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Traducteur/éditeur : ZERO_SUGAR
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Chapitre 143 : Grande Calamité 【Grande Inond■tion de ■■■】 (9)
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Ce jour-là, il pleuvait dans la vallée de Sebeom.
Les préparatifs du hameau du Milieu étaient achevés. C’était pour cela qu’il était à l’abri.
Ce n’était pas le cas du Hameau supérieur.
Les plaintes fusèrent de toutes parts.
« Pourquoi notre hameau est-il le seul dans cet état, alors que celui d’en bas se porte bien ?! »
« Ils auraient au moins pu bâtir quelques murs. Mais qu’est-ce que nos anciens ont fichu ? »
Bien sûr.
Comparé au reste des huit provinces, ils ne s’en sortaient pas si mal.
Au même moment, les trois provinces du Sud et tout ce qui s’étendait plus bas étaient en train de devenir un enfer. Même dans la vie précédente de Han San, le Hameau supérieur avait traversé la Grande Inondation de l’année Gap-sul sans perdre une seule personne.
Mais comment les habitants du Hameau supérieur auraient-ils pu connaître la situation dans le reste des huit provinces ou la chronologie du régresseur ?
Les gens ne voient jamais que leur propre maison et celles de leurs voisins. Ici, le voisinage, c’était le hameau du Milieu, étendu juste en contrebas.
« Tss. La Vieille Wangdae n’est même pas là. »
« Voilà pourquoi tant de gens ont déménagé au hameau du Milieu ces derniers temps. »
Leur mécontentement était bien naturel.
Mais à mesure que le temps passait et que la pluie redoublait, leurs plaintes se muèrent en perplexité.
« J-Jeune Maître ! Jeune Maître Cheol-min ! »
Jin Ssi accourut en se tenant la tête, suppliant à grands cris.
« La terre ! De l’eau boueuse dévale de derrière notre maison ! Qu’est-ce qu’on… qu’est-ce qu’on doit faire ? »
« Calmez-vous. »
Shin Cheol-min, qui avait seize ans, avait déjà enfilé son imperméable. Il jeta un coup d’œil en direction du sarangchae[1], puis sortit.
« Là ! Ne bouchez pas ce fossé, dégagez-le ! Ne restez pas sous les avant-toits !
Cette remise ! Ne vous préoccupez pas de ce qui est mouillé en dessous ! Déplacez seulement ce qui se trouve au-dessus ! Déplacez tout ce que vous pouvez, vite ! »
Ses instructions étaient précises.
Car…
« J’ai tout appris directement de grand frère San, avant cette inondation. »
Cheol-min avait toujours été doué pour tout, même après seulement quelques essais.
« A-Ah ! Le sol est devenu glissant d’un coup… »
« Mes mains ! Elles sont couvertes d’ampoules ! »
Le problème, c’était que les habitants du Hameau supérieur avaient rarement seulement mouillé leurs mains.
Ils avaient toujours refilé les gros travaux au hameau du Milieu. Et depuis août dernier, quand ils n’avaient plus pu exploiter ses habitants, ils avaient tout confié à des ouvriers embauchés.
Heureusement, ces mêmes ouvriers comblaient largement le manque.
« Jeune Maître Cheol-min, nous avons terminé tout ce que vous nous aviez demandé. »
« Merci, oncle Ju-bal. Je suis désolé, mais pourriez-vous aller aider chez Jin Ssi, là-bas ? »
« Oui. »
Il y avait encore une autre bonne nouvelle.
« Cheol-min ! Dis-nous si on peut faire quelque chose pour aider ! »
« Hum. Jeune Maître Cheol-min, pour être honnête, je n’avais pas envie de venir. Le Hameau supérieur est devenu bien trop petit pour que je l’appelle encore mon pays. Mais ce grand gaillard de San m’a dit de venir aider si je le pouvais, alors je suis venu. Tu ferais bien de m’en être reconnaissant. »
Han San avait envoyé des gens en avance pour leur prêter main-forte.
Im Baechil, né au Hameau supérieur mais pratiquement chassé vers le hameau du Milieu, arriva à la tête d’un groupe, aux côtés de Deok-tae, dont la maison se trouvait toujours au Hameau supérieur, mais qui vivait pratiquement au hameau du Milieu.
