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Traducteur/éditeur : ZERO_SUGAR
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Chapitre 166 : Postface : ce n’est pas une première rencontre comme les autres (2)
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On dit qu’avec une concentration absolue, rien n’est impossible.
« Voilà du thé. Il s’appelle gyokuro[1]. Vous avez fait un long voyage, vous méritez bien d’en boire. Inutile de tourner autour du pot : allons droit au but et mouillons-nous la gorge sans attendre. »
« Le gyokuro n’est pas un simple thé. C’est la preuve que votre statut social a gravi un échelon, et un baptême qui rafraîchit votre âme. »
« … J’aime bien cette analyse. »
« Voilà un point de vue vraiment rare. »
Dans cette étrange dimension où des messieurs au physique identique remontaient sur leur nez des lunettes aux montures différentes et bavardaient sans fin, Han San s’efforçait désespérément de garder le sourire.
« Waouh ! Merci beaucoup. Du gyokuro ! Dire que vous me donnez l’occasion de goûter quelque chose d’aussi précieux ! Et son goût est vraiment aussi profond que vous le disiez. Comment s’appelait déjà cette fosse ? La fosse des Mariannes ? On dit que c’est la plus profonde du monde. C’est tout à fait ça… »
Il avait même paré leur attaque avant de contre-attaquer !
« Ah ! À propos de cette fosse des Mariannes dont je parlais… On pourrait dire que c’est un grand trou dans la mer. Une ana[2], peut-être ? »
Les Tsuchi se dévisagèrent, bouche bée.
L’instant d’après, ils se tinrent le ventre et se roulèrent par terre.
« Wahahaha ! Mari-ana ! »
« Mariana ! En effet, ce n’est pas seulement une fosse ! C’est un énorme pore sur le visage de la Terre ! »
« Mariana… ana… Wahahahaha ! »
Après les avoir tous neutralisés d’un coup, Han San put enfin reprendre son souffle.
Il n’eut pas à tenir bien longtemps. Ayame intervint pour remettre de l’ordre, même si elle aussi s’était roulée par terre en riant à la plaisanterie sur Mariana.
« Allons, allons, mes oncles ! San-kun et moi sommes fatigués après un si long voyage. Laissez-nous un peu tranquilles, qu’on puisse se reposer tous les deux. »
Les Tsuchi se grattèrent l’arrière de la tête et quittèrent la pièce.
Han San sourit de toutes ses dents.
« Merci, mademoiselle. »
Ayame lui adressa un ravissant sourire.
« Alors, San-kun aussi se fatigue parfois ? »
« Allons, je ne suis qu’un homme. Bien sûr que je peux être fatigué et à bout de forces. »
Han San laissa retomber ses épaules en parlant. Ayame rit et leur donna quelques petites tapes légères.
« Hum. Mais ce que ressent San-kun n’a pas d’importance, n’est-ce pas ? »
Sa question parut tomber du ciel, mais même sans ses souvenirs, Han San comprit aussitôt.
Leur conversation, en route pour la cérémonie d’inauguration du pont de Soyang.
« Tu as dit que c’était important pour les gens autour de moi. »
« Hé hé… »
Le sourire d’Ayame s’élargit. Han San sourit à son tour et posa la main sur celle qui lui tapotait l’épaule.
Leurs doigts s’agitèrent, puis s’entrelacèrent.
Ils restèrent ainsi un instant, puis se raclèrent la gorge et détournèrent le regard.
« Waouh, quand même. Cette maison est magnifique. Ce qu’il y a par terre… Euh, ça s’appelle des tatamis[3] ? »
« Oui, des tatamis… Hum, j’ai entendu dire que l’oncle Tsuchikaku avait pris les mesures et les avait découpés lui-même, à la construction de la maison. »
« Je vois. L’oncle Tsuchikaku… Ça aurait été bien qu’il puisse venir avec nous, cette fois. »
Tsuchikaku parcourait alors Inje et Chuncheon, entièrement absorbé par son travail. C’était une période chargée pour les arpenteurs, qui commençaient par évaluer les dégâts causés par les inondations.
