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Traducteur/éditeur : ZERO_SUGAR
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◈ Le génie de la chasse à l’époque coloniale japonaise
Chapitre 76
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Mine antipersonnel (2)
« Le fils d’un intendant, rien que ça ! »
Ce petit avorton, fils bâtard d’un intendant… Comment osait-il…
« Prends sur toi. Il faut prendre sur toi. »
Yun Cheom-ji épousseta sa manche et inspira profondément.
Quoi qu’il en soit, c’était aujourd’hui que tout le monde se réunissait dans la salle de réunion du Hameau supérieur. Il pourrait régler le compte de ce fils d’intendant qui avait oublié sa place sur-le-champ, en glissant le sujet dans la conversation comme en passant.
« Qui ne sait supporter les petits maux s’expose à de grands désordres ! Un instant de patience écarte une grande calamité ! »
Se récitant les paroles des sages, Yun Cheom-ji prit la direction de la salle de réunion du Hameau supérieur.
Une vaste pièce au sol dallé, sous un toit de tuiles : le lieu où les « grands » du Hameau supérieur se réunissaient pour débattre des affaires, petites et grandes.
Le système politique du Hameau supérieur était une théocratie bâtie autour de la Vieille Wangdae, mais aucune théocratie ne pouvait tenir sur cette seule base. Chaque parole prononcée par un dieu était en soi une dépense de pouvoir.
Il fallait donc toujours un rouage chargé des affaires pratiques. Et, dans une théocratie prémoderne, ce rôle revenait généralement à une oligarchie.
C’était aussi le cas au Hameau supérieur.
Le Hameau supérieur n’avait ni chef de village ni président. C’était précisément pour cela qu’un abîme séparait les fesses qui pouvaient s’asseoir dans cette salle de celles qui ne le pouvaient pas.
« Yun Cheom-ji, vous voilà ? »
« Vous êtes un peu en retard, non ? »
Les visages habituels le saluèrent.
Il y avait Baek, le forgeron, qui gardait la main sur le fer et les outils du village. Père Cho, issu d’une famille catholique qui, disait-on, s’était installée au Hameau supérieur plus d’un siècle auparavant. Et ainsi de suite.
La Vieille Wangdae et Park Il, le chef de ses porteurs de palanquin, n’étaient pas là, mais ces deux-là se montraient rarement à la salle de réunion.
« J’avais quelques affaires à régler », dit Yun Cheom-ji en ravalant sa colère. À ces mots, les oligarques du Hameau supérieur échangèrent des regards furtifs. Yun Cheom-ji perçut l’air satisfait de certains d’entre eux ; il sentait déjà la moutarde lui monter au nez quand on l’interpella.
« Yun Cheom-ji, vous avez entendu ? Il paraît que quelques jeunes du Hameau supérieur sont descendus au hameau du Milieu. »
La paupière de Yun Cheom-ji tressaillit.
« Pour quoi faire ? »
« Qui sait ce que ces gamins ont en tête… C’est plutôt moi qui devrais vous poser la question, à vrai dire. Le fils de votre fille était avec eux. »
« Cheol-min ? »
Yun Cheom-ji leva les sourcils.
Son petit-fils n’avait que quinze ans. Il était encore jeune, certes, mais qu’était-il donc allé faire au hameau du Milieu en pareille période ?
Il est allé jouer, c’est ça ?
Déjà morose, Yun Cheom-ji sentit son humeur tomber au plus bas.
Et il y avait encore une cave en dessous.
« On dirait que ce Baechil l’a entraîné avec lui. »
À ce nom, le front de Yun Cheom-ji se plissa profondément.
Ce bègue à l’esprit obtus.
Le Hameau supérieur avait aussi des enfants. Mais quand les enfants du Hameau supérieur se seraient-ils jamais acoquinés avec un simple d’esprit pareil ?
Ce demeuré d’Im Baechil traînait donc avec les fainéants du hameau du Milieu et du Hameau inférieur.
S’il était resté le bon à rien qu’il avait toujours été, personne ne se serait davantage soucié de lui. Mais un fantôme avait dû entrer dans Han San, l’un de ces fainéants, car en quelques mois à peine, il avait mis tout ce bazar sens dessus dessous.