« … Oui. Merci, grand frère Baechil. Oncle Deok-tae. »
Le jeune oligarque de seize ans inclina la tête devant l’homme qu’il avait traité d’idiot jusqu’au début de l’année précédente, et devant l’intendant qu’il avait méprisé en le considérant comme un homme de basse extraction.
Mais Baechil et Deok-tae se contentèrent de sourire. Aucun des deux ne mentionna le passé.
Baechil était simplement doux de nature, mais dans le cas de Deok-tae, c’était entièrement l’influence de Han San.
« Si je continue à m’attarder sur des broutilles et à me ronger les sangs, je ne pourrai jamais suivre les pas de géant de ce gaillard. »
Deok-tae chassa ces pensées et lança de sa voix habituellement douce :
« Bien ! Baechil, grosse brute ! L’eau, il ne faut pas la bloquer, il faut la guider. Tiens ce piquet, là-bas, et ne le lâche pas ! »
« O-Oui ! Ancien Deok-tae ! »
Tandis que la famille de Deok-tae, qui avait géré Meokbawi Valley toute leur vie, prenait position d’un côté, Im Baechil enfonça un piquet dans la boue.
Cho Seo-bang, vice-président du conseil de gestion de Meokbawi Valley, déplia ensuite les bâches et les cordes qu’il avait apportées du hameau du Milieu. Ju Ssi, qui vivait lui aussi pratiquement dans ce hameau, était déjà venu prêter main-forte.
« Je les ai prises dans l’entrepôt du patron. Il a dit qu’on pouvait s’en servir comme on voulait. »
Une fois la structure de base en place, les lettrés du Hameau supérieur, complètement désemparés, se mirent enfin au travail.
En peu de temps, le Hameau supérieur fut provisoirement remis en état.
« Bon sang ! On l’a échappé belle. »
« Merci, Jeune Maître Cheol-min. Et… ah, merci aussi, Baechil… Ancien Deok-tae et Ju Ssi. »
Jin Ssi les remercia.
Monsieur Baek, le forgeron, s’approcha à son tour et s’inclina.
« Merci, vraiment. Je n’aurais jamais cru qu’on nous viendrait en aide ainsi. »
« A-Ah, oncle. Je vous en prie, ne faites pas ça. Vous m’avez beaucoup aidé quand j’habitais ici… »
Cheol-min regarda Im Baechil agiter gauchement les mains, un léger sourire aux lèvres.
Alors seulement, la fatigue s’abattit sur lui.
Il laissa le nettoyage à Monsieur Baek, qui appartenait lui aussi à l’élite, puis s’écarta.
« Oncle Ju-bal, oncle Cheol-jun, veillez sur ma mère et mon père, s’il vous plaît. »
« Vous vous en sortirez seul, Jeune Maître ? »
« Oui. Je vais me reposer un peu. »
Cheol-min retourna dans la maison où il logeait actuellement. C’était le manoir où avait vécu Yun Cheom-ji. Il s’assit sur la véranda en bois et retira son imperméable trempé.
« Au moins, les enfants sont à Mogok. C’est déjà ça. »
Hyeok, avec qui il avait joué, et même les plus jeunes. Tous les enfants du Hameau supérieur avaient été emmenés à l’académie Han-ga par grand frère San, au printemps.
Cheol-min lui-même n’y était jamais allé, mais c’était un endroit que grand frère San avait créé. Ils étaient sûrement tous en sécurité et bien installés.
« Quand j’en aurai l’occasion, un jour… »
C’est alors qu’un frisson glacial lui parcourut l’échine.
Shin Cheol-min leva les yeux, stupéfait, tandis que sa peau se hérissait. La porte du sarangchae s’était ouverte sans bruit. Quelqu’un était assis sur la véranda.
C’était Yun Cheom-ji.
L’homme s’était enfermé dans le sarangchae depuis le dernier Chuseok. Et voilà que le maître des lieux sortait de cette pièce, où seuls les trois repas quotidiens étaient entrés et sortis.
