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Traducteur/éditeur : ZERO_SUGAR
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Chapitre 83 : Culte (3)
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C’est ainsi qu’ils décidèrent de prendre une photo ensemble.
Ils confièrent le rôle de photographe à Hajama le Deuxième. Après tout, il était le seul du coin à posséder un appareil portable.
Deux raisons expliquaient pourquoi ils n’allaient pas dans un studio photo.
La première, c’était que ce serait gênant.
« Ça porterait atteinte à ma dignité. »
C’était ce qu’avait dit Sawada, et Han San était globalement d’accord. Franchir seul le seuil d’un studio photo avec ce salaud aurait été plus que gênant. Ça aurait été franchement pénible.
La deuxième raison, c’était qu’un studio photo ne convenait tout simplement pas.
« Qu’est-ce que tu veux dire ? »
Sawada lui posa la question. Han San se gratta vigoureusement l’arrière du crâne et claqua la langue.
« Si on prend une photo, autant qu’elle corresponde à l’objectif, non ? »
Sawada avait l’air de ne pas comprendre, mais Han San s’en moquait. Il n’avait pas oublié ce qu’il était vraiment.
Un homme qui ne fera jamais carrière.
Han San lui-même avait-il le talent nécessaire pour gravir les échelons ? La question se posait. Mais il était certain de faire mieux que quelqu’un qui était resté coincé à Inje jusqu’à la fin de la Seconde Guerre mondiale.
Le lendemain, des gens se rassemblèrent donc devant le mur de soutènement de la nouvelle route, effondré lors du typhon. Des policiers militaires, des assistants coréens et toute l’équipe du Commerce Myriad de Han brandissaient de longues banderoles où le japonais et le coréen figuraient côte à côte.
[ Le Japon et la Corée unissent leurs forces pour réparer les dégâts de la catastrophe ! ]
[ Frères d’Asie du Nord-Est ! Prospérons ensemble ! ]
[ Les sujets de l’Empire vaincront ensemble le typhon ! ]
Au milieu de tout ce monde, Sawada se tenait, pioche levée. Il leva vers Han San son unique œil, l’air de ne rien comprendre, et demanda :
« Pourquoi est-ce que je dois prendre la pose comme ça ? »
Vous voyez ? Un homme qui ne ferait jamais carrière.
Debout à côté de Sawada, Han San retenait un porte-charge à armature en A, rempli de terre, et lui répondit avec patience :
« J’ai entendu dire que vos supérieurs vous avaient demandé de me rencontrer parce qu’ils avaient appris que j’avais rassemblé les villageois et participé aux travaux de réparation après la catastrophe. »
« Et alors ? »
« Eh bien, on prend une photo de la scène et on la fait remonter dans la hiérarchie. »
C’était bien ça.
Ayant vécu sous une dictature militaire, le vieil homme devinait à peu près ce que voulait le commandant de la police militaire de Chuncheon.
[Jouer la comédie !]
Ces grands pontes avaient-ils vraiment pris connaissance de son existence et demandé à Sawada de le rencontrer ?
Et s’il était réellement aussi utile, allaient-ils lui confier la réparation des dégâts en lui accordant une nomination exceptionnelle ?
Comme si.
S’ils lui demandaient de s’en charger, il en serait capable. À vrai dire, il était même convaincu qu’il ferait du bon travail.
Mais pour cela, il lui faudrait avoir accès au budget de réparation.
À combien s’élèverait-il ?
Han San se rappela un article paru le mois précédent.
Les dégâts causés par le typhon dans le lointain comté de Namhae s’étaient élevés à eux seuls à sept cent mille wons. Même en excluant les pertes privées et en ne comptant que les dégâts publics, la somme ne pouvait pas être inférieure à trois cent mille wons.
Qu’est-ce que cela signifiait ?
Que le Gouvernement général dépenserait au moins trois cent mille wons d’argent public pour remettre le comté de Namhae en état.
Il y a à peine un mois, j’étais tout fier d’avoir gagné cinq cents wons, en me disant : [Waouh, je suis peut-être doué pour les affaires.] Et il faut au moins trois cent mille wons d’argent public pour réparer un seul comté comme Namhae.
Bien sûr, Namhae était sur la côte, alors les dégâts y avaient peut-être été plus importants. Même en tenant compte de tout ça et en divisant la somme par dix, l’argent public envoyé à Inje ne serait pas inférieur à trente mille wons.
