Chapitre 24
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Traductrice/éditrice : Natty
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◈ Le Régresseur et la Sainte Aveugle ◈
Chapitre 24 : La poursuite
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À l’entrée du village.
Tenant les rênes tandis qu’il attendait Vera et Rene, Norn s’illumina en apercevant au loin leurs silhouettes qui approchaient.
« Vous voilà. »
« Oui, désolé de vous avoir fait attendre. »
« Pas du tout. Ah, ce doit être… »
Tout en parlant, Norn remarqua enfin Rene, qui se tenait cachée derrière Vera. Une exclamation discrète lui échappa.
Voilà donc pourquoi le Seigneur Vera avait eu l’air si hébété.
De près, Rene était plus belle que toutes les personnes que Norn avait jamais vues. Elle n’était encore qu’une jeune fille, mais sa beauté était indéniable.
Norn imagina brièvement que, dans quelques années, on parlerait peut-être de Rene comme de la plus belle personne du continent. Puis, se ressaisissant, il lui adressa un sourire.
« Enchanté de faire votre connaissance, Sainte. Je suis Norn, l’adjoint du Seigneur Vera. »
« Ah, oui… Je vous en prie, prenez soin de moi. »
En s’inclinant légèrement vers la voix, Rene comprit quelque chose de nouveau grâce à la présentation de Norn.
L’adjoint du Seigneur Vera.
Elle n’en savait pas grand-chose, mais elle savait tout de même qu’un chevalier doté d’un adjoint occupait un rang supérieur à celui d’un simple chevalier.
Le chevalier Vera est plus remarquable que je ne le pensais…
Elle avait du mal à y croire.
Le Vera qu’elle connaissait était droit et inflexible, comme un chevalier de conte. Il n’avait pas l’air de quelqu’un qui commandait aux autres.
Pendant un instant, Rene prit conscience, avec une gêne maladroite, de la main qu’elle tenait dans celle de Vera. Celui-ci, qui était resté silencieux jusque-là, s’adressa à elle.
« Le chevalier Norn et moi vous escorterons jusqu’au Royaume sacré d’Elia. Nos poursuivants se rapprochent ; je vous prie donc de nous excuser si nous ne pouvons pas voyager à un rythme tranquille. »
« Oui. »
« Nous voyagerons à cheval. Vous monterez avec moi, Sainte. »
À ces mots, Rene tressaillit.
« Euh… Je ne suis jamais montée à cheval. Ça ira ? »
« Oui. Je m’occuperai du cheval ; vous n’aurez qu’à vous en remettre à moi. »
« D’accord… »
« Alors, par ici. »
Guidée par Vera, Rene monta pour la première fois de sa vie sur un cheval et sentit tout son corps se raidir.
Son corps était balloté par les mouvements de l’animal. N’ayant rien de sûr auquel se retenir, elle contracta tous ses muscles. L’ensemble ne fit qu’accroître son anxiété.
« J-je ne vais pas tomber, hein ? »
« N’ayez crainte. Même si le cheval se cabre et que vous tombez, je vous rattraperai. »
Après lui avoir répondu, Vera monta derrière Rene, ajusta sa position et la ramena contre son torse.
« Tenez-vous bien à moi. Nous devons avancer vite. »
« Ah, oui. »
Rene tendit les bras, les passa autour de la taille de Vera et posa la tête contre sa poitrine.
Alors…
Pan. Pan.
Elle entendait un cœur battre. Elle sentait une chaleur brûlante.
Rene était incapable de savoir à qui appartenaient cette chaleur et ces battements de cœur.
* * *
Trois jours s’étaient écoulés depuis que Vera avait commencé à voyager avec Rene.
Ils auraient déjà dû atteindre le Royaume sacré d’Elia, mais le manque d’endurance de Rene et les poursuivants qui les talonnaient avaient retardé leur voyage. Ils venaient seulement d’arriver aux abords de la frontière.
Les chevaux épuisés se reposaient après leur course acharnée. Vera leva la tête pour estimer l’heure d’après le ciel.
Le soir tombait.
Le soleil couchant teintait le ciel d’un bleu profond.
Une demi-journée, et nous y serons.
Ils n’avaient même pas besoin d’atteindre le Royaume sacré d’Elia. Une fois la frontière franchie, les poursuivants ne pourraient pas aller plus loin.
Vera voulait repartir dès que les chevaux se seraient reposés, mais…
La Sainte ne tiendra pas le coup.
Vera regarda Rene.
Elle était appuyée contre un arbre, le visage accablé par la fatigue.
Même si elle s’était appuyée contre Vera, monter à cheval exigeait une endurance considérable. Ces trois jours de voyage forcé avaient dû être éprouvants pour Rene.
