Chapitre 825
Les machinations du mercenaire régressé
Juste une fois de plus, pour le salut du monde (3)
Julien tendit lentement la main et prit la parole.
« Astion… De quoi parles-tu ? D'abord, nous devons récupérer Deneb… »
Astion secoua la tête et répondit :
« Il vaudrait mieux que nous mourions tous ici. Ce sceau ne prendra pas seulement la vie de Deneb. »
« Quoi ? »
« Je ne sais pas exactement… mais il est clair qu'il exige quelque chose de plus. C'est pour ça qu'il ne peut pas répondre clairement à ma question. »
« … »
Julien tourna la tête et regarda Arterion.
Quelque chose de plus que sa simple vie ? Qu'il vaudrait mieux mourir ?
Il croyait Astion. Arterion n'avait rien dit de précis au sujet de la précédente Sainte.
Que diable ce dragon manigançait-il ?
L'expression d'Arterion était devenue étrangement calme. D'une voix froide, il commença à parler lentement.
« Comme vous êtes lassants. »
Astion grogna en retour.
« Arrête d'esquiver et réponds. Qu'est-il arrivé à la précédente Sainte ? »
« … »
« Quoi ? Tu n'as plus d'excuses pathétiques à nous servir ? »
« … »
« Nous savons déjà que quelque chose ne tourne pas rond avec toi. Alors dis-nous la vérité. Qu'y a-t-il d'autre à part la mort ? »
« … »
« Si tu ne parles pas maintenant, je tuerai Deneb. Puisque vous essayez de la tuer de toute façon, ça ne fera aucune différence si c'est de ma main. »
Astion semblait vraiment résolu. Il resserra sa prise sur la dague qu'il tenait.
Astion était un mage. Il possédait toutes sortes de connaissances et de sorts bizarres.
Certains pouvaient laisser une personne dans un état si épouvantable qu'elle en viendrait à souhaiter la mort.
C'est ainsi qu'il avait senti — rien qu'à l'attitude suspecte d'Arterion — qu'il devait y avoir un prix bien plus lourd que la mort.
« Deneb, je suis désolé. Je ne veux pas te perdre non plus. Mais c'est toujours mieux que de te laisser être sacrifiée pour ce sceau. Je vais te tuer, et ensuite nous mourrons en combattant ces bâtards. »
« A-Astion… »
Des larmes montèrent aux yeux d'Astion tandis qu'il se mordait la lèvre.
En le voyant ainsi, Deneb ne put rien ajouter. Elle aussi avait des doutes sur les paroles d'Arterion.
Arterion comprit également qu'il n'y avait plus de place pour l'esquive. Ou plutôt, il n'avait pas de mensonge convaincant à offrir de toute façon.
Tant que les dragons existeraient, une Sainte refusant d'être sacrifiée n'aurait jamais été autorisée à vivre librement selon sa propre volonté.
Finalement, Arterion parla d'une voix détachée.
« Elle a mis fin à ses jours. »
Astion, comme s'il s'y était attendu, recula davantage avec Deneb et demanda :
« …Pourquoi ? »
« Comme tu l'as dit : parce que mourir était la meilleure option. »
« …… »
« C'était une Sainte qui refusait de sauver le monde. Vivre heureuse était impossible, et se cacher n'était pas une option non plus. La seule voie qui lui restait était de mettre fin à ses jours. »
« Quel genre de prix doit être payé pour le sceau ? »
« L'âme. »
« Quoi ? »
« Le corps de la Sainte meurt ici. Mais son âme demeure. »
Les yeux d'Astion s'écarquillèrent. Julien et Deneb réagirent de la même manière.
La voix glaciale d'Arterion continua.
