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Traducteur/éditeur : ZERO_SUGAR
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Chapitre 89 : En 1933, le chasseur automatique fait fortune (2)
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Restaurant de maquereau salé et de repas complets du Commerce Myriad de Han.
« Hé ! Pourquoi le riz est-il si sec ? Comment vous l’avez cuit, au juste ? »
« Ça fait combien de temps que j’ai commandé ? Vous faites griller le maquereau, ou vous êtes partis jusqu’à la mer pour le pêcher ? Ou alors, vous attendez qu’il se marie, qu’il ait des enfants et des petits-enfants, qu’il voie toute sa vie défiler devant ses yeux et qu’il décide de n’avoir plus aucun regret avant de nous le servir ? »
« Si c’est ça, vous pourriez au moins envoyer ce pauvre maquereau au paradis sans le faire souffrir. Franchement, qu’est-ce qu’il vous a fait, ce beau poisson ? Ce n’est pas du maquereau grillé, c’est de la torture par le feu ! »
Tandis que les clients faisaient un vacarme de tous les diables, Choi Seo-bang et sa femme, qui tenaient le restaurant, blêmirent.
Au début, tout s’était pourtant bien passé. Puis le temps avait filé, les clients s’étaient mis à affluer et tout avait dérapé.
« Aigo, je suis désolé, San… Je n’ai jamais fait ce genre de travail… »
« Moi aussi, je suis désolée, San. À la maison, mon riz ne finit jamais comme ça. Mais quand tout le monde est arrivé en même temps, j’ai perdu la tête, je crois. »
À la fermeture, ce jour-là, la famille de Choi Seo-bang baissa la tête. Manbok, qui faisait la vaisselle, n’osait pas non plus relever les yeux.
Han San se massa le front.
« D’abord, relevez la tête… Hum. Laissez-moi réfléchir. »
La cuisine demandait du savoir-faire, tout comme le service et le débarrassage des tables.
S’il suffisait de traiter les commandes dans leur ordre d’arrivée, pourquoi y aurait-il des restaurants qui faisaient faillite ?
Il faut que je remette tout ça d’aplomb. S’ils gèrent aussi mal les ingrédients et que quelqu’un attrape une intoxication alimentaire… Vu l’époque, le Commerce Myriad de Han ne fera sans doute pas complètement faillite, mais tout le projet tombera à l’eau.
Il y avait une solution.
Je pourrais faire venir maman en cuisine et m’occuper moi-même de la salle. Ça réglerait le problème, le temps de former les employés et de les laisser acquérir de l’expérience.
Le problème, c’était que cela prendrait du temps.
Encore une fois, c’était un travail qui exigeait du savoir-faire ! Et il fallait du temps pour l’acquérir !
Tss. Est-ce que je devrais simplement suspendre l’activité du restaurant pour l’instant et la reprendre quand nous serons prêts ? Réduire les livraisons de maquereaux à la quantité que nous pouvons écouler au marché…
« Qu’est-ce qui ne va pas à notre Sajang San aujourd’hui ? »
Alors que Han San hésitait à réduire toute cette activité, Kim Mal-ja, qui buvait un verre avec lui, prit la parole.
« Malja noona. »
Han San se lécha les lèvres. Puis, en voyant les amuse-gueules et l’alcool disposés devant lui, il retrouva le sourire.
« À bien y réfléchir, le Pavillon de Jade du Sud est aussi une sorte de restaurant… »
« Une sorte ? C’est un restaurant, à cent pour cent. »
« Oui, oui, Malja noona. Comme tu l’as sûrement appris, j’ai moi aussi ouvert un restaurant… »
Ceux que leurs intérêts rapprochaient pouvaient se confier leurs soucis.
Voilà ce que Han San avait en tête.
Pourrait-il obtenir, grâce aux relations de Malja, deux recrues expérimentées ? Un chef cuisinier et quelqu’un pour gérer la salle, par exemple.
Il pouvait en emprunter au Pavillon de Jade du Sud, ou peut-être qu’une des hôtesses connaissait bien le métier. L’un ou l’autre ferait l’affaire.
Comme il allait le découvrir, son calcul était juste. Les personnes que Malja lui recommanda dépassèrent de loin toutes ses attentes.
« Et Anna unni ? Et Tae-chon-ssi ? »
« Quoi !? »
Han San se dressa presque d’un bond.
« Ça tient debout, noona ? Tu veux installer un piège à tigres pour transformer mon restaurant en soupe de riz au sucre ? »
« Je te dis qu’Anna unni est digne de confiance. »
« De la soupe de riz au sucre. »
« Hum… Non, elle ne fera pas ça. Elle sait faire la différence entre les affaires et les plaisirs. »
Han San serra les dents.
