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Traducteur/éditeur : ZERO_SUGAR
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Chapitre 167 : Postface : Ce n’est pas une première rencontre ordinaire (3)
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Han San, Ayame et Fusataro se retrouvèrent assis face à face dans la salle de réception.
Pendant que les domestiques s’affairaient à disposer plats et boissons, Fusataro observa Han San.
Han San.
Un jeune homme d’affaires dont l’influence grandissait rapidement dans le Gangwon. Il avait même reçu récemment, à Gyeongseong, une distinction au nom du gouverneur général Ugaki.
Il avait averti Fusataro de se préparer à la crue, entretenait des liens avec son neveu, l’avait vengé et lui avait même préparé un ours empaillé en guise de cadeau…
« À ce stade, être proche d’Aya… »
Fusataro était justement en train d’y penser quand…
« Monsieur San ! Ouvrez grand la bouche. »
« Non, Mademoiselle Aya. Je peux manger tout seul… »
« Hum ? »
« … Ah… »
« Voilà ! »
Fusataro regarda sa petite-fille enfourner une brochette d’oden[1] dans la bouche d’un étranger, puis vida son verre d’un trait.
« Hum. »
Voilà comment fonctionnait le cœur d’un grand-père. Il n’avait eu que des fils et ne connaissait pas ce sentiment. Mais maintenant qu’il avait une petite-fille, quelque chose en lui… enfin… c’était comme ça.
« Monsieur, permettez-moi de vous resservir. »
L’étranger avait peut-être remarqué ce qu’il ressentait, car il s’empressa de remplir la coupe de Fusataro avec un sourire mielleux.
Fusataro reprit contenance.
« Hum. D’accord. C’est étrange, ma coupe est vide alors que personne n’a même proposé de trinquer. Vas-y, donc… »
« Oh, Monsieur San ! “Monsieur”, c’est un peu distant, non ? Appelle-le plutôt grand-père~. »
Fusataro serra sa coupe à s’en faire mal.
Bien sûr, sa poigne n’était pas assez forte pour la briser. Il ne récolta qu’une douleur cuisante à la main.
Han San se racla la gorge.
« Mademoiselle, je ne peux pas décider ça comme ça… »
« Hum ? Grand-père, ça ne te dérange pas que Monsieur San t’appelle grand-père, n’est-ce pas ? »
Fusataro se racla la gorge à son tour. Un sourire se dessina bientôt au coin de ses lèvres.
« Ho ho. Eh bien… entre ça me va et ça ne me va pas, je ne peux pas dire que ce jeune Han San ait le moindre défaut rédhibitoire… »
C’est alors que des voix s’élevèrent dehors.
« Monsieur ! Laissez-nous vous voir, ne serait-ce qu’un instant ! »
« Vous êtes là, n’est-ce pas ? »
On entendit aussi l’un des membres de la maisonnée Tsuchi tenter de les arrêter.
« Pas aujourd’hui. Nous avons des invités venus de loin. »
Les murmures ne firent que s’amplifier.
« Il est donc bien là ! Monsieur ! »
« Monsieur ! Ancien Fusataro ! Écoutez-nous, je vous en prie ! »
Han San et Ayame échangèrent un regard, tandis que Fusataro se levait d’un bond.
Sur son geste, les domestiques ouvrirent les portes. À l’endroit où l’on avait déplacé l’ours empaillé se tenait une foule de paysans pauvrement vêtus. Un membre de la maisonnée Tsuchi, qui avait essayé de les arrêter, s’écarta, les épaules affaissées.
Fusataro demanda : « Que se passe-t-il ? »
Les paysans murmurèrent, puis se turent, hésitants. Ils se regardèrent sans parler, jusqu’à ce que celui qui se trouvait devant s’incline profondément.
« P-permettez-nous de payer moins de fermage ! »
Fusataro ne répondit pas.
Le paysan scruta son expression, puis poursuivit.
« J-juste pour cette année ! Les rizières en contrebas sont encore pleines de boue. Quand la digue a cédé, les plants de riz, eh bien… »
Les champs de Fusataro avaient moins souffert que la plupart des autres parce qu’il avait tenu compte de l’avertissement de Han San. Mais être moins touché que les champs voisins ne voulait pas dire qu’on en était sorti indemne.
Fusataro s’appuya sur sa canne.
« Nous évaluons les dégâts. »
« Oui, les jeunes maîtres de la maisonnée Tsuchi les inspectent. Mais en attendant, nos réserves de nourriture s’épuisent, et les gens… »
Le paysan fouilla sous ses vêtements et en sortit plusieurs feuilles.
Sur ces papiers tachés de terre et de sueur figuraient des noms de champs et de personnes. On voyait bien qu’ils étaient passés entre de nombreuses mains.
Sur un signe de Fusataro, l’un des membres de la maisonnée Tsuchi prit les feuilles et les lui tendit.
À mesure qu’il les parcourait ligne après ligne, ses sourcils se froncèrent.
« Vous voulez que toutes ces sommes soient réduites de ce montant ? »
Les paysans rentrèrent les épaules.
« Si vous acceptiez, nous vous en serions vraiment… »
« J’ai entendu dire que les rizières plus haut sur la pente n’avaient pas été inondées. »
« M-mais tout de même, il a plu beaucoup trop… Et avec cette loi sur le contrôle du riz en Corée[2] ou je ne sais quoi, les prix du riz n’arrêtent pas de changer… »
« C’est à la bourse du riz[3] qu’il faut vous en plaindre. Nous avons déjà conclu des contrats. J’ai investi de l’argent en leur faisant confiance. Est-il juste d’exiger qu’on les modifie du jour au lendemain ? »
Fusataro n’éleva pas la voix.
Peu à peu, les paysans haussèrent le ton.
« Non ! Les salauds qui vendent le riz changent constamment de discours, alors pourquoi nos fermages ne pourraient-ils pas changer, eux aussi ? »
« Ne mélangez pas tout. Les commerçants qui font baisser les prix et la modification du contrat de fermage entre vous et moi, ce sont deux choses différentes. »
« Tous ces salauds qui vendent du riz à Busan ne sont-ils pas vos hommes, monsieur ? »
Le visage de Fusataro se durcit.
Le paysan eut l’air de se rendre compte de son erreur, mais il ne retira pas ses paroles.
N’y tenant plus, Ayame tenta timidement d’intervenir.
« Grand-père… »
Han San la retint par la manche.
Ayame s’interrompit. Elle le regarda et il secoua imperceptiblement la tête.
La discussion était déjà devenue une confrontation à vif. Si la petite-fille prenait la parole à son tour, la situation allait dégénérer.
Ayame avait passé beaucoup de temps avec Han San. Elle l’avait vu mener les choses à bien.
Prenant une profonde inspiration, elle s’avança et s’adressa aux paysans.
« Vous avez dû avoir très chaud en venant jusqu’ici. Que diriez-vous d’une tasse de thé frais ? »
« Grand-père, je vais leur servir du thé. »
Fusataro regarda sa petite-fille, puis Han San, qui l’avait retenue par la manche.
Les paysans jetèrent un regard à Fusataro, puis à Ayame, avant d’incliner profondément la tête.
Fusataro soupira et fit un geste de la main.
« Venez. Par ici, tout le monde. »
Ayame emmena les paysans. Les membres de la maisonnée Tsuchi suivirent eux aussi leur nièce.
En un instant, le jardin fut déserté. Il ne resta que Han San et Fusataro.
Fusataro soupira.
« J’ai donné une bien vilaine image de moi à quelqu’un qui a fait tout ce chemin. »
Han San prit Fusataro par la main et le fit rasseoir. Avec la fluidité de l’eau qui coule, il lui remplit sa coupe.
« Qu’est-ce que vous racontez ? Si vous êtes le grand-père de Mademoiselle Aya, cela la concerne aussi. »
Fusataro ne fronça plus les sourcils en entendant ces mots. Il se contenta de soupirer.
« Merci d’avoir retenu Aya tout à l’heure. Elle a les pieds aussi rapides que la langue… »
« Ha ha. »
Han San n’ajouta rien.
Qu’on soit d’accord ou non, mieux valait éviter de prétendre tout savoir dans un moment pareil. Dans sa vie précédente, en tant que frère aîné, il avait soupiré chaque fois qu’il lisait dans le journal un article sur son cadet. Il le savait bien.
Après avoir attendu un moment, Fusataro leva sa coupe. Han San leva la sienne pour trinquer, puis ils burent chacun une gorgée.
« J’ai entendu dire que vous dirigiez une grande entreprise dans le Gangwon. »
« Oui. »
« Que feriez-vous dans une situation pareille ? »
« Hum. »
Han San se frotta le menton. Qu’aurait-il fait ?
« Il n’y a pas de secret. »
« Il faut évaluer la situation. Si les dégâts sont vraiment assez graves pour ruiner une famille, on réduit le fermage ou on lui prête de l’argent. Si on a l’impression qu’ils exagèrent, on fait semblant de ne rien voir. »
« Tant que j’y suis, j’irais aussi jeter un œil à la bourse du riz. Si mes employés se montrent trop durs, je les remettrais à leur place. »
Fusataro esquissa un sourire. Il n’avait rien d’offensé.
« Vous êtes bon. »
Han San sourit à son tour.
D’ordinaire, il aurait plaisanté en disant que, de toute façon, c’était ce qui protégeait le mieux ses intérêts à long terme. Mais aujourd’hui, il n’en avait pas particulièrement envie.
Il but une autre gorgée et répondit d’un ton léger :
« Ce sont mes terres et mes hommes. Je dois garder la main dessus. »
« Des terres, hein. »
« J’aime bien me prendre pour le roi de ces terres. Et Mademoiselle Aya est pratiquement la princesse de Busan, à ce stade, non ? Ce sont les terres de la princesse, alors il faut garder la main dessus. »
« Ho ho. Dans ce cas, je serais le roi de Busan ? »
« Vous ne l’êtes pas déjà ? »
demanda Han San en remplissant la coupe de Fusataro.
Fusataro ne put s’empêcher de sourire en buvant l’alcool que Han San lui avait servi.
C’est alors que cela arriva.
« Monsieur ! Laissez-nous vous voir ! »
« Monsieur ! Ancien Hajama ! »
Une autre vague de murmures s’éleva dehors. Ils étaient moins nombreux qu’auparavant, mais semblaient encore plus pressés.
Le visage de Fusataro se ferma complètement.
Sa chère petite-fille venait tout juste d’emmener les visiteurs précédents pour leur servir le thé elle-même, et voilà que d’autres gens débarquaient déjà ?
C’était une insulte à sa petite-fille !
Avant que Han San ait pu dire quoi que ce soit, Fusataro se leva d’un bond. Il traversa la pièce à grandes enjambées, ouvrit brusquement les portes coulissantes en papier et regarda dans le jardin.
Puis il s’arrêta.
Les gens rassemblés dehors n’étaient pas les paysans de tout à l’heure. Ils sentaient fortement le poisson et l’huile, et étaient vêtus comme des pêcheurs.
Les pêcheurs interpellèrent Fusataro avec empressement.
« Monsieur ! Vous êtes là, monsieur ! »
Fusataro comprit que les paysans précédents n’avaient pas abandonné sa petite-fille pour venir le chercher. Son expression s’éclaircit un peu, sans pour autant se détendre complètement.
Qu’il s’agisse de paysans ou de pêcheurs, la raison de leur venue en pareil moment était évidente.
Les paysans s’étaient accrochés à lui pour réclamer une baisse des fermages ; les pêcheurs devaient donc être venus demander une réduction des frais d’amarrage.
Fusataro le supposa et demanda d’un ton raide : « Que se passe-t-il ? »
« Un requin ! »
?
« Un requin ! Un requin est apparu ! »
Dix millions de points d’interrogation surgirent dans la tête de Fusataro.
Il se tourna vers Han San et vit qu’il affichait une expression semblable. Il n’avait donc pas mal entendu, mais il n’arrivait toujours pas à assimiler l’information.
Han San demanda alors : « Un requin ? »
Les pêcheurs ne savaient pas qui était Han San, mais il était bien habillé et se tenait à côté de l’ancien Fusataro. Ils décidèrent donc qu’ils pouvaient lui faire confiance et hochèrent vigoureusement la tête.
« Oui ! Un requin est apparu dans le port Nord ! »
« Un putain d’énorme requin ! »
« Il ne s’en va pas, même quand on essaie de le chasser ! »
« Il est vraiment, vraiment gigantesque ! »
Busan était décidément la maîtresse démoniaque de la province du Gyeongsang, capable de rendre tout le monde fou.
Un requin était apparu. Aussi soudainement qu’un ninja.
Han San et Fusataro prirent une voiture pour aller voir le requin.
Le littoral formait une échancrure, comme si quelqu’un avait enfoncé un doigt dans une joue rebondie. À l’intérieur s’étirait une longue crique, avec une petite jetée de fortune.
Il y avait déjà beaucoup de monde sur place. Les badauds s’étaient rassemblés en foule, scrutaient l’eau et lançaient des commentaires.
« Je vous dis qu’il fait quinze cheok[4] de long ! »
« Tout à l’heure, tu disais dix cheok ! Comment il a pu gagner cinq cheok ? »
« Je ne voyais pas sa queue, à ce moment-là ! »
Han San et Fusataro descendirent de voiture.
Les badauds bavards se retournèrent au bruit.
« Quoi ? Qui a conduit une voiture jusqu’ici… »
« Oh ! Ancien Hajama ! »
La foule s’écarta naturellement de part et d’autre. Les murmures, tout aussi naturellement, quittèrent le requin pour se tourner vers les deux hommes.
« Si l’ancien est venu si vite, c’est que ce requin doit être exceptionnel. »
« Qui est le jeune homme à côté de l’ancien ? »
« Un nouveau domestique ? Il n’en a pas l’air… »
« À y réfléchir, cette jeune dame qui est venue chez l’ancien avec un jeune homme, d’après monsieur Park, qui travaille au port… »
Tandis que les murmures se poursuivaient, Fusataro se racla la gorge.
« Hum. »
Les badauds se turent.
Han San avait déjà gagné l’extrémité de la jetée. Un fusil de chasse Murata était en bandoulière dans son dos.
L’eau était trouble. L’eau boueuse se mêlait à l’eau de mer, enchevêtrée de brindilles et d’écume. La surface reflétait les rayons du soleil comme si elle était recouverte d’une fine pellicule de plastique, empêchant de voir ce qui se trouvait dessous.
Alors, en contrebas, une grande ombre noire passa comme un sous-marin.
Han San s’exclama malgré lui :
« Il est vraiment énorme. »
Notes :
[1] L’oden est un plat japonais mijoté composé de gâteaux de poisson, de tofu et d’autres ingrédients dans un bouillon léger, souvent servi sur des brochettes.
[2] La loi sur le contrôle du riz en Corée était une mesure coloniale qui réglementait la distribution et le prix du riz face à l’instabilité du marché.
[3] La bourse du riz était un marché où s’échangeaient contrats et marchés à terme sur le riz, et où la spéculation entraînait souvent de fortes fluctuations des prix.
[4] Le cheok est une ancienne unité coréenne de longueur d’environ trente centimètres, dont la valeur exacte variait selon les époques.
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