« L'âme de la Sainte restera liée ici jusqu'à la fin de ce monde, à travers d'innombrables âges. Pendant un temps proche de l'éternité, elle restera ici pour sceller l'énergie du Dieu Démoniaque. »
« …… »
« C'est quelque chose que seule la Sainte peut faire. Elle devient le réceptacle qui scelle éternellement l'Abîme Démoniaque. »
« Est-ce que… est-ce que tu te rends compte de ce que tu dis ? »
« C'est parfaitement logique. Elle canalise le pouvoir des Pierres Sacrées pour supprimer l'énergie du Dieu Démoniaque. On pourrait dire qu'elle devient une déesse vivante descendue dans le royaume des mortels. C'est la bataille finale entre la déesse et le Dieu Démoniaque. »
« Tais-toi… espèce de fou furieux… »
L'âme de Deneb, incapable de s'élever vers les cieux où résidaient les déesses, piégée ici pour toujours —
C'était une punition, une malédiction pire que la mort.
Deneb tremblait, le visage pâle.
Si seule sa vie était requise, elle l'aurait offerte sans hésiter pour le bien du monde. Elle était ce genre de personne.
Mais être liée au sceau jusqu'à la fin des temps ?
Elle n'avait jamais osé imaginer un tel destin.
Comment pourrait-elle supporter une telle étendue de temps, piégée seule dans cet endroit ?
Même en tant que Sainte, même avec un cœur si dévoué au salut du monde —
Elle était terrifiée. L'effroi l'envahissait.
Elle n'avait pas la force de supporter une telle éternité.
Le corps d'Arterion s'éleva lentement dans les airs. Au même moment, les dragons — ayant pris forme humaine — encerclèrent le Corps de Mercenaires de Julien.
Bien qu'ils fussent peu nombreux, c'étaient des dragons. S'ils agissaient de concert, tout le monde ici serait massacré.
D'en haut, Arterion regarda Astion et Deneb et déclara :
« On disait de la précédente Sainte qu'elle était une femme froide. Elle avait la volonté de sauver le monde, mais n'était proche de personne, n'avait jamais donné son cœur à qui que ce soit. C'est pourquoi elle n'a formé aucun attachement profond. »
« …… »
« Grâce à cela, la Sainte a pu abandonner le monde sans hésitation. Même une Sainte a dû avoir peur. Je le comprends très bien. »
« …… »
« Mais cette fois, c'est différent. Sainte Deneb, tu as beaucoup de bons amis. Tu as même quelqu'un que tu aimes, n'est-ce pas ? »
« …… »
« C'est pourquoi je suis content. Parce que tu as une faiblesse. »
« …… »
« Nous ne pouvons pas t'imposer le sceau. Le choix t'appartient. Mais si tu refuses… »
À cet instant, une froide aura meurtrière jaillit des yeux d'Arterion.
« Je retire mes paroles concernant le fait de tuer tes amis et connaissances. Au lieu de cela, je les laisserai dans un état où ils ne pourront ni vivre ni mourir — liés dans une agonie éternelle. »
Ces mots frappèrent Deneb comme la foudre.
Si elle refusait, d'autres seraient condamnés à souffrir pour l'éternité ?
Deneb parla d'une voix tremblante :
« L-La Déesse ne permettrait jamais une chose pareille. Comment pouvez-vous faire cela à des innocents ? »
« Comme c'est amusant. Nous sommes nés pour la guerre contre l'Abîme Démoniaque. Accomplir la mission qui nous a été confiée… comment cela pourrait-il être un péché ? »
La façon de penser des dragons était quelque chose qu'aucun humain ne pouvait comprendre. Mais cela ne signifiait pas qu'elle pouvait être acceptée.
Des larmes montèrent aux yeux d'Astion tandis qu'il serrait les dents.
« V-Vous êtes trop cruels. Est-ce là ce que vous faites à ceux qui se sont battus pour ce monde ? »
« Il n'y a pas d'autre moyen. »
« I-Il est impossible que la Déesse permette une chose pareille ! Impossible qu'Elle ait trouvé une solution aussi absurde ! »
« Un point pertinent. Cette méthode a été conçue par les dragons de l'époque, en mettant en commun toute leur sagesse. Et pourtant, elle s'est soldée par un échec : la Sainte a mis fin à ses jours. »
« Alors trouvez un autre moyen ! Si tout le monde travaille ensemble, nous pouvons en trouver un ! »
« Impossible. Il n'y a pas d'autre moyen. Après d'innombrables études et des essais sans fin à travers les âges, c'était la seule méthode que nous avons pu trouver. »
Astion comprit que toute discussion était inutile.
