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Traducteur/éditeur : ZERO_SUGAR
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◈ Le génie de la chasse à l’époque coloniale japonaise
Chapitre 18
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Le repaire de la bête (3)
Kim Tae-yang renifla.
« Atchoum ! Ah, bon sang, mais c’est pas vrai… On est en avril, là ! »
Sur ce versant de la montagne, les saisons n’étaient qu’une vaste arnaque. L’automne, il voulait bien lui reconnaître quelques qualités : les couleurs étaient magnifiques et les odeurs merveilleuses. Mais ce n’était qu’un appât bien préparé pour attirer les naïfs. À peine était-il passé qu’il ne restait plus qu’un été où les moustiques faisaient bombance, puis un hiver qui vous traquait jusqu’aux confins de l’enfer pour récupérer sa dette.
Et en ce moment, il en était à peu près à l’étape « hiver_presque_fini_ultime_fin_pour_de_vrai_dernière », plumé par l’arnaque printanière qui avait le vent en poupe.
« Un jour, quand je rentrerai à Gyeongseong, j’écrirai un roman, je le jure. »
Le titre serait L’Élégie de Seorak.
L’histoire de Kim Tae-yang, pauvre garçon de Gyeongseong qui, dans un moment d’égarement, avait sacrifié trois années fleuries de sa jeunesse à une femme malfaisante appelée « Seorak ». Jusqu’au dénouement, où il offrait à la noona qui tenait la taverne le dernier souvenir qu’il avait arraché à cette femme diabolique.
Pour coller à la mode, il n’aurait qu’à se désigner par K et à appeler Seorak Mademoiselle S. Les jurés du concours littéraire accourraient alors, les larmes ruisselant sur leurs joues…
« Hein ? »
Les yeux de Kim Tae-yang, noyés dans le froid et la mélancolie, s’écarquillèrent brusquement.
« Qu’est-ce que ce vieux schnock fabrique, maintenant ? »
Han Man-seok, l’oncle boiteux de la famille Han, était accroupi. Il semblait s’affairer à préparer quelque chose, puis sortit une allumette et mit le feu à des broussailles sèches.
Fchhhhh.
Kim Tae-yang fronça les sourcils.
« Du feu ? Il essaie d’allumer un feu ? »
Ça n’avait aucun sens.
« Il va mettre le feu à la forêt pour brûler les bêtes ? Ouah, merde. Tous ces petits crétins arriérés qui cultivent sur brûlis… Mais s’il les brûle tous, qu’est-ce qu’il fera des peaux ? Et de la viande ? Une fois brûlée, elle ne vaudra même pas une crotte de chien ! »
Kim Tae-yang ricana.
« Un boiteux, ça doit se comporter comme un boiteux et s’occuper des besognes de boiteux. Pas étonnant. Avec un père pareil, le fils ne pouvait être qu’un infirme lui aussi. »
L’idée qu’il allait assister à un spectacle lui fit oublier le froid un instant. Il se glissa vers un meilleur point de vue, à la dérobée, derrière le rocher qui se dressait sur sa gauche.
C’est alors que cela arriva.
En contrebas, Han Man-seok leva la tête. Il lança un rapide coup d’œil vers quelqu’un, comme s’il échangeait un signal avec une personne postée plus haut.
Puis Han Man-seok posa le fagot enflammé sur le tas de bois empilé devant l’entrée du repaire. Les flammes s’élevèrent. Alors, comme s’il n’attendait que cet instant, il recouvrit le tout d’une poignée de branches encore feuillues.
Fouuush !
Le bois vert, trempé de rosée, grésilla en prenant feu. Tant qu’il n’avait consumé que des broussailles et du bois sec, le brasier était clair ; soudain, il se troubla et cracha une fumée âcre. Sans perdre une seconde, Han Man-seok ôta sa veste et se mit à éventer le feu à grands coups : flap, flap !
« Hou, hou ! »
La fumée noire fut aspirée dans le repaire.
« Ah, donc il ne les brûle pas vifs, il essaie de les enfumer ? Mais ça marche, si on ne les tue pas d’abord ? Maintenant, j’ai envie de viande fumée. »
Kim Tae-yang sortit une cigarette Maco de sa poche et la porta à ses lèvres.
« Je vais peut-être m’enfumer les poumons en regardant encore un peu… »
C’est à cet instant que cela arriva.
Froufrou.
Au-dessus de lui, derrière la crête, il perçut un mouvement.
« Hein ? »
Sur le point de sortir une allumette, Kim Tae-yang pencha la tête. Il crut d’abord que ce n’était que le vent, mais le bruit se transforma bientôt en un roulement.
Tadadak, tadak !
« Qu’est-ce que c’est ? »
Kim Tae-yang leva la tête, les sourcils fortement froncés.
Il le vit.
Au-dessus du rocher derrière lequel il se cachait, une ombre d’un noir d’encre dévalait la pente en roulant comme un rocher.
« … Hein ? »
Un son hébété lui échappa. La cigarette tomba de sa bouche et, avant même qu’elle touche le sol…
L’ombre noire — un blaireau mâle fou de rage — fonça droit sur Kim Tae-yang !