« Ce Baechil, là. La dernière fois, quand ces bâtards ont monté leur taverne ou je ne sais quoi, il n’était pas déjà accouru pour les aider ? »
« Ce n’est pas tout. Cette fois, pendant toute l’affaire du Tigre d’Eau, il paraît qu’il est descendu aider ce Han San le jour même. »
« Je le prenais pour un simple d’esprit, mais ce garçon n’est-il pas complètement fou ? »
« Ha ! Et voilà qu’un type pareil emmène les enfants du Hameau supérieur au hameau du Milieu ? Le petit-fils de notre Yun Cheom-ji, en plus. »
Yun Cheom-ji écoutait les commentaires fuser d’un côté à l’autre, les lèvres tremblantes, quand Père Cho prit soudain la parole.
« À bien y penser, ça fait un sacré bout de temps qu’on n’a pas roulé quelqu’un dans une natte, au village, non ? »
L’atmosphère de la salle changea étrangement.
« Dix ans, peut-être ? Ho-sik était le dernier, je crois. »
« C’est vrai, Ho-sik. Quel vaurien, celui-là. »
« Il hurlait comme pas possible. »
« Il glapissait en s’étouffant, comme un cochon. Mon neveu s’amusait à l’imiter, et pendant un temps, ça faisait rire toute la maisonnée. »
Quelques-uns éclatèrent de rire.
« Hum. »
Baek, le forgeron, et quelques autres membres de la prétendue « faction modérée » s’éclaircirent la gorge, mal à l’aise, mais Père Cho n’en tint pas compte. Se léchant les lèvres, il poursuivit :
« On n’a pas failli recommencer il y a cinq ou six ans ? »
« Ah, ce joueur. »
Quelqu’un renifla tandis qu’on tapotait une pipe pour en vider les cendres.
« Juste avant qu’on l’enroule dans la natte, cette brute de Pi Sun-dae a débarqué avec une bande de voyous de la ville et l’a tiré de là. Après quelques échanges de coups et de tiraillements, le Hameau inférieur s’en est mêlé. »
« C’est ça, c’est ça. »
« Le plus drôle, c’est qu’après tout ce mal qu’ils s’étaient donné pour le sortir de là, ils ont fini par se trancher les poignets entre eux et s’entretuer, paraît-il. »
« Sans blague. »
« Enfin, les bâtards mettent le bazar partout où ils passent. On devrait les remercier de nous avoir épargné la peine ? »
« C’est bien les gens de basse extraction, ça. »
Les moqueries circulèrent comme une coupe de vin. L’atmosphère de la salle se détendit à vue d’œil.
« Alors ? On roule ce Baechil dans une natte tant qu’on en a l’occasion ? »
« Un petit rappel à l’ordre ne ferait pas de mal, hein ? »
En face, Père Cho effleura sa croix et se signa.
« De toute façon, dix années entières ont passé. Mon neveu a bien grandi, lui aussi. Les jeunes ne deviennent des hommes qu’après y avoir goûté, vous ne trouvez pas ? »
« Hum. »
Baek en tête, quelques-uns des prétendus modérés agitèrent de nouveau les mains.
« Allons… Ce garçon, Baechil, est peut-être un peu lent, mais il est généralement bien élevé… »
« C’est vrai. Et il ne rechigne jamais aux travaux pénibles. La dernière fois aussi, il est venu faire du charbon sans se plaindre. »
Père Cho claqua la langue.
« Le problème de monsieur Baek, c’est qu’il est bien trop tendre. »
« Non, ce n’est pas de la tendresse… Ha. Enfin, je dis seulement qu’il vaut mieux que les enfants ne fassent pas ce genre de choses. »
« C’est ça, être tendre. Et vous, un homme qui bat le fer. »
« Quoi qu’il en soit, je suis contre. Contre, je le répète. »
À écouter les échanges, Yun Cheom-ji claqua la langue. Il semblait que moins un homme valait, plus longtemps il vivait : c’était ainsi que tournait le monde.
Si seulement ce bâtard de Deok-tae et ce vaurien de Ju Ssi pouvaient, eux aussi, finir un jour roulés dans une natte.
