Chapitre 2
WeTried Translations
Traductrice/éditrice : Natty
Discord : <a href="https://dsc.gg/wetried" rel="noopener noreferrer nofollow">https://dsc.gg/wetried</a>
◈ Le Régresseur et la Sainte Aveugle ◈
Chapitre 2 : Le Bas-Fonds
──────
Une douleur si intense que Vera avait l’impression que son corps entier se disloquait. Il ouvrit brusquement les yeux.
« Ah… »
Un son sec et rauque s’échappa de ses lèvres, comme si sa gorge allait se dessécher à tout instant.
Sa tête résonnait. Un grattement lui vrillait les oreilles. Une humidité désagréable lui collait à la peau, et chaque inspiration lui causait une douleur à la poitrine qui semblait lui retourner les entrailles.
Des sensations insupportables, dans un corps au plus mal.
Que se passait-il ?
Cette question lui vint à l’esprit. Vera tourna lentement la tête, encore capable de bouger, et regarda autour de lui.
« C’est… »
Un lieu sombre.
Un amas de planches qui ressemblait à peine à une maison, incapable de tenir à l’abri du vent et de la pluie. L’eau s’infiltrait par les fentes.
À l’intérieur, il n’y avait que plusieurs épaisseurs de tissu en lambeaux et quelques bols de laiton striés de rouille.
Des insectes noirs rampaient sur les murs, tandis que des gouttes d’eau boueuse tombaient du toit.
L’air vicié et le grattement semblaient venir d’eux.
En observant les lieux, Vera comprit aussitôt.
… Il lui était impossible de ne pas reconnaître cet endroit.
« Le Bas-Fonds. »
Vera s’était réveillé dans le Bas-Fonds, cette plaie purulente de l’Empire où il était né et avait grandi.
Une question lui vint à l’esprit.
Pourquoi était-il ici ?
À cette pensée, Vera se remémora tout ce qui avait précédé sa perte de connaissance.
C’était forcément…
« Je mourais d’une malédiction. »
Une malédiction née des péchés qu’il avait accumulés.
Trois ans s’étaient écoulés depuis la défaite du Roi Démon. Les héros, qui avaient consacré tout ce temps à effacer les stigmates de la longue guerre, avaient commencé à rétablir l’ordre sur le continent. Ils avaient fini par s’intéresser à Vera.
Il avait lutté désespérément pour leur échapper, mais la malédiction l’avait frappé et l’avait laissé à l’agonie.
Pourtant, curieusement, il ne restait aucune trace de la malédiction qui le rongeait.
Il ne ressentait que les blessures et les douleurs accumulées au fil des longues années de combat.
Vera tenta de se rappeler pourquoi il gisait ici, après s’être effondré à l’entrée du Bas-Fonds. Comme il ne trouvait pas de réponse, il chassa bientôt cette pensée et ferma les yeux.
Qu’on l’ait sauvé ou qu’il s’agisse d’un complot, il ne pouvait rien faire dans son état. Rien ne servait de s’attarder là-dessus.
L’endroit était misérable, et pourtant, partout, on voyait des signes de vie.
Tôt ou tard, Vera rencontrerait la personne qui vivait ici. Il pourrait lui poser la question à ce moment-là.
Ayant tiré cette conclusion, Vera ferma les yeux et laissa le temps passer.
Puis, dans un grincement, la porte de la cabane s’ouvrit.
Au bruit, Vera ouvrit les yeux et tourna son regard vers la porte.
La personne qui entrait était…
« … Une femme ? »
Elle portait une robe en lambeaux, et toute la peau visible avait fondu sous les brûlures, lui donnant une apparence hideuse.
Ses cheveux blancs, qui dépassaient de sa capuche, étaient souillés de crasse. Ses pieds nus étaient couverts de boue.
Elle semblait également aveugle. Ses yeux bleus étaient ternes, et elle avançait d’un pas hésitant, une main contre le mur.
Qui était-elle ?
Tout en se le demandant, Vera prêta attention au cliquetis qui retentissait chaque fois qu’elle bougeait.
« Du métal. »
Du métal qui s’entrechoquait.
« Des armes cachées ? Des pièces ? Des bijoux ? »
Vera passa en revue toutes les possibilités qui lui venaient à l’esprit. Ce ne fut qu’après que la femme se fut assise par terre qu’il comprit l’origine du bruit.
Un collier de couleur platine brillait contre la peau brûlée de son cou.
« Un bijou. »
Vera plissa les yeux.
Un bijou précieux, que personne vivant dans une cabane aussi délabrée n’aurait dû posséder.