« Grrrrrk ! »
Un grondement féroce. L’esprit de Kim Tae-yang se vida.
« M-maman… ! »
Il n’arriva même pas à penser à esquiver. Tout son corps resta cloué sur place, incapable de bouger.
Des crocs jaunes, des yeux brillants, un museau allongé comme celui d’un cochon : tout fonçait vers lui comme la pointe d’une lance…
Bam !
« Aah ! »
Un choc sourd retentit, et le cri de Kim Tae-yang résonna dans la vallée montagneuse.
Le blaireau l’avait percuté à la cuisse. Cette bête sauvage, toute en muscles — et, de surcroît, un gros mâle adulte de plusieurs années — avait foncé à pleine vitesse. Il n’en fallait pas plus pour envoyer un garçon de dix-sept ans culbuter au sol.
« Euh ! Euh-euh ! Maman, euh ! Eung ! »
Kim Tae-yang se cramponna à sa cuisse d’une main et laboura le sol de l’autre en poussant des gémissements.
Mais le blaireau avait lui aussi été projeté en arrière.
Il avait cru trouver une voie de sortie, mais un obstacle lui barrait le passage. Et, par-dessus le marché, cette odeur étrangère à la montagne : la puanteur âcre du tabac imprégnait tout…
Après avoir roulé une fois sur le sol sous l’effet du choc, la bête eut le regard fou.
« Kyaaak ! »
Le blaireau découvrit les dents, comme s’il avait été aspergé de poivre, prêt à entrer dans une rage folle.
Une ombre dévala la pente, semblable à un faucon en piqué.
Un sifflement fendit l’air.
Fiuuu… !
Un bâton décrivit un arc et, vlan ! Le crâne du blaireau s’écrasa au sol dans un craquement sourd. « Kec ! » Son unique cri resta coincé dans son museau, puis s’étrangla et s’éteignit dans l’écume qui jaillissait de sa gueule.
La bête, si féroce un instant plus tôt, s’affaissa et ne bougea plus.
« Euh… euh-euh, euh-euh-euh… »
Kim Tae-yang fixa la scène, abasourdi, puis, après un moment, releva lentement la tête.
Une silhouette assombrie par le contre-jour. Un homme tenait un épais bâton de bouleau et contemplait sans émotion le blaireau étendu à terre.
C’était Han San.
« Hein ? C’est pas Tae-yang ? »
Les yeux de Han San s’arrondirent de surprise.
« Qu’est-ce que tu fais à ramper par là ? »
« Euh… euh-euh… »
Kim Tae-yang n’arrivait même pas à répondre correctement. S’il entrouvrait seulement un peu plus la bouche, il avait l’impression que son cœur allait bondir dehors, s’écrier « oh là là, quelle frayeur ! » et prendre la fuite.
Han San se pencha tranquillement. Il attrapa le blaireau inerte par la peau du cou et le lui fourra juste sous le nez.
« Hé. »
« Hiiii ! »
La gueule de la bête se retrouva à quelques centimètres de lui ; sa puanteur lui monta au nez. Kim Tae-yang poussa un cri et se couvrit le visage des deux mains.
« Reprends-toi. Il est mort. »
Han San secoua le blaireau. La tête de l’animal, les yeux révulsés, oscilla devant le nez de Kim Tae-yang.
« Aaaah ! N-non ! Éloigne-le ! Éloigne-le, merde ! Éloigne-le ! »
Kim Tae-yang hurla. Les larmes lui inondèrent les yeux et la morve lui coula du nez.
C’est alors que cela arriva.
Clac !
Un éclair lui traversa la joue. Kim Tae-yang, qui se débattait en sanglotant, revint à lui.
« Euh… »
En relevant la tête, Kim Tae-yang aperçut un homme.
Le boiteux de la vallée de Sebeom, le maigre oncle barbu Han Man-seok, le regardait de haut, les yeux durs et perçants.
« Ne perds pas la tête en montagne. »
Sa voix était grave.
C’était comme si on lui avait renversé un tonneau d’eau glacée dessus. Son cœur qui battait à tout rompre, ses poumons qui s’affolaient, tout se calma peu à peu et, progressivement, la situation lui apparut clairement.
Le blaireau mort, Han San qui le tenait, Han Man-seok debout à côté de lui, Han Man-seok qui l’avait giflé, et puis…
« Mouillé ? »
Kim Tae-yang baissa lentement les yeux. L’entrejambe de son pantalon était trempé et sombre.
Goutte à goutte, un liquide jaune tombait.
L’odeur de l’urine lui piqua le nez.
« Je me suis pissé dessus. »
Il s’était fait dessus.
En pleurant à chaudes larmes, couvert de morve et de larmes, il avait tout lâché, généreusement et jusqu’à la dernière goutte.
« Ah… »
Son visage brûlait comme une fourmilière qu’on venait de bouleverser.
Une honte insupportable lui serra la gorge.
« Ma fierté… »
Kim Tae-yang enfouit son visage ravagé par les pleurs dans ses mains.
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