Ayant pris sa décision, Vera s’approcha d’elle.
« Je pense que nous devrions nous reposer ici cette nuit. »
« Ah, vraiment ? »
« Oui. Si nous partons tôt demain matin, nous devrions entrer en ville dans l’après-midi. »
Rene acquiesça, puis s’excusa d’un air gêné.
« Je suis désolée. C’est à cause de moi, n’est-ce pas ? »
« Vous n’avez pas à vous excuser. Cette escorte est là pour vous, Sainte ; il est donc naturel que nous nous adaptions à vous. »
À ses paroles, Rene sentit de nouveau cette étrange sensation de picotement, qui ne l’avait pas quittée depuis trois jours, lui gratter l’intérieur.
Elle la ressentait quand elle voyageait dans les bras de Vera, quand ils parlaient après être descendus de cheval, et même avant de s’endormir.
Le visage légèrement échauffé par cette sensation inexplicable, Rene baissa la tête et répondit avec embarras.
« E-euh ! Je vous en prie, prenez aussi soin de moi pour le reste du voyage ! »
Sa voix était pleine de tension. Une réponse grave lui parvint.
« Oui. Nous allons bientôt manger. Y a-t-il quelque chose qui vous ferait envie ? »
« Non ! »
Couic. Sa voix dérailla. Le visage brûlant à cause de cette intonation aiguë inattendue, Rene serra le poing et poursuivit :
« Ah, peu importe. »
« Bien. Dans ce cas, veuillez m’excuser un instant. »
Froufrou. Froufrou. Les pas de Vera s’éloignèrent de Rene.
Incapable de comprendre pourquoi elle se comportait aussi sottement depuis leur départ du village, Rene poussa un long soupir et poursuivit ses réflexions.
Suis-je nerveuse… ?
Était-elle nerveuse parce qu’elle avait quitté l’endroit où elle avait vécu toute sa vie pour se rendre dans un lieu inconnu ?
L’hypothèse était assez plausible.
Difficile d’en tenir Vera pour responsable. Au village, elle avait réussi à lui parler tout à fait normalement.
Et l’attitude de Vera n’avait pas changé depuis leur départ. S’il y avait un problème, c’était en elle-même qu’elle devait le chercher.
Parvenue à cette conclusion sans parvenir à se calmer depuis trois jours, Rene se tapota la jambe avant de sentir soudain quelque chose qui la fit rougir de nouveau.
Une sensation qui naissait dans son esprit. Non, dans son corps.
La chaleur, l’odeur et les battements de cœur qu’elle avait perçus lorsqu’elle s’était agrippée à Vera pendant leur chevauchée.
C’étaient des sensations chaudes et rassurantes, que l’on aurait difficilement pu décrire autrement.
Sentant l’étrange picotement revenir, Rene se dit :
Les adultes sont vraiment différents !
Oui ! Je ne m’appuie sur lui que parce que je suis nerveuse !
Elle ignorait l’âge exact de Vera, mais à en juger par sa voix et par la carrure de l’homme qu’elle avait touché, il était certainement bien plus adulte qu’elle.
Un environnement inconnu. Une situation inconnue.
L’angoisse qu’elle y ressentait devait la pousser à s’appuyer inconsciemment sur Vera. C’était pour cela qu’elle se sentait si étrange chaque fois qu’il s’approchait.
Du moins, c’était ce que pensait Rene.
Tandis qu’elle s’enfonçait dans ces réflexions qui frôlaient sans cesse l’autojustification, Rene entendit un bruit de pas tout proche.
Le son se rapprochait peu à peu. C’était probablement quelqu’un qui marchait.
Pensant que Vera était revenu, Rene se raidit.
« Sainte, vous sentez-vous bien ? »
En entendant cette voix grave, Rene comprit qu’il s’agissait de Norn et se détendit.
« Ah, oui. Grâce à vos attentions. »
« Hmm, nous entrerons en ville demain. Tenez encore un peu. »
« Oui, je vous en prie, prenez soin de moi. »
Après ce bref échange, le silence retomba. Puis une idée traversa soudain l’esprit de Rene et elle prit la parole.
« Euh, chevalier Norn ? »
« Oui, je vous écoute. »
« Le chevalier Vera est quelqu’un d’important ? Enfin… puisque vous êtes son adjoint… »
Pour une raison ou une autre, les mots se bousculaient dans sa bouche.
Norn eut un petit rire avant de répondre.
