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Traducteur/éditeur : ZERO_SUGAR
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◈ Le génie de la chasse à l’époque coloniale japonaise
Chapitre 29
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Partager le butin
Le vieux loup pendait à côté des faisans qu’il avait tant convoités, comme deux vieux amis.
L’odeur du sang se répandit. Le poignard que tenait Han San commença à ouvrir la gorge du loup.
Ça ne coupe pas bien.
À force de malmener le tranchant en lançant sa lance, il l’avait émoussé en un rien de temps.
Enfin, tant pis.
Au lieu de forcer sur la lame, il se fia à la sensibilité de ses doigts, écarta la plaie et laissa le sang s’écouler.
Je pourrais aussi récupérer le sang pour le manger, si je m’y prenais bien, mais…
C’était dommage, mais c’était le meilleur moyen d’attraper des parasites, et il n’avait aucun récipient sous la main.
Je vais au moins récupérer les abats.
Les entrailles du loup, et surtout ses intestins, n’étaient généralement pas très bonnes à manger. Mais celui-ci avait été affamé si longtemps que son organisme avait fini de se purger naturellement, nettoyant jusqu’aux dernières vieilles saletés. Il suffirait de bien les frotter en rentrant pour qu’elles soient meilleures que les tripes de blaireau.
De la viande, ça reste de la viande.
Après tout, c’était l’époque. Il faudrait encore attendre plusieurs années avant que le général Mutaguchi Renya[1] ne révèle cette vérité stupéfiante : les Japonais étaient herbivores et les Coréens, qui n’étaient pas de purs Japonais, ne faisaient que vénérer la viande.
« Ouf. »
Han San s’essuya le front. Quand il eut fini de mettre un peu d’ordre dans tout ça, le soleil posait déjà le bout de sa longue langue étirée sur la crête occidentale.
« On se prépare à rentrer », dit Han San.
Kim Tae-yang, qui avait quelque peu repris ses esprits, se lécha les lèvres en contemplant les faisans.
« Hé… San. On ne pourrait pas en faire rôtir un seul et le manger avant de partir ? »
« Tu as faim ? »
« Oui, j’ai faim, mais c’est… enfin… »
Kim Tae-yang laissa sa phrase en suspens.
Han San comprit et se gratta la tête. Faire rôtir un faisan en pleine nature avait dû éveiller une sorte de romantisme chez le voyou, qui tenait tant à se donner des airs.
Il comprenait. À vrai dire, sans l’arrivée de ce loup, il avait lui aussi un peu prévu de montrer ce qu’il savait faire en plein air.
Mais là, il n’avait vraiment pas le temps de lui accorder ce plaisir.
« Les loups vivent en meute. »
« Hein ? »
« Celui-là a l’air d’avoir été chassé parce qu’il était vieux. Mais comme je te l’ai dit, si un autre loup sent le sang et rapplique, tu vas lui offrir un faisan rôti ? »
Kim Tae-yang blêmit. Il se souvint de ce souffle chaud et humide contre sa cheville.
« Ah, sérieux, hé ! Allez, on se tire, vite ! Grand frère Baechil, qu’est-ce que tu fabriques ? Prépare-toi à redescendre ! »
« O-oui… Hop ! »
Im Baechil hissa le loup sur son dos. Comme il était le plus costaud, il devait porter la plus grosse prise, mais ses yeux s’arrondirent bientôt.
« H-Hein ? Il n’est pas si lourd, finalement… plus léger que je ne le pensais… »
Quand on vide un animal de son sang et de ses entrailles, il devient incroyablement léger.
Kim Tae-yang ne resta pas non plus les bras croisés. Il regarda autour de lui, ramassa les faisans et les chargea sur son épaule avec le sac d’abats.
« Ah, putain, cette odeur… c’est gluant et dégueulasse, merde. C’est l’horreur. »
Il grimaça et grommela, mais sans véritablement se plaindre. Toute cette histoire avait fait réfléchir même le voyou.
Le sourire de Han San s’accentua légèrement.
« Allez, on y va. »
Les trois hommes prirent rapidement le chemin de la vallée de Sebeom.
