Chapitre 85
Chapitre 85 : J’irai négocier (4)
Le regard de Zwalter était empli d’émotion et de confiance.
« Tu as déjà tant réussi. Je n’aurais jamais imaginé te voir si imposant. »
« Tu as travaillé dur. Vraiment, tu as bien fait. »
Il tappa Ghislain sur l’épaule pour l’encourager.
Debout à proximité, Homerne se racla la gorge à plusieurs reprises, puis dispersa la foule rassemblée.
Malgré l’ordre de rentrer chez eux, les habitants du domaine continuèrent de célébrer Ghislain pendant un bon moment.
Ce n’est que lorsque les soldats intervinrent, escortant les familles jusqu’à leur domicile, que les environs se calmèrent enfin.
Ghislain renvoya les mercenaires à leur camp et entra dans le château.
Au moment où il s’apprêtait à retourner dans sa chambre pour se reposer, Zwalter l’interpella par derrière.
« Comment se sont déroulées les négociations de reddition ? Laisse-moi voir le projet que tu as apporté. »
Ils devaient bientôt distribuer les récompenses.
Bien qu’ils aient déjà convenu de compensations appropriées en fonction des mérites, le montant des réparations qu’ils pourraient obtenir affecterait les fonds excédentaires.
À moitié inquiet et à moitié impatient, Zwalter posa la question, et Ghislain répondit avec un sourire radieux, le ton rafraîchissant et direct.
« Il n’y en a pas. »
« Pas de projet de négociation ? Pourquoi ? »
« Je les ai tués. »
Zwalter cligna des yeux pendant un moment, essayant de donner un sens à ces mots.
Le comportement de Ghislain était si sûr de lui que Zwalter se demanda s’il avait mal entendu.
« Quoi ? Tu les as tués ? Vraiment ? »
« Oui. »
L’expression de Zwalter se durcit.
« …As-tu oublié ce que je t’ai dit ? »
« Je n’ai pas oublié. J’ai juste pensé qu’il serait préférable de régler les choses rapidement une fois sur place. »
« Que veux-tu dire par « régler les choses rapidement » ? »
« Si nous acceptions leur reddition, ils reviendraient pour cet endroit. Il vaut mieux prévenir de telles nuisances à l’avance. »
Zwalter soupira profondément.
Il avait spécifiquement mis en garde son fils turbulent, craignant qu’il ne cause des problèmes. Et, bien sûr, lorsque des problèmes survinrent, ils furent importants.
Il allait réprimander Ghislain, mais en voyant l’apparence poussiéreuse de son fils, il ravala ses paroles.
Que pouvait-il faire maintenant qu’ils étaient déjà morts ?
Ce n’était pas comme si cela était totalement inattendu, et ce n’était pas assez urgent pour réprimander son fils, qui n’avait même pas eu le temps de se reposer après la guerre.
« Pour l’instant, repose-toi. Nous en parlerons plus tard. »
Secouant la tête, Zwalter tapota légèrement son fils sur l’épaule avant de s’éloigner.
Pour une raison quelconque, ses épaules et son dos semblaient s’affaisser de fatigue.
Le lendemain, une grande foule se rassembla dans la grande salle, quel que soit le statut. C’était le jour de la cérémonie des récompenses.
« Commencez. »
Au commandement de Zwalter, Homerne s’avança.
Il commença son discours en expliquant avec passion à quel point leur récente victoire avait été glorieuse.
Cependant, au fur et à mesure que ses paroles s’allongeaient, l’expression des gens s’émoussa progressivement.
Remarquant l’ennui croissant, Zwalter interrompit brusquement Homerne.
« Ça suffit. Passons aux récompenses. »
Comme ils avaient déjà organisé les contributions de ceux qui s’étaient distingués pendant l’absence de Ghislain, la cérémonie de remise des prix se déroula rapidement.
Les récompenses ont commencé avec les soldats de plus bas rang.
Ensuite, les fonctionnaires administratifs responsables de la poursuite de la guerre et de la gestion du domaine ont reçu leurs récompenses.
Après cela, ce furent les chevaliers qui étaient considérés comme l’épine dorsale du domaine. En fonction de leurs réalisations, ils ont reçu des sommes d’argent et des postes appropriés.
« Les lauréats du mérite de deuxième classe vont maintenant être annoncés. Le commandeur Randolph ! Le maître d’armes William… »
Les commandants ont été reconnus comme lauréats du mérite de deuxième classe.
Dans des circonstances différentes, les noms qui sont appelés maintenant auraient été des lauréats du mérite de première classe, mais personne ne l’a trouvé étrange ou n’a formulé de plainte.
Même après la remise des récompenses aux lauréats du mérite de deuxième classe, les gens sont restés à leur place, le visage rempli d’anticipation.
La personne la plus importante restait.
Tous les regards étaient tournés vers Ghislain.
Il était le véritable héros de cette guerre, celui qui avait mené Ferdium à la victoire.