Pourtant, il ne réagissait ainsi que pour faire semblant de ne pas avoir remarqué le caractère singulier de madame Go. Bien sûr, il prenait au sérieux les paroles de Malja.
Le vrai problème, c’était la seconde suggestion.
« Go Tae-chon ? Qu’est-ce que ce pseudo-intellectuel pourrait bien faire… »
« Eh bien ! C’est toi qui dis ça ? »
Han San se tut.
Il se frotta le menton et se plongea dans ses pensées.
Go Tae-chon.
Han San n’avait pas mal interprété les paroles de Kim Mal-ja.
Son « C’est toi qui dis ça ? » ne signifiait pas : « Toi aussi, tu es un pseudo-intellectuel. » C’était une question : « Quelqu’un d’aussi remarquable que toi ne trouve aucune utilité à Go Tae-chon ? »
[ Il n’y a personne au monde qui soit inutile. ]
Le professeur Han Bada avait dit cela, et Han San était d’accord. Pas comme s’il s’agissait d’un slogan creux, mais parce qu’il en avait fait l’expérience jusqu’à la moelle.
Il avait fait des membres de Hyeongpyeongsa des gardes armés, transformé les rustres du hameau du Milieu en excellents ouvriers et était en train de les former pour en faire de futurs employés du Commerce Myriad de Han.
Les hommes de Pi Sun-dae montaient désormais la garde autour des charrettes, les poings prêts. La bande d’Inwang armée, qui cultivait le pavot à opium, servait de réseau de distribution à l’étranger. Même Sawada, le commandant du détachement de la police militaire, constituait un raccourci vers les autorités de l’époque.
Les problèmes de personnel ne venaient donc pas de l’inutilité des gens. Bien souvent, même les intéressés ignoraient comment ils pourraient se rendre le plus utiles.
Go Tae-chon…
Han San pourrait-il lui trouver une utilité ?
Écartant tous ses préjugés, Han San le réévalua depuis le début.
Un pauvre type qui avait jadis fait semblant d’étudier à Gyeongseong. Il avait un fils nommé Jin-dong, mais Han San ignorait ce qui s’était passé entre Jin-dong et sa mère biologique. Il vivait avec madame Go, qui travaillait la nuit, et cherchait sans cesse un moyen de gagner de l’argent. En réalité, il finissait souvent par faire des bêtises, puis par pleurer et s’accrocher à madame Go…
Vu comme ça, on dirait le protagoniste d’un roman.
Le problème, c’était que le roman serait l’une de ces nouvelles situées à Gyeongseong dans les années vingt ou trente.
Han San n’aimait pas ce genre de romans. Il préférait les récits de murim, où le protagoniste possédait au moins une sorte de don.
Un don.
Il a quand même repris cette taverne et a tenu bon assez longtemps… Pi Sun-dae et Gomchi ont aussi dit que sa soupe de riz s’améliorait de jour en jour…
À cet instant, Kim Tae-yang s’approcha, vêtu de l’uniforme de serveur du Pavillon de Jade du Sud.
« Franchement, San ! Tu es passé sans même venir me saluer ? C’est vexant. »
Han San renifla.
« Qu’est-ce que tu veux que je te dise ? En tout cas, cette tenue te va bien. »
« Pas vrai ? Je l’ai fait tailler sur mesure. Les vêtements que nous donne le Pavillon de Jade du Sud n’ont pas ce style-là. Je me le suis fait faire avec l’argent que j’ai gagné en t’aidant, tu sais. »
Chaque fois que Kim Tae-yang prenait ses airs, le collier de dents de loup sur sa poitrine se balançait.
Un vieil homme coiffé d’un fedora impeccable lui fit alors signe.
« Taiyo-kun ! Venez faire une partie ! »
« Oui, monsieur ! Ah, désolé, San. Je suis occupé, là. Ha, cette popularité, franchement… »
Kim Tae-yang se dirigea d’un pas assuré vers la table de mah-jong.
Comparé à l’époque où Han San l’avait rencontré pour la première fois, et même à la période équivalente dans sa vie précédente, Kim Tae-yang avait l’air d’un homme bien plus respectable.
« Tss. »
Han San se gratta vigoureusement l’arrière du crâne.
« Je devrais peut-être lui donner sa chance. Si ça ne marche pas, je pourrai toujours le renvoyer. »
Une fois sa décision prise, Han San passa aussitôt à l’action. Puisqu’il était déjà chez lui, il alla trouver Go Tae-chon.
« Ajae. Ça te dirait de travailler ? »
À peine avait-il aperçu Han San que Go Tae-chon s’était figé comme une belette qui venait de repérer un serpent. En entendant ces mots, il resta bouche bée. Puis un sourire s’épanouit sur ses lèvres.