Pourrait-il mettre la main sur un budget de trente mille wons ?
Moi, peut-être pas, mais même ce soi-disant seigneur d’Inje, devant moi, n’en tirera sans doute pas plus que quelques miettes. Au mieux, il grappillera un peu d’argent de poche en pressurant les commerçants.
À cette époque, de tels budgets existaient pour que ceux qu’on appelait les [gens du cercle intérieur] puissent festoyer aux frais du contribuable.
[ La reconstruction après une catastrophe, c’est avant tout une affaire de gens bien placés. ]
C’était ce que le professeur Han Bada répétait dans la vie antérieure de Han San.
Même la reconstruction du hameau du Milieu, qui ne faisait qu’un tiers de la taille du village de culture sur brûlis, avait rapporté énormément à Han San, qui en était le chef. Il avait créé une valeur dix à vingt fois supérieure à son investissement, et, à long terme, presque cent fois supérieure.
Si les seuls fonds publics consacrés à la reconstruction d’Inje atteignaient trente mille wons, les intérêts en jeu étaient colossaux.
Et c’est le commandant de la police militaire de Chuncheon qui a soulevé la question. Chuncheon n’est même pas dans la même catégorie qu’Inje…
Il était vrai que le 【statut】 de Han San avait grimpé après le typhon 3383 et qu’il avait rassemblé les habitants du hameau du Milieu. Peut-être Ayame le jugeait-elle vraiment capable.
Mais si elle avait soulevé la question parce qu’elle pensait sincèrement que Han San pourrait jouer un rôle, c’était qu’elle avait une vision bien trop idéaliste du monde.
Donc, la bonne réponse, c’est de [jouer la comédie].
La réponse se trouvait dans les paroles de cet officier chargé des opérations d’un bataillon, ou peu importe son titre. Il leur suffisait de fournir quelque chose de présentable à mettre dans un rapport pour leurs supérieurs.
Ils n’avaient pas besoin d’accomplir quoi que ce soit pour de vrai. S’ils tentaient de faire les choses sérieusement, sans comprendre la situation, ils ne feraient que tendre la main vers les plats posés devant leurs maîtres.
Il fallait savoir faire ses comptes.
Han San ne lui expliqua pas dans le détail cette vérité de la vie, apprise sous le régime militaire, à coups de sang et de sueur, et lors des cours particuliers du professeur Han Bada. Il n’était pas la nounou de Sawada.
Il se contenta de lui donner assez d’explications pour qu’il comprenne, en présentant les choses comme ceci : [C’est juste une petite histoire qui s’est passée dans notre pauvre village de culture sur brûlis, peu instruit…]
Malgré tout, Sawada fronça les sourcils.
« C’est vraiment acceptable ? »
Han San hocha fermement la tête.
« Il faut faire comme ça. »
« Non, mais… »
Sawada allait ajouter quelque chose, mais il se rappela la voix de son supérieur lui demandant : [N’est-ce pas ?] et ravala ses mots.
« Oui, commandant. Levez encore un peu le menton. Ah, ce regard ! On dirait que vous allez tuer quelqu’un… non, que vous êtes déterminé. Très bien. »
« … »
Clic, flash !
L’appareil photo de Hajama le Deuxième immortalisa l’instant.
Quelque temps plus tard, Hajama le Deuxième, Han San et Sawada se réunirent devant les clichés développés.
« Waouh. Elles sont mieux réussies que toutes les photos que j’ai jamais prises. Ce n’est pas une photo ordinaire. C’est, en fait… »
« Oui, oui, arpenteur. Waouh, elles sont vraiment réussies. »
Un monde entier avait pris forme sur le tirage.
Au centre se tenait Sawada, sa pioche levée. Fidèle à lui-même, cet homme incapable de faire carrière ne savait pas jouer la comédie. Les épaules carrées et son unique œil grand ouvert, il semblait avoir déclaré la guerre à la catastrophe naturelle elle-même.
À côté de lui se tenait Han San, qui retenait un porte-charge à armature en A. Il arborait un sourire innocent, ou, pour reprendre les mots de Sawada, un sourire à donner la nausée.
Derrière eux, des gens étaient éparpillés autour du mur de soutènement effondré.