Tous étaient impatients de voir à quel point sa récompense serait importante.
« Jeune Lord Ghislain, avancez ! »
À l’appel d’Homerne, Ghislain s’avança et s’agenouilla.
La foule se tut, son attention se concentrant uniquement sur le seigneur et le jeune Lord.
Un silence tomba sur la grande salle en un instant, et Zwalter se leva de son siège, savourant le silence.
« D’un commun accord de mes vassaux, il n’y a qu’un seul lauréat du mérite de première classe, Ghislain Ferdium. Ce ne serait pas une exagération de dire que cette victoire lui est entièrement due. »
Les chevaliers et les soldats qui avaient été témoins des exploits de Ghislain sur le champ de bataille hochèrent la tête en signe d’accord.
Certains des vassaux froncèrent encore les sourcils, incapables d’y croire, mais ils ne pouvaient pas défier le consensus.
« Par conséquent, Ghislain recevra 2 000 pièces d’or. »
À ses mots, la salle éclata en acclamations.
« Wow, c’est incroyable ! 2 000 pièces d’or ! »
« C’est assez pour vivre dans le luxe pour le reste de votre vie ! »
« Eh bien, si c’est le Jeune Lord, il le mérite ! »
La foule bourdonnait d’excitation.
Même combinées, les récompenses données à tous les autres n’atteignaient pas 2 000 pièces d’or.
C’était un montant que la plupart des gens ne toucheraient pas de leur vie.
Naturellement, la foule rassemblée dans la salle a été étonnée par l’annonce qu’une somme aussi énorme avait été donnée à une seule personne.
Cependant, d’un coin de la salle, Belinda, Gillian et Kaor échangèrent des regards perplexes.
Ghislain regarda Zwalter, qui rayonnait de fierté, et son expression s’adoucit en une expression de pitié.
Dans quelle pauvreté le domaine doit-il se trouver pour que seulement 2 000 pièces d’or semblent si impressionnantes… ?
Une personne qui a vécu toute sa vie avec frugalité manquera, c’est compréhensible, de confiance pour dépenser de l’argent librement.
Ghislain en était bien conscient, et il ne prit donc pas la peine de refuser ou de remettre en question la petite somme devant tout le monde dans la salle.
Il s’assurerait d’obtenir sa vraie récompense plus tard.
Bien que les félicitations officielles soient terminées, les règlements d’après-guerre étaient encore incomplets.
Une fois la foule dispersée et que seuls les vassaux importants restaient dans la pièce, Zwalter, avec une expression compliquée, demanda à Ghislain :
« Était-il vraiment nécessaire de tuer le comte Digald ? Ils devaient être épuisés par la guerre, et leurs forces étaient déjà anéanties… »
« Penses-tu vraiment ça ? »
Zwalter ne put répondre à l’interruption soudaine de Ghislain.
« Le comte Digald n’a pas pu rassembler une force aussi importante par lui-même. Ils ont demandé de l’aide ailleurs. En fait, ne le sais-tu pas déjà, père ? Tu sais pourquoi le comte Rogues n’a pas pu y arriver non plus, n’est-ce pas ? »
« …Oui, je sais. »
La voix de Zwalter était lourde lorsqu’il l’admit, et Ghislain continua fermement.
« C’est pourquoi je l’ai tué. Même si le prétexte était fabriqué, la famille du comte Digald avait une raison légitime de nous attaquer. S’ils étaient laissés en vie, ceux qui nous ont réellement envahis les utiliseraient pour lancer une autre attaque assez tôt. La seule façon de nous acheter du temps est d’éliminer complètement le comté de Digald. »
« C’est peut-être vrai, mais… »
« De plus, le Nord est composé principalement de comtés indépendants plutôt que de territoires féodaux. C’est une occasion d’agrandir le domaine sans procédures fastidieuses. »
« Mm… toux… »
Zwalter se racla la gorge, incapable de cacher son malaise.
Son fils recherchait toujours une efficacité extrême.
Ce n’était pas forcément mauvais… mais les coutumes de longue date ne pouvaient pas être simplement ignorées.
Penser à l’avenir, où les lettres de protestation d’autres nobles afflueraient, lui faisait déjà battre la tête.
« …Nous aurions pu nous contenter d’une compensation ou d’une emprisonnement. Après tout, nous n’avons pas les ressources pour gouverner aussi loin. »
Ce n’est pas que Zwalter n’aimait pas agrandir son territoire.
Le problème était la réalité de la situation.
La famille Ferdium était déjà appauvrie, et la fusion avec le Digald tout aussi pauvre ne ferait que doubler la pauvreté.
Le domaine de Ferdium lui-même était en mauvais état, attendant la compensation qu’ils espéraient obtenir de Digald, mais gérer le territoire de Digald était une toute autre affaire.
Pour stabiliser cette terre, ils devraient y verser toutes les ressources restantes de Digald.