Vera soupçonna la femme de l’avoir livré en échange de ce collier.
La conclusion était plausible. Ceux qui cherchaient Vera étaient assez nombreux à pouvoir payer sans difficulté une telle parure.
Alors qu’il l’observait avec méfiance, elle baissa la tête, dévoilant davantage le collier.
Vera inspira brusquement.
Il connaissait bien ce collier.
« Le chapelet du Royaume sacré. »
Un chapelet de platine réservé aux plus hauts dignitaires du Royaume sacré.
« Ce n’est pas une contrefaçon. »
Son œil exercé le lui apprit aussitôt.
« Et il n’a pas non plus pu être échangé. »
Le chapelet de platine n’avait pas de prix. Le simple fait de l’échanger aurait attiré sur le coupable les foudres de tout le Royaume sacré.
La femme devait donc être quelqu’un du Royaume sacré.
À cet instant, une personne traversa l’esprit de Vera.
« Les cheveux blancs. La cécité. Le chapelet de platine. »
D’autres personnes présentaient des traits semblables, mais Vera ne pouvait écarter la conclusion qui s’imposait à lui.
Il observa la femme, tendu, puis finit par ouvrir la bouche.
« … Sainte. »
La voix rauque fit tressaillir la femme.
Tout son corps trembla et le bout de ses doigts frémit.
La déduction de Vera était juste.
Tout en observant la Sainte avec une prudence redoublée, Vera la vit tourner la tête vers lui et prendre la parole.
« Vous êtes réveillé. »
Sa voix était claire, contrairement à son apparence. Ce fut la première chose que pensa Vera en l’entendant.
Après avoir parlé, la Sainte bougea les muscles de son visage en direction de Vera.
Ses cicatrices de brûlure se tordirent de façon grotesque, mais Vera comprit qu’elle souriait.
C’était l’impression qu’elle donnait.
Son ton doux, ses yeux bleus sans éclat tournés droit vers Vera, et les muscles de son visage qui s’efforçaient visiblement de se relever.
Pour une raison ou une autre, tout cela ressemblait à un sourire.
Vera contempla le visage atrocement fondu, visible à travers les trous de sa robe en lambeaux, puis demanda :
« … J’avais entendu dire que vous étiez morte. »
La Sainte était censée avoir péri lors de la bataille finale contre le Roi Démon. L’affaire était si connue que Vera lui-même en avait entendu parler.
Alors pourquoi cette femme, qu’on croyait morte, se trouvait-elle ici, dans cet état ?
À la question de Vera, chargée d’interrogations, la Sainte eut un petit rire et répondit d’un ton enjoué :
« Si vous parlez de la Sainte, alors oui, elle est morte. »
« Alors, qui êtes-vous ? »
« Une mendiante crasseuse du Bas-Fonds. »
Elle s’exprimait à mots couverts, mais Vera comprit ce qu’elle voulait dire.
« … Le Royaume sacré a organisé de fausses funérailles. »
« On ne peut pas dire qu’elles étaient fausses. La Sainte du Royaume sacré est bel et bien morte. »
Tout en parlant, la Sainte tendit prudemment la main et tâta la poitrine de Vera.
Un gémissement lui échappa aussitôt. Sa main venait de passer sur des côtes meurtries par un coup contondant.
« Ngh… ! »
« Vous avez très mal ? »
Vera serra les dents et fixa la Sainte.
« … »
Il ne pouvait se permettre de montrer sa faiblesse à la légère.
Comme Vera gardait le silence, la Sainte pencha la tête et se remit à palper son corps.
« J’ai terminé les premiers soins, mais vous devrez rester ici un moment, le temps de vous remettre. Ce ne sera peut-être pas très confortable, mais je vous prie de patienter encore un peu. »
Sa voix était empreinte de sollicitude.
Vera se méfia davantage encore.
« Que veut-elle ? »
Elle ne semblait pas en avoir après lui.
Pourtant, les questions étaient bien trop nombreuses pour que Vera puisse y répondre.
Pourquoi la Sainte était-elle en vie ? Pourquoi se trouvait-elle ici, dans cet état ? Comment l’avait-elle trouvé, et savait-elle qui il était ?
Tandis que d’innombrables questions lui traversaient l’esprit, Vera décida de les résoudre une à une.
« Vous avez levé la malédiction ? »
« Heureusement, il me restait assez de force. »
Une réponse ambiguë.
« De force ? »
« Le Seigneur a veillé sur moi. »
Des rides se formèrent sur son visage fondu. Vera y vit un sourire.
Il observa ce sourire et réfléchit au mot « force » qu’elle avait employé.
