Chapitre 30
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Traductrice/éditrice : Natty
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◈ The Regressor and the Blind Saintess ◈
Chapitre 30 : Entraînement
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Le lendemain, Vera entra dans la clairière devant la cabane qui lui servait de quartier et dégaina son épée.
Il allait s’entraîner.
S’entraîner pour ne plus jamais éprouver cette impuissance qu’il avait ressentie lorsque, avec l’aide de Vargo, il avait échappé de justesse à Terdan. S’entraîner pour que Rene n’ait plus jamais à se surmener afin de manifester son Autorité.
L’épée à la main, Vera réfléchit.
Que lui manquait-il ?
Qu’est-ce qui faisait défaut à son épée ?
Chaque fois qu’il se posait la question, la réponse était toujours la même.
Rien.
À son avis, rien ne manquait à son épée.
Sa maîtrise de l’épée avait déjà atteint son apogée.
En un sens, c’était tout naturel. Vera avait du talent.
Du talent pour manier l’épée. Du talent pour tuer ses adversaires. Du talent pour repérer ceux qui voulaient le tuer. Du talent pour maîtriser son corps. Du talent dans tous les autres domaines nécessaires au combat.
Dès qu’il avait tenu une épée pour la première fois, Vera avait compris. Il savait comment la brandir et ce qu’il pouvait accomplir avec. Il le savait d’instinct.
C’était pour cela que son épée n’avait aucune Forme.
Une épée qu’il maniait à l’instinct.
Une épée forgée par la seule expérience.
Elle ne suivait aucune règle codifiée.
Voilà pourquoi Vargo l’avait qualifiée d’escrime de chien en chaleur, et pourquoi Vera n’avait pas su le contredire.
Pourtant, c’était précisément parce qu’elle était ainsi que rien ne lui manquait.
L’épée de Vera possédait déjà tout ce qu’exigeait un véritable combat.
C’était pourquoi elle n’avait pas changé au cours de ses quatre années dans le Royaume sacré.
Dès qu’il imposerait une Forme à son escrime, son potentiel s’évanouirait. Sa lame se retrouverait prisonnière de techniques limitées. Chaque fois qu’il la manierait, il se sentirait entravé.
Voilà pourquoi Vera n’avait pas réussi à corriger son escrime.
La question lui revint à l’esprit.
Rien ne me manque. Cela signifie-t-il que je ne peux plus progresser ?
Avait-il déjà atteint les limites de sa croissance ?
Ne pouvait-il plus aller au-delà en se fiant uniquement à son épée ?
La question persistait.
Après avoir longuement réfléchi, Vera serra la garde de son épée et parvint à une conclusion.
Non.
C’était possible.
Il pouvait atteindre un royaume supérieur.
Il avait déjà vu de ses propres yeux qu’un royaume au-delà de celui-ci existait. Rien ne l’empêchait de l’atteindre.
Alors qu’il poursuivait sa réflexion, le coup de Vargo, l’autre jour, lui revint à l’esprit.
Un pouvoir divin hautement comprimé.
Voilà la technique qui avait rendu l’attaque de Vargo possible.
Cette masse écarlate, d’une violence inouïe, avait écrasé l’espace lui-même. Elle avait été créée en comprimant le pouvoir divin de Vargo en un point unique.
Et projetée vers ce point.
La force comprimée ne s’était pas dispersée ; elle s’était déplacée dans une seule direction, effaçant toute matière sur son passage.
Puis…
L’explosion à son point d’arrivée.
Une explosion que Terdan lui-même, ce géant qui déplaçait les montagnes, n’avait pu encaisser.
L’intention.
C’était elle qui rendait pareille technique possible. Vargo avait inscrit son intention d’affronter Terdan dans une Forme codifiée, faisant exploser le pouvoir divin condensé à l’endroit voulu.
Shing.
Vera leva son épée.
Il avait compris. La technique de Vargo avait indéniablement conjugué Forme et Intention.
Si ce n’était pas un fantasme impossible, mais quelque chose de réellement faisable, rien ne l’empêchait d’y parvenir lui aussi.
Je ne peux pas suivre la méthode de Votre Sainteté.
Ce n’était pas sa voie.
Cette technique appartenait à Vargo seul ; lui seul pouvait l’employer.
C’était la voie d’un tyran.
Vera devait inscrire dans son épée une Forme et une Intention différentes.
Que dois-je y inscrire ?
Il poursuivit sa réflexion.
Une épée que lui seul pourrait manier. Une épée qu’il devait chercher à créer.
Depuis la régression de sa vie, son objectif était unique.
Une épée pour la Sainte.
Une épée pour protéger Rene.
Ce qu’il devait créer dans ce but, c’était…
La perfection.
Une épée qui ne s’effondrerait jamais, quelle que soit la situation. Une épée sans faiblesse.
Une épée qui ne révélerait aucune faiblesse, quels que soient les circonstances ou l’adversaire.
Mais…
Impossible.
Vera savait à quel point le mot « perfection » était arrogant.
Alors, il imagina une épée qui s’en approcherait à l’infini, une épée que lui seul pourrait créer.
Les Dix Mille Métamorphoses.
Une technique qui imiterait la perfection en faisant appel à dix mille arts de l’épée au fil de dix mille combats.
Il devait y parvenir.
J’en ai déjà les fondations.
Le Sanctuaire.
Son art divin, qu’il avait créé en tissant sa propre Autorité. S’il pouvait, grâce à lui, manipuler les conditions mêmes du combat, alors ce serait possible.
Son escrime devait pouvoir prendre des dizaines de milliers de formes en fonction des pénalités imposées à chaque fois, tout en restant libre des contraintes du Sanctuaire.
Un noyau immuable au milieu de variables en perpétuel changement.
Autrement dit, il devait créer une Forme des Dix Mille Métamorphoses.
Vera effaça toutes les techniques d’épée qu’il avait développées par l’expérience.
Il devait revenir à une page blanche et tout rebâtir depuis le début.
Les yeux fermés, Vera se remémora les innombrables puissants qu’il avait rencontrés, à commencer par ceux de sa vie précédente.
Il se rappela leurs épées, leurs arts martiaux, leurs méthodes de combat.
Il n’avait pas l’intention de les graver dans son corps. Il avait déjà échoué en essayant.
Je ne garderai que les techniques les plus élémentaires, celles qui peuvent leur faire face à tous.
Trancher, estocquer et parer.
Il effaça tout le reste.
Ensuite, il réfléchit à la façon dont les puissants qu’il avait rencontrés jusque-là s’étaient battus.
Quels puissants risquait-il d’affronter avec cette épée ?
Il n’eut pas besoin d’y réfléchir longtemps.
Dans sa vie précédente, alors que le monde entier était son ennemi, s’il devait nommer les plus grands parmi les innombrables puissants qu’il avait rencontrés…
Les héros.
Les héros qui avaient vaincu le Roi Démon. Il devait forger son épée en gardant à l’esprit la possibilité de les affronter.
Il pouvait les vaincre même s’il devait les combattre sur-le-champ. Cela ne signifiait pas pour autant que leur escrime était inférieure à la sienne.
Vera le savait. S’il avait pu les vaincre, c’était uniquement parce qu’il possédait une Marque sacrée. En matière d’escrime pure, sa lame était inférieure à leurs arts martiaux.
Il fallait donc que la nouvelle épée de Vera puisse, par la seule escrime, triompher de leurs lames et de toute l’histoire qu’elles avaient accumulée.
Vera se remémora les lames des héros.
Albrecht.
Le deuxième prince de l’Empire, Albrecht de Prich, le Chevalier du Dévouement.
Il se rappela l’épée réputée incassable.
Tout reposait sur le flux.
Une souplesse écrasante qui détournait chaque attaque. Il se remémora cette épée, la plus redoutable à affronter.
Ensuite…
Hegreon.
L’héritier du duché septentrional de Tresia. L’épée de Hegreon Tresia, l’héritier du grand-duc des Profondeurs glacées.
Ce que son épée incarnait, c’était…
Le poids.
Une épée résolue, qui ne cédait pas à la tempête de neige déchaînée. Il se rappela cette lame dont les coups descendants l’avaient forcé à plier le genou.
Enfin…
Aisha.
Aisha Dragnov, propriétaire de l’Épée démoniaque.
L’Épée démoniaque qu’elle maniait débordait d’une vivacité indéniable. Il se remémora cette lame qui fondait sur lui avec une telle rapidité qu’elle lui tapait sur les nerfs.
Il imagina alors sa propre technique, celle qui lui permettrait de les affronter tous sans jamais perdre.
Le changement.
Il devait bâtir son escrime autour d’une lame aux innombrables métamorphoses.
Vera ouvrit les yeux.
La zone autour de lui était déjà envahie par un pouvoir divin gris cendré.
Il avait choisi la direction à suivre, mais son épée n’avait même pas encore de structure solide.
Ce serait forcément une tâche harassante, qui prendrait beaucoup de temps.
Pourtant, malgré cette pensée, Vera se sentait de plus en plus de bonne humeur.
Il voyait la voie devant lui. Il n’était pas encore arrivé au bout. Il pouvait devenir plus fort qu’il ne l’était.
Vera savait apprécier ce genre de progrès. Son esprit combatif en tirait plaisir.
Rien ne valait un vrai combat.
Pour Vera, le combat réel était la forme d’entraînement la plus efficace. Affronter directement ses adversaires et se corriger au fil des échanges serait le moyen le plus rapide de parfaire son escrime.
Le problème, c’est de trouver un vrai combat dans le Royaume sacré.
Tant que Rene ne sortirait pas, Vera ne pourrait pas partir non plus.
Il me faut donc des adversaires à l’intérieur du Royaume sacré…
Alors qu’il réfléchissait intensément, une voix retentit.
« Vera ! »
Vera tourna la tête vers la voix.
Au loin, les personnes qu’il avait fait venir s’approchaient.
Les jumeaux, Rohan et Trevo.
Flash !
Une idée traversa l’esprit de Vera.
À l’origine, il les avait convoqués pour les « éduquer » dans l’intérêt de Rene, mais rien ne l’obligeait à limiter leur rassemblement à cela.
Un sourire en coin se dessina sur ses lèvres.
Tant qu’à faire…
De tels sacs de frappe ambulants étaient venus à lui. Ce serait dommage de ne pas en profiter.
* * *
Deux jours plus tard, Rene descendit le couloir en compagnie de Vera, comme prévu, pour sa leçon d’arts divins.
Le rythme régulier de sa canne et de leurs pas. La chaleur qui lui parvenait par le bout des doigts.
Sensible à ces sensations, Rene marcha en silence un moment. Puis, lorsque l’atmosphère devint trop pesante, elle prit la parole.
« La personne que nous allons voir aujourd’hui, c’est l’Apôtre de la Sagesse, n’est-ce pas ? »
« Oui. Trevo. »
« Ah… »
Après cette brève réponse, le silence retomba. Rene se surprit à en vouloir intérieurement à Vera.
Elle ne lui en voulait pas vraiment. Elle trouvait simplement étrange et déplaisant qu’il reste silencieux ainsi, sans dire un mot.
Rene ne comprenait pas elle-même cette émotion.
Elle prit naturellement une moue boudeuse et resserra les doigts autour de sa canne. Le léger toc se transforma en un lourd boum !
« Sainte ? »
À l’appel de Vera, Rene tressaillit. Elle baissa légèrement la tête et répondit :
« Oui. »
« Vous ne vous sentez pas bien ? »
« Non. »
Boum !
Le bruit résonna de nouveau contre le sol.
Après avoir répondu, Rene se demanda un peu tard si elle avait paru trop sèche et tenta de deviner la réaction de Vera.
Elle ne sentit aucun changement dans la façon dont il lui tenait la main, ni dans ses pas ou sa respiration. Malgré tout, à l’idée qu’il puisse être en colère, Rene se troubla, ferma les yeux et s’excusa précipitamment.
« Je suis désolée. J’ai répondu trop sèchement. »
« Pas du tout. Je n’ai rien remarqué de tel. »
« Hum… J’ai simplement mal dormi. »
« Ah, les saisons changent. C’est peut-être pour cela. Je demanderai à Hella de surveiller de près la température de votre chambre. »
« Oui… »
Rene baissa la tête.
Elle s’excusa intérieurement auprès de Hella, qui allait en subir les conséquences.
Pourquoi est-ce que je me comporte ainsi ?
Était-ce parce qu’elle ne s’était pas encore habituée au Royaume sacré ? Rene ne comprenait absolument pas son propre comportement. Elle finit par se convaincre que tout irait bien une fois qu’elle se serait habituée à l’endroit et aurait retrouvé son calme.
Le silence retomba.
Calme-toi. Calme-toi.
Se répétant ces mots, Rene força une note enjouée dans sa voix et posa une question à Vera.
« Quel genre de personne est Trevo, l’Apôtre de la Sagesse ? Y a-t-il quelque chose qu’il n’aime pas ? »
Elle lui posait une question sur Trevo. Rene estimait qu’il était simplement poli de se renseigner sur quelqu’un avant de le rencontrer.
Vera réfléchit un instant à ses paroles, puis répondit d’un ton calme :
« C’est un excentrique. »
« Pardon ? »
« Il a un côté pervers. Mieux vaut ne pas vous rapprocher de lui ; je vous conseille de garder vos distances. »
Vera parlait plus que d’habitude. Rene lui était reconnaissante de s’être ainsi étendu, mais elle pencha la tête devant son jugement si sévère sur Trevo.
« Hum… »
Ne trouvant rien à répondre, elle laissa échapper un petit son. Vera continua à dire du mal de Trevo.
« Il s’intéresse à la peau nue des hommes ; on pourrait donc dire qu’il a un faible pour eux. Mais rien ne garantit que ses perversions se limitent aux hommes. J’espère que vous serez particulièrement prudente, Sainte. Ah, et si Trevo vous demande à voir votre Marque sacrée, ne la lui montrez surtout pas. »
Ce n’était pas dans les habitudes de Vera.
Une pointe d’irritation perçait dans sa voix. Il était rare qu’il laisse ainsi ses émotions paraître, et Rene se rappela avoir déjà entendu ce ton avant son arrivée au Royaume sacré.
Ah, cet excentrique.
C’était exactement le ton qu’avait pris Vera en parlant des habitants du Royaume sacré à Lemeo.
Alors, c’est lui, l’excentrique dont parlait Sir.
Rene hocha légèrement la tête. Elle avait compris.
Pourtant, elle avait le sentiment que Vera ne devrait pas parler ainsi de quelqu’un.
« Hum, Sir ? »
« Oui ? »
« Je ne crois pas qu’il soit bien de dire du mal de quelqu’un dans son dos… »
À ces mots, le visage de Vera se figea. Il tourna les yeux vers elle.
Rene s’exprimait avec un air légèrement embarrassé.
C’était bel et bien vrai.
Mais…
« Je vous prie de m’excuser. »
« Non, je voulais simplement dire… »
Vera se sentit injustement accusé.
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