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Traducteur/éditeur : ZERO_SUGAR
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Chapitre 82 : Secte (2)
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Baechil hésita.
« M-mais… »
Comment pouvait-il prétendre qu’il n’y avait pas lieu de s’inquiéter ?
S’il s’était agi de lui, Baechil aurait peut-être baissé la tête devant ces paroles. Mais il ne pouvait pas laisser passer ça alors que l’homme cherchait son ami et s’exprimait ainsi.
« Hum ? »
Sawada serra le poing si fort que les veines du dos de sa main se dessinèrent sous son gant de cuir noir.
C’est alors que Chuk Hong-cheol s’avança.
« L-le sajang est sorti régler une affaire, monsieur l’officier ! »
Sawada tourna les yeux vers Chuk Hong-cheol.
Celui-ci rentra la tête dans les épaules comme une tortue, mais ne recula pas davantage.
Le nouveau a déjà assez peur comme ça. Je ne peux pas tout lui laisser sur les bras…
D’ailleurs, au bout d’un moment, une autre chose devint évidente.
Les frères Chuk échangèrent un regard.
On dirait pas que…
Exact. Je ne crois pas qu’ils soient venus nous arrêter.
Si c’était le cas, ils n’auraient pas eu besoin de chercher Han San. Encore moins de le réclamer. Ils auraient pu faire mettre tout le monde à genoux, les ligoter et commencer par là.
Mais ils n’en faisaient rien.
Pas même maintenant.
« Quand reviendra-t-il ? »
Sawada prit une profonde inspiration avant de poser la question.
Chuk Hong-cheol respira un peu mieux.
« Ç-ça… J’ai entendu dire qu’il risquait de rentrer tard… »
Le cache-œil de Sawada tressaillit de nouveau.
Sa poitrine se gonfla comme s’il allait exploser d’une seconde à l’autre. Puis il inspira encore profondément et se calma.
Sawada Kazuo se contenta de faire rouler une nouvelle fois la noix sauvage dans sa main. Crac. Puis il marmonna, comme s’il mâchait ses mots :
« … J’attendrai. »
Sawada s’assit sur l’estrade en bois de la cour et croisa les bras.
Un silence des plus gênants et des plus éprouvants s’ensuivit.
Chuk Hong-cheol s’efforça de dire quelques mots.
« Je pourrais vous préparer du thé… »
Sawada ferma complètement son œil, comme s’il n’avait plus la patience de s’occuper de lui.
Son adjudant se racla la gorge et s’avança.
« Ce ne sera pas nécessaire. Reprenez ce que vous étiez en train de faire. »
Avec des policiers militaires postés dans tout le bureau, Chuk Hong-cheol pouvait difficilement leur dire de faire comme si de rien n’était.
« Nous allions manger… On cuisine ici, alors il risque d’y avoir un peu d’odeur… »
Mais l’adjudant était lui aussi embarrassé.
Est-ce que dire : [Aucun soldat digne du front ne se laisse arrêter par une petite odeur], aurait plu à un supérieur qui se prenait pour un guerrier ?
Cela dit, lui ordonner : [Cette odeur me dérange. Renversez-moi la table de ces salauds], ressemblait tout autant à quelque chose que ce supérieur aurait pu faire…
Comme toujours, l’adjudant n’eut d’autre choix que de trouver un compromis.
« Mangez quelque chose qui ne sent pas. »
Les frères Chuk faillirent jurer tout haut, mais ils ne pouvaient rien y faire. Le pouvoir, c’était le pouvoir, et sa seule présence mettait mal à l’aise tous ceux qui n’en avaient pas.
« Il nous reste du riz froid, pas vrai ? »
« Hé, le nouveau ! Du kimchi… non, pas ça. Du ganjang… non, pas ça non plus. On a quoi à manger… Apporte-nous juste de l’eau. »
« O-oui, monsieur… ! »
Tous les employés du Commerce Myriad de Han se mirent donc à manger du riz froid trempé dans l’eau.
Sawada ouvrit alors brusquement son œil unique.
« Vous venez de verser de l’eau sur votre riz ? »
L’adjudant porta une main à son front tandis que les employés du Commerce Myriad de Han se figèrent.
