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Traducteur/éditeur : ZERO_SUGAR
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Chapitre 91 : En 1933, le chasseur automatique fait fortune (4)
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Il aurait aimé pouvoir un jour se fondre dans la foule, comme on le faisait en ville, mais le monde de Seobang était bien trop petit pour ça.
« C’est Seobang. Tss. Tomber sur un spectacle pareil dès le matin, quelle poisse. Il nous a ramené la gale, celui-là. La gale. »
« Qu’est-ce que ce salaud vient faire ici ? J’avais bien dit au Conseil de gestion des gorges de Meokbawi Valley de rayer son nom, non ? »
« On devrait aussi démolir sa baraque, non ? »
Avant que les Chuk Brothers ne rejoignent la maisonnée Han, Han San avait eu une raison de dépenser vingt wons de sa poche pour envoyer Gomchi aux corvées collectives du village. Et s’il avait géré gratuitement Meokbawi Valley pendant un temps, ce n’était pas simplement pour faire enrager Deok-tae.
Dans un village de culture sur brûlis comme la vallée de Sebeom, être mis au ban de la communauté était une question de vie ou de mort.
Même la femme et les enfants de Seobang ne prendraient pas sa défense.
« Espèce d’imbécile ! À quoi pensais-tu, bon sang ? Qu’est-ce qui t’a pris de faire une chose pareille ? Comment veux-tu que je me montre au village, maintenant ?
— Tu as toujours fait comme si tu étais le seul malin, même quand tu allais traîner ailleurs. Je le savais. Je savais que ça finirait par arriver ! »
« Père… tu me fais honte… »
À la fin, Seobang n’y tint plus. Il éclata en sanglots et tomba à genoux devant la maison des Han.
« San… non, Sajang ! Président ! Je vous en prie, pardonnez-moi, juste cette fois ! J’ai été… j’ai été si borné ! Je vous en supplie, pardonnez-moi ! Je ne ferai plus jamais de bêtise ! Je ferai n’importe quoi, vraiment n’importe quoi, alors donnez-moi encore une chance, je vous en prie ! »
« Mon Dieu… enfin, je veux dire… non, peu importe. Ça suffit. »
Ham Ssang-sim eut pitié de lui, mais garda le silence. Elle avait toujours estimé qu’il ne pouvait y avoir un seul à gagner l’argent pendant qu’un autre en récoltait les honneurs.
Quant à Han San, qui était rentré après quelque temps et avait trouvé cette scène en guise d’accueil…
« Sajang ! Président ! »
Han San ne s’arrêta pas. Il dépassa l’homme à genoux sans lui accorder un regard et monta sur le plancher de bois.
Puis il se retourna vers l’habitant de son domaine, toujours agenouillé dehors, et lui dit :
« Pour ce qui est du pardon, je t’ai déjà donné ma réponse. Et les comptes entre toi et l’entreprise sont réglés, monsieur. Nous avons déjà récupéré tout ce que tu avais détourné. »
La tête de Seobang, qui avait autrefois servi à tenir les registres du canton, comprit vite ce que cela signifiait.
C’est vrai, tout ce qu’il avait détourné avait été remboursé. Cela ne voulait-il pas dire qu’il ne devait plus rien à l’entreprise ? Tout était en règle, les comptes étaient vierges, et ainsi de suite.
Dans ce cas, lui qui avait plus de capacités que les gens ordinaires du village pouvait sûrement encore…
« Mais il reste une chose. »
Han San leva un doigt.
« La confiance. Et ça, on ne peut pas la récupérer comme de l’argent détourné. Le compte reste donc dans le rouge. »
Seobang pâlit.
« À partir de maintenant, nous n’aurons plus besoin de tes services. »
Il n’y avait personne d’inutile au monde.
Il n’y avait que des gens employés au mauvais endroit.
Et il avait déjà été prouvé que le poste d’employé au Commerce Myriad de Han était le « mauvais endroit » pour Seobang.
