Chapitre 584
Le premier à reprendre ses esprits fut le Marquis Gideon.
« Vite ! Attrapez-le ! Appelez immédiatement Jérôme ! »
Des chevaliers qui attendaient à l’arrière se précipitèrent et rattrapèrent Jérôme au moment où il s’effondrait.
Ils le déposèrent à terre, et le Marquis Gideon accourut, saisissant la main de Jérôme.
« Jérôme ! Tenez bon ! Appelez immédiatement les prêtres et les mages ! Dépêchez-vous ! »
L’état de Jérôme était plus que critique. Son visage, autrefois vif et joyeux, était maintenant pâle et maigre, comme si la mort elle-même planait sur lui. Le sang coulait continuellement de son nez et de sa bouche, et sa poitrine se soulevait à chaque respiration superficielle, un spectacle terrible.
Le Marquis Gideon cria de panique, se répétant plusieurs fois.
« Jérôme ! Tenez bon ! »
« A… pa… »
Jérôme se serra la poitrine avec angoisse, une indication claire que quelque chose n’allait pas du tout à l’intérieur.
Plusieurs prêtres et mages arrivèrent bientôt, se précipitant à son chevet. Les prêtres commencèrent par canaliser la puissance divine en lui.
Une douce lumière blanche se répandit sur le corps de Jérôme, œuvrant à la guérison de ses blessures. Son teint s’améliora légèrement, mais son état restait critique.
Un des mages, un magicien de sixième cercle stationné pour défendre la forteresse, s’avança précipitamment.
« Il semble s’agir d’un phénomène de brûlure de mana. Laissez-moi l’examiner plus en détail. »
Le mage insuffla du mana à Jérôme et poussa bientôt un souffle d’émerveillement.
« Ceci… ceci est catastrophique ! Son cercle est sur le point de s’effondrer ! Comment est-ce possible ? »
La réaction du mage provoqua des ondes d’alarme. Les cercles n’étaient pas facilement endommagés, même sous une tension extrême. Normalement, une surutilisation du mana épuiserait la vitalité, mais laisserait le cercle intact.
« Quel type de magie démesurée pourrait causer un tel phénomène ? »
La magie miraculeuse que Jérôme avait déchaînée avait visiblement ébranlé le cœur même de sa source de mana.
Entendant cela, le Marquis Gideon demanda avec urgence : « Alors, que peut-on faire ? »
« Nous devons stabiliser le cercle en fournissant continuellement du mana jusqu’à ce qu’il puisse retrouver son intégrité. »
« Alors faites-le ! Faites-le maintenant ! »
Plusieurs autres mages se joignirent, versant leur mana en Jérôme.
Stabiliser la source de mana d’un mage de huitième cercle n’était pas une mince affaire. Les mages, oubliant qu’ils étaient toujours au milieu de la bataille, concentrèrent toute leur énergie sur Jérôme, mus par une véritable révérence pour la magie extraordinaire dont ils avaient été témoins.
Alors que Jérôme s’accrochait précairement à la vie, Gatros réussit également à survivre, échappant de justesse à la mort lorsque la magie de Jérôme se dissipa.
La forme noire massive qu’il avait conjurée avait disparu, le laissant dans son corps original, flottant dans le ciel.
Haletant, Gatros se serra la poitrine et se mit à rire, sa voix pleine d’incrédulité et de soulagement.
« Hah… hah… Je suis vivant. Mais pourquoi… »
Pour des raisons qu’il ignorait, la relique divine qu’il portait l’avait sauvé.
Pourquoi un pouvoir sacré préserverait-il quelqu’un comme lui, un ennemi de la déesse et le chef de son opposition ?
Malgré la confusion, Gatros reprit rapidement ses esprits, un sourire se répandant sur son visage.
« Hah… hahahaha ! Bien sûr ! Il n’est pas encore temps pour moi de mourir ! Cela doit être la volonté des dieux ! »
Bien qu’il ait perdu la vaste énergie qu’il avait accumulée, et que ses propres réserves soient maintenant plus que réduites de moitié, cela n’avait plus d’importance. Jérôme était tombé. Qui pourrait se dresser contre lui maintenant ?
Grinçant des dents, Gatros beugla : « Attaquez ! Écrasez-les maintenant ! »
Les soldats de l’armée Atrodé, qui avaient été paralysés par la peur à la vue de la magie dévastatrice de Jérôme, revinrent à la réalité au commandement de Gatros.
