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Traducteur/éditeur : ZERO_SUGAR
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Chapitre 155 : L’histoire des frères 【Classique des monts et des mers】 (7)
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Le fait que son petit frère eût été l’un des principaux acteurs d’un coup d’État militaire et fût devenu directeur de l’Agence centrale de renseignement de Corée[2] ne bouleversa pas Han San autant qu’on aurait pu le croire.
Il y eut simplement davantage de colporteurs pour venir le voir.
« Vous êtes le grand frère de monsieur Han Bada ? J’ai spécialement préparé cet article pour vous… »
« Waouh ! Le capitaine Han San, la légende du Gangwon ! Alors vous êtes le frère de ce monsieur Han Bada ! Quelle famille de militaires prestigieuse ! »
Son petit frère, qui avait abandonné l’école normale et s’était éloigné de son rêve de devenir enseignant, avait fini par le devenir malgré tout, au terme d’un long détour.
Des hommes en costume et des hommes en uniforme se succédaient, comme si l’on alternait entre l’alcool servi frais et celui servi chaud. À la longue, Han San eut vraiment l’impression d’être ivre. Celui-là ressemblait à celui-ci, et celui-ci semblait être revenu sous les traits de l’autre : il ne parvenait plus à les distinguer.
Au début, il leur servit du thé. Ensuite, il fit semblant de ne pas être chez lui. Comme ils continuaient à venir, il finit par les mettre carrément dehors, mais ils étaient tout simplement trop nombreux.
Han San s’enferma au plus profond du Seorak.
Il ne descendait en ville que de temps à autre pour vendre des plantes médicinales ou du gibier préparé. Chaque fois, la ville avait tellement changé qu’il restait là, hébété, comme un naufragé.
C’est à cette époque qu’il rencontra un visiteur qui n’était pas un colporteur.
« Capitaine San ! Je vous en prie, aidez mon petit frère ! »
Un homme en haillons s’agrippa à la jambe de son pantalon.
« Mon frère ! Il est en prison. Il s’en sortait si bien à l’université, et puis il s’est mêlé à je ne sais quel mouvement !
Capitaine San ! On dit que votre petit frère est quelqu’un d’important ! Je vous en prie, aidez-nous ! Aidez-le ! »
Il n’arrêtait pas de l’appeler « capitaine », mais il n’avait jamais servi dans le peloton de Han San.
Ce n’était pourtant pas un inconnu. C’était le fils aîné d’une famille que Han San avait jadis sauvée pendant la guerre de Corée.
Le cadet de cette famille, qui était encore tout petit à l’époque, était maintenant étudiant à l’université.
« Ah, franchement… »
Han San soupira. Les mots « Lâchez-moi » lui montèrent aux lèvres, mais il ne put les prononcer en voyant l’homme sangloter, le visage ruisselant de larmes et de morve, tandis qu’il le suppliait de sauver son petit frère.
L’aîné se rendit donc à Séoul.
Son petit frère était à Séoul.
Son frère, qui était au travail, sembla deviner la raison de sa visite.
« Il dit qu’il ne vous recevra pas. »
Un refus catégorique, dès le seuil.
Han San soupira et hocha la tête d’un air compréhensif.
« Oui. D’accord… »
Mais comprendre n’était pas la même chose qu’accepter.
Quand monsieur Han Bada rentra du travail dans sa demeure de Cheonggu-dong, il remarqua une présence dans la pièce sombre. Son visage d’ordinaire si calme se crispa en un rare froncement de sourcils.
« Ah, franchement. C’est lamentable. »
« Désolé. »
Son grand frère lui répondit, gêné. En retirant ses chaussures, le cadet marmonna :
« Comment t’es entré ? »
« Par derrière. »
« Par où, derrière… Il va falloir que je remplace tous les dispositifs de sécurité. »
« Tu ne vas pas me demander pourquoi je suis venu ? »
« Est-ce que j’en ai besoin ? »
Le directeur de l’Agence centrale de renseignement de Corée soupira.
« Je ne peux pas le faire libérer. »
« Pourquoi ? »
« Comment ça, pourquoi ? Pourquoi est-ce que je le ferais ? Si tu veux défendre une cause, tu dois être prêt à risquer ta vie. Il s’est engagé dans un mouvement sans y être préparé ? Le monde n’est pas une plaisanterie. »
Han San ne sut que répondre. Il ne savait même pas exactement ce que l’étudiant avait fait pour se faire arrêter.