Chuk Hong-cheol parvint à peine à répondre :
« Nous voulions juste manger quelque chose de simple… »
« Dans l’ancienne capitale, verser de l’eau sur le riz, ça veut dire : “Foutez le camp, vous n’êtes pas les bienvenus.” Vous autres, les Joseon, vous ne savez pas ça ? »
Les employés du Commerce Myriad de Han se sentirent injustement accusés et tournèrent vers Chuk Jae-seok des mines indignées. Après tout, Chuk Jae-seok avait étudié au Japon.
Chuk Jae-seok, qui avait étudié à Tokyo, se sentit deux fois plus injustement accusé.
« Je ne savais pas… »
« Et alors ? Ça excuse tout ? »
« Je suis désolé… »
« Et dire que tu es désolé, ça excuse tout ? »
« Je vous en prie, pardonnez-moi… »
« Tu es en train de m’imposer quelque chose, maintenant ? »
Han San revint au moment où Chuk Jae-seok était sur le point de fondre en larmes, implorant en silence : « Pourquoi vous me faites ça ? »
« Qu’est-ce qui se passe ici ? Et pourquoi le commandant est-il là ? »
Les employés du Commerce Myriad de Han, et surtout Chuk Jae-seok, furent frappés de constater à quel point le salut pouvait arriver vite. Peut-être les sectes prospéraient-elles si facilement parce qu’il était plus simple qu’on ne le croyait d’y adhérer.
L’arrivée de Han San tira aussi d’affaire le détachement de la police militaire, qui avait dû rester au garde-à-vous sans raison.
« Commandant, nous allons rentrer et reprendre le travail. »
« Hum. »
L’adjudant s’éloigna rapidement avec ses hommes, et Han San fit à son tour un geste en direction des employés du Commerce Myriad de Han.
« Allons donc. Il faut bien que les gens mangent. J’ai gagné un peu d’argent aujourd’hui, voyez-vous. Vous connaissez Boksseongok, à côté de la Pharmacie Cheonbo ? C’était encore ouvert quand je suis passé. Allez-y manger et boire, mettez ça sur le compte de la société. Je passerai peut-être plus tard, alors ne partez pas trop tôt. Mais ne m’attendez pas trop longtemps non plus. »
« Merci, sajang ! »
Les employés du Commerce Myriad de Han quittèrent à leur tour cette atmosphère tendue. Han San et Sawada se retrouvèrent seuls, face à face.
Est-ce la première fois que nous nous retrouvons seuls dans cette vie ?
Jusqu’ici, il y avait toujours eu d’autres personnes autour d’eux, ou Tono était avec eux.
Dans ma vie passée, ça s’est produit un paquet de fois.
Après la mort de ses parents, Han San avait élevé son petit frère de ses propres mains et fait toutes sortes de métiers.
À force de lutter désespérément et d’encaisser les coups, on finissait par grandir. Il s’était lancé là-dedans pour survivre, mais, à force de persévérer, il avait acquis une certaine influence. Sawada était resté dans la région jusqu’à la libération, et leurs chemins s’étaient souvent croisés.
Évidemment, ma vie passée et celle-ci sont complètement différentes.
À l’époque, il était clairement en position de faiblesse. Han San n’osait pas respirer trop fort devant cette vipère de merde.
Mais maintenant…
Il restait dans une position où les ennuis causés par cette vipère pouvaient lui compliquer la vie. D’autant plus qu’il cachait des membres recherchés de Hyeongpyeongsa.
Malgré tout, je n’ai pas peur.
En tout cas, il était prêt.
Avoir une adresse fixe permettait aux autorités de venir vous trouver quand elles le voulaient. Pourtant, il avait choisi d’ouvrir un bureau en ville parce qu’il était sûr de pouvoir faire face à tout ce qui arriverait.
Le seigneur du hameau du Milieu s’adressa au seigneur d’Inje.
« Que nous vaut l’honneur de votre visite dans cet humble endroit, commandant ? »
Cette attitude détendue irrita Sawada au plus haut point, mais il se contint. Vraiment, il se contint. Crac ! La pauvre noix sauvage poussa seule son dernier cri.
Il ne répondit pourtant pas à la question, et un nouveau silence inutile était sur le point de s’installer.
Han San refusa naturellement de le laisser faire.
« Ah, c’est vrai. J’avais préparé ceci pour vous, commandant, au cas où j’aurais l’occasion de vous voir. »
Han San sortit un cadeau de l’intérieur de son manteau.