Bien sûr, même s’il était venu, Tsuchikaku n’aurait probablement pas échappé au renvoi collectif des Tsuchi.
Tout au long de leur conversation, leurs doigts restèrent entrelacés.
C’est alors que des pas retentirent du côté du jardin.
Han San et Ayame sursautèrent. Leurs doigts s’empressèrent de se séparer, s’emmêlèrent une fois, puis se retirèrent lentement.
À l’instant précis où leurs mains retrouvèrent leur place le long de leurs corps, comme au signal d’une horloge, la porte s’ouvrit dans un grincement.
Un vieil homme s’avança, sa canne à la main.
Ayame et Han San se levèrent.
« Bonjour, grand-père ! »
« Hum. »
Hajama Fusataro n’était pas un homme imposant.
Il ne portait pas non plus de vêtements luxueux. Plus on descendait vers le sud de la péninsule, plus il faisait chaud ; ses vêtements étaient donc légers, et son cou, laissé à découvert, était mince.
Pourtant, lorsqu’il hocha la tête, toute la pièce sembla se réorganiser autour de lui.
Ce domaine, et près de la moitié de Busan au-delà, étaient à lui. Il pouvait sans problème lancer à un adversaire du dehors : « Je mets Busan en jeu ! »
« Alors, te voilà. »
« Oui, grand-père. »
Ayame s’approcha du vieil homme. Avec un grand sourire, elle tendit la main et lui prit sa canne.
Fusataro soupira.
« Tu as un peu bronzé. »
« Hé hé. J’ai beaucoup voyagé ! »
« Oui. Et tu as aussi sillonné les airs en avion. »
« J’ai pu en prendre un grâce à toi, grand-père ! »
Ayame bomba le torse en déclarant cela.
Fusataro voulut lui répondre, mais se contenta de soupirer à nouveau.
Ce n’est qu’alors qu’il regarda Han San.
« Alors, c’est vous. »
Han San était courbé en deux depuis l’entrée de Fusataro.
Dans les séries télévisées, il avait vu que c’était la posture convenable pour un homme venu du Pays de la Courtoisie de l’Est qui rencontrait celui qui deviendrait probablement son beau-père.
Ayame le présenta.
« Oui, grand-père. Voici San-kun ! Le San-kun dont je t’ai tant parlé. »
« Enchanté de vous rencontrer ! Je m’appelle Han San. »
Han San ne prit la parole qu’après cette présentation.
« Mademoiselle Aya m’a beaucoup parlé de vous ! »
Les sourcils de Fusataro se rejoignirent en une ligne droite.
« Mademoiselle Aya ? »
Quelque chose venait de commencer.
« Hum. Vous êtes donc très proches. Hum. J’avais entendu dire que vous l’étiez, mais tout de même. Hum. “Mademoiselle Aya”, donc ? Hmmm. »
Han San se demanda s’il devait répondre : [Mademoiselle Aya m’a dit de l’appeler ainsi], ou bien : [Si vous préférez une autre appellation, je l’emploierai].
Il n’en eut pas besoin. Ayame lui sourit avec douceur et tira sur sa manche.
« Je lui ai dit de m’appeler simplement Aya, mais il tient à ajouter “mademoiselle”.
Grand-père, dis-lui d’arrêter de m’appeler “mademoiselle” ! »
Les sourcils de Fusataro tressaillirent.
« Hum. Aya. Ce n’est pas un peu prématuré ? Je n’ai même pas encore échangé plus de quelques mots avec ce jeune homme… »
« Pff… Grand-père, tu ne fais pas confiance à mon jugement ? »
« Non, ce n’est pas ça… Je veux seulement prendre un peu plus de temps pour faire connaissance avec ce jeune homme… »
« Grand-père me traite toujours comme une enfant. J’ai vingt-six ans, maintenant… »
« Ce n’est pas ça… »
Le grand homme d’affaires de Busan ne put que s’embrouiller et répéter : « Ce n’est pas ça. »
Tel était le rapport de force impitoyable entre un grand-père et sa petite-fille.