« Ne t’inquiète pas. Avec la Pierre de Runes, nous pouvons normaliser les deux domaines aussi rapidement que possible. »
« Mm, ça suffira ? »
« Ce sera plus que suffisant. »
« …Bien, tu n’as pas tort. Si nous pouvons absorber Digald, nous deviendrons plus forts. Puisque les choses sont déjà arrivées, il n’y a pas d’autre choix que d’aller de l’avant… »
Les yeux de Zwalter étaient remplis d’inquiétude.
« Honnêtement, je suis inquiet. Tes actions deviennent de plus en plus agressives. »
« Freine-toi un peu. Tu sais à quel point il est dangereux de croiser les autres nobles et seigneurs, n’est-ce pas ? »
Poursuivre uniquement l’efficacité mènerait inévitablement à des affrontements avec les autres.
À long terme, cela causerait des dommages importants.
Les pouvoirs existants n’étaient pas à sous-estimer.
Plutôt que de transformer tout le monde en ennemis, il valait mieux céder occasionnellement.
Zwalter le fit remarquer.
Ghislain, qui comprenait les manières des nobles, hocha la tête tranquillement en signe d’accord.
Son père agissait simplement de manière réaliste parce qu’il ne pouvait pas voir l’avenir.
« Je ferai de mon mieux. »
« Mm… »
Zwalter laissa échapper un gémissement. La façon dont Ghislain parlait montrait clairement qu’il continuerait à agir selon ses propres caprices.
Mais même si Zwalter voulait le réprimander, il ne pouvait plus le faire librement.
Les capacités de Ghislain avaient maintenant dépassé l’influence de Zwalter.
« Ha… comment en sommes-nous arrivés là ? »
Son fils avait grandi si soudainement qu’il était difficile de suivre les changements fulgurants.
Bien que ce soit compliqué, une partie de lui ressentait aussi de la fierté.
Quel parent ne serait pas heureux de voir son enfant grandir au-delà de sa portée ?
« Oui, il est agressif, mais c’est parce qu’il est encore jeune. »
Ce qui était déjà arrivé ne pouvait plus être réparé.
En vérité, Zwalter ressentait plus de joie et de fierté que quiconque.
En tant que père, il ne faisait que gronder par inquiétude.
« Je dis ça juste parce que je suis inquiet, alors ne le prends pas trop mal. Dans tous les cas, tu as bien fait. Vraiment bien. Repose-toi maintenant. Nous allons bientôt organiser un banquet de victoire. »
Alors que Zwalter réfléchissait aux moyens de stabiliser le territoire, une soudaine prise de conscience le frappa.
« Attendez… cela ne signifie-t-il pas que nous ne pouvons pas recevoir de compensation immédiatement ? »
Un nouveau problème est apparu.
Le domaine de Ferdium était misérablement pauvre.
Dès le départ, ils avaient prévu d’utiliser la compensation de Digald pour distribuer les récompenses.
Mais maintenant que les terres de Digald avaient été incorporées à Ferdium, ils ne pouvaient plus en extraire beaucoup d’argent pour maintenir le fonctionnement des choses.
« Albert… combien d’argent nous reste-t-il ? »
Lorsque Zwalter demanda, Albert, le trésorier, répondit avec une expression confuse.
« Nous n’avons pas d’argent. »
« Aucun ? »
« Oui, pas un sou. Pourquoi demandes-tu ça maintenant ? Nous avons épuisé toutes nos ressources à cause de la guerre. Nous avons toujours été fauchés. »
« …Alors comment gérons-nous les récompenses ? »
« N’avions-nous pas prévu de les couvrir avec la compensation de Digald ? »
« …Exact, nous l’avons fait. »
La joie de la victoire s’est rapidement dissipée.
Bien qu’il puisse être acceptable de retarder le paiement des subordonnés, ce n’était pas le cas pour les chevaliers et les soldats.
Plus ils attendraient de recevoir leurs récompenses, plus leur moral baisserait.
La croyance que la loyauté serait récompensée était le fondement de leur allégeance. Les récompenses de bataille étaient l’une des formes les plus tangibles de « compensation ».
« Nous devons récompenser ceux qui ont accompli des prouesses ! »
Zwalter claqua sa langue et regarda autour de lui ses subordonnés. Il les pressait silencieusement de trouver une solution.
Cependant, tous les regards se sont tournés vers Ghislain.
Il était clair qu’ils avaient tous quelque chose à dire, mais personne n’osa le dire.
La personne la plus riche du domaine et celle qui avait promis la Pierre de Runes.
Et le seul et unique héros de l’heure.
« Euh, euh ! Ah, j’ai un peu mal à la gorge. »
Zwalter, se raclant à nouveau la gorge, sourit maladroitement, se sentant un peu gêné.
« Eh bien… Ghislain ? Pourrais-tu peut-être nous prêter la Pierre de Runes un peu plus tôt ? »
Au lieu de récompenser le plus grand héros, ils étaient maintenant en position de lui demander de l’argent.