Le crépuscule était déjà tombé lorsqu’ils arrivèrent à la maison.
Boum ! Im Baechil déposa la carcasse du loup dans la cour des Han.
« Pfiou, pfiou… Aïe, pourquoi… pourquoi c’est si dur ? Tout à l’heure, il était pourtant léger… »
« C’est comme ça, un cadavre. Beau travail, grand frère. »
C’était parce qu’un cadavre n’avait plus de centre de gravité. C’était pareil que de soutenir un homme ivre mort : au début, ça allait, mais plus on le déplaçait, plus il glissait, jusqu’à ce qu’on finisse en nage.
« Maman, les garçons, mais… !? »
Ham Ssang-sim sortit de la cuisine, les yeux écarquillés. La bête, couverte de plaques sans fourrure et loin d’être belle, gisait au beau milieu de la cour. Elle avait pourtant le volume de trois ou quatre chiens errants entassés les uns sur les autres, alors sa réaction n’avait rien d’étonnant.
« U-un loup !? C’est bien un loup !? Grands dieux, aucun de vous n’est blessé ? »
Ham Ssang-sim accourut et examina les hommes, en commençant naturellement par son fils.
Han San sourit.
« On va bien, maman. Personne n’a été blessé. »
Il fut soulagé d’avoir pris les devants en se préparant au pire. Si la cheville de Tae-yang avait été abîmée en chemin, peu importaient le regard des autres et le nettoyage à faire ensuite, sa mère se serait évanouie sur-le-champ.
« Aigo, Dieu merci, Dieu merci. Mais enfin, comment avez-vous fait pour tuer un loup… »
« Ouah ! Un loup !? Un vrai loup !? »
Han Bada sortit de la pièce intérieure en poussant un cri. Il était aussi excité qu’un enfant d’une autre époque découvrant un film de dinosaures pour la première fois.
« Il est énorme ! Super énorme ! Grand frère ! C’est vous qui l’avez attrapé ? »
Han Bada tourna autour du loup en sautillant. Les regards admiratifs qui pleuvaient sur Han San se reportèrent aussi, avec la même ferveur, sur Im Baechil et Kim Tae-yang.
« N-non, non ! C’est Sa-San qui a tout fait ! C’est San ! »
Surpris, Im Baechil rougit et agita frénétiquement les deux mains. Il craignait qu’on ne le prenne pour quelqu’un qui cherchait à s’attribuer ne serait-ce qu’une miette du mérite de Han San.
Bien sûr, tout le monde ne se torturait pas l’esprit comme Im Baechil.
« Oh, arrête un peu. Évidemment que c’est nous, petit morveux. Nous, les grands frères, on lui a flanqué des coups, paf paf paf, et on l’a rossé comme un chien, tu vois ? Tu vois cette entaille sur son flanc ? C’est moi qui l’ai faite avec mon bâton de bouleau, comme ça ! »
Kim Tae-yang bomba le torse et se vanta.
« Ouah… »
Les yeux de Han Bada lançaient presque des éclairs. Le nez de Kim Tae-yang se releva encore davantage. Avec trois grandes sœurs au-dessus de lui et personne d’autre, l’admiration d’un petit garçon était douce comme du miel.
En voyant la scène, Han San étouffa un rire.
Vas-y, profite.
Inutile de rétablir la vérité en ajoutant : « Ce crétin a fait tellement n’importe quoi que j’ai cru qu’on allait y passer. »
Quel mal y avait-il à partager un peu les acclamations ?
« Maman, tu pourrais me laver les abats ? Ils sont en bon état. »
« Bien sûr ! Maman va les laver. Tu es vraiment sûr de ne pas être blessé ? »
« Je t’ai dit que non. Je vais aider aussi. »
« Aider à quoi ? Occupe-toi plutôt des tâches les plus lourdes. Regarde, ton père sort. »
Le chef de la famille Han venait lui aussi de sortir de la pièce.
Han Man-seok regarda le loup étendu dans la cour et hocha la tête sans un mot. S’appuyant sur son bâton en descendant, le vieux chasseur prit un couteau avec l’aisance de l’habitude.