« Je devrais peut-être me réjouir de rencontrer son grand-père plutôt que ses parents… »
Ce qui rassurait encore davantage Han San, bien sûr, c’était que le grand-père d’Ayame n’était pas de ces hommes, si courants à l’époque, qui méprisaient leurs petites-filles.
« Après tout, si c’était ce genre d’homme, Mademoiselle Aya ne serait pas aussi libre. »
Tandis que Han San songeait à cela, Fusataro, qui avait épuisé toute son énergie dans leur bras de fer, prit un ton plus doux.
« Oui, Han-kun. J’ai beaucoup entendu parler de vous.
J’ai aussi appris que vous nous aviez avertis à plusieurs reprises de cette inondation. Aya nous a transmis vos avertissements, encore et encore, si bien que j’ai pu prendre mes dispositions à l’avance. Grâce à cela, les endroits que je pouvais protéger ont échappé aux dégâts les plus graves.
Je vous en remercie. »
Fusataro inclina la tête.
Han San agita les mains.
« Je vous en prie. Je suis simplement heureux d’avoir pu aider, même un tout petit peu. »
« Vous êtes trop modeste.
Et j’ai appris que vous aviez vengé ce pauvre Tsuchimaru. Vous avez aidé le baron Kannoizuna et le commandant du détachement Sawada. »
« Ah. »
En se rappelant l’homme qui avait perdu la vie face à Ginsei, Han San sortit de sa poche la carte de visite de Tsuchimaru.
« Oui. Nous avions un lien, lui et moi. »
Fusataro examina la carte.
Puis il tendit la main et saisit celle de Han San, carte comprise.
Le vieil homme inclina la tête.
« Merci. »
« Non. Il est tout naturel de chasser une bête qui s’en prend aux gens. »
Han San sourit en parlant, puis tourna légèrement le regard vers Ayame.
« Pour célébrer notre rencontre, je vous ai apporté un cadeau… »
Ayame, qui les observait avec satisfaction, serra les deux poings.
« Oui, grand-père ! Le cadeau de San-kun est vraiment, vraiment incroyable ! »
« Un cadeau ? »
« Il est tellement incroyable que, tout au long du trajet, je n’ai pas arrêté de me demander : “Est-ce que ça va vraiment aller ?” Mais, euh… c’est vraiment incroyable ! »
« Ho ho, vraiment ? »
Fusataro rit.
Sa petite-fille sautillait d’excitation, mais il ne s’attendait pas à quelque chose de si surprenant.
Avec sa fortune et ses relations, après tout, qu’est-ce qu’il n’avait pas vu ?
« Du ginseng sauvage, peut-être ? »
Un homme comme Fusataro avait naturellement son propre réseau de renseignements. Bien qu’il se fût contenté de mettre Han San à l’épreuve en faisant étalage de sa puissance, il était certain de connaître le moindre détail à son sujet.
Le fait que le petit ami de sa petite-fille — même si Fusataro tenait obstinément à ajouter « potentiel » — fût doué pour déterrer du ginseng sauvage n’était pas un secret.
« Le ginseng sauvage est assurément précieux. »
On pouvait dire qu’un tel cadeau était à la hauteur de son rang.
« Montrez-moi ça. »
Fusataro hocha la tête, satisfait de l’attention du jeune homme. La porte s’ouvrit dans un grincement, dévoilant la cour.
Une énorme caisse y avait été déposée à un moment ou à un autre. C’était la même caisse qui s’était fait remarquer tout au long de la traversée jusqu’à Busan.
Fusataro resta interdit.
« C’était ça, le cadeau ? »
La caisse faisait une fois et demie la taille d’un homme. Elle aurait pu contenir le prince héritier d’un pays, et il serait resté de la place.
