excuser. Je n’y ai pas réfléchi et j’ai oublié de vous le dire. »
« P-pardon ? »
Rene était déconcertée. Pourquoi réagissait-il ainsi ?
Tandis qu’une expression perplexe se formait sur son visage, Vera prit la main de Rene et la posa contre sa joue.
« Hiii ! »
Sursaut.
Sentant sa peau sous sa main, Rene eut un mouvement brusque. Elle se figea complètement, comme si elle était tombée en panne.
« Sainte ? »
« Euh, euh, euh… »
Des mots inachevés ne cessaient de lui échapper. Rene ne retrouva un peu de contenance qu’au bout d’un moment.
Elle n’avait pas complètement repris ses esprits. La sensation de sa peau contre sa paume avait rendu son esprit à moitié inopérant.
Vera pencha légèrement la tête en la regardant reprendre lentement son souffle, puis poursuivit :
« Vous pouvez me toucher autant que vous le souhaitez. Si quelque chose vous intrigue, demandez-moi et je vous répondrai. »
Vera disait cela parce qu’il se souvenait que, dans sa vie précédente, Rene lui avait caressé le visage.
Pourtant, cela eut l’effet inverse.
Le toucher autant qu’elle le souhaitait.
Ces mots donnèrent à Rene l’impression qu’une boule de feu venait de tomber dans sa poitrine.
C’était bien trop troublant pour une fille de son âge.
Rene ouvrit et referma la bouche, son corps grinçant comme une machine cassée. Enfin, elle reprit ses esprits et hocha la tête.
« O-oui… ! »
Comme elle le souhaitait. Comme elle le souhaitait. Comme elle le souhaitait.
Ces mots se mirent à envahir son esprit. Elle ne cessait d’avaler sa salive.
La main de Vera, qui reposait sur le dos de la sienne, se retira. Quand elle sentit qu’il l’avait ôtée, Rene caressa lentement la joue de Vera.
Elle était un peu rêche, mais chaude et douce.
« Euh… De quelle couleur est votre peau, monsieur ? »
« Je crois que j’ai le teint plus pâle que la plupart des gens. Je pense que c’est parce que j’ai grandi dans un quartier où le soleil pénétrait rarement. »
En parlant, la voix de Vera se transforma en vibrations qui parcoururent sa paume.
Elle eut l’impression qu’un courant électrique lui descendait le long de la colonne vertébrale.
Une peau blanche. Dans l’esprit de Rene, des joues chaudes et un teint pâle prirent forme.
« J-je vois… »
Tout en poursuivant la conversation, Rene remonta un peu la main. Cette fois, le bout de son pouce effleura les cils de Vera.
« Ah, pardon. »
« Ce n’est rien. »
Vera ferma les yeux. Ses cils frôlèrent le pouce de Rene quand ses paupières s’abaissèrent.
Cette sensation fit de nouveau tressaillir Rene. Elle avala sa salive et demanda :
« E-et vos yeux, de quelle couleur sont-ils ? »
« Je crois qu’ils sont gris. Je ne les ai jamais examinés de près, alors je suis désolé de ne pas pouvoir vous donner une réponse certaine. Quand nous rentrerons aujourd’hui, je me renseignerai et vous le dirai. »
« N-non ! Ce n’est pas la peine d’aller jusque-là ! »
Gris.
Sur le portrait encore flou qu’elle avait en tête, elle dessina des yeux légèrement effilés aux iris gris.
Comme Rene imaginait Vera en jeune délinquant, elle lui prêtait un air vif et dur.
Ce n’était pas intentionnel, mais le Vera qui prenait forme dans son esprit ressemblait ainsi assez au véritable Vera.
Son pouce glissa sur sa paupière et effleura lentement son sourcil. Des sourcils droits, surmontés par sa frange.
« De quelle couleur sont vos cheveux ? »
« Noirs. »
Elle ajouta à son portrait des cheveux noirs et des sourcils droits.
Je croyais qu’ils seraient blonds.
C’était un peu inattendu.
À cette pensée, Rene continua de caresser le visage de Vera. Elle suivit l’arête de son nez, bien plus haut et plus droit que le sien, puis tâta sa mâchoire, précisant davantage le portrait qu’elle se faisait de lui.
Sa main s’immobilisa soudain.
Il restait une dernière partie qu’elle n’avait pas examinée.
S-ses… sa bouche…
Ses lèvres.
L’idée de devoir les toucher l’avait arrêtée.
Boum. Boum.
Son cœur se mit à battre à tout rompre. Sa gorge, qui avait avalé sa salive toute la journée, se remit à s’agiter.
Son pouce glissa sur sa joue, petit à petit, très lentement.
Sa paume devenait brûlante.
Rene ne savait pas si cette chaleur venait de Vera ou d’elle-même.
Puis, tandis que son pouce en mouvement s’enfonçait légèrement…
Floc.
Il toucha ses lèvres.
Sursaut.
Rene tressaillit et retira sa main du visage de Vera, répondant presque en criant :
« Ç-ça suffit ! »
« Est-ce que cela vous a aidée ? »
« Oui. Oui ! Je crois que j’ai compris, maintenant ! Merci ! »
Les mots jaillirent à toute vitesse. Après avoir parlé, Rene remua les lèvres, serra les poings, puis se redressa et demeura figée dans cette position.
Vera pencha de nouveau la tête en la voyant faire. Puis il se redressa à son tour, l’imitant.
Boum. Boum.
Rene resta silencieuse, anxieuse à l’idée que Vera puisse entendre son cœur cogner comme s’il allait éclater.
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