« Eh bien ! San, quelle vivacité d’esprit, mon garçon ! Tu as enfin reconnu ma vraie valeur… »
« Je m’en vais. »
« Non ! Non, pourquoi tu t’en vas ? C’est beaucoup trop rapide ! »
« Tu acceptes ou pas ? »
Face au ton abrupt de Han San, Go Tae-chon se ratatina de nouveau.
« Q-quel genre de travail… ? »
« En cuisine. Dans la cuisine de notre restaurant. »
« En c-cuisine ? Non ! Pour un travail pareil, euh… Vu mes connaissances en finances, tu devrais plutôt me confier la comptabilité… »
« Oh, arrête un peu avec la comptabilité. Bref, j’ai entendu dire que ta soupe de riz n’était pas mauvaise.
« Voilà ton salaire. Ce n’est pas un poste permanent, c’est un essai. On verra comment ça se passe pendant deux semaines. Si ça ne marche pas, on ne se reverra plus. »
Go Tae-chon remua les lèvres un instant.
D’ordinaire, il aurait explosé, prétendant être un bien plus grand personnage que ça. Mais il était de nouveau acculé.
Pas parce qu’il avait fait des bêtises. Go Tae-chon n’avait jamais, de toute sa vie, estimé avoir fait des bêtises. C’était le typhon qui l’avait frappé de plein fouet.
Le jour du typhon, Han San n’avait fait aucune distinction et Go Tae-chon avait été secouru à temps. Mais comme il ne venait pas du hameau du Milieu, il avait été exclu des travaux de reconstruction. Toute la maison était humide, le vent s’engouffrait par les fissures, ils n’avaient rien à manger et la vie était misérable.
Surtout, il ne pouvait pas se présenter devant sa femme !
Au bout du compte, Go Tae-chon poussa plusieurs profonds soupirs.
« … D’accord, je le ferai.
« M-mais écoute ! Hein ? Si je fais mes preuves, quand exactement me confieras-tu des tâches plus importantes, comme la comptabilité ou la gestion des biens ? Je ferai de mon mieux… »
« Alors habille-toi et sors. On part tout de suite. »
Han San le prévint, puis sortit.
« Houuung. »
Madame Go s’occupait de la salle. Devant sa femme, Go Tae-chon se frappa la poitrine.
« Non, je te dis que ce petit vaurien de San, hein ? Il s’est incliné devant moi comme ça et m’a fait la démonstration de cette coutume avancée du continent, le dogeza, en disant : »
« Oncle Tae-chon ! Je vous en prie, aidez-nous ! Sans votre cuisine, notre Commerce Myriad de Han va couler ! » Il m’a supplié comme ça… Ha, qu’est-ce que j’aurais pu faire d’autre ? Je suis un grand homme, après tout. Un grand homme. Je ne suis pas un petit mesquin qui s’accroche aux vieilles rancunes… »
« Houuung. »
« Euh, alors j’ai accepté… Mais si, euh, si ça ne te plaît pas, chérie… »
« Hein ? Non, non. »
Madame Go, perdue dans ses pensées, cligna des yeux puis lui adressa un grand sourire.
« Tu as bien fait, oppa. C’est vraiment formidable. »
« P-pas vrai ? »
Go Tae-chon avait été inquiet, mais ces paroles lui firent bomber le torse.
Madame Go sourit tendrement, lui prit les deux joues et les frotta.
« Alors va en cuisine et fais de ton mieux, oppa. Moi aussi, je vais m’habituer à la salle. »
« C’est ça ! Ouverture en grande pompe du Bar moderne du maquereau ! Jin-dong, allons-y ! Montrons-leur la terrible vengeance de la famille Go ! »
Go Tae-chon entra en cuisine, gonflé à bloc. À l’instant où il disparut, le sourire de madame Go s’effaça.
Elle posa le menton sur sa main et inclina la tête, les paupières lourdes.
« Houuung. D’abord Taeyang, et maintenant oppa Tae-chon… Ils ne vont tout de même pas devenir des gens bien, si ? »
Ce serait un peu…
Désagréable, marmonna-t-elle, si bas que les mots ne franchirent pas ses lèvres.
Ça ne dura pas.
« Mais il faut bien que les gens travaillent ! »
Elle avait de toute façon prévu de descendre en ville, à Inje. C’était simplement un peu plus tôt que prévu.
« Au travail ! »
Elle ouvrit une main, serra l’autre en poing et les frappa l’une contre l’autre avant de jeter un regard circulaire à la salle.
En une demi-journée, l’endroit avait été complètement transformé.
« Choi Seo-bang-nim, servez d’abord les tables du fond.