« Je le suppose. En tant qu’Apôtre porteur du Stigmate des Pactes, le Seigneur Vera occupe un rang très élevé, même au Royaume sacré d’Elia. Ah, mais il reste inférieur au vôtre, Sainte. Vous êtes considérée comme l’égale de Sa Sainteté. »
« U-un Apôtre ? »
« Hmm ? Oui, c’est un Apôtre. »
Rene sentit la surprise l’envahir à ces mots.
Je ne le savais pas.
En un sens, c’était tout naturel. Vera ne lui en avait jamais parlé ; elle n’avait donc aucun moyen de le savoir.
Eh bien…
Il aurait été étrange que celui qui venait chercher la Sainte et affrontait tant de dangers occupe un rang inférieur.
Cette méprise venait simplement du fait qu’elle ne se considérait pas encore vraiment comme la Sainte.
Rene hocha faiblement la tête, comprenant, et Norn poursuivit :
« C’est une personne extraordinaire. Malgré son jeune âge, il ne recule pas devant les épreuves. »
Jeune.
Pour une raison quelconque, ce mot retint l’attention de Rene.
« Euh, quand vous dites jeune… »
« Ah, ne vous l’a-t-il pas dit ? Le Seigneur Vera a eu dix-huit ans cette année. »
Dix-huit ans. Quatre ans d’écart.
À ces mots, Rene cessa de penser. Son corps aussi se figea.
Les paroles qui tourbillonnaient dans son esprit en étaient responsables.
Rene elle-même ignorait pourquoi elle réagissait ainsi. Tout ce qu’elle pouvait faire, c’était s’affoler devant l’étrange réaction de son corps.
« Le Seigneur Vera est venu au Royaume sacré d’Elia il y a quatre ans pour devenir Apôtre. Il avait donc exactement votre âge, Sainte. Je me souviens encore de lui à l’époque. Malgré sa jeunesse, son escrime était déjà remarquable. »
Norn continua de parler longuement, mais Rene n’arrivait pas à se concentrer sur ses paroles.
Jeune. Dix-huit ans. Quatre ans d’écart.
Ces trois mots étaient tout ce qui lui restait à l’esprit.
« C-c’est impressionnant… »
Ce fut tout ce qu’elle parvint à répondre, d’une banalité affligeante.
Pan. Pan.
Rene sentit soudain son cœur battre à tout rompre.
C’était une réaction étrange, qu’elle ne comprenait pas et qu’elle n’avait jamais éprouvée de sa vie.
Une vague agitation la gagnait, et elle tripotait le bout de ses doigts sans raison.
Alors que l’expression de Rene se faisait de plus en plus étrange…
« Sainte, c’est prêt. »
La voix de Vera retentit dans la clairière.
Froufrou.
Les pas de Vera se rapprochèrent.
Pan. Pan.
À mesure que ces pas approchaient et devenaient plus sonores, Rene sentit les battements de son cœur s’amplifier eux aussi.
Elle ne savait toujours pas pourquoi.
* * *
Tard dans la nuit, Vera contempla Rene endormie, puis reporta son regard sur le feu de camp.
Elle est très nerveuse.
Les signes, qui s’étaient accentués depuis leur départ du village, sautaient désormais aux yeux.
Serre.
Vera serra le poing.
Il pensait que la nervosité de Rene était due à ses propres manquements.
J’aurais dû faire davantage attention…
Peut-être avait-il été trop pressé.
Il avait une bonne raison de l’être. Les poursuivants ne cessaient de se rapprocher.
Avaient-ils perdu trop de temps ? Ceux qui s’approchaient peu à peu se trouvaient maintenant tout près derrière eux.
Heureusement, ils ne les avaient pas encore rencontrés, mais par prudence, mieux valait repartir à l’aube.
Tandis que Vera poursuivait ses réflexions,
« Seigneur Vera. »
Norn s’approcha d’au-delà des buissons.
Vera lui jeta un coup d’œil et demanda :
« Qu’avez-vous trouvé ? »
« Aucune trace de Dragonien. Cependant… »
« Des Disciples de la Nuit. C’est bien ça ? »
« … Oui. »
Vera claqua la langue et fronça les sourcils à cette réponse.
« Nous devons partir tout de suite. »
Les Disciples de la Nuit étaient gênants.
Pas à cause de leurs aptitudes au combat, mais parce qu’il faisait nuit.
À cette pensée, Vera se leva et s’adressa à Norn.
« Je vais réveiller la Sainte. Préparez-vous à partir. »
« Oui. »
Vera regarda Norn s’éloigner, puis éteignit le feu en le recouvrant de terre et régla sa respiration.
Ils auraient dû s’en tirer sans encombre, mais un contretemps fâcheux les avait rattrapés au dernier moment.
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