« Il est encore jeune. »
« Grand frère. Tu prends aussi cet étudiant de haut. S’il a réfléchi avant d’agir, puis qu’il a perdu, il doit en accepter les conséquences.
Grand frère, c’est une question de pouvoir. C’est la guerre. »
Une fois de plus, Han San ne sut que répondre.
« La guerre… Ça fait combien de temps que les gens d’une même nation ne se sont pas affrontés à coups de fusils et de lames ? Il faut déjà recommencer ? »
« Alors, ce serait pour quand ? Ce serait plus acceptable dans dix ans ? »
Cette fois encore, Han San renonça à répliquer. À bien y réfléchir, il n’avait aucune chance de battre son petit frère si futé dans une dispute.
Les mots n’avaient jamais servi à rien, de toute façon.
« Fais-le libérer, c’est tout. »
« Pourquoi ? »
« Parce que ton grand frère te le demande. »
Han Bada porta une main à son front.
« Grand frère. Ce n’est pas comme si je pouvais exaucer toutes tes demandes…
Enfin, si, je le pourrais. Mais, grand frère, ces faveurs sont une ressource limitée, comme l’argent. C’est juste qu’elles ne s’affichent pas devant tes yeux sous forme de chiffres. »
Han San comprit au moins cela. Plus on dépensait d’argent, moins il en restait.
Autrement dit, si Han Bada accédait à cette demande, il risquait de ne pas pouvoir satisfaire la suivante, ni celle d’après.
Malgré tout, Han San dit :
« Fais-le. »
« Ça en vaut autant la peine ? »
« Je n’ai pas vraiment eu d’autre chose à te demander, jusqu’ici. »
Han San bomba le torse en disant cela.
Han Bada plissa les yeux en regardant son frère, puis lâcha d’un ton désinvolte :
« Comme si tu ne m’avais jamais rien demandé. Tu t’es couvert de ridicule en jouant aux dés au Pavillon de Jade du Sud. Devant la troisième demoiselle de cette famille de gangsters. »
Han San se racla la gorge.
« Non, c’était à cause de ce salaud de Taeyang… »
« Franchement, c’est lamentable. Grand frère, tu ne pourrais pas essayer de vivre correctement ? C’est si difficile que ça ? »
Tout en débitant ces paroles venimeuses, Han Bada passa un coup de fil. Cela ne prit pas longtemps.
« Il a été libéré. »
Son grand frère s’illumina d’un large sourire.
« Merci. »
« Bon. Mais juste cette fois. »
« On verra bien. »
« Qu’est-ce qu’il y a à voir ? »
Son petit frère agita la main, comme s’il en avait par-dessus la tête.
Mais l’expression de son grand frère devint grave.
« Tu devrais y réfléchir, Bada. On dit que ce que tu as fait, c’était un coup d’État. »
« Un coup d’État ? C’était une révolution. »
« Tu le crois vraiment ? »
« Est-ce que ça change quelque chose ? »
Son grand frère le regarda.
Son petit frère haussa les épaules.
« Non. »
« C’est vrai. »
Son petit frère ne s’étendit pas sur le sujet, et Han San ne lui demanda pas d’explications. Il lui suffisait de savoir ce qu’il pensait.
Avant de partir, il ajouta tout de même :
« Ne t’accroche pas trop. »
« Quoi ? »
« Si tu fais un coup d’État, ça risque de te retomber dessus plus tard. Et alors, il faudra renverser le coup d’État. »
Le silence tomba.
Son petit frère leva une main.
Sa main osseuse se posa sur ses lunettes anguleuses, les dépassa, puis pressa fort ses deux tempes. Il montra les dents, expira longuement comme une bête, puis cracha les mots comme s’il les mâchait pour les réduire en miettes.
« Grand frère. »
« Oui ? »
« J’aimerais que tu meures.
De la façon la plus douloureuse possible. La plus misérable possible. Ça me rendrait tellement, tellement heureux que tu sois malade et que tu souffres pendant très longtemps avant de mourir. »
Son grand frère se gratta l’arrière du crâne et sortit.
Pendant un long moment, son petit frère fixa la porte par laquelle il était parti.