Vera connaissait un peu les capacités de la Sainte.
La malédiction qui pesait sur lui était particulièrement redoutable, mais si la Sainte avait encore disposé de tous ses pouvoirs, la lever ne lui aurait pas coûté le moindre effort.
Le mot « force » n’avait donc pas sa place dans la conversation.
Vera fixa la Sainte en silence. Il lui fallut réfléchir longuement pour comprendre ce qu’elle voulait dire.
« … Vous avez renoncé à votre pouvoir divin. »
« Dire qu’on me l’a retiré serait inexact. Il ne m’a jamais appartenu. »
La Sainte poursuivit d’une voix douce, teintée d’un léger rire.
« Je n’ai fait que rendre ce qui m’avait été prêté. »
« Vous y avez renoncé de votre plein gré ? »
« Je n’ai plus aucune raison de le garder. C’était tout naturel. »
Un rire sans joie échappa à Vera.
Il venait d’obtenir des réponses à plusieurs de ses questions.
« Elle a simulé sa mort de son plein gré. »
Il n’avait pas besoin de lui demander pourquoi.
Si cette Sainte était bien celle dont Vera avait entendu parler, son expression paisible suffisait à lui donner la réponse.
« On dirait que vous vous êtes lassée de la guerre. »
Si la Sainte était restée à la place qui lui revenait après la chute du Roi Démon, les nations du continent se seraient livré une nouvelle guerre pour s’emparer d’elle.
Comment aurait-il pu en être autrement ? Ses capacités avaient une valeur suffisante pour justifier une telle guerre.
Si la Sainte était vraiment celle que Vera imaginait, elle aurait voulu éviter une telle situation. Effacer sa propre existence devait être la solution qu’elle avait choisie.
Tandis que Vera poursuivait ses réflexions, la Sainte prit la parole.
Son ton s’était légèrement assombri.
« … Vous en savez beaucoup. »
« Alors, allez-vous me tuer ? »
Vera la regarda en posant la question.
Son corps était dans un état lamentable. Même si la Sainte lui saisissait la gorge pour l’étrangler, il serait incapable de résister.
… À vrai dire, Vera n’aurait pas regretté de mourir ici. Il avait vécu une vie qui méritait la mort, et une fin aussi misérable était tout à fait à sa mesure.
Vera ferma les yeux, s’attendant à sentir la main de la Sainte se poser sur sa gorge.
Mais…
« Je n’ai aucune raison de vous tuer. »
Les paroles de la Sainte firent légèrement froncer les sourcils à Vera. Il rouvrit les yeux.
Elle affichait toujours la même expression sereine.
« Pourquoi ? »
« Pourquoi pensez-vous que je vous tuerais ? »
« Ce n’est pas gênant, quelqu’un qui sait qui vous êtes ? »
« Je vous demande simplement de garder le silence. »
« Et si je me mets à en parler partout ? »
« Ce serait regrettable. »
Sa réponse coula avec la fluidité de l’eau.
Vera étudia de nouveau son expression, cherchant à comprendre ses intentions, mais il était impossible de lire quoi que ce soit sur un visage fondu par les brûlures.
Le silence se prolongea. Comme Vera ne répondait pas, la Sainte laissa échapper un léger souffle et reprit :
« Pour l’instant, reposez-vous, je vous prie. Vous êtes grièvement blessé. »
« Vous savez qui je suis, et vous me soignez quand même ? »
« Le dois-je ? »
« Peut-être. Et si celui que vous avez soigné était un boucher sanguinaire ? »
« Ce serait alors profondément regrettable. Mais je n’ai pas le courage de détourner le regard d’une personne qui souffre. Tout ce que je peux faire, c’est prier pour que vous ne soyez pas un boucher. »
Vera laissa échapper un nouveau rire sans joie en voyant la Sainte appuyée contre l’un des murs de la cabane.
Toujours adossée au mur, elle tira le chapelet de sa robe, le serra dans sa main et ferma les yeux.
On aurait dit qu’elle priait.
Sans raison apparente, cette scène fit se nouer quelque chose en Vera. Il prit un ton moqueur.
« Vous êtes vraiment pieuse, Sainte. »
« … Rene. »
« Quoi ? »
« Je m’appelle Rene, pas Sainte. »
Après avoir acquiescé à tout jusque-là, elle ne protesta que pour corriger son nom.
Vera ferma les yeux, songeant que la Sainte était vraiment étrange.
Rejoignez notre Discord : <a href="https://dsc.gg/wetried" rel="noopener noreferrer nofollow">https://dsc.gg/wetried</a>