Le sourcil de Sawada tressaillit. Il reconnut deux boules de métal.
« Qu’est-ce que… »
« Juste de quoi occuper vos mains. J’ai entendu dire qu’en Occident, on appelait ça des boules de Baoding. »
Il les avait commandées discrètement en faisant ses réserves de pioches en ville, en prévision du typhon.
« Celles que vous utilisez en ce moment, ces noix sauvages, sont très bien, bien sûr. Mais ce sont des produits naturels. Même si j’en ai choisi des sèches pour vous, elles risquent de pourrir ou de se fendre avec le temps… Ça me tracassait. Puis j’ai gagné un peu d’argent, et j’ai pensé à vous, commandant, alors… »
Han San se gratta l’arrière de la tête et sourit d’un air innocent.
Sawada trouva instinctivement ce sourire répugnant, mais accepta le cadeau sans un mot.
Clac, clac !
Comme elles étaient en fer, elles pesaient naturellement plus lourd que les noix. Des motifs gravés évoquant des écailles de dragon se frottaient les uns contre les autres à chaque mouvement, stimulant agréablement ses doigts.
C’est moi qui ai sculpté les motifs, avec un marteau et un burin.
Tandis que Han San songeait à cela, l’air absent, Sawada releva légèrement un coin de la bouche et rangea les boules de métal. Il glissa dans sa poche les noix sauvages dont il se servait.
Sawada prit la parole.
« Je n’ai rien de particulier à vous offrir en retour… »
Puis il s’interrompit.
Han San arborait un sourire chaleureux qui semblait dire : « Oh, je vous en prie. Inutile de me rendre la pareille. Je comprends très bien. »
Sawada réfléchit un instant, puis sortit quelque chose.
Boum. Il le lança sur l’estrade en bois.
La tête penchée, Han San comprit qu’il s’agissait d’une paire de jumelles militaires…
Des jumelles militaires ?
« Euh… Commandant ? »
C’était si inattendu que, pour une fois, Han San fut véritablement stupéfait.
Sawada fixa les jumelles militaires. Une moitié de son visage se crispait d’irritation, tandis que l’autre semblait ravie de voir Han San si surpris. Avec sa tête de démon coupé en deux, il agita la main.
« Elles ont été déclarées perdues. »
Il avait parlé brièvement, mais comment Han San aurait-il pu ne pas comprendre ?
C’étaient des jumelles !
Un instrument qu’on portait aux yeux pour voir de près ce qui se trouvait au loin ! Et on pouvait regarder avec les deux yeux à la fois, pas seulement un ! C’était extrêmement utile pour reconnaître le terrain !
Bien sûr, le matériel militaire de cette époque ne pouvait pas rivaliser avec celui du futur, mais pouvoir s’en servir dès maintenant représentait un avantage considérable.
En outre, les fournitures militaires japonaises de l’époque n’étaient pas nécessairement de moindre qualité que les produits civils. Le militarisme japonais était en quelque sorte l’ancêtre de la politique nord-coréenne qui faisait de l’armée sa priorité absolue.
Mais surtout…
Cette vipère m’offre un cadeau…
Han San cligna des yeux devant ce qui ne s’était jamais produit dans sa vie passée.
Est-ce qu’il est vraiment en train de changer ?
Mi-sceptiques, mi-touchés, ils échangèrent leurs cadeaux et l’atmosphère se détendit peu à peu.
Han San rangea discrètement les jumelles, inclina la tête et demanda :
« Alors, qu’est-ce qui vous amène ici… ? »
Un profond pli se creusa de nouveau entre les sourcils de Sawada. Cette fois, toutefois, il ne garda pas le silence et se mit à parler.
« C’était hier… »
À partir de ce que Sawada lui raconta, Han San, qui avait connu les dictatures militaires, put reconstituer à peu près ce qui s’était passé.
Pour commencer, il était utile de savoir que, dans l’organisation militaire coréenne du futur, Sawada correspondait plus ou moins à un commandant de compagnie indépendante.
[« Hé, commandant de compagnie. Les dégâts causés par le typhon sont sérieux, cette fois, pas vrai ? Le quartier général est aussi sens dessus dessous. »]
Le commandant de la police militaire de Chuncheon, qui correspondait plus ou moins à un commandant de bataillon dans l’organisation militaire coréenne du futur, avait apparemment engagé la conversation, les mains jointes derrière le dos.