« Dépouillons-le. »
« Oui, père. »
Le père et le fils joignirent leurs forces et commencèrent à dépouiller le loup.
Frrt, frrt. La lame s’insinuait entre la peau et la chair.
« J’ai abîmé le tranchant dans la montagne, il est émoussé. »
« Ce n’est rien. On l’aiguisera plus tard. Pour l’instant, ça ira comme ça. »
« Oui. »
Comme il l’avait dit, la lame à dépecer accrocha à peine un instant, puis poursuivit sa course sans résistance.
Kim Tae-yang et Im Baechil observaient la scène, médusés.
« Ouah… c’est quelque chose. »
« O-oui, vraiment… et ils n’ont même pas l’air dégoûtés… »
Les gestes expérimentés des anciens et ceux, un peu moins assurés, des jeunes s’accordaient dans un rythme qui semblait former une étrange harmonie.
Non, franchement, il y a quelque chose… une force différente. C’est parce que le loup est si gros ?
Kim Tae-yang, qui avait déjà vu le blaireau dépecé, en resta encore plus bouche bée.
Pendant ce temps, la peau du loup se détacha proprement et la bête fut découpée en morceaux, sa chair rouge à vif. Deux pattes avant, deux pattes arrière, les côtes, le filet…
Ça aurait été bien s’il avait eu un peu plus de viande.
Han San s’essuya le front et claqua la langue, mais il ne faisait que parler.
Encore une fois, de la viande, ça reste de la viande.
Il retourna les morceaux de bâche que Kim Tae-yang avait utilisés le matin même pour mélanger le ciment, côté propre vers le haut, et posa la peau dessus. Il y ajouta les morceaux de viande et les faisans.
Le moment le plus important était arrivé.
« Allez, on partage le butin. »
Dans le monde du jeu, miser sa part compte plus que les tours de passe-passe ; dans celui de la chasse, le partage du butin importe davantage que la chasse elle-même.
« À la base, j’aurais voulu le cuisiner moi-même, mais il est trop tard maintenant. Et puis, il fallait régler cette autre affaire. »
Han San sortit d’abord une petite bouteille de sous son manteau.
« Tiens, prends ça, Tae-yang. »
Kim Tae-yang la prit machinalement et fronça les sourcils, perplexe.
« C’est quoi ? »
« De l’huile de blaireau. »
« De l’huile de blaireau, quoi… Ah ! Ah, l’huile. Ah oui, c’est vrai. »
Kim Tae-yang leva la bouteille. L’huile, teintée par le coucher du soleil, brillait d’un or limpide. Maintenant qu’il y pensait, c’était pour ça qu’il était venu au départ, et il l’avait complètement oublié.
« Elle a une belle couleur. Et la quantité, hum… ça fait beaucoup ? »
« Évidemment que ça fait beaucoup, idiot. Comme je te l’ai dit, je t’en donne le double de ce que j’avais prévu. Et… »
Han San ramassa les choses qui traînaient au sol.
« Prenez-en un chacun. »
Tac, tac. Il lança un faisan à Kim Tae-yang, puis un autre à Im Baechil.
« Et ça. »
Han San donna une patte avant du loup à Kim Tae-yang et une patte arrière à Im Baechil.
« C’est en supplément. »
Quand il ajouta quelques côtes à chacun, le premier partage fut terminé.
Entre chasseurs, inutile d’en dire davantage, mais comme ni Kim Tae-yang ni Im Baechil n’en étaient, Han San prit la peine de s’expliquer.
« Le faisan mâle est plus gros que la femelle, mais la chair de cette dernière est plus tendre. Et j’ai une utilité pour les plumes de la queue du mâle.
Pour la peau du loup, les abats et le reste de la viande… à vrai dire, j’ai fait presque tout le travail, et vous n’auriez rien à faire de la peau même si vous la preniez. Alors je garde tout ça. Pour le reste, si j’ai donné la patte avant à Tae-yang et la patte arrière à grand frère Baechil, c’est parce que je pense que grand frère Baechil a eu plus de mal.