Le Comte Vipenvelt, qui avait également été sous le choc, lança ses propres ordres.
« Avancez ! Foncez avec tout ce que nous avons ! »
La victoire était à leur portée. Il était temps de presser l’avantage.
Les mages de l’armée Atrodé furent les premiers à agir.
Boum ! Boum ! Boum !
« Leurs magies fonctionnent ! Continuez à avancer ! »
Les mages d’élite des forces alliées étaient occupés à soigner Jérôme, ne laissant qu’une poignée pour se défendre contre la magie de l’armée Atrodé. Ce déséquilibre permit à des sorts destructeurs de pleuvoir sur la forteresse.
« Zut… »
Les mages alliés étaient dans une situation difficile. Sans leur soutien, les défenseurs de la forteresse étaient vulnérables, mais arrêter le traitement de Jérôme le condamnerait.
Alors qu’ils hésitaient, le Marquis Gideon fit un choix décisif.
« Concentrez-vous sur le traitement de Jérôme ! »
« Mais Marquis, la forteresse… »
« Je tiendrai la ligne. Vous devez vous assurer que Jérôme survive. »
« Marquis… nos forces sont dépassées. Nous ne tiendrons pas contre leurs soldats et leurs mages. »
Gideon hocha gravement la tête, son expression résolue.
« Alors retirez-vous pendant que vous le pouvez, en emmenant Jérôme. »
« Marquis… »
« Faites-le ! »
Jérôme était essentiel aux forces alliées. Sans lui, la coalition perdrait une figure clé dans la guerre contre l’armée Atrodé.
La perte de la forteresse était secondaire. Une fois les forces de Ruthania de retour, elles pourraient la reprendre. Cependant, si l’armée Atrodé se regroupait et s’unissait à ses divisions restantes, les alliés subiraient des pertes catastrophiques.
« Cette forteresse a une importance stratégique », expliqua Gideon. « Si l’armée Atrodé s’échappe d’ici, elle pourrait devenir un point de ralliement pour ses restes dispersés. Cela ne peut pas arriver. »
Le cœur de l’armée Atrodé et les rebelles environnants avaient convergé à Grimwell, mais des factions plus petites menaient encore une guérilla dans des royaumes lointains.
Les maintenir ici était essentiel pour assurer la victoire finale de la coalition.
Grâce à Jérôme, les supersoldats de l’armée Atrodé étaient épuisés. Il était maintenant possible de tenir la ligne, bien qu’à grands risques.
« Bougez vite ! » ordonna Gideon. « Je les retiendrai, quoi qu’il en coûte ! »
« Marquis… vous ne pouvez pas… »
« Dépêchez-vous ! »
L’ordre ferme du Marquis Gideon poussa les mages à l’action. Ils hissèrent Jérôme et commencèrent à battre en retraite, leurs mouvements lents tandis qu’ils continuaient à lui infuser du mana pour stabiliser son état. La tâche était pénible, et à chaque pas, des explosions résonnaient à cause des tentatives ratées de contrer les sorts ennemis.
Boum ! Boum ! Boum !
Les mages érigèrent soigneusement des barrières défensives en se déplaçant, protégeant Jérôme de l’assaut.
Pendant ce temps, l’armée Atrodé avait déjà commencé à escalader les murs de la forteresse avec des échelles.
Thud ! Thud !
« Chargez ! Détruisez-les ! »
Les soldats de l’armée Atrodé rugirent d’énergie, leur moral élevé et leur force inébranlable. Contrairement aux forces alliées épuisées, ils portaient l’élan des premiers succès, leurs surhumains menant les attaques initiales qui avaient usé les défenses de la forteresse.
Petit à petit, les forces Atrodé repoussèrent les alliés.
Le Marquis Gideon brandit son épée avec force et cria par-dessus le chaos.
« Nous pouvons tenir ! Combattez ! Nous devons défendre cet endroit ! »
Les soldats alliés retrouvèrent une force nouvelle, inspirés par la démonstration miraculeuse de magie de Jérôme plus tôt. Bien que l’armée Atrodé restât formidable, l’absence de leurs prêtres rendait la bataille moins écrasante.
Néanmoins, la disparité numérique et le bombardement magique incessant usèrent les défenseurs. Sans les mages alliés pour contrer les sorts, la situation devint de plus en plus désespérée.