C’était aussi simple que ça.
Alors, une fois la cour redevenue silencieuse, Han San s’adressa à la femme de Seobang.
« Madame, venez travailler dès demain. »
« … Pardon ? »
Celle qui l’interrogea n’était pas l’homme agenouillé, mais sa femme, qui observait la scène de loin, la tête baissée.
Han San se tourna vers elle et ajouta :
« Pour commencer, occupez-vous de quelques ventes en ville et voyez si ça vous convient. Il ne faut tout de même pas laisser des gens vivants mourir de faim. »
« Oh, mon Dieu… merci, jeune San… non, Sajang ! »
La femme de Seobang s’inclina. À côté d’elle, le visage de son mari avait encore blêmi.
La raison était évidente.
À partir de ce jour, la gestion des finances du foyer Seobang passa aux mains de sa femme, et Seobang n’eut plus l’occasion de faire le fier à la maison.
Comme Han San l’avait prévu.
« Si j’avais coupé les vivres à toute la famille, monsieur So aurait probablement quitté le village pour devenir brigand. »
Et un brigand qui se croyait malin, en plus. Un homme qui connaissait les horaires des charrettes à bœufs du Commerce Myriad de Han.
« Mieux vaut un homme d’âge mûr incapable, dans mon domaine, qui mange sous le regard noir de sa femme, qu’un type dehors avec une fourche à la main, non ? »
Dans la foulée, Han San prit soin de graver ces règles noir sur blanc.
Un. Les erreurs sont acceptables. Même si l’entreprise subit une perte, nous tiendrons compte de tout ce qui doit l’être, et je trouverai un moyen de régler le problème, puis je le mettrai en œuvre.
« C’est bien pour ça qu’il y a un Sajang. »
Deux. En revanche, quiconque s’allie à des étrangers pour nuire à l’entreprise ne sera plus jamais employé.
« Il faut éliminer l’ennemi. »
Trois. Toutefois, les personnes à charge du coupable ne seront pas punies pour son crime.
« Ou plutôt, ça facilite la gestion des risques. »
Les gens du hameau du Milieu baptisèrent ces règles la « loi Seobang ». Seobang frissonnait chaque fois qu’il entendait ce nom, mais personne ne se souciait de savoir si celui dont le nom figurait dans une loi, et qui vivait désormais de l’argent de sa femme, appréciait ou non cette appellation.
« Sans même m’en rendre compte, j’ai rendu des jugements, établi des lois… À bien y penser, j’ai fini par créer un code. »
Il ne trouvait pas cela pénible, mais ça ne l’enthousiasmait pas particulièrement non plus. Ça lui semblait tout simplement nécessaire.
« Maintenant que j’y pense, j’avais aussi fixé les règles de base quand j’ai créé le Conseil de gestion des gorges de Meokbawi Valley et que je lui ai confié la gestion de la vallée. »
Ce ne serait peut-être pas une mauvaise idée de mettre tout ça officiellement par écrit un jour et de le conserver à la maison.
« Est-ce que je devrais appeler ça le Code familial Han ? »
À s’imaginer prononcer d’un ton froid une seule phrase, « Réglez ça conformément au Code familial Han », chaque fois qu’un problème survenait, il devait reconnaître que l’idée avait quelque chose d’un peu grisant.
« La première affaire à traiter selon le Code familial Han… »
Han San se mit discrètement à rôder autour de Go Tae-chon.
« Monsieur So est le cas zéro, alors le cas numéro un… »
Il rôda encore un peu.
« Le cas numéro un… »
Il continua à rôder.
Mais, au bout du compte, Go Tae-chon ne détourna jamais d’argent, et Han San n’eut d’autre choix que de claquer la langue et de renoncer.
Quoi qu’il en soit.
À mesure que les comptes se mettaient en place et que les règlements se systématisaient, le Commerce Myriad de Han trouva peu à peu son rythme.