La première pensée de Cheol-min fut que Yun Cheom-ji avait maigri. Son visage, déjà raffiné, était maintenant marqué par des pommettes saillantes, et ses cheveux blancs lui tombaient jusqu’à la nuque.
Dans la brume de pluie qui se levait, il avait tout d’un immortel[2].
Cheol-min comprit soudain pourquoi sa mère était si belle.
« Pourquoi êtes-vous sorti ? » demanda-t-il.
Tout en posant la question, Cheol-min crut déjà connaître la réponse. Yun Cheom-ji se mettrait en colère et lui demanderait s’il n’avait pas le droit de sortir, ajoutant que cette maison était toujours la sienne.
C’était bien le genre d’homme prévisible qu’était son grand-père maternel.
Mais ce ne fut pas la réponse qu’il reçut.
Yun Cheom-ji contemplait en silence le Hameau supérieur sous la pluie. Les cours pleines de boue. Les tas de terre que les gens avaient entassés. L’eau boueuse qui coulait dans les fossés, et les habitants qui reprenaient leur souffle à leur bord.
Son regard s’attarda un peu plus longtemps sur le visage d’Im Baechil.
Cheol-min fronça les sourcils.
« Le vent est froid. Vous devriez rentrer vous reposer… »
« Il y avait un endroit où je n’aurais pas dû reculer, et pourtant je l’ai fait. »
Cheol-min se figea.
« Le reste de ma vie n’a consisté qu’à défendre ce pas en arrière. »
Yun Cheom-ji regardait toujours le Hameau supérieur.
« Cela n’aurait pas dû se passer ainsi. »
Pendant un instant, Shin Cheol-min ne comprit pas. Puis son cœur se serra.
Jamais le garçon n’avait entendu son grand-père maternel prononcer de telles paroles. Chaque maxime des sages, chaque remontrance et chaque leçon qui lui était sortie de la bouche avait servi à le protéger lui-même et à rabaisser les autres.
Et pourtant, ce grand-père disait que cela n’aurait pas dû se passer ainsi.
« Grand-père, pourquoi est-ce que tu dis ça, tout à coup… »
À cet instant, on plaqua une main sur la bouche de Shin Cheol-min.
« Mmph ?! »
La paume était humide. Elle empestait la sueur aigre et l’eau de rivière.
Cheol-min, pris par surprise, tenta de se débattre, mais quelqu’un lui appuya violemment sur la clavicule par-derrière. Dans un bref aperçu, il vit que cette personne était vêtue de blanc.
Ils étaient trois dans la maison. L’un tenait Cheol-min, un autre se tenait près de lui, et le dernier se tenait aux côtés de Yun Cheom-ji.
« Yun Cheom-ji. »
L’homme près de Yun Cheom-ji prit la parole. Il tenait un fusil de chasse Murata.
« La Vieille Wangdae… a dit que vous comprendriez tout de suite. »
« Oui. »
Yun Cheom-ji hocha la tête.
Il regarda une nouvelle fois autour de lui. Le Hameau supérieur. L’endroit que son petit-fils maternel avait si bien défendu contre les vestiges du Tigre d’Eau.
Selon la Vieille Wangdae, il ne leur restait plus qu’à s’en emparer.
Yun Cheom-ji demanda :
« Et le Père Cho ? »
« Quoi ? »
L’homme au fusil de chasse Murata lui retourna la question. Une expression fugace traversa son visage.
Cela suffit à Yun Cheom-ji pour comprendre.
« Je vois… »
Puis Yun Cheom-ji se tourna vers son petit-fils maternel.
« Cheol-min. »
La bouche toujours couverte, Shin Cheol-min lança un regard furieux à Yun Cheom-ji.
« Mmph !! »
Des éclairs jaillirent des yeux du garçon de seize ans. Il crut avoir compris la situation.
C’était un piège !
Tout, absolument tout, n’avait été qu’un piège !
Son grand-père maternel, ce méchant de pacotille tellement prévisible, avait fait semblant d’être faible et s’était enfermé dans le sarangchae tout en s’alliant en secret à des gens comme eux !
« Mmph ! Mmph ! »
Le garçon serra les dents. Des larmes de colère et de ressentiment lui montèrent aux yeux.