Les dragons n'avaient aucune intention de laisser partir Deneb. Le Saint Empire, les elfes et les nains les avaient tous trahis.
Il se prépara et porta la dague à la gorge de Deneb.
Si c'était pour son bien, il devait en finir ici — tuer Deneb avant qu'ils ne puissent la sacrifier.
Mais sa main tremblante ne bougeait pas.
« Ghislain… que dois-je faire ? »
Qu'aurait fait Ghislain à cet instant ?
Comment aurait-il résolu une situation pareille ?
Astion ne connaissait pas la réponse à tout. Mais une chose était claire.
Ghislain ne leur aurait jamais livré Deneb.
Il ne l'aurait pas tuée non plus.
Reniflant, Astion essuya ses larmes avec sa manche. Bientôt, sa voix, désormais résolue et ferme, résonna dans l'espace.
« Julien. »
« … »
« Protégeons Deneb. Combattons ces bâtards de traîtres jusqu'au bout. »
« Ouais. »
KWA-A-A-A-ANG !
Julien répondit calmement en invoquant son pouvoir. En un instant, il eut l'impression que toute l'énergie du monde convergeait vers lui.
Il croisa le regard d'Arterion, prenant sa posture de combat. Son épée irradiait une aura meurtrière assez féroce pour fendre l'ennemi en deux d'un seul coup.
Avec une expression durcie, Lionel leva son bouclier.
Il était profondément désabusé par le fait que sa patrie — le Saint Empire qu'il avait autrefois aimé — agissait de la sorte.
Lionel regarda vers Porisco et dit :
« La Déesse ne pardonnera jamais cela. »
« … »
« Et le Saint Empire devra payer le prix pour cette décision. »
Adoptant une posture de combat, Lionel fixa intensément les « ennemis ».
Il était sincèrement reconnaissant d'avoir quitté l'unité de poursuite pour rester en arrière.
Protéger la Sainte — c'était le devoir qu'il devait, en tant que Premier Gardien, risquer sa vie pour accomplir.
Tyran regarda aussi autour de lui et sourit en découvrant les dents.
« Même les mercenaires ne sont pas aussi déloyaux. Nous avons sauvé vos vies, et maintenant vous essayez de prendre les nôtres ? »
Il avait hésité au début, il faut l'admettre.
Mais après avoir entendu toute la vérité, c'était clair : ce n'était pas quelque chose qu'un être humain devrait accepter.
Autrefois capitaine du Corps des Lions Cuirassés, il avait atteint le royaume des Transcendants aux côtés du Corps de Mercenaires de Julien.
Il savait qu'il ne survivrait pas en combattant les dragons.
Alors, il se prépara à donner sa vie ici.
« Eh bien, c'est un peu dommage, mais j'ai eu une vie plutôt amusante. J'ai même pu sauver le monde, et je ne suis qu'un mercenaire. Ça me suffit amplement. »
Tyran laissa échapper un sourire vraiment satisfait.
Il avait autrefois vécu comme un chien de la noblesse, pour finalement devenir un héros qui a sauvé le monde. Comment cela pourrait-il ne pas être gratifiant ?
Osval, qui cherchait toujours une occasion de fuir, affichait désormais une expression résignée.
« Ah… j'étais censé lancer une révolution… »
Par pure chance, il avait atteint le niveau d'un Transcendant.
Une fois la guerre terminée, il avait prévu de s'emparer d'un royaume tranquille dans un coin reculé du continent pour déclencher une révolution.
Mais peu importe comment il voyait les choses, ce serait sa tombe.