Enfin, peu importe. Les occasions ne manqueraient pas.
Yun Cheom-ji prit la parole.
« Il est vrai que rouler quelqu’un dans une natte va un peu trop loin. »
Les regards se tournèrent vers lui. Sur son visage fin et distingué, Yun Cheom-ji arborait son sourire cultivé si particulier.
« Patientez un peu. Je vais bientôt trouver un moyen de pousser le hameau du Milieu et le Hameau inférieur à s’entre-dévorer. »
Les oligarques du Hameau supérieur se regardèrent.
« C’est vrai, ce genre de chose, Yun Cheom-ji sait le faire mieux que quiconque. »
« On peut vraiment lui faire confiance et attendre, alors. »
Les hommes acquiescèrent les uns après les autres. Même les modérés, avec monsieur Baek à leur tête, ne s’y opposèrent pas. Au fond, le pouvoir n’est rien d’autre que le pouvoir.
Yun Cheom-ji poursuivit :
« Si nous voulons pousser les autres à s’entre-dévorer, il faut d’abord que les habitants de notre propre hameau ne fassent qu’un.
Les frères peuvent se quereller derrière les murs, mais quand le mépris vient de l’extérieur, ils doivent faire front ensemble. C’est ainsi.
Il en va de même pour les enfants descendus au hameau du Milieu cette fois-ci. C’est une affaire qui se passe entre nos murs ; il ne faut donc pas sortir le bâton. »
« Ha ha ! Celui-là… Il faut lui reconnaître un talent : il se sert des paroles des sages comme d’un bouclier. Et comme par hasard, son propre petit-fils se trouve derrière les murs. »
Des ricanements fusèrent çà et là dans la salle, mais Yun Cheom-ji se récita : « Qui ne sait supporter les petits maux s’expose à de grands désordres », et conserva le sourire au coin des lèvres.
« Le mieux, c’est de les accueillir avec bienveillance. Je remettrai le garçon dans le droit chemin en lui parlant gentiment. »
« Faisons comme ça. »
« Au moins, épargnons cette humiliation à Yun Cheom-ji. »
Tous les visages de la salle acquiescèrent en souriant.
Yun Cheom-ji respira un peu plus librement. Pour la première fois, il avait l’impression de reprendre un semblant de maîtrise sur la situation…
À cet instant, un brouhaha s’éleva dehors.
« Vous nous avez fait appeler, anciens ! Grand-père ! »
« B-bonjour… »
Shin Cheol-min, le petit-fils de Yun Cheom-ji et chef de la bande des garçons du Hameau supérieur, venait d’arriver avec Im Baechil.
Obligé de se tenir parmi des adultes, le timide Im Baechil tremblait de tout son imposant corps, tandis que Shin Cheol-min affichait un sourire plein d’assurance.
Et ce n’était pas seulement l’attitude d’un garçon qui avait un grand-père puissant derrière lui.
Je suis venu parce que j’ai fait quelque chose dont il peut être fier.
Dans une famille de lettrés confucéens, une femme mariée quittait la famille. La fille de Yun Cheom-ji vivait donc naturellement chez son mari. La maison de Cheol-min était ainsi séparée de celle de son grand-père.
Mais existe-t-il au monde un lien entre un grand-père et son petit-fils qui ne soit pas étroit ?
Ces derniers temps, chaque fois que Shin Cheol-min voyait la foule se presser devant la maison de son grand-père en réclamant à grands cris, il en avait le cœur lourd.
La moitié de ses pensées se résumait à son idée habituelle — ces bâtards — et l’autre moitié se demandait s’il ne pouvait pas trouver un moyen d’aider son grand-père.
C’est alors que la rumeur lui parvint.
« Cheol-min, il paraît que les gens du hameau du Milieu construisent tous des maisons ensemble ! »
« Vraiment ? »
« Oui. Et ce traître de demeuré, Baechil, les suit aussi, sans la moindre fierté. Il fait honte à tout le Hameau supérieur, je te le dis. »
D’ordinaire, il aurait bien ri de ce traître de demeuré et n’y aurait plus pensé. Mais cette fois, Shin Cheol-min songea à son grand-père.