Voilà tout. Si quelqu’un a une objection, qu’il le dise maintenant. »
Quelle objection aurait-il pu y avoir ?
Im Baechil était troublé pour une autre raison.
« H-Hé, San. C’est beaucoup trop… Tu as attrapé les faisans et le loup, tu as fait presque tout le travail… »
« Laisse tomber, prends-les. »
Han San ne céda pas.
« Sans vous deux pour rabattre le gibier, on n’aurait pas attrapé autant de choses. Et vous étiez là avec moi quand on s’est attaqués au loup. C’est le prix d’une vie. »
La chasse, c’est un pari où l’on risque sa vie. En vérité, sans Han San, la cheville de Kim Tae-yang aurait été broyée.
On pouvait dire que Kim Tae-yang l’avait bien cherché, à faire n’importe quoi, mais c’était Han San qui avait décidé de s’attaquer au loup.
Han San n’avait ni l’intention de fuir cette responsabilité ni celle de se montrer pingre. Un homme qui se montre dur avec ses inférieurs n’est pas malin ; il a simplement mal vieilli.
Même le grand Kim Tae-yang comprit cette attention. Serrant la viande contre sa poitrine et jetant un regard à sa cheville, il toussota, chose rare.
« Hé, tu es vraiment sûr que je peux tout prendre ? »
« Pourquoi, tu n’en veux pas ? Alors rends-les-moi. »
« Ah, qui a dit que je n’en voulais pas !? Putain, de la viande de loup… Pi Sun-dae va en crever. Faut que j’aille m’en vanter. »
Les lèvres de Kim Tae-yang remontèrent jusqu’aux oreilles.
Han San ricana et sortit quelque chose de sa poche.
« Quand tu te vanteras, fais-le avec ça aussi. »
Une canine de loup, d’un jaune luisant. Il l’avait retirée à l’avance en découpant la carcasse.
Kim Tae-yang resta bouche bée.
« Ouah, sérieux !? Une dent ! Ouah ! Putain, ouah !! »
Il tapa du pied comme si Han Bada avait pris possession de lui, incapable de cacher son excitation.
Une canine de loup !
Autrement dit, une dent qui avait poussé dans la gueule d’un loup ! Bon, évidemment, c’est ce que signifie une dent de loup, mais bref : la dent même dont le loup se servait pour mâcher, déchirer, goûter et savourer sa nourriture !
J’en ferai un collier, je le porterai, je descendrai en ville, je bomberai le torse et je le ferai tinter. Et les filles…
Kim Tae-yang n’arrivait pas à fermer la bouche. Sur sa peau cuivrée, la dent brillerait d’un blanc argenté éclatant… enfin, plutôt jaunâtre, mais quoi qu’il en soit, il se voyait déjà faire chavirer toutes les filles de la ville d’un seul coup…
Laissant le voyou se perdre dans son rêve éveillé, Han San tendit aussi une canine à Im Baechil.
« Prends-en une toi aussi, grand frère Baechil. »
« M-moi… ? Une dent… euh… »
« Prends-la. Je crois avoir vaguement entendu dire que ça aidait contre la paralysie du sommeil, mais honnêtement, je n’y connais pas grand-chose… Tu habites au Hameau supérieur, alors tu peux demander à la Vieille Wangdae. »
« Hum… D-d’accord. Merci… »
Les lèvres d’Im Baechil s’incurvèrent. Même s’il ne la gardait que pour la décoration, ce serait un joli souvenir.
C’est alors que Kim Tae-yang prit la parole.
« Hé, San. »
« Oui ? »
« Dis… Au lieu de la patte et des côtes, tu pourrais me donner ça ? »
Han San hésita en voyant ce que désignait Kim Tae-yang.
La tête du loup, dépouillée de sa peau, avec sa chair crue à vif et repoussante.
Je me doutais qu’il demanderait ça…
Han San se gratta l’arrière de la tête.
« Hé, Tae-yang. Il n’y a presque rien à manger là-dessus, tu sais ? »
« Ah, qui a parlé de manger ! Je suis le petit-fils aîné de la famille Kim. On ne manque pas à manger. »
« C’est vrai… Hum, non. Je vois ce que tu as en tête, mais… »
Han San poussa un soupir.