Puis une voix de femme retentit derrière lui.
« Tu veux que je m’occupe de lui ? »
« Euh… Su-jeong. Tu as déjà entendu parler de [ça] ? »
Han Bada sortit un bout de papier de sa poche, y écrivit soigneusement quelque chose, puis le lui tendit.
[ Capacité d’apprentissage ]
Kim Su-jeong déchira le billet en lanières et les lui lança, une par une.
« Oui. »
« Si tu en as entendu parler, pourquoi répètes-tu la même chose depuis plus de dix ans ? »
« Ce reproche est injuste. »
Kim Su-jeong continua à lui lancer des bouts de papier tout en poursuivant :
« Si je veux m’occuper de cet homme, là, tout de suite, c’est entièrement de mon plein gré. »
« Su-jeong aurait donc eu une volonté propre ? »
« Elle m’est venue dès que je l’ai entendu dire : “renverser le coup d’État”. »
« Ah. »
Han Bada comprit parfaitement.
Il ne donna pas son accord.
12. 1968, grand frère : cinquante-trois ans, petit frère : quarante-trois ans
Un était devenu deux, et ce qui s’était produit deux fois ne pouvait manquer de se produire une troisième.
Nombreux furent ceux qui vinrent chercher l’aîné. Une connaissance avait été arrêtée, et ils le suppliaient de faire libérer cette personne.
L’aîné choisissait à sa manière les affaires qu’il soumettait à son petit frère. Celui-ci fronçait les sourcils à chacune de ses visites, mais évitait de le rencontrer. Pourtant, chaque fois que Han San réussissait malgré tout à s’imposer, il finissait par accéder à sa demande.
Le cadet finit par tomber en disgrâce.
« Mon cher, tu n’es plus tout à fait toi-même ces derniers temps. »
« Je vous prie de m’excuser, Votre Excellence. »
Monsieur Han Bada sourit aimablement et se gratta l’arrière du crâne.
L’homme à qui les lunettes de soleil allaient si bien le regarda, les lèvres pincées. Il n’ajouta rien.
Peu après, monsieur Han Bada fut écarté de la vie politique.
Les journaux ne donnèrent pas de détails.
Certains affirmèrent qu’un homme nommé Kim Hyeong-uk l’avait évincé. D’autres que c’était dû à la situation familiale de Son Excellence. Un journaliste imprudent d’un magazine mensuel avança qu’on avait prétexté son opposition présumée, dès le départ, à l’amendement constitutionnel autorisant un troisième mandat.
Chacun choisit la raison qui lui plaisait ; l’aîné en trouva donc une à lui.
« C’est à cause de moi ? »
Son petit frère, qui buvait chez lui à Cheonggu-dong, ricana.
« Parce que je faisais libérer tous ceux que tu me demandais de libérer ? »
Han San ouvrit la bouche, puis la referma.
Il baissa ensuite la tête.
« Si c’est à cause de moi… »
« Laisse tomber. Ce n’est pas ça. »
« …Vraiment ? »
« Oui. Que quelques personnes comme ça soient emprisonnées ou libérées… Non. Son Excellence n’est pas du genre à s’inquiéter de ce genre de choses. »
« Alors, quoi ? »
« Eh bien… autre chose, surtout. »
Son petit frère sortit deux cigarettes de sa poche.
Son grand frère fronça les sourcils.
« Tu fumes ? »
« Pourquoi ? Toi aussi, tu fumes. »
« Hé, ce n’est pas pareil. Moi, je fume parce que j’ai toujours fumé, mais toi… »
Il s’interrompit quand une cigarette se glissa entre ses lèvres.
Son petit frère en mit une dans sa propre bouche, puis tendit un briquet à son grand frère. Han San le dévisagea, les sourcils froncés, puis finit par soupirer et allumer le briquet.
Les deux cigarettes se touchèrent par leur extrémité et s’embrasèrent en même temps.
Son petit frère reprit la parole après quelques bouffées.
« Quand j’ai été écarté, tu sais… »
« Oui. »
« Su-jeong est morte. »
Son grand frère se figea.
« …C’était qui ? »
« Quelqu’un que tu n’as jamais rencontré. Une femme qui était simplement à mes côtés. » Il ajouta : « Le genre de personne qu’ils ont dû tuer pour m’écarter. »
Son petit frère tira une bouffée, extraordinairement profonde.