Il l’avait aperçue en chemin et avait appris qu’on avait transporté une telle chose jusqu’ici.
Mais c’était là le cadeau ?
« Alors, ce n’est pas du ginseng sauvage… »
Si un ginseng sauvage de cette taille existait, ce ne serait plus une curiosité, mais un monstre. Et Fusataro ne tenait pas encore à devenir le héros d’une histoire de fantômes…
Han San ignorait tout des pensées de Fusataro. Il se contenta de donner ses instructions aux employés du Commerce Myriad de Han qui attendaient dans la cour.
« Ouvrez-la, s’il vous plaît. »
« Bien, patron ! »
Les employés arrachèrent les deux panneaux latéraux de la caisse dans un fracas sourd. Comme un parallélépipède qui se défait, son contenu apparut au grand jour.
Les yeux de Hajama Fusataro s’écarquillèrent.
« Oh ! »
Un ours apparut.
L’une de ses pattes avant était légèrement levée. Il avait la tête tournée de côté, la gueule ouverte, et ses dents bien alignées brillaient d’un éclat lourd sous le soleil de Busan.
Il n’était pas gigantesque. Il tenait parfaitement dans la caisse et mesurait environ une fois et demie la taille d’un homme.
Mais un ours restait un ours. Ses épaules rejetées en arrière et les lourds muscles de son torse découvert dégageaient une présence terrifiante.
Han San bomba le torse.
« C’est moi qui l’ai chassé. Mon père l’a naturalisé. »
Peu avant la Grande Inondation de l’année Gap-sul, il avait établi son antre près du bosquet de châtaigniers, pendant la saison du miel de châtaignier de cette année-là.
Mais quand Han San l’avait chassé, il s’était révélé plutôt beau.
Son père s’était aussitôt mis à le naturaliser. Quand Han San rentrait chez lui au milieu des travaux de construction à Meokbawi Valley, il lui prêtait aussi main-forte.
« Plus tard, quand les oncles de la bande d’Inwang sont venus, ils ont tous donné un coup de main, eux aussi. »
Le résultat était d’une qualité exceptionnelle.
« Il a bien résisté à la mousson. Après, on a aussi travaillé chaque poil. Même sans soins particuliers, il devrait tenir au moins vingt ans sans se faire dévorer par les mites. »
Comme il allait être conservé chez quelqu’un d’autre, Han San avait aussi veillé à sa solidité.
« Impressionnant. Même à Gyeongseong, on aurait du mal à en trouver un pareil.
Aux enchères, il se vendrait au moins 5 000 wons… »
Fusataro n’en revenait pas.
Han San eut un léger sourire.
« Allons. L’argent va et vient. Et puis, l’argent ne peut pas tout acheter. »
« Ho ho, c’est vrai. Comprendre cela à un si jeune âge, voilà qui est impressionnant. »
Plus on avait d’argent, mieux on comprenait ce qu’il ne pouvait pas acheter.
Cet ours naturalisé en était un exemple. On pouvait bien dire qu’il valait plusieurs milliers de wons aux enchères, Fusataro n’avait aucunement l’intention de le vendre, quel que fût le montant qu’on lui proposerait.
« Vous m’avez vraiment fait un cadeau précieux. »
Fusataro tapota l’épaule de Han San.
« Je ne peux pas laisser un tel présent sans rien en retour. Venez. Je vous ai préparé de l’excellent alcool. »
Notes :
[1] Gyokuro, qui signifie littéralement « rosée de jade », est un thé vert japonais de grande qualité, ombragé avant la récolte afin de lui donner une saveur riche et douce.
[2] Ana (穴) signifie « trou » en japonais ; la plaisanterie découpe « Mariana » en « Mari-ana », comme si le mot voulait dire « le trou de Mari ».
[3] Les tatamis sont des nattes traditionnelles japonaises, recouvertes d’une surface en jonc tressé.
« Ana » signifie « trou » en japonais, ce qui donne à « Mariana » une sonorité proche de « Mari-ana » dans la plaisanterie.
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