Il ne voulait pas mourir, mais prendre le parti de ces monstres ? Peu importe comment il tournait la chose, leurs actions étaient trop extrêmes.
« Sœur Deneb piégée ici seule pour toujours… je ne peux pas. Ce genre de destin est trop effrayant, trop solitaire. »
De tous, Deneb avait toujours pris soin de lui avec une sincère bienveillance.
Elle était une figure clé qui avait aidé à sauver le monde.
Laisser quelqu'un comme elle être condamné à une souffrance éternelle ne convenait pas non plus à Osval.
Dans ce cas, il serait plus facile pour son cœur de mourir ici au combat.
« Ouais, bon sang. Si ce n'est pas ça, une révolution, alors qu'est-ce que c'est ? »
Serrant son énorme marteau de guerre, Osval fit un pas en avant.
Maintenant que les choses en étaient arrivées là, il se dit qu'il se battrait de toutes ses forces pour la première fois de sa vie — même si cela signifiait mourir.
Les mercenaires, eux aussi, s'étaient résolus à périr ici.
S'ils se battaient sans conviction et se faisaient capturer par les dragons, leur souffrance ne serait que pire.
Arterion ricana sombrement en observant la scène.
« On dirait que vous avez perdu toute peur après avoir traversé la guerre. Penser que vous oseriez vous dresser contre des dragons. »
Peu importe la puissance des compagnons du Héros, il y avait huit dragons présents ici. S'ils unissaient leurs forces, personne ne s'en sortirait vivant.
Tendant la main, Arterion donna l'ordre :
« Sécurisez la Sainte. Tuez quiconque résiste jusqu'au bout. Il reste encore beaucoup de ses amis à l'extérieur. Quant au Héros, essayez de le garder en vie. Rendez-le simplement incapable de combattre. »
Dès que ses mots furent prononcés, les dragons chargèrent vers Deneb.
Astion prit Deneb dans ses bras et recula en criant :
« Julien ! Retiens-les ! »
Levant son épée bien haut, Julien répondit :
« Astion, prends Deneb et fuis. Et dis aux autres ce qui s'est passé. »
Kyle, Marika et Ereneth étaient toujours là-bas, à la poursuite des Apôtres.
Si ces trois-là pouvaient se regrouper avec eux, ils auraient peut-être une chance contre les dragons.
Andrew et Rio prendraient sûrement leur parti également.
D'autres ayant reçu l'aide du Corps de Mercenaires de Julien pourraient aussi prêter main-forte.
Bien sûr, il y en aurait beaucoup plus qui voudraient sacrifier la Sainte.
Le Saint Empire et de nombreux royaumes les poursuivraient inévitablement.
Si cela arrivait, une autre guerre éclaterait.
D'innombrables personnes mourraient, et le monde sombrerait à nouveau dans le chaos.
Mais cela n'avait plus d'importance.
Ce monde misérable… ce qu'il allait devenir ne le concernait plus.
Il n'avait jamais demandé de titres comme Héros ou Sainte.
Même l'objectif de sauver le monde semblait désormais dénué de sens.
« Ghislain… que m'aurais-tu dit en ce moment ? »
— Même si cela signifiait que tu finirais par tuer d'innombrables personnes.
« Tant de gens vont mourir. »
— Si tu crois que le chemin que tu suis est le bon…
« Je ne peux tout simplement pas sacrifier Deneb. »
— Alors je crois que tu choisiras la bonne voie.
« C'est mon choix. »
Fixant les dragons qui approchaient, Julien ouvrit lentement la bouche.
« …Je ne sauverai pas le monde. »
KWA-A-A-A-AANG !
Son épée éclata d'une lumière radieuse —
une décharge née d'une résolution inébranlable et d'une volonté qui ne serait pas éteinte.
« Je vais… »
La voix de Julien résonna, calme et inébranlable.
« …sauver celle que j'aime. »
FLASH !
À cet instant, son épée fendit le monde en deux.