Ces deux émotions étaient dirigées davantage contre lui-même que contre Yun Cheom-ji.
Je l’ai juste mis dans l’arrière-salle en me disant que l’affaire était réglée !
Cela n’aurait pas dû se passer ainsi !
Il aurait dû régler ça comme il fallait au dernier Chuseok. Mais il avait reculé alors qu’il n’aurait pas dû, parce qu’il s’était demandé comment il pouvait faire ça à son propre grand-père maternel. Et maintenant, tout cela avait fini comme ça…
« Tu apprends vite. »
Yun Cheom-ji sourit en disant cela. Ce sourire mit le feu au cœur de Cheol-min.
Mais alors…
« Ce n’est pas ce que je voulais t’enseigner. »
Yun Cheom-ji se leva de la véranda et regarda son petit-fils maternel.
« Je ne te dis pas de ne jamais reculer d’un endroit où tu ne devrais pas reculer. »
Dans le bruit de la pluie…
« Tu peux reculer autant que tu veux. »
Sa voix résonna plus clairement que toutes les maximes des sages qu’il avait jamais prononcées.
« Il te suffit d’avancer d’autant plus. »
Au même instant, Yun Cheom-ji passa à l’action.
Tout se produisit en un éclair.
« Euh… », fit l’homme qui tenait le fusil de chasse Murata.
Clac !
Le fusil se trouvait déjà dans la main de Yun Cheom-ji.
Yun Cheom-ji bondit, comme s’il se jetait en avant.
Année Eulmi. À quinze ans, il avait combattu l’armée régulière aux côtés d’une unité de l’Armée des Justes. Près de quarante ans plus tard, son corps se souvenait encore de ces gestes.
Boum !
Le corps de l’homme qui tenait Shin Cheol-min tressaillit. L’odeur de la poudre se mêla à celle du sang, et la main qui couvrait la bouche de Cheol-min se relâcha peu à peu.
Yun Cheom-ji braqua le canon sur les deux autres.
Boum !
Mais le fusil de chasse Murata ne tirait qu’un coup. Le deuxième coup de feu ne venait donc pas de Yun Cheom-ji.
L’homme à côté de Cheol-min avait lui aussi une arme.
L’épaule de Yun Cheom-ji éclata et il s’effondra sur la véranda.
« Hé, si tu tires avec une arme… !! »
« I-Il a tiré le premier, ce vieux ! Alors… !! »
Les deux hommes en blanc crièrent, complètement désemparés. Mais avant qu’ils aient pu finir, le Hameau supérieur fut secoué par un tumulte.
« C’était quoi, ce bruit ?! »
« Ça venait de la maison de Yun Cheom-ji ! Jeune Maître ! »
« Cheol-min !! »
« Hé ! Vous, là ! Qui êtes-vous ?! D’où sortez-vous ?! »
Ces voix venaient de ceux qui, quelques instants plus tôt, avaient uni leurs forces pour défendre le Hameau supérieur.
Les ouvriers qui portaient des pelles, Im Baechil qui tenait un piquet, Deok-tae qui restait là, bouche bée, Jin Ssi, Ju Ssi, et même les lettrés du Hameau supérieur, qui avaient accompli de vrais travaux pénibles pour la première fois de leur vie, accoururent tous.
« M-Merde ! »
« Le grand magistrat… la Vieille Wangdae… Ah, merde, fait chier ! »
Les hommes en blanc s’enfuirent aussitôt, abandonnant leur camarade mort. Ils s’élancèrent sous la pluie.
Shin Cheol-min n’eut pas le temps de s’en soucier.
Shin Cheol-min, le garçon de seize ans, courut vers son grand-père maternel à terre et le prit dans ses bras.
« Grand-père !! »
Son épaule, l’épaule de son grand-père, cette épaule si maigre. Le sang, la chair, les os, cette épaule. Il pleuvait, mais Shin Cheol-min essayait simplement d’appuyer dessus de ses deux mains. Ah, qu’est-ce qu’il devait faire ? On ne lui avait jamais appris quoi que ce soit de pareil. Grand frère San ne lui avait jamais rien enseigné de semblable, rien de pareil.