« Et si on allait les rejoindre ? »
« Quoi ? »
« On pourrait apprendre à construire des maisons, non ? Et après, on pourrait réparer celles des bâtards de notre hameau… »
Shin Cheol-min prit donc les garçons du Hameau supérieur qui le suivaient et alla trouver Im Baechil. Ils expliquèrent qu’en tant qu’habitants de la Vallée de Sebeom, ils ne pouvaient pas rester les bras croisés tandis que le hameau du Milieu était en difficulté, et proposèrent leur aide.
Ce demeuré d’Im Baechil ne soupçonna rien. Ému aux larmes, il conduisit Shin Cheol-min et sa bande auprès de Han San.
Quand est venu le moment de rencontrer Han San en personne, j’étais tout de même un peu nerveux…
Après tout, c’était le meneur de la rébellion, fameux dans toute la région. Quel genre d’homme était-il, pour avoir bouleversé le Hameau supérieur en quelques mois ? À vrai dire, la curiosité de le découvrir avait aussi joué.
Mais Han San se contenta de sourire.
« Bienvenue à tous. Justement, il nous manquait des bras. »
Rien de plus.
Il ne leur demanda pas ce que les jeunes maîtres du Hameau supérieur venaient faire là et ne les prit pas pour des idiots en leur refilant uniquement les corvées.
Les enfants sont particulièrement sensibles à ce genre de choses.
« Pour les briques de terre, vous les pressez comme ça. Pour les planches, si vous n’en avez pas, tressez des branches de lespédèze. Ensuite, vous les mettez dans le four et… »
« Vous me demandez comment boucher un trou dans un mur ? Essayez comme ça. Si le trou est plus grand, mieux vaut reconstruire le mur depuis le début. »
À mesure qu’ils recevaient les explications sincères de Han San, les manigances de Shin Cheol-min et de sa bande se dissipèrent d’elles-mêmes, ne laissant place qu’à l’émerveillement.
Je comprends pourquoi on dit qu’il est hors du commun.
Bien sûr, il n’était pas parfait pour autant.
« Vous commencez à prendre le coup ? Dites, en vous regardant travailler comme ça, je viens de penser à un jeu de mots vraiment drôle… »
De temps en temps, il sortait une grossièreté, franchement pas mieux qu’un bâtard, ou un jeu de mots… Mais ils s’empressaient de les effacer de leur mémoire. Il n’avait donc fait aucun jeu de mots. Il ne fallait surtout pas en avoir fait.
Disons qu’il n’en a pas fait…
Quoi qu’il en soit, en quelques jours, il avait acquis pas mal de savoir-faire et de pratique. Cheol-min avait toujours été du genre à réussir presque tout après seulement quelques essais.
Maintenant, on peut réparer nous-mêmes les maisons des gens de notre hameau !
C’était pour cela que Shin Cheol-min entra dans la salle de réunion avec un air triomphant. Il voulait le dire à son grand-père : ne t’inquiète plus. Ton petit-fils a grandi, maintenant.
Grand-père sera content, non ?
Il lui dirait peut-être : quel bon garçon, cet enfant que je croyais encore si petit a grandi sans que je m’en aperçoive. Pour la première fois depuis longtemps, il lui caresserait la tête. Oui, la tête…
À cet instant, alors que Shin Cheol-min, le visage triomphant, s’apprêtait à ouvrir la bouche, Yun Cheom-ji prit la parole.
« Cheol-min, toi… qu’est-il arrivé à ta tête ? »
Shin Cheol-min hésita.
« Pardon ? »
« Tes cheveux… pourquoi sont-ils coupés si courts… »
Shin Cheol-min lâcha un « ah ».
Puis, tout sourire, il répondit :
« Quand je suis allé au hameau du Milieu, tout le monde s’était rasé la tête et se promenait, bien au frais. Ça avait l’air confortable et pratique. Après les avoir observés un moment, j’ai demandé à faire pareil. Ils disent que c’est bon pour l’hygiène et que c’est la mode en ville. C’est vraiment frais et agréable… »
Une gifle fracassa la voix triomphante du garçon.
Le silence retomba.
Cheol-min leva la tête en se tenant la joue brûlante. Il avait l’air hébété.