L’adjoint de Sawada faisait des gestes pressants, comme s’il donnait des ordres, tandis que les policiers militaires et leurs assistants se penchaient pour choisir des pierres.
Les employés du Commerce Myriad de Han étaient plantés çà et là comme des haricots dans le riz, agitant des banderoles aux slogans tels que [harmonie entre le Japon et la Corée], [prospérité commune de la Grande Asie orientale] et [nous y arriverons]. La lumière oblique de l’après-midi contribuait elle aussi à la scène, composant un tableau splendide qui évoquait Les Glaneuses de Millet.
Et, dans ce tableau sacré, aucun des frères Chuk du Commerce Myriad de Han n’avait le visage visible.
Ils étaient parfaitement dissimulés par les banderoles qu’ils agitaient, avaient tiré leurs serviettes sur leur tête ou se tenaient courbés à des angles improbables…
Han San ne put que s’émerveiller.
Ils n’ont pas perdu leurs réflexes de fugitifs recherchés.
Grâce à cela, Im Baechil était le seul employé du Commerce Myriad de Han dont le visage apparaissait clairement.
Sa carrure imposante, un énorme rocher dans les bras, ancrant solidement un coin de la photo. Contrairement à Han San, il était véritablement innocent, et il volait la vedette à sa manière.
Quiconque verrait le cliché se dirait : [Waouh… les travaux de réparation ont vraiment commencé.]
En réalité, tout le monde avait posé ses outils et s’était dispersé dès que l’obturateur avait claqué, mais, à une époque pareille, qu’importait la vérité ?
« Ça ira vraiment ? »
« Oh, ne vous inquiétez pas, commandant. Il n’y aura aucun problème. »
Han San prit un air assuré. Sawada rassembla les photos, l’expression encore plus contrariée, puis s’en alla.
Lorsqu’il eut disparu au loin, Han San prit quelques clichés pour lui-même.
Je devrais les encadrer, en accrocher une au bureau et une autre à la maison.
Elles feraient les meilleurs porte-bonheur qui soient. Aucun talisman tracé par la Vieille Wangdae ne pouvait rivaliser avec une photo prise en compagnie d’un policier militaire japonais, à cette époque.
Bien sûr, Han San ne négligea pas non plus la gestion des risques. Il glissa la question à Hajama le Deuxième, l’air de rien.
« Arpenteur, vous connaissez les plaques photographiques ? »
« Les plaques ? Ah, celles-ci ? »
« Oui. Est-ce que je pourrais vous les acheter ? Je veux juste les garder en souvenir. Ce n’est absolument pas parce que je pourrais m’en débarrasser discrètement dans une douzaine d’années… »
« Ha ha, quelle drôle de chose à dire. Pourquoi feriez-vous ça ? »
Pendant que Han San et Hajama le Deuxième échangeaient ces paroles, Sawada monta en voiture et prit la route de Chuncheon.
Au Quartier général de la police militaire de Chuncheon :
[ Commandant de compagnie, vous avez enfin appris à faire votre travail.
Oui, c’est exactement ce qu’il nous fallait. Exactement. ]
[ Espèce de salaud. Tu es enfin devenu un vrai homme.
Tu vois ? Tu en es capable quand tu t’y mets. ]
Sawada reçut les félicitations de ses supérieurs, les unes après les autres. En plus, on l’invita à un dîner de travail.
Je n’ai même pas été invité à dîner après avoir attrapé Ginsei…
Ils lui avaient tiré la langue après l’avoir vu passer un mois à traquer une bête dans les montagnes, mais il avait suffi d’une heure à prendre des photos sur une route pour qu’il sache soudain faire son travail.
Clac, clac.
L’homme qui ne ferait jamais carrière fit rouler deux billes d’acier dans sa main et ne dit rien. Il avait l’impression d’être tombé malgré lui sur l’un des secrets du monde.
On était en septembre.
Que Sawada se sentît désabusé à Chuncheon ou non, l’emploi du temps de Han San continuait de s’égrener.
Han San devait poursuivre ses affaires avec régularité.
Et mener ses affaires avec régularité, c’était aussi récupérer jusqu’au dernier paiement dû pour le travail accompli.
Des honoraires de mise en scène !
La photo, utile pour faire valoir son poids, constituait déjà une excellente compensation.
Mais ne pouvait-on pas considérer qu’elle rémunérait seulement sa prestation ?