« Tenez la ligne ! Nous pouvons le faire ! »
« Chaque blessure que nous infligeons ici les affaiblit pour l’avenir ! »
« Ceci pourrait être notre dernier combat —combattez avec tout ce que vous avez ! »
Les forces alliées combattirent avec désespoir, refusant de reculer. Elles savaient que toute retraite entraînerait l’armée Atrodé à les poursuivre, et leurs forces seraient massacrées avant qu’elles ne puissent se regrouper.
Ce fut une impasse désespérée. À moins que l’armée Atrodé ne se retire, les alliés n’avaient plus d’options.
Gatros, observant le champ de bataille d’en haut, concentra son attention sur l’intérieur de la forteresse. La victoire était certaine, mais une préoccupation plus pressante occupait son esprit.
« Je dois le tuer… Cet homme doit mourir. »
Pour la première fois, Gatros avait ressenti une véritable terreur —non pas de la mort, mais de son existence même sur le point d’être effacée. La sensation d’être défait le hantait, une peur qui transcendait la compréhension mortelle.
Jérôme représentait une menace sans précédent. Gatros serra les dents et murmura à lui-même :
« Même le Duc Fenris… ou le prince de Turian ne pourraient pas déchaîner de tels miracles… »
Même son propre roi ne pourrait peut-être pas résister à la magie que Jérôme avait maniée. C’était l’occasion idéale d’éliminer le danger.
« Je t’ai trouvé. »
Bien qu’affaibli, Gatros scruta la forteresse et aperçut les mages portant Jérôme. Se concentrant malgré son épuisement, il se verrouilla sur leur position.
Son pouvoir épuisé rendait une confrontation directe risquée, mais c’était une occasion qu’il ne pouvait pas laisser passer. Si quelqu’un pouvait éliminer Jérôme, c’était Gatros lui-même.
« Je ne peux pas le laisser s’échapper. »
Avec un grognement, Gatros rassembla les restes de son aura noire, se préparant à se lancer dans la mêlée comme un éclair de ténèbres.
Mais juste au moment où il allait bouger —
Whizz !
Un son fendit l’air. Gatros tourna la tête, les yeux se rétrécissant.
« Une flèche ? »
Une flèche rouge flamboyante fila vers lui.
Gatros fronça les sourcils.
« Comment osez-vous… essayer de m’arrêter avec une chose aussi triviale ! »
Il se prépara à esquiver, confiant que la flèche était insignifiante. Pourtant, un frisson inexplicable lui parcourut l’échine.
La flèche n’était pas ordinaire. Elle se déplaçait comme si elle était guidée par le destin lui-même, inébranlable dans sa trajectoire vers sa tête.
Le temps sembla ralentir. La flèche fendit l’air délibérément, sa pointe brillan d’une intention meurtrière.
« C’est… ridicule ! »
Gatros se força à bouger, mais son corps était comme du plomb, ses muscles figés sous un poids invisible.
« Zut ! »
Rassembleant toute sa force restante, Gatros poussa un rugissement, son aura noire éclatant autour de lui.
Boum !
La poussée soudaine d’énergie brisa la force invisible qui le tenait en place, lui permettant de tourner la tête juste assez pour éviter un coup fatal.
Slash !
La flèche lui frôla l’oreille, déchirant la chair et laissant une traînée de sang dans l’air. Gatros grimaça, se tenant l’oreille saignante pendant qu’il fixait du regard la direction d’où la flèche provenait.
« Duc Fenris… vous, misérable insolent ! »
Au loin, une silhouette solitaire chevauchait vers le champ de bataille sur un destrier noir féroce. C’était nul autre que Ghislain.
Calme et composé, Ghislain encorda une autre flèche, ses lèvres se courbant en un sourire narquois.
« On dirait que Jérôme s’est trop forcé. »
S’étant précipité sur le champ de bataille à toute vitesse après avoir reçu des informations de Dark, Ghislain avait pour but de détourner l’attention de Gatros.
Thrum !
Cette fois, la flèche de Ghislain brillait d’une lumière rouge intense, crépitant en absorbant non seulement le mana, mais aussi toute la force de sa volonté.
« Restez loin de mon peuple », murmura Ghislain, le ton glacial.
Lâchant la flèche, il observa sa transformation en plein vol, la lueur ardente s’intensifiant jusqu’à ressembler à une flamme vivante.
Boum !
La flèche fila vers l’arrière de l’armée Atrodé, frappant avec la force d’une météore explosive.
KABOOM !
La flèche enflammée éclata avec une puissance inégalée lorsqu’elle frappa l’arrière de l’armée Atrodé.
KABOOM !