[« Mais j’ai entendu dire par Mademoiselle Ayame, qui est passée l’autre jour, que ce jeune Joseon du nom de Han San avait fait du très bon travail. »]
Hajama Ayame pouvait être comparée, à peu près, à une élue locale chargée d’inspecter la région. C’était étrange de voir une journaliste issue d’une grande famille locale réduite à ce rôle, mais la politique japonaise avait toujours été un peu comme ça.
[« Commandant de compagnie, vous étiez là quand Ginsei a été capturé, la dernière fois, pas vrai ? Le jeune Joseon qui s’est présenté à ce moment-là ne s’appelait-il pas Han San ? Le baron l’a mentionné plusieurs fois aussi, alors je me souviens de son nom. »]
Une fois Tono évoqué — qui correspondait plus ou moins à un major du Commandement de la sécurité dans l’armée coréenne du futur, sauf qu’il tenait plutôt du neveu d’un général de Hanahoe —, le pauvre commandant de compagnie Sawada n’eut d’autre choix que de répondre en grinçant des dents.
[« Je l’ai déjà rencontré… »]
[« Ah, vraiment ? Quelle coïncidence, quelle coïncidence. Pourquoi ne pas aller le voir ? Vous pourriez passer un peu de temps ensemble, faire connaissance ! »]
Quelqu’un qui correspondait plus ou moins à un officier chargé des opérations au niveau du bataillon dans l’armée coréenne du futur intervint alors.
[« Exactement, mon commandant ! Sawada, nous avons reçu d’en haut l’ordre de chercher activement des exemples d’unité entre les gens du continent et les étrangers, puis de les faire connaître, vous savez ? Et ce typhon était énorme, pas vrai ? En plus, ce jeune homme vous connaît déjà et a contribué à la capture de Ginsei. L’image se dessine d’elle-même, non ? Un policier militaire japonais qui rencontre un jeune colon de Joseon pratiquant la culture sur brûlis ! N’est-ce pas l’exemple parfait de l’harmonie entre le Japon et la Corée ? L’Empire triomphe toujours et son territoire s’étend de jour en jour ; si nous pensons aux mille prochaines années, ne nous faut-il pas ces petites histoires touchantes venues des quatre coins des provinces ? J’ai raison ou pas ? »]
Du point de vue de Sawada, la chance inouïe avait été que Tono ne soit pas là. Si ce baron pervers avait ajouté quelques mots en riant « Ah ah ah ! », Sawada aurait peut-être vomi du sang.
À vrai dire, il avait failli en vomir.
Ce drôle d’officier chargé des opérations du bataillon avait même ajouté :
[« Si vous en avez l’occasion, prenez une photo ensemble ou quelque chose comme ça. Ce serait bien de montrer deux jeunes hommes qui s’entendent si bien, non ? J’ai raison ou pas ? »]
Après avoir reconstitué la situation de Sawada selon la version de l’armée coréenne du futur qu’il connaissait le mieux, Han San porta une main à son front et lui demanda :
« Une photo ? »
« Oui, pour prouver que nous avons passé du temps ensemble… »
« Une photo… vous dites… »
Le silence s’installa.
Leurs regards s’entremêlèrent dans les airs.
Une photo… avec ce type ?
Et à cet instant, les pensées de Han San et de Sawada, ces deux hommes, atteignirent le véritable état d’[harmonie entre le Japon et la Corée].
Vous êtes cinglés !!
La douce atmosphère née de l’échange des cadeaux disparut sur-le-champ, remplacée par un calme qui semblait prêt à éclater en tempête.
Sawada fixa le visage de Han San, bouillonnant intérieurement.
Prendre une photo avec un salaud de Joseon, un burakumin en plus ! Comment pourrais-je, fier soldat de l’Empire, laisser une telle honte derrière moi ?
Han San regarda Sawada, abasourdi intérieurement.
Vous me demandez de prendre une photo avec un policier militaire japonais ? Et qu’est-ce que je suis censé faire quand le Japon s’effondrera dans douze ans ? Me transformer en cible idéale pour la Commission d’enquête sur les activités antinationales ?
C’était absurde !
Puisque Han San avait lui-même régressé, l’effet papillon pouvait-il vraiment changer la défaite du Japon, douze ans plus tard ?