Il avait même prodigué quelques conseils politiques à cet homme incapable de faire carrière. Cela ne méritait-il pas un petit supplément ?
Ce n’est pas comme si ce salaud était particulièrement sympathique.
Han San ne savait pas exactement combien cela valait, mais il savait que c’était cher. Quand il recevait son paiement, il livrait la marchandise.
« Commandant. »
Revenons donc un peu en arrière, avant le départ de Sawada pour Chuncheon. Han San s’était frotté les mains et avait engagé la conversation.
« Commandant, je ne vous ai pas ménagé mes efforts pour vous aider ? Ça ne me dérange pas d’être encore un simple paysan, mais je crains que cela ne vous fasse pas bonne figure… »
« Allez droit au but. »
« Vous pourriez me donner un poste ? »
Han San entra vite dans le vif du sujet. Sawada le fixa de son unique œil.
« Un poste ? »
« Oui. Plus précisément, un poste d’assistant garde forestier dans cette région. Une nomination contractuelle me suffirait. »
Il demandait un poste à peu près équivalent à celui d’un garde forestier. Il s’agissait d’emplois contractuels non permanents.
Sawada n’avait peut-être pas les moyens de mettre la main sur une part du festin des réparations, mais le commandant du détachement de police militaire n’était pas un simple figurant.
Pendant toute l’affaire Ginsei, Sawada avait rassemblé les forces disponibles dans les environs et établi un camp. Tono, soutenu par le commandement central, avait certes récolté une bonne part des mérites, mais Sawada ne se vantait pas tout à fait en se faisant appeler le seigneur d’Inje.
« Un poste contractuel d’assistant garde forestier. »
« Oui. Vous l’avez vu quand nous avons attrapé Ginsei, commandant. Je suis plutôt doué pour la chasse. Je ne vous gênerai pas pour veiller sur les forêts de votre territoire.
Et j’aide beaucoup l’arpenteur Hajama, ce poste me serait également utile pour ça.
En plus, notre société fait du colportage. Si on tombe sur des brigands en traversant les montagnes… eh bien, avec un poste comme celui-là, on pourrait au moins les effrayer, non ? »
Et, bien sûr, il voulait aussi obtenir le [droit de circuler librement dans les montagnes].
Qu’il chasse, déterre des plantes médicinales ou prépare ses futurs projets dans Meokbawi Valley.
Comme ce serait pratique, quand quelqu’un lui demanderait : [Qu’est-ce que vous faites ici ?], de pouvoir lancer : [Vous ne voyez pas ?!] et de brandir son insigne d’assistant garde forestier !
Le côté contractuel est important, lui aussi.
Le problème, quand on était fonctionnaire, c’était d’être lié à l’État. Mais s’il s’agissait d’un poste temporaire obtenu par des relations, occupé uniquement sur le papier, il pourrait couper les ponts et partir dès que les autorités japonaises commenceraient à se méfier…
À cet instant, une lueur étrange passa dans l’unique œil de Sawada tandis qu’il regardait Han San.
« J’ai entendu dire que les vôtres faisaient la navette entre Sokcho et Inje pour escorter des voyageurs. »
Han San ne broncha pas. Au contraire, il bomba fièrement le torse.
« Les brigands du col de Misiryeong nous causent des ennuis. Il faut bien voyager en grand groupe pour que ces salauds nous évitent. L’escorte, ce n’est qu’un prétexte, un prétexte pour voyager ensemble. »
« Hmph. »
Sawada renifla. Il n’avait pas l’air d’en croire un mot.
Han San ne s’attendait pas à le convaincre. Sawada avait beau ne pas être promis à une brillante carrière, il n’était pas idiot.
C’est pourquoi Sawada connaissait aussi un proverbe de son pays sur le fait de [mettre un couvercle sur quelque chose qui pue]. Le fait que les brigands du col de Misiryeong se fassent de plus en plus rares à l’approche du typhon ne nuisait pas aux intérêts de l’homme qui se faisait appeler le seigneur d’Inje.
Bien sûr, s’il voulait un jour soulever ce couvercle, il le ferait. Mais il n’avait pas surpris ce Joseonien insaisissable en train d’exécuter des brigands de sa propre initiative. Même s’il enquêtait, Han San lui filerait entre les doigts d’une manière ou d’une autre.
Sawada claqua la langue.
« Je vais en parler au bureau du canton. »
Notes :
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