Et une fois son organisation stabilisée, le dernier problème fut lui aussi rapidement réglé.
Problème numéro quatre : le réseau logistique.
Là encore, la question fut vite résolue. Il suffisait de donner une forme concrète à quelque chose qu’ils avaient déjà compris.
On avait déjà dit plusieurs fois que le volume de marchandises qu’Inje et Sokcho pouvaient absorber était limité.
Dans ce cas, quel était exactement ce volume, et combien de charrettes circulant entre Inje et Sokcho fallait-il pour atteindre le bon équilibre ?
Il n’y avait pas d’autre solution que d’investir une grosse somme au départ, de mettre le système à l’essai, puis de l’ajuster.
Ils commencèrent par porter le nombre de charrettes à six.
Les marchandises saturèrent presque aussitôt le marché, alors ils réduisirent leur nombre à quatre.
Puis ils se dirent : « Hein ? Attendez. On peut aussi transporter les marchandises des autres, non ? » Ils augmentèrent de nouveau le nombre de charrettes, jusqu’à dix au total, et trouvèrent enfin le bon équilibre.
Quatre charrettes à bœufs de l’entreprise, et six conducteurs de charrette qui possédaient la leur.
S’il n’avait gardé que quatre charrettes pour l’entreprise, c’était parce qu’il tenait compte du fait qu’il pourrait plus tard acheter un camion par l’intermédiaire de la bande d’Inwang. Le camion ne pourrait évidemment pas franchir l’ancien col de Misiryeong, mais même s’il devait contourner la montagne par Hangyeryeong, le trajet serait probablement plus rapide.
Les dix charrettes ne partaient pas toutes ensemble. Selon les jours, ils en envoyaient une à trois, et le compte tombait juste.
« C’est plus que je ne pensais. »
« Le moment était bien choisi. Enfin, pas pour ceux qui ont été frappés par le typhon. »
Le typhon 3383 avait ruiné bon nombre de marchands des marchés. L’ancien réseau logistique s’était lui aussi effondré par endroits.
Et le Commerce Myriad de Han avait réussi à mettre un pied dans cette brèche.
« Si j’avais emprunté de l’argent et poussé un peu plus loin, j’aurais probablement pu rafler deux fois plus que ce que je gagne maintenant, mais… »
La raison pour laquelle Han San n’avait pas choisi cette voie était évidente.
« À force d’être trop gourmand, on finit par se faire éclater le ventre. »
Prenait-il le président de l’Association des marchands du canton d’Inje et ses semblables pour des imbéciles ? Qui étaient donc ces gens installés au Pavillon de Jade du Sud à jouer au mah-jong, et comment pouvaient-ils boire tous les jours des alcools aussi chers ?
Les gros morceaux laissés vacants par la catastrophe avaient déjà tous des repreneurs en attente. Comme il l’avait compris en discutant avec Ayame, s’il voulait s’emparer de l’un d’eux, Han San devait améliorer sa [position].
Et il était déjà prévu qu’il acquière cette [position] avant la Grande Inondation de l’année suivante. Inutile de se presser pour le moment.
« J’ai déjà ramassé tous les morceaux intéressants, alors mieux vaut m’arrêter là. Et puis, il faut laisser les choses décanter un peu. »
Ainsi, les rouages qui grinçaient depuis que Han San s’était mis en retrait se réparèrent un à un.
« À partir de maintenant, je n’aurai plus qu’à intervenir en cas d’imprévu ou lorsqu’un problème important se présentera. »
Et si ces deux choses portaient ces noms, c’était justement parce qu’elles n’arrivaient pas souvent.
L’argent qui se multipliait tout seul. Non.
La chasse automatique à l’argent battait enfin son plein !
Avant même la fin du mois de septembre, Han San partit en trombe pour Sokcho et paya le solde du bateau. Une fois celui-ci mis en service et les salaires des employés réglés, le bénéfice net mensuel du Commerce Myriad de Han fut enfin connu.