« Cheol-min. »
Yun Cheom-ji prit la parole. Ses yeux étaient tournés vers le ciel couvert de nuages de pluie.
« Je n’ai pas avancé. Toi… ne deviens pas comme moi. Répare ça, et… »
« Grand-père. »
« Répare ça… si tu répares ça, si tu fais une erreur, si tu fais mal, alors… »
« Grand-père ! Ne parle pas ! Je… je vais chercher quelqu’un, grand-père ! »
« Ta mère… Ju-bal… Cheol-jun… »
La main de Yun Cheom-ji tâtonna jusqu’à trouver le dos de celle de son petit-fils maternel.
« Dis aussi à Baechil… que je suis désolé… un jour… »
Im Baechil, le premier à avoir franchi le mur en courant, s’immobilisa.
Yun Cheom-ji ferma les yeux.
« Grand-père !! »
La voix du garçon l’appela.
En l’entendant s’éteindre rapidement, Yun Cheom-ji se souvint du temps où lui aussi avait été un garçon.
C’était l’année Eulmi.
Cette année-là, de nombreux traîtres semaient le trouble dans le pays. Quelqu’un devait se lever. Alors il l’avait fait. Il s’était levé et avait combattu. Il avait fermement cru que c’était ce qu’un noble devait faire[3].
Non…
Ce n’était pas la vérité.
En réalité, ce n’étaient que les paroles de son maître… À l’époque, il n’était qu’un garçon… Il ne savait rien… Emporté par l’enthousiasme, il avait simplement cru que tout ce que disait son maître était juste…
Des hommes de basse extraction et des gens de la classe intermédiaire[4] marchaient ensemble en groupes. Des lettrés confucéens ouvraient des manuels militaires et débattaient de stratégie. Sous ce ciel bleu, le cœur de Yun Seung-mun, quinze ans, bondissait de joie simplement parce qu’il se trouvait là, parmi tous ces gens.
Parmi eux, un homme à la barbe épaisse lui sourit et lui fit signe d’approcher.
[ Eh bien ! Voilà un vrai jeune maître ! Tu ne sais pas charger la poudre ? Viens, je vais te montrer. J’étais chasseur, alors je m’y connais sur le bout des doigts. ]
Une grosse main prit sa main blanche et lui montra comment mesurer la poudre.
Seung-mun avait toujours été doué pour tout, même après seulement quelques essais.
Le garçon de quinze ans fut ravi de voir ses mains, qui n’avaient jamais joué dans la terre, apprendre à manipuler la poudre avec adresse. L’homme à la barbe épaisse fut encore plus ravi que lui.
Quelques mois passèrent.
[ Kim Baek ! Tu as osé demander pourquoi des renforts n’avaient pas été envoyés ? Un chasseur de basse extraction se permet d’humilier les nobles et de troubler la discipline militaire ! ]
Les lettrés confucéens refermèrent leurs manuels militaires et rendirent leur verdict. Tandis que résonnaient les sévères paroles des sages, l’homme à la barbe épaisse fut attaché à un poteau. Comme il était coupable d’avoir bafoué l’ordre établi entre supérieurs et inférieurs, les jeunes hommes issus de familles nobles exécutèrent la sentence.
Ce jour-là, le jeune maître de quinze ans posa le doigt sur la détente et pensa : Ce n’est pas juste.
Il voulait le dire.
Vous ne pouvez pas faire ça.
Il voulait s’avancer et le dire à son maître et à ses condisciples plus âgés.
Nous nous sommes soulevés pour rendre ce monde meilleur.
C’est ce que pensa Seung-mun, qui avait quinze ans.
Mais il n’en fut pas capable.
Le garçon baissa la tête et recula d’un pas.
Il appuya sur la détente.
Le ciel bleu éclata au bruit du coup de feu, et les paroles des sages, descendues d’un lieu infiniment élevé, se dressèrent devant le garçon qui avait reculé.
Quarante ans.
Puis, soudain…
Ah.
Un soupir s’échappa des lèvres du vieil homme ridé.
C’était du regret, un souhait, un désir ardent.
« Grand frère Baek-seon. »
Yun Cheom-ji referma la bouche. Sa tête retