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Traducteur/éditeur : ZERO_SUGAR
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Chapitre 168 : Postface : Ce n’est pas une première rencontre ordinaire (4)
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Le requin ne mesurait pas tout à fait quinze cheok[1], contrairement à ce que prétendaient les badauds. Mais alors que Han San marmonnait qu’il était sacrément énorme,
Plouf !
le requin se retourna.
Sa grande queue claqua ! une fois, fendant la fine pellicule huileuse qui miroitait à la surface de l’eau.
Sous le soleil ardent, digne de l’extrémité sud de la péninsule, son corps émergea.
Un long dos, des flancs qui luisaient sous l’eau, une silhouette fuselée sans la moindre once de graisse. À chaque mouvement de sa queue, son corps massif glissait en avant.
« Waouh… »
Han San avait vu quantité d’animaux dans les montagnes. Peu de temps auparavant, il avait même capturé le Seigneur de la Montagne.
Dans sa vie précédente, il était aussi allé en mer à de nombreuses reprises. Il avait même pêché lui-même un marlin rayé.
Mais c’était la première fois qu’il voyait un requin.
« On dirait un léopard. »
Plus précisément, il ressemblait à l’animal appelé guépard, qui vivait dans la savane africaine et qu’il avait vu à la télévision dans sa vie précédente.
Un guépard sombre filant dans l’eau. S’il pouvait exprimer ses émotions comme un humain, il sourirait probablement en ce moment même.
Fusataro s’adressa à ceux qui l’entouraient : « Les préparatifs avancent ? »
L’homme qui semblait diriger le port Nord s’avança avec les armateurs et s’inclina.
« Oui, monsieur. Nous avons aussi trouvé un baleinier équipé d’un canon-harpon. Mais… l’endroit est étroit, alors il sera difficile de faire entrer le baleinier… »
Han San entendit naturellement leur conversation.
Il désigna un côté du quai provisoire.
« Si on démolit cette partie, on devrait avoir juste assez de place pour faire entrer un cuirassé. »
Tous les regards se tournèrent vers l’endroit indiqué. Peu après, tout le monde acquiesça.
« Ah ! C’est vrai ! »
« Le jeune homme a l’œil. Vous avez déjà travaillé sur des bateaux ? »
Han San rit. C’était comme repérer des traces d’animaux dans les montagnes.
Mais autre chose importait davantage.
« Est-ce qu’on est vraiment obligés de l’attraper ? »
« Pardon ? »
L’homme responsable du port Nord cligna des yeux.
« Que voulez-vous faire d’autre ? On ne peut pas envoyer de petites embarcations tant qu’un truc pareil rôde dans les parages. »
« À voir les lieux, cet endroit ne doit pas être très utilisé… »
Han San jeta un coup d’œil autour de lui. Puis il regarda la foule et le requin avant de demander à Hajama Fusataro : « Monsieur, toutes ces terres alentour vous appartiennent aussi ? »
Fusataro hocha la tête.
« Jusqu’à l’arrière, là-bas. »
« Je vois… Alors… »
Han San se mit aussitôt à faire des calculs dans sa tête.
« Et si on tendait un grand filet dans la partie intérieure ? Il ne pourrait plus aller où bon lui semble. On pourrait mettre les petites embarcations à l’eau de ce côté. Ce serait un peu étroit, mais… »
Fusataro avait pris le contrôle de Busan en une seule génération. Ce grand homme d’affaires d’une ville portuaire passa plusieurs fois les chiffres en revue et comprit que l’estimation de Han San n’était pas loin du compte.
Si le requin s’en va, il suffira d’enlever le filet pour tout remettre en état rapidement…
Le problème, c’était ceci :
« Pourquoi faire ça ? »
Ne pouvaient-ils pas simplement attraper le requin et le tuer ?
Fusataro ne comprenait pas pourquoi Han San voulait s’embêter à poser des filets pour l’empêcher de sortir.
Han San indiqua la foule du menton.
« Vous n’avez pas l’impression qu’elle a grossi depuis tout à l’heure ? »
Fusataro marqua une pause.
Han San avait raison. Ils venaient à peine de descendre de voiture et d’observer la situation, et pourtant le nombre de personnes avait déjà augmenté de près de dix pour cent.
Et il continuait de grimper.
« Je vous l’ai dit, ce requin est vraiment énorme ! »
Certains revenaient avec des amis, des membres de leur famille ou des connaissances.
« Qu’est-ce qui se passe ? Pourquoi tout le monde est rassemblé ici ? »
D’autres, intrigués par la foule, s’approchaient pour voir.
« Conducteur Choi ! Dépêchez-vous ! »
Des gens en pousse-pousse et même des personnes arrivées en voiture continuaient d’affluer.
Han San eut un sourire en coin.
« Vous pensez qu’on pourrait gagner un peu d’argent avec ça ? »
Fusataro reprit soudain ses esprits.
Une fois encore, le grand homme d’affaires qui avait pris le contrôle de Busan en une seule génération comprit exactement ce qu’il fallait faire.
Il donna rapidement ses ordres à ceux qui l’entouraient.
« Mettez les gens en file. Pas de bousculade. Faites-leur suivre un circuit dans le coin, comme une voie ferrée, pour qu’ils puissent regarder en avançant.
« Appelez Minejiro. Et Kim Jitae aussi. Dites-leur de venir installer là-haut quelques stands de nourriture yatai[2]. Empruntez des lanternes aussi, si vous pouvez. Occupez-vous d’obtenir l’autorisation des autorités…
« Ah, c’est vrai. J’ai un bel ours empaillé chez moi. Si on le mettait à l’entrée… »
Pendant que Fusataro donnait ses ordres, Han San ne restait évidemment pas les bras croisés. Il s’épousseta les mains, s’avança et éleva la voix.
« Hé, vous là ! Les hommes de monsieur ! On va tendre le filet ensemble ! Ne vous précipitez pas tous ici. De là à là ! Les autres, prenez des pelles et creusez cette partie intérieure ! »
Au quai provisoire du port Nord de Busan, la voix du vieil homme et celle du jeune homme retentissaient tour à tour.
« Il y a du bois et des clous dans l’entrepôt, pas vrai ? Tous les matériaux qui restent de la remise en état du coin. Apportez-les. Et prenez aussi le verre. »
« Reculez un peu, s’il vous plaît ! Ah, je vais le faire ! Passez-moi ce marteau ! »
« Vous avez toutes les lanternes ? Bien. Plantez des piquets en ligne par ici… »
« L’ours empaillé ! Plutôt que de le mettre là, hum… mettons-le ici. Prenez l’autre côté, s’il vous plaît. Un, deux ! »
Peu à peu, les deux voix n’en firent plus qu’une.
« Ha ! Vous êtes doué pour travailler le bois ! Vous avez fabriqué un truc qui ressemble à un torii[3] en un rien de temps ! »
« Ah, les Japonais trouveraient ça un peu sacrilège ? Je ne connais pas grand-chose à ces questions. Je voulais faire vite pour que les gens distinguent facilement l’entrée de la sortie, et ça a pris cette forme. »
« Qu’est-ce que ça aurait de sacrilège ? Ça y ressemble un peu, c’est tout. Ce n’est pas vraiment un torii. On n’a qu’à le peindre en bleu. »
« Je vais m’en charger. Hum. Tant que j’y suis, ce serait bien de faire quelques panneaux aussi. »
Quelques heures plus tard, Hajama Ayame arriva et découvrit le spectacle suivant.
Un ours empaillé du mont Seorak trônait majestueusement dans une vitrine confectionnée avec de généreuses quantités de verre précieux.
Au-delà se dressait une entrée peinte en bleu, puis une rangée de lanternes diffusant une douce lueur. À l’intérieur, une corde avait été tendue pour empêcher les gens de tomber dans l’eau.
Ayame regarda l’ours, puis l’entrée, puis les gens qui s’affairaient de l’autre côté, avant de reporter les yeux sur l’ours.
« Hum… ? »
Elle avait vaguement entendu dire que quelqu’un viendrait déplacer l’ours qui se trouvait dans le jardin de son grand-père. On lui avait aussi parlé d’un requin.
Sa conversation avec les fermiers avait duré plus longtemps que prévu ; elle avait donc oublié l’ours et le requin. Elle n’aurait jamais imaginé que les choses prendraient une telle tournure.
Alors qu’Ayame jetait de nouveau un regard autour d’elle, un homme s’approcha en agitant la main.
« Oh, Mademoiselle Aya ! Vous voilà ! »
« Monsieur San ! »
Le visage d’Ayame s’illumina.
Han San lui sourit de toutes ses dents en époussetant la peinture et la sciure sur ses vêtements.
« Il ne s’est rien passé de votre côté ? »
« Non ! » Ayame leva son carnet et regarda autour d’elle. « En revanche, on dirait qu’il s’est passé beaucoup trop de choses du vôtre, monsieur San. »
En voyant les gens observer l’ours empaillé dans sa vitrine et défiler côte à côte sous l’entrée, Ayame s’exclama, admirative :
« C’est incroyable ! Vous avez fait tout ça pendant les quelques heures où j’étais chez moi, n’est-ce pas ?
« Et ça… Hum. Quand j’ai appris qu’un requin était apparu, je me suis dit que vous alliez peut-être lui tirer dessus ou prendre un bateau pour le harponner, monsieur San… Mais vous avez fait quelque chose de complètement différent ? »
« Haha. »
Han San se gratta l’arrière de la tête. Heureusement, la peinture avait déjà séché et ne se déposa pas dans ses cheveux.
« Je me suis contenté de trouver l’idée, de tendre le filet et de donner un coup de main, par exemple en clouant du bois.
« À quoi servent une idée et un peu de force ? Pour faire tout ça, il fallait de l’argent, des matériaux et des gens. Monsieur a tout fourni. »
« Hé hé… Pas vrai ? Quand mon grand-père s’y met, on peut vraiment compter sur lui, n’est-ce pas ? »
« Oui. Si je veux développer encore mes affaires, j’ai beaucoup à apprendre de lui. Busan et Chuncheon ne jouent pas du tout dans la même cour, après tout. »
Le sourire d’Ayame s’élargit. On aurait dit que les compliments adressés à Han San ou à son grand-père la rendaient plus fière que ceux qui lui étaient destinés.
Et voilà que Han San complimentait son grand-père !
Han San remarqua son expression et leva les yeux.
« Ah, à ce propos. Monsieur se repose là-haut, dans le logement. Vous voulez aller le voir ? »
« Hum… Non ! Je veux rester encore un peu avec vous, monsieur San ! »
Sur ces mots, Ayame s’approcha de Han San. Ses orteils et ses épaules, qui s’agitaient sans cesse tandis qu’elle regardait autour d’elle, s’immobilisèrent devant lui.
« Faites-moi visiter ! Je veux voir ce que vous avez fabriqué, et je veux voir le requin ! Hum. Je veux aussi me promener avec vous… »
On aurait dit qu’un cœur se brisait quelque part, mais Han San sourit et s’inclina comme un concierge d’hôtel.
« Dans ce cas, mademoiselle, bienvenue au parcours du requin du port Nord. »
Le soleil se couchait.
Tous deux entrèrent.
Les visiteurs avançaient le long de la corde et regardaient l’eau. Ils pouvaient y apercevoir l’énorme requin qui nageait.
« Il y a son aileron ! »
« Il fait encore le tour ! »
Les gens flânaient, observaient le requin et l’acclamaient.
Les enfants, perchés sur les épaules de leur père, poussaient des cris tandis que les femmes à leurs côtés se couvraient la bouche en riant.
Ayame tendit elle aussi le cou et scruta l’eau. D’abord, elle regarda dans tous les sens, suivant les cris de la foule, jusqu’à ce que Han San désigne un endroit.
« Là-bas, mademoiselle. Derrière ces bulles. »
« Mmm… Ah ! Je le vois ! »
Un long aileron s’éleva au-dessus de l’eau, pareil à une voile.
Il glissa vers eux, puis décrivit un cercle avec grâce. Sous la surface teintée par le coucher de soleil, son énorme corps se révéla un bref instant.
Ayame saisit la main de Han San.
« Waouh ! Il est vraiment énorme ! »
« Ah, mademoiselle. J’ai de la peinture sur les mains… Elle est sèche, mais il en reste peut-être un peu en poudre… »
« Sa queue ! Monsieur San, regardez sa queue ! Il a bougé une seule fois, et il est déjà allé aussi loin ! Quelle puissance ! »
Han San ne parvint pas à retirer sa main. Il se racla seulement la gorge à plusieurs reprises.
« O-oui… Tout à l’heure, il s’est retourné d’un coup et a éclaboussé jusque-là. Quand je l’ai vu, je me suis dit : “Waouh, ce truc est vraiment magnifique.” »
« C’est vrai qu’il est magnifique. »
« Oui. Je me suis dit la même chose en voyant l’ours empaillé. Mais lui, c’est vraiment… S’il s’agissait d’un animal des montagnes, je pourrais le capturer et l’empailler. Mais je ne connais pas grand-chose aux créatures marines. Et contrairement aux animaux des montagnes, tant qu’on reste hors de l’eau, les créatures marines ne peuvent pas nous faire de mal. Alors je me suis dit qu’au lieu de l’attraper, on pourrait peut-être faire ça… »
« Mmh ! Je vois ce que vous voulez dire. Moi aussi, je veux le voir se retourner. »
« Il le fera peut-être encore. Il l’a déjà fait plusieurs fois depuis tout à l’heure. »
Ayame hocha la tête sans quitter le requin des yeux. Chaque fois que sa queue et son aileron remuaient l’eau, elle serrait un peu plus fort la main de Han San.
Han San lui rendit timidement son étreinte tandis qu’ils contemplaient l’eau ensemble.
Chaque fois que le requin apparaissait, les regards se tournaient naturellement vers lui et les visiteurs ralentissaient pour mieux l’observer. Mais les employés de la Compagnie commerciale Hajama postés dans les environs veillaient aussitôt à ce que la file continue d’avancer.
« Allez, allez ! On ne s’arrête pas ! »
« Vous pouvez avancer lentement, mais continuez d’avancer, s’il vous plaît ! Si vous voulez le regarder encore, la sortie est là-bas. Sortez par là, faites le tour, rentrez de nouveau par l’entrée et refaites un tour ! »
Les gens obéirent sans protester.
Ce n’était pas pour rien que mettre les gens en file constituait la première et la dernière étape de la gestion d’une foule.
Ayame et Han San continuaient eux aussi d’avancer. Juste à cet instant, le requin se dirigea vers eux, si bien que le couple put marcher à ses côtés.
Tous deux avançaient sur le quai tandis que le requin nageait dans le chenal.
Mais leur promenade sous le crépuscule allait bientôt s’achever.
« Ah. On est déjà à la sortie… »
Ils étaient arrivés à la sortie du parcours du requin du port Nord, que Han San avait également aménagée.
Ayame jeta un coup d’œil de côté au requin qui nageait à leur hauteur, l’air un peu triste. Han San pensa à Fusataro, qui devait les attendre au logement, mais sourit.
« On en fait un autre tour ? »
« Oui ! Cette fois, on pourra prendre un peu plus notre temps… »
Ayame releva soudain le nez. Han San se tourna au même moment dans la direction où elle regardait.
Un instant plus tard, ils se regardèrent et Ayame fut la première à sourire timidement.
Une rangée d’échoppes attendait les visiteurs qui terminaient leur tour et ressortaient.
« Depuis un moment, l’odeur des calamars grillés descend de là-haut… »
« Il y a aussi des gâteaux de poisson… Waouh ! Ils ont du makgeolli ! »
Les visiteurs fatigués trouvaient des places libres aux échoppes. On y servait des plats simples, du makgeolli qu’on pouvait puiser et boire avec une louche, ainsi que des en-cas pour les enfants.
En les regardant, Ayame se pencha en avant, les mains jointes derrière le dos.
« Monsieur San, vous devez avoir faim, non ? »
« Oui. On a fait pas mal d’efforts physiques…
« Waouh. La sauce soja de Busan est différente de celle qu’on utilise chez nous ? Ce calamar, là-bas. On dirait qu’ils le font griller avec de la sauce soja, et l’odeur est incroyable… »
« Mmh ! Moi aussi ! Quand je suis partie de chez moi tout à l’heure, je n’avais pas très faim, mais depuis qu’on a commencé à se promener sur le parcours du requin, ça sent tellement bon… Allons acheter quelque chose à manger ! »
« Oui ! »
Han San acquiesça sans hésiter, et Ayame partit d’un pas léger vers les échoppes.
Notes :
[1] Le cheok est une unité de longueur coréenne traditionnelle d’environ trente centimètres, même si sa valeur exacte variait selon les époques.
[2] Les yatai (屋台) sont des stands de nourriture mobiles japonais, ou des charrettes ambulantes.
[3] Un torii est un portail traditionnel japonais qui marque l’entrée d’un lieu sacré shinto.
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