« Oppa. Ce fourneau, là-bas, ne sert à rien.
« Jin-dong, arrête de tripoter ça et va apporter de l’eau aux clients. Suis Manbok-hyung, dépêche-toi.
« Oh, monsieur, ce sera bientôt prêt. Veuillez patienter en admirant mon joli minois. »
Go Tae-chon faisait lui aussi sa part en cuisine. Il retournait les grilles sur le foyer et ses gestes devenaient peu à peu plus assurés.
« Ah ! La peau du maquereau est parfaitement croustillante ! »
« Pourquoi le riz est-il si collant ? Il est merveilleusement moelleux ! »
Choi Seo-bang et sa femme se retrouvèrent relégués au rôle d’assistants. En observant les Go, qu’ils avaient ouvertement méprisés autrefois dans la vallée de Sebeom, ils en restèrent bouche bée.
« N-nous sommes moins doués qu’eux, chéri… ? »
« Je savais que la ville d’Inje était un endroit terrifiant… »
Han San encouragea les deux époux, qui perdaient courage.
« Vous voyez ? Alors apprenez consciencieusement. Vous devriez avoir honte de rester comme ça. »
C’est ainsi que le Commerce Myriad de Han prit pied dans le secteur de la restauration. L’argent se remit à rentrer.
Pourtant, dès que l’argent passait par d’autres mains, une partie finissait forcément par disparaître.
Troisième problème : le détournement de fonds.
Le fait qu’un problème de détournement de fonds se soit présenté juste après l’arrivée de Go Tae-chon pouvait laisser croire à une certaine intention, mais, contre toute attente, Go Tae-chon n’avait rien détourné.
En réalité, un problème jusque-là négligé venait de prendre une forme concrète.
Pour l’instant, toutes nos ventes et tous nos achats se font au comptant.
Han San n’avait pas l’intention d’être trop strict. Avec son expérience de vieil homme, il savait parfaitement que l’argent finissait par se perdre dès qu’il passait entre d’autres mains.
Les gros fournisseurs pourraient être payés par billets à ordre et à crédit, puis je réglerais les comptes à dates fixes. Les pertes seraient limitées ainsi.
Le problème, c’est que ça ne fonctionne que pour l’instant. Quand nos transactions prendront de l’ampleur… Et les vols sur les lieux de travail sont vraiment difficiles à éviter…
La solution consistait-elle à dire : [Rapporte seulement cette somme et tu pourras garder tout le reste] ? Comme lorsqu’il avait envoyé Chuk Hong-cheol faire des courses ?
Mais ça ne me semble pas être la bonne réponse non plus…
Ce fut le secrétaire en chef Chuk Jae-seok qui expliqua en détail ce que Han San pressentait.
« On appelle ça une concession d’exploitation exclusive. Un monopole. Vous savez comment l’État accorde à une entreprise le droit exclusif d’exercer une certaine activité, après appel d’offres ? L’État gagne de l’argent une seule fois en vendant ce droit, et l’entreprise gagne davantage qu’elle n’a dépensé pour l’acheter. Tout le monde y trouve son compte.
« Le problème, c’est que pour que ça fonctionne, il faut fixer la durée de l’exploitation par année entière. Or, les gens qui dirigent nos chantiers n’ont pas ce genre de capital. Notre entreprise doit aussi faire circuler ses liquidités.
« Alors, si on utilise cette méthode, on finit forcément par dire : “Rapportez telle somme à intervalles très rapprochés.” Tous les jours, tous les cinq jours, toutes les semaines, peu importe…
« Et ça devient quoi ? Du yakuza… Une forme de tribut à la manière des yakuzas.
« Bien sûr, ça ne poserait aucun problème si la méthode fonctionnait, quelle qu’elle soit. Mais elle échoue dès que le calendrier déraille : les gens sur place doivent alors combler la différence avec leur propre argent. La pression du système les y contraint.
« Ce n’est pas viable. »
« Alors, quelle est la solution ? »
« Au bout du compte, il faut moderniser la comptabilité. Quelle autre solution miracle pourrait-il y avoir ?
« Je comprends votre raisonnement, Sajang. Il existe bien des façons de tricher avec les comptes, et si les gens n’y sont pas habitués, leur faire dépenser leur énergie à tenir des registres plutôt qu’à travailler nous coûtera d’autant plus cher. Mais au moins, nous aurons une base sur laquelle nous appuyer, au lieu de tout gérer à l’aveuglette… »
Han San soupira. N’y avait-il vraiment pas d’autre solution ?
Alors une personne inattendue prit la parole.
« Et si on commençait petit ? »
Hajama Ayame, qui les écoutait à côté d’eux, la tête inclinée, rajusta sa casquette plate en parlant.
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