Chapitre 29
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Traductrice/éditrice : Natty
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◈ Le Régresseur et la Sainte Aveugle ◈
Chapitre 29 : Adaptation — 3
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Grincement.
La porte du logement s’ouvrit.
Vera, qui attendait Rene dehors, s’immobilisa en la voyant apparaître dans l’encadrement.
Elle portait une robe de cérémonie d’un blanc pur.
Un tissu brodé d’or lui drapait le corps.
Au premier regard, on aurait dit une tenue d’apparat composée de plusieurs épaisseurs. La splendeur du vêtement extérieur, comme les robes sacerdotales blanches qu’on apercevait dessous, aurait pu sembler excessive. Pourtant, Vera se surprit à penser que rien de tout cela ne l’était.
Cette tenue lui allait à ce point.
On aurait dit qu’elle avait été conçue pour Rene depuis le début.
… Non.
Peut-être même cela ne suffisait-il pas. Peut-être que ces vêtements ne pouvaient pas davantage exprimer sa noblesse.
Tandis que ces pensées se succédaient,
Tap. Tap.
Rene s’approcha, tenant la main de Hella et s’aidant de sa canne.
« Je suis désolée. Vous attendez depuis longtemps ? »
À ces mots, Vera sentit enfin son esprit embrumé s’éclaircir et entrouvrit les lèvres pour répondre à voix basse.
« Non. »
Sa réponse s’arrêta là. Vera tendit la main, prit celle de Rene à Hella, puis ajouta :
« Alors, allons-y. »
« Oui. »
Quand la main de Vera recouvrit la sienne, Rene sentit ses doigts trembler légèrement. Elle se laissa guider et se mit en marche.
Le tap de sa canne et le toc de leurs pas formèrent un rythme.
À son oreille, Vera poursuivit ses explications sur la disposition des lieux, puisqu’elle ne pouvait pas voir.
« En sortant du logement, si vous faites une vingtaine de pas vers la droite, vous trouverez une sortie qui mène aux parterres fleuris du Grand Temple. Dans l’autre direction se trouve la sortie est, près de la caserne des paladins… »
Ses paroles étaient raides. Mais Rene savait que ce chevalier rigide parlait rarement avec émotion. C’était ainsi que Vera exprimait sa gentillesse.
« … Les couloirs du logement sont généralement rectilignes. Nous avons retiré tous les ornements et tout ce qui pourrait gêner vos déplacements, vous n’avez donc pas à vous en inquiéter. »
« Vraiment ? »
Elle acquiesça en l’écoutant, et Vera reprit ses explications.
« Au milieu des parterres vers lesquels nous nous dirigeons se trouve un jardin en plein air. Sa Sainteté nous y attend. »
« Oh, il y a un jardin au milieu des parterres ? Il doit être immense. »
« Oui. D’après ce que j’ai compris, il est bien plus vaste que le bâtiment où loge la Sainte. L’Apôtre de l’Abondance, actuellement absent en mission, a aménagé ces parterres comme passe-temps. »
Un Apôtre.
Ce mot fit naître une pensée dans l’esprit de Rene.
À bien y réfléchir…
Vera était lui aussi un Apôtre.
Elle l’avait appris avant d’arriver au Royaume sacré, mais, pour une raison qu’elle ignorait, cela lui semblait toujours étrange.
Pour Rene, Vera faisait davantage penser à un chevalier sincère sorti d’un conte qu’à un Apôtre.
Comme Vera achevait ses explications et se taisait, une question vint à l’esprit de Rene.
« Est-ce que tous les Apôtres partent en mission ? »
« Pas tous. Cela dépend du rôle qui leur a été confié. Par exemple… Trevo, l’Apôtre de la Sagesse, ne part pas en mission à l’extérieur, car il est chargé de maintenir le Cercle de scellement du Roi démon qui entoure le Royaume sacré. »
« Ah, alors quel est votre rôle, monsieur le chevalier ? »
« Protéger la Sainte. Sauf urgence extrême, je resterai probablement à ses côtés. »
À ses côtés.
Ces mots firent tressaillir Rene.
« … Sainte ? »
« Oh, non ! J’ai juste trébuché un instant ! »
« Pardonnez-moi. Je vais ralentir un peu. »
« Ce n’est pas la peine ! »
Sa voix résonna avec force. Rene sentit ses joues s’échauffer : elle avait encore paniqué et crié.
Elle ferma les yeux très fort.
Pourquoi se comportait-elle aussi sottement ? À ce rythme, n’allait-on pas croire qu’elle avait menti en disant : « Je suis aveugle, pas idiote » ?
Rene se reprocha de s’émouvoir à la moindre chose et s’efforça d’apaiser son cœur agité.
Ni l’un ni l’autre ne reprit la parole. Rene n’était pas en état de dire quoi que ce soit, et Vera n’était pas du genre à parler pour ne rien dire.
Après avoir marché un bon moment,
« Nous y sommes. »
Surprise par les paroles de Vera, Rene se redressa.
Elle entendit alors une voix.
« Vous voilà. »
C’était la voix d’un vieil homme, profondément marquée par le temps.
« Vous avez dû faire un pénible voyage, Sainte. »
À ces mots, Rene baissa la tête et le salua d’une voix hésitante.
« Bonjour… »
Gloups.
Elle déglutit. D’innombrables pensées traversèrent son esprit.
Avait-elle manqué aux convenances ? Quelqu’un allait-il lui reprocher quelque chose ?
Tandis que toutes sortes d’idées lui traversaient la tête, Vargo reprit la parole.
« Je vous en prie, venez vous asseoir ici. »
Sa voix était douce.
Rene commença à se dire que Vargo était peut-être plus bienveillant qu’elle ne l’avait imaginé. Vera, lui, fronça les sourcils devant cette facette de Vargo qu’il n’avait encore jamais vue.
Ce type était-il vraiment devenu sénile ? Pourquoi agissait-il de façon aussi inhabituelle ?
Comme Vera fixait Vargo, les sourcils froncés, celui-ci claqua la langue et s’adressa à lui.
« Qu’est-ce que tu restes planté là, la bouche ouverte ? Dépêche-toi d’escorter la Sainte. Tss. Franchement, tu es l’idiot le plus lent du continent. »
Grincement.
Vera grinça des dents.
« … Veuillez m’excuser. »
« Arrête avec tes excuses à la noix. Tu aimes tant jouer à la balle ? Chaque fois que tu ouvres la bouche, c’est pour t’excuser. »
« Pfft… ! »
Un rire échappa à Rene en entendant Vargo.
Elle sentit une sueur froide lui couler dans le dos : elle avait ri sans le vouloir.
Sentant la main de Vera se resserrer légèrement autour de la sienne, Rene s’empressa de s’excuser.
« Je… je suis désolée… »
« … Ce n’est rien. »
Vera lui répondit, l’installa face à Vargo, puis se plaça derrière elle et lança un regard noir à Vargo.
« Tu n’as aucune manière. »
« J’ai bien des défauts. »
« Alors, passe le reste de ta vie comme ça. »
Vargo et Vera se dévisagèrent. Aucun des deux ne céda d’un pouce.
Rene écoutait, l’air déconcerté. Vargo s’en aperçut et adoucit sa voix pour la rassurer.
« Mon Dieu, voilà que je vous donne un spectacle bien embarrassant, devant la Sainte. »
« Non ! »
Rene aurait voulu s’enfuir. L’atmosphère était plus menaçante qu’elle ne l’avait imaginé, et ses jambes tremblaient.
Si elle n’avait pas été aveugle, elle aurait peut-être pris la fuite sur-le-champ.
Cette pensée assombrit son visage. Vargo détourna alors les yeux de Vera et poursuivit :
« Sainte, vous n’avez pas à avoir peur. Ici se trouvent ceux qui tiennent à vous plus que quiconque. Détendez-vous, je vous prie. »
« C-C’est vrai… ? »
« Bien sûr. J’ai entendu dire que vous aviez traversé bien des épreuves pour venir jusqu’ici. Cet incapable vous en a fait voir de toutes les couleurs. »
À ces paroles contre Vera, le visage de celui-ci se fit plus menaçant encore. Vargo gloussa en le voyant et poursuivit :
« Alors, comment se passe votre vie au Royaume sacré ? »
« V-Vous n’avez pas besoin de me parler aussi formellement… »
« Si la Sainte me parle ainsi, j’en ferai autant. »
Rene pinça les lèvres.
Elle comprit aussitôt. Vargo lui témoignait du respect.
C’était certain. Comment aurait-elle pu ne pas s’en rendre compte, après avoir vu la façon dont il traitait Vera ?
Pourquoi se montrait-il si gentil ? Était-ce parce qu’elle était la Sainte ? Cette Marque sacrée avait-elle vraiment tant d’importance ?
Les pensées de Rene s’embrouillèrent. Après avoir réfléchi un moment, elle les chassa et prit la parole.
Après tout, si elle était venue aujourd’hui, c’était pour savoir ce qu’elle aurait à faire par la suite. Elle se dit qu’elle ferait mieux de mettre ces préoccupations de côté pour le moment.
« Euh… Puis-je vous demander quel sera mon programme à partir de maintenant ? »
Elle posa la question avec prudence.
Puis, Rene attendit silencieusement une réponse.
Vargo observa Rene qui attendait, la tête légèrement baissée, puis lui adressa un doux sourire.
« Vous êtes perdue, n’est-ce pas ? »
« Pardon ? »
« Vous êtes venue ici sans savoir pourquoi. Vous devez être déconcertée. Peut-être même que vous y êtes réticente. »
Ces paroles inattendues firent tressaillir Rene. Elle avait l’impression que la conversation avait dévié, d’une manière ou d’une autre, mais acquiesça et répondit :
« Oui, un peu… »
« Hé hé, je comprends parfaitement. Comment pourrais-je ne pas comprendre, puisque j’ai vécu la même chose ? C’est ce que j’ai ressenti le jour où j’ai reçu ma Marque sacrée. Il y avait une tache noire sur mon avant-bras, alors j’ai aussitôt maudit les cieux. »
Rene releva la tête à ces mots.
L’histoire était pour le moins inattendue.
« C-C’est incroyable. »
« C’était la sottise de la jeunesse. À l’époque, j’étais un gamin qui détestait les désagréments plus que la mort. Je passais donc mes journées à chercher comment me débarrasser de cette Marque sacrée. Hum, au bout du compte, je n’ai pas réussi à l’effacer et je suis devenu Empereur sacré. On peut donc dire que je me suis inquiété pour rien. »
Jamais Rene n’aurait imaginé entendre une telle chose de la bouche de l’Empereur sacré.
Troublée, elle sentit la curiosité prendre le dessus sur la tension qui l’avait habitée jusque-là et continua à lui poser des questions.
« Mais… vous pouvez vraiment dire ça ? Il n’y aurait pas… une punition divine ou quelque chose comme ça ? »
« Si c’était le cas, je serais mort plus de cent fois à l’heure qu’il est. Il n’existe pas de punition divine. Même si je maudissais ces dieux du ciel en face, ils ne réagiraient pas. »
Vargo dit cela, puis ajouta avec un doux sourire :
« J’imagine que vous vous sentez très accablée. Les autres Marques sacrées sont peut-être pareilles, mais la vôtre est celle du Seigneur. Vous avez dû penser qu’il vous fallait devenir digne de cette Marque sacrée, digne du titre de Sainte. »
Le corps de Rene trembla.
Il avait touché juste.
Cette pensée l’avait habitée depuis le moment où elle avait décidé de venir au Royaume sacré. Vargo l’avait mise en mots.
Stupéfaite qu’il ait deviné ses sentiments alors qu’ils avaient à peine échangé quelques mots, Rene acquiesça.
« Oui, un peu… »
« Vous pouvez vous débarrasser de ce fardeau. Voyez la Marque sacrée… comme une chose que vous auriez trouvée par hasard sur la route, par chance. Sainte, vous n’avez qu’à vous détendre et à penser à ce que vous voulez faire. Disons que vous n’aurez qu’à recevoir la Révélation quand vous en aurez pris conscience. »
Il continua de glousser.
C’était étrange.
Comment pouvait-il connaître toutes ces choses qu’elle n’avait pas dites, tous ces sentiments qu’elle n’avait jamais montrés ?
Devenait-on Empereur sacré parce qu’on savait lire dans les pensées ?
À cette idée absurde, Rene eut un petit rire sans s’en rendre compte, puis acquiesça et répondit à Vargo :
« Oui. »
« J’ai appris que les prêtres vous aidaient dans la vie quotidienne. Quant à l’apprentissage des arts divins… Oui, Trevo ferait l’affaire. Il vous enseignera bien. »
À ces paroles, Vera, resté silencieux jusque-là, ouvrit de grands yeux, stupéfait.
Son regard se tourna vers Vargo.
Était-il sain d’esprit ? Le pensait-il vraiment ? Était-ce vraiment une bonne idée de confier Rene à ce fou ?
Vera le dévisagea, toutes ces questions inscrites sur son visage. Vargo soutint son regard avec un sourire rusé.
À ce sourire, Vera comprit.
Ce vieil homme cherchait à lui mettre des bâtons dans les roues.
Notes :
« Songgu » est un homonyme coréen qui signifie à la fois « humble excuse » et « jouer à la balle ».
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