Après avoir exhalé un long ruban de fumée, il reprit :
« Son Excellence, grand frère… »
Son petit frère dit :
« C’est quelqu’un qui vous met très à l’aise quand vous le regardez. »
Parlant calmement de l’homme qui avait tué la femme à ses côtés, de celui qui avait dû en donner l’ordre, son petit frère le décrivit ainsi :
« Il sait ce qu’il veut. Il va le chercher. S’il écrase quelqu’un en chemin, il se dit : “Ah, je l’ai écrasé ? Qu’est-ce que j’y peux ? Ça arrive. Mon cher, comprenez-moi, vous savez ce que je ressens.” Et puis il continue. »
Voilà le genre de personne qu’était Son Excellence, disait son petit frère.
Le genre de personne.
« Il vous met à l’aise quand vous le regardez. Parce qu’il donne l’impression d’être le héros de ce monde. »
« Le héros ? »
« Oui. Un héros doit être comme ça. Il ne doit jamais flancher.
Comparé à lui… »
Son petit frère ricana et jeta un coup d’œil à son aîné. Derrière ses lunettes, ses yeux se plissèrent, traversés d’une brève tendresse.
« Grand frère, toi, tu n’as absolument rien d’un héros. Te regarder rend tout simplement les choses lamentables. »
Son grand frère ne sut que répondre.
« …Tu vas bien ? »
« Je vais bien. Su-jeong n’était pas si importante. Elle était comme un bras. On peut vivre sans un bras, pas vrai ? C’était tout. Son Excellence pouvait aussi la tuer sans en être accablé. »
Son grand frère se mordit la lèvre.
« Si tu veux te venger… »
« Ah, bon sang, grand frère ! »
Monsieur Han Bada fronça vivement les sourcils. Il tira sur sa cigarette jusqu’au filtre.
« Je ne parle pas de ça… Non. Pourquoi est-ce qu’on parle de vengeance, maintenant ? Franchement. Discuter avec toi… Qu’est-ce que tu racontes ? On n’arrive pas du tout à se comprendre…
Monsieur Tono comprend tout de suite. »
Han San fronça lui aussi vivement les sourcils.
« Pourquoi tu me parles de ce salaud ? »
« À ton avis ? Parce que tu racontes des choses ennuyeuses, grand frère. »
Han San ne sut vraiment pas quoi répondre.
La vengeance, c’était ennuyeux ?
Cette femme qui avait été à ses côtés… une collègue, sans doute, en ce sens. Faire des plans pour se venger de celui qui avait tué une telle collègue, c’était vraiment une conversation ennuyeuse ?
Monsieur Han Bada qualifiait cela de conversation ennuyeuse.
Et ce n’était pas tout.
« Après ça, je continuerai aussi à aider Son Excellence. Nous nous brouillerons en public, mais je l’aiderai pour diverses choses en coulisses. »
« Pourquoi… ? »
« Pourquoi ? Il l’a prouvé en tuant Su-jeong. Il est vraiment le héros. »
Han San ne comprit pas en quoi cela prouvait quoi que ce soit, et monsieur Han Bada ne s’expliqua pas.
« Alors je dois continuer à le regarder. »
Monsieur Han Bada écrasa simplement sa cigarette sur la table.
« Ce serait ennuyeux si le héros tombait de son piédestal. »
Et monsieur Han Bada fit exactement ce qu’il avait dit.
Comme si son attitude tiède n’avait été qu’un mensonge, il soutint Yushin[3]. Dans les années soixante-dix, alors qu’il n’avait pas encore cinquante ans, il devint Premier ministre.
Il ne s’arrêta pas là. Il enchaîna un troisième, un quatrième, et même un cinquième mandat à l’Assemblée nationale.
Han San ne comprit pas comment il avait pu faire cela.
Onze années passèrent.
13. 1979, grand frère : soixante-quatre ans, petit frère : cinquante-quatre ans
Le 26 octobre 1979, un homme mourut.
L’homme à qui les lunettes de soleil allaient si bien avait occupé un poste assez important en Corée du Sud. Naturellement, tout le pays fut plongé dans le tumulte.
Han San appela son petit frère. Celui-ci ne répondit pas ; l’aîné se rendit donc à son hôtel particulier.