« Après déduction des salaires, des billets, des frais de fonctionnement de l’entreprise et de tout le reste, le bénéfice net s’élève à huit cents wons par mois ! »
Autrement dit…
« Neuf mille six cents wons par an ! »
Chuk Jae-seok en resta stupéfait.
« Non, Sajang ! Ça veut dire que si vous vendiez toute l’entreprise maintenant, elle vaudrait près de quatre-vingt mille wons ? Si vous la cédiez à un grand marchand avant de disparaître, vous seriez plus près des cent mille wons que des dix mille. »
Bien sûr, il exagérait.
Par « vendre toute l’entreprise », il fallait entendre qu’on y incluait les marchandises que détenait le Commerce Myriad de Han, ses ressources humaines et toutes ses relations. Il aurait même fallu prendre en compte la position de Han San comme seigneur du hameau du Milieu.
Malgré tout, lui qui était revenu en avril sans le sou avait bâti de ses propres mains un véritable miracle en moins de six mois !
Han San était de bonne humeur. Il sourit tout en agitant les mains pour nier.
« Allons, pourquoi vendrais-je l’entreprise ? Ce qui est impressionnant, c’est que même sans y toucher, autant d’argent rentre tout seul, maintenant. »
Ce qui voulait dire…
« Je peux maintenant investir dans des choses vraiment plus importantes. »
« Et qu’est-ce que ce serait, Sajang ? »
À cette question de Chuk Hong-cheol, le contremaître qui avait travaillé le plus longtemps à ses côtés parmi les ouvriers embauchés, Han San sourit et répondit :
« Pour commencer, deux mille wons pour les travaux de Meokbawi Valley. Ce sera de l’argent entièrement disponible, une fois toutes les dépenses nécessaires à l’entreprise déduites. C’est presque certain que nous l’aurons avant la fin de l’année. »
Il avait parlé comme s’il venait de se décharger d’un lourd fardeau, puis leva un doigt.
« Mais plus tôt, ce serait mieux, pas vrai ? Pour ça, il faut agrandir le plateau. »
Jusqu’ici, en somme, il avait fait en sorte que le plateau déjà construit tourne de lui-même.
Il lui fallait passer à l’étape suivante.
« Il faut se préparer à aller à Chuncheon. »
« Chuncheon… ! Ah, Chuncheon, où les automobiles filent dans tous les sens ? On dit que les autobus pour Gyeongseong y font la queue et qu’on peut rejoindre la capitale en quelques heures à peine. »
Bordée par le fleuve Soyang, la région regorgeait de ressources halieutiques. Ses ressources forestières étaient tout aussi abondantes. C’était exactement le genre d’endroit qui poussait Inje à se mordre les doigts, à grincer des dents et à trembler en regardant de derrière sa silhouette s’éloigner : Chuncheon, la fille aînée du Gangwon.
Le jeu allait changer d’échelle !
« Mais, Sajang, si nous voulons faire des affaires dans un endroit pareil… le maquereau salé ne pourra pas arriver jusque-là sans s’abîmer, si ?
— Bien sûr, le temps va bientôt se refroidir, mais on dit qu’après l’automne, on ne pêche plus de maquereaux sur la côte Est. Et les gens qui vivent près du fleuve Soyang voudront-ils seulement manger du poisson de mer congelé ? »
Pour jouer sur un plateau plus grand, il fallait apporter un produit à sa mesure. La question de Chuk Hong-cheol était vraiment celle du premier employé du Commerce Myriad de Han.
Mais Han San ne s’inquiétait pas le moins du monde.
« J’ai déjà un produit en tête. »
Han San sourit et leva une fois les yeux vers Seorak.
Plus précisément, en direction de Daegwallyeong.
« Parce qu’à cette époque, ils n’ont pas encore [ça]. »
S’il arrivait le premier, il pourrait littéralement se remplir la panse jusqu’à en éclater.
« Mais avant ça ! »
Han San frappa dans ses mains.