Venait-il de recevoir une gifle ?
De la part de son grand-père, si digne et si bienveillant ?
En relevant ainsi le visage, il vit son grand-père digne et bienveillant, les lèvres tremblantes, déclarer :
« Misérable ! Imbécile à moitié fini ! Les bâtards font une chose pareille et toi, tu vas te raser la tête comme eux ! Et tu oses encore te dire mon petit-fils ! »
Les oligarques du Hameau supérieur clignèrent des yeux. Le remettre dans le droit chemin en lui parlant gentiment, qu’il disait ?
Shin Cheol-min, giflé dès l’instant où on l’avait appelé, resta littéralement bouche bée, incapable d’articuler un mot.
« Grand-père, pourquoi tu fais ça ?! »
« Pourquoi je fais ça ?! Quelle façon de parler ! Petit misérable sans père ni mère ! »
« Qu… »
Les mains de Shin Cheol-min tremblèrent. Non. Non.
Non !
« Comment ça, sans père ni mère ?! Mes parents vont très bien ! C’est ta fille, ma mère, et mon père est ton gendre ! »
« Misérable ! »
Yun Cheom-ji rugit.
« Un garçon dont les parents sont vivants ose faire une chose pareille ! Tu ne sais pas que le corps, les cheveux et la peau nous viennent de nos parents ?! »
Yun Cheom-ji ne pouvait empêcher sa tête de battre et son cœur de cogner, boum, boum !
Quand Kim Hong-jip et Yu Gil-jun, ces traîtres, avaient contraint le roi et le prince héritier à couper leur chignon, était-ce seulement des cheveux qui étaient tombés ?
Non, c’était la dernière fierté de ce pays, transmise depuis cinq cents ans !
Et voilà que son propre petit-fils venait de faire exactement la même chose !
« Petit imbécile sans cervelle ! Quinze ans et pas une pensée dans la tête !
À ton âge, j’assiégeais Chungju[1] et je combattais les rebelles qui mettaient le pays à feu et à sang ! Quand nous avons abattu Kim Baek-seon, ce chasseur de basse extraction, j’ai moi aussi appuyé sur la détente !
Et toi ! Tu n’as donc rien dans la tête à part l’idée de courir jouer ! »
Mais comment Shin Cheol-min, quinze ans, aurait-il pu connaître la vie de son grand-père et tout ce qui se cachait derrière ?
Une mine antipersonnel est une mine antipersonnel parce qu’on marche dessus sans le savoir. Celui qui se fait arracher la cheville ne fait que souffrir et s’emporter.
Et puis, sans cervelle et sans réfléchir ?
J’ai fait ça pour aider grand-père…
Cheol-min grinça des dents. Ses yeux rougirent et des larmes lui montèrent.
« Ce ne sont que des cheveux rasés, et alors ?! Pourquoi tu me frappes et tu hurles comme ça tout d’un coup ?! Tu as perdu la tête, grand-père ?! »
Aux paroles de son petit-fils, Yun Cheom-ji se frappa la poitrine.
« Quoi… je hurle ?! J’aurais perdu la tête, moi ?! Petit… petit misérable ! Où as-tu appris à parler comme un bâtard et à me lancer ça à la figure ?! »
Im Baechil s’interposa précipitamment pour le retenir.
« A-arrêtez, je vous en prie ! Cheol-min, retiens-toi ! On ne parle pas comme ça à son grand-père, à un ancien ! E-et vous, ancien Cheom-ji ! Nous sommes… du même village, de la même famille… »
Le regard furieux de Yun Cheom-ji se tourna vers Im Baechil. Il vit que celui-ci s’était lui aussi rasé les cheveux.
« Im Baechil ! Et toi, qu’est-ce que tu viens te mêler d’une conversation entre adultes ?! Et des affaires d’une autre famille, en plus ! Tu tiens donc tant que ça à montrer que tu as été élevé sans père ?! »
Pris à son tour dans la volée, Im Baechil se figea, tout secoué.
[1] Chungju fut le théâtre de violents combats lors des soulèvements de l’Armée des Justes en 1896, contre les responsables réformistes pro-japonais et le décret imposant la coupe du chignon.
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