C’était le même endroit, mais le nom du quartier administratif avait changé entre-temps.
De Cheonggu-dong, il était devenu Sindang-dong.
Han San ne comprenait pas pourquoi on avait changé un nom qui convenait parfaitement.
[ Apparemment, ils voulaient mettre du vin nouveau dans de vieilles outres[4]. ]
Il ignorait quel vin ils voulaient mettre dans quelle outre, mais il comprit qu’ils tenaient à ce que tout le monde sache que le changement avait eu lieu.
Après tout, le plat appelé tteokbokki[5], qui existait depuis la fin de la guerre, commençait à être de nouveau largement connu sous le nom de tteokbokki de Sindang-dong.
L’aîné apporta des tteokbokki en venant voir son petit frère. Celui-ci en prit un sans protester et le mangea.
« Il est allé jusqu’au bout comme un véritable héros. »
C’est ce que dit monsieur Han Bada. Il n’avait pas l’air triste, mais ne semblait pas non plus s’en réjouir.
S’il était possible de décrire une telle expression, il avait l’air d’un spectateur qui venait de regarder tomber le rideau sur une pièce.
[ C’était une bonne pièce. Ma note est… ]
Han San ne parvenait toujours pas à comprendre cette façon de voir les choses.
« Le héros ne devrait-il pas survivre ? »
« Quoi ? »
« Si le héros meurt, l’histoire devrait s’arrêter. Mais rien ne semble s’être arrêté. La radio continue d’émettre, la télévision aussi, la neige tombe toujours sur les montagnes et j’ai toujours mal aux genoux. »
« Grand frère. »
Son petit frère le regarda. Une légère réprobation se lisait dans ses yeux.
« Essaie de regarder autre chose aussi. Ne lis pas que des romans de wuxia. »
Son grand frère se sentit gêné. Pour la première fois depuis très longtemps, il se gratta l’arrière du crâne devant son petit frère.
« Qu’est-ce qu’ils ont, les romans de wuxia… ? »
« Il y a Les Trois Royaumes, tu sais. Liu Bei, Guan Yu, Zhang Fei, Cao Cao, Sun Quan, Zhuge Liang. Même après leur mort à tous, l’histoire continue. »
Son grand frère savait au moins cela.
Qui, dans ce monde, ne connaissait pas Les Trois Royaumes ? Le grand, le très grand, l’immense dessinateur Go U-yeong[6] était en train de publier une bande dessinée sur Les Trois Royaumes dans le Daily Sports.
Pourtant, comme tout le monde, l’aîné ne connaissait pas très bien Les Trois Royaumes.
« Et après, qu’est-ce qui se passe ? Je crois l’avoir lu, mais je ne m’en souviens pas très bien. »
Son petit frère resta silencieux un instant.
« Voilà le problème. »
Personne ne se souvenait de la suite des Trois Royaumes après la plaine de Wuzhang. Pour son petit frère, la raison était évidente.
« La suite n’est pas intéressante. »
Et les choses se passèrent ainsi.
Le 12 décembre, les deux Sima[7] de Corée du Sud s’emparèrent du pouvoir.
Notes :
[2] L’Agence centrale de renseignement de Corée, ou KCIA, fut le principal service de renseignement et de sécurité politique de la Corée du Sud de 1961 à 1981, ainsi qu’un instrument majeur du régime autoritaire.
[3] Yushin, ou « réforme revitalisante », désigne l’ordre politique autoritaire instauré par Park Chung Hee en 1972, qui visait à concentrer les pouvoirs entre les mains du président.
[4] « Mettre du vin nouveau dans de vieilles outres » est une expression biblique qui signifie placer une nouveauté dans un cadre nouveau.
[5] Le tteokbokki est un plat coréen composé de gâteaux de riz moelleux, généralement servis dans une sauce épicée. Après la guerre, le quartier de Sindang-dong, à Séoul, s’en est particulièrement fait connaître.
[6] Go U-yeong (1939-2005) était un dessinateur coréen célèbre pour ses bandes dessinées historiques satiriques, notamment son adaptation des Trois Royaumes.
[7] Les « deux Sima » font allusion au clan Sima, qui renversa l’État de Cao Wei et fonda la dynastie Jin après l’époque des Trois Royaumes. Ce surnom ironique assimile les deux chefs du coup d’État du 12 décembre à ce clan.
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