Comme s’il n’avait pas envisagé de bien monter cette tête de loup pour la vendre ?
Désolé de te le dire, mais sa tête pose un petit problème.
Il avait écrasé le crâne en l’achevant. Un crâne fracassé n’avait aucune valeur marchande. C’est pour ça qu’il avait aussi retiré le cuir chevelu.
S’il pouvait échanger cette tête en miettes contre la patte avant et les côtes, ce serait tout bénéfice. Il pourrait même présenter ça comme un service rendu à l’autre.
Han San n’avait pas vraiment envie de faire ça. Du moins, pas maintenant.
« Tae-yang. Franchement, une fois toute la viande retirée, il ne restera qu’un os, pas vrai ? Ce sera juste un crâne de chien un peu gros. Et j’ai retiré presque toutes les dents parce que j’en avais besoin… Ça n’a rien à voir avec le bel objet que tu t’imagines. »
« Oui, oui. »
Kim Tae-yang hésita. Il avait senti la bienveillance et la sincérité de Han San. Mais bientôt, il serra les poings.
« Ah, quand même ! C’est une tête de loup ! »
« C’est une tête fracassée. »
« Ah, quand même ! C’est une tête de loup ! »
« Tu es vraiment incroyable, toi… » Han San hocha la tête en soupirant. « Bon, d’accord, elle est à toi. »
« Oui ! Merci, San ! »
Kim Tae-yang poussa un cri de joie, posa la patte et les côtes qu’il tenait, puis ramassa la tête du loup. Il la serra contre lui, tout sourire, ce crâne de chien des montagnes dépouillé de sa peau.
« Allez, j’y vais ! Faut que je la nettoie et que je l’accroche ! »
Fou de joie, Kim Tae-yang se prépara à partir.
Im Baechil prit lui aussi délicatement la patte arrière, les côtes et le faisan dans ses bras, puis s’inclina d’un mouvement de tête.
« Merci, San. Tante, je m’en vais ! »
« Bien ! Rentrez prudemment, tous les deux ! »
« Moi aussi, je m’en vais, tante ! Hé, petit Bada ! À la prochaine ! »
« Oui ! Au revoir, grands frères ! »
Les deux hommes franchirent le portail en branchages. La voix de Kim Tae-yang leur parvint tandis qu’ils s’éloignaient.
« Hé, grand frère Baechil, si tu n’as pas besoin de cette dent, tu me la donnes ? Je peux te filer un paquet de cigarettes Maco… »
« J-je ne fume pas, tu sais… Et puis, euh, je veux la garder en souvenir… »
« Ah, vraiment ? En souvenir… Bon, d’accord, si c’est un souvenir. »
Autrefois, le petit voyou l’aurait arrachée en disant : « T’en as pas besoin, de toute façon, alors la dent est à moi ! » Mais cette fois, il se comportait comme ça. Le sourire de Han San s’élargit.
Une fois lavés, ces abats seront mangeables.
Bien sûr, ce n’était pas une raison pour baisser complètement la garde. Le cœur humain était comme un élastique : il reprenait vite sa forme initiale.
Mais ce n’était pas grave.
Il saurait y faire.
Ayant mis de l’ordre dans ses pensées, Han San reporta son regard sur la cour.
Un faisan mâle, deux pattes avant de loup et une patte arrière, plusieurs côtes et d’autres morceaux de viande, sans oublier les abats que sa mère était en train de laver…
Han San souleva son petit frère dans les airs.
« Bada, aujourd’hui encore, on va se régaler de viande ! »
Bada leva les bras et poussa un cri de joie.
« Oui ! Mon grand frère, c’est le meilleur !! »
[1] Mutaguchi Renya (1888-1966) était un général de l’armée impériale japonaise, devenu tristement célèbre après la désastreuse campagne d’Imphal, en Birmanie, en 1944. On se souvient de ses affirmations selon lesquelles les soldats japonais pouvaient se contenter de très peu de viande, ce qui est à l’origine de la remarque sarcastique du narrateur.
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