Impossible !
Ce n’était pas seulement que Han San ne se considérait pas assez important pour changer le cours de l’histoire. Ce n’était même pas seulement qu’il n’avait aucune raison de vouloir modifier l’avenir de l’indépendance coréenne.
C’était tout simplement impossible !
L’Empire du Japon perdrait la Seconde Guerre mondiale !
Il perdrait !
Il perdrait !
Il ne pouvait pas gagner !
Espèces d’abrutis, vous frappez les premiers les Américains !
Han San avait reçu une commission d’officier sur le terrain pendant la guerre de Corée. Comment aurait-il pu ignorer la puissance de cette grande nation de l’autre côté du Pacifique ?
Même le professeur Han Bada, l’un des piliers de cette féroce dictature militaire, n’avait pas échappé à la posture de soumission architecturale infinie dès que les services de renseignement américains posaient les yeux sur lui.
Quelle posture ? Il ne voulait même pas qu’ils posent les yeux sur lui. Il se peignait et se plaquait contre un mur.
Le Japon pouvait bien se prendre pour un samouraï massif à la volonté de fer, et les soi-disant démons anglo-américains pour de petites blondinettes insolentes !
Quand ces deux démones anglo-américaines leur murmuraient à tour de rôle à l’oreille : [Perds ♥ Perds, pauvre faiblard ♥ Quel loser ♥], tout ce que le grand Empire du Japon pouvait faire, c’était les remercier sincèrement de l’avoir vaincu !
Franchement…
Han San en avait assez. Puisqu’il connaissait si bien l’avenir, pourquoi fabriquer des preuves qui pourraient se transformer en piège à renard après la libération ?
Les deux hommes face à face arboraient des expressions qui montraient qu’ils ne voulaient vraiment, mais alors vraiment pas être là.
Mais…
Non, quand même…
Sawada réfléchit entre ses dents serrées.
Inje est mon territoire. Pour naviguer dans des eaux plus vastes, prendre une photo avec un homme de basse extraction sur mes terres… est-ce que ce n’est pas un sacrifice qui en vaut la peine ?
Han San serra lui aussi les dents.
Je pourrais en tirer parti pendant ces douze années. Le Japon va perdre de plus en plus le contrôle, et la police militaire va gagner en puissance. Si je pense à l’autorité que je pourrais emprunter grâce à une photo prise aux côtés d’un policier militaire, jusqu’en 1945…
Le premier des Trois Grands du royaume passa par l’esprit de Sawada.
Pense au seigneur Nobunaga. Si un homme lui était utile, il ne se souciait pas de ses origines. Il promut le Singe et le garda près de lui, fréquenta les marchands de Sakai et prit même à son service des barbares occidentaux venus du sud. Si l’homme qui dominait tout le pays en a fait autant, alors une seule photo, ce n’est rien.
Sawada acquiesça.
Pour l’instant, peu importait que l’unification du pays par Nobunaga soit tombée entre les mains de ce Singe.
Une scène d’un grand roman d’arts martiaux traversa l’esprit de Han San.
Pense au grand héros Li Xunhuan. Même en sachant que la mort l’attendait devant sa porte, n’a-t-il pas accepté la coupe de vin qu’on lui tendait ? Était-ce vraiment parce qu’il jugeait la vie et la mort sans importance ? C’est sûrement parce qu’il pouvait attendre que l’avenir arrive avant de s’en préoccuper. À l’approche de la libération, j’aurai moi aussi beaucoup plus de pouvoir. Le moment venu, je récupérerai toutes les photos et les détruirai. Une fois toutes les preuves matérielles éliminées, il ne me restera qu’à répéter que je ne m’en souviens pas.
Han San acquiesça.
Pour l’instant, peu importait que Sawada ait au moins choisi un exemple tiré des grands hommes de son propre pays, que ce fût vraiment là l’intention de Li Xunhuan, ou la petitesse de la conclusion tirée par Han San d’un grand roman d’arts martiaux.
Après avoir fini de calculer leurs intérêts dans leur tête, les deux hommes ouvrirent presque simultanément la bouche.
« Commandant. »
« Hé. »
Un bref silence s’ensuivit.
« Allez-y, vous d’abord. »
« Parlez le premier. »
Une fois encore, l’harmonie véritable entre le Japon et la Corée régna en ces lieux.
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