« Fêtons d’abord Chuseok ! »
On était en octobre.
Hangawi, la grande fête des Coréens, approchait à grands pas.
« Ma première fête depuis ma régression ! »
Han San ouvrit grand sa bourse et dispatcha ses hommes aux quatre coins de la région.
« Contremaître ! Emmène les hommes et rapportez tout ce qui vous tombe sous la main. Le riz, surtout. Des fruits aussi. Des pommes et des poires, s’il y en a. Sinon, n’importe quel fruit fera l’affaire. Toi et monsieur Park, suivez grand frère Baechil dans la montagne pour ramasser des châtaignes.
— Frère Pi Sun-dae, procure-toi des cartes de hwatu et prépare le mah-jong. Et je le précise tout de suite : pas de cartes truquées ! On va tous jouer ensemble, juste pour s’amuser. Je fixerai moi-même les mises ! Ce sera uniquement pour le plaisir. »
Comme le Commerce Myriad de Han regroupait pratiquement tout le hameau du Milieu et le Hameau inférieur, Han San donna ces instructions à tous ceux qu’il put trouver.
Et lui, qu’allait-il faire ?
« Quoi d’autre ? Préparer la viande. »
Cela ne voulait pas dire qu’il devait aller en acheter comme les autres.
Pourquoi acheter de la viande ?
Bien sûr, le bétail avait meilleur goût, mais pour une fête comme celle-ci, c’était l’esprit qui comptait.
En franchissant le portail, Han San cria :
« Père ! Allons attraper quelque chose ensemble ! »
Près de six mois s’étaient écoulés depuis la régression de Han San.
Pendant ce temps, en octobre, avant Chuseok, une réunion se tenait dans la grande salle du Hameau supérieur.
« Yun Cheom-ji, il me semble que pas mal de temps a passé. N’aviez-vous pas dit que vous trouveriez un moyen de pousser le Hameau inférieur et le hameau du Milieu à se déchirer ? »
« Ho ho, ne vous ai-je pas dit d’attendre ? »
Yun Cheom-ji se contenta de caresser son menton, le visage empreint d’élégance.
« Hangawi approche. Et cette fête survient après le passage du Tigre d’Eau.
— Ils peuvent bien prétendre que ces vauriens ont construit des maisons, tss… croyez-vous qu’ils aient réussi à faire de vraies récoltes d’automne ?
— Ils seront tous à moitié morts de faim. »
À ces mots de Yun Cheom-ji, l’un des oligarques du Hameau supérieur déclara :
« La famille de ce Han San semble pourtant avoir amélioré sa situation. On raconte que lorsque les gens du hameau du Milieu n’ont rien à manger, ils vont chez lui et il leur donne à manger. »
À l’évocation de ce nom, le sourire élégant de Yun Cheom-ji tressaillit un instant. Mais il se racla bientôt la gorge et se remit à caresser son menton.
« Ce n’est que la maisonnée d’un chasseur de basse extraction. On dit qu’il a gagné un peu d’argent. Il doit attraper des bêtes et dépenser sa propre fortune pour acheter la bienveillance des gens, comme s’il la mendiait.
— Mais combien de temps cela peut-il durer ?
— Après tout, la vie et la mort sont décrétées par le destin, et la richesse comme les honneurs dépendent du Ciel. »
Les paroles du sage résonnèrent clairement dans la grande salle du Hameau supérieur.
« Cela signifie que chacun a son destin et que même le roi ne peut rien contre la pauvreté.
— J’entends dire qu’il a même fait réparer toutes les maisons de ces vauriens du hameau du Milieu. Peu importe l’argent qu’il avait, combien peut-il bien lui en rester ? »
« C’est vrai. Il n’a pas lésiné sur les dépenses. »
« Exactement. Il est peut-être en ce moment même devant un grenier vide, à pleurer des larmes de sang. Ho ho ho… »
Pour Yun Cheom-ji, il n’y avait pas d’autre possibilité.
L’argent disparaissait à mesure qu’on le dépensait. Han San ne possédait tout de même pas un vase aux trésors inépuisables qui crachait des pièces.
À présent, il devait être complètement à sec !
Par conséquent…
« Cette fois-ci, célébrons Hangawi avec des rites ancestraux grandioses. »
Le visage empreint de bienveillance, Yun Cheom-ji poursuivit :
« Deux familles parmi nous se chargeront de préparer la table des rites. Qu’on apporte des gâteaux de riz, qu’on dispose de la viande, qu’on ouvre grand les portes, puis qu’on transmette ceci au hameau du Milieu et au Hameau inférieur, respectivement. »
Il déploya les doigts.
« Au hameau du Milieu, dites ceci : seules les familles qui rompront tout lien avec ces vauriens du Hameau inférieur pourront monter, aider à préparer les rites, manger et repartir avec de la nourriture. Au Hameau inférieur, dites-leur le contraire. »
« Oh ho. »
« Ce n’est pas la période de disette du printemps, mais celle du Tigre d’Eau. Même dans la plus belle maison, quand le ventre reste vide, les entrailles finissent par pourrir.
— Et au beau milieu de tout ça, le Hameau supérieur leur fait une offre si généreuse…
— Quels vauriens refuseraient la nourriture des rites ? Les chiens aboient forcément comme le leur ordonnent ceux qui leur remplissent la panse. Ils deviendront ennemis en un rien de temps, maudiront leurs cousins par alliance jusqu’au huitième degré et même leurs ancêtres vulgaires, et tout partira en vrille. »
« Ce plan n’est pas mauvais du tout. Notre Yun Cheom-ji n’a rien perdu de son savoir-faire. »
Père Cho se lécha les lèvres et caressa sa croix.
« Les Écritures le disent aussi. Croyez-vous que je sois venu apporter la paix au monde ? Je suis venu apporter l’épée. Matthieu, chapitre dix, verset trente-quatre. »
« Et les sages l’ont dit eux aussi. Quand les voies diffèrent, on ne fait pas de projets ensemble. Quand les chemins ne sont pas les mêmes, on ne les emprunte pas côte à côte. »
Le descendant des lettrés et le chef de cette famille catholique échangèrent des sourires satisfaits.
En les observant, l’oncle Baek, le forgeron, laissa échapper un soupir.
« Eh bien… ça me paraît un peu excessif, mais… soit… au moins, il n’y aura pas de sang versé… »
C’est alors que cela arriva.
Boum ! La grande salle du Hameau supérieur résonna bruyamment. Quelqu’un venait d’entrer en courant, à bout de souffle.
Le visage de Yun Cheom-ji se ferma.
« Qu’est-ce que tout cela… ? »
Avant qu’il ait pu finir, Jin Ssi, qui venait de faire irruption, s’écria :
« L-le hameau du Milieu organise des rites ancestraux ! »
Tous les oligarques du Hameau supérieur se figèrent.
Yun Cheom-ji fronça les sourcils, mécontent.
« Des rites ancestraux ? Quels rites ancestraux ! Il faut des offrandes pour ça. Ho ho. Quoi, ils comptent puiser cette fichue eau de Meokbawi Valley et prier de toutes leurs forces pour qu’on finisse par faire quelque chose pour eux ? Comme si ça pouvait… »
« Dix charrettes à bœufs ! »
Le cri de Jin Ssi l’interrompit de nouveau.
Puis il poursuivit :
« Des gâteaux de riz, du grain, toutes sortes de choses et… et du sanglier ! Trois sangliers d’automne, abattus au fusil de chasse !
— Tout le hameau du Milieu prépare un grand festin ! Des gens du Hameau inférieur sont aussi montés, et ils s’entraident et mangent tous ensemble… »
Un fracas retentit. Yun Cheom-ji s’était levé si brusquement que le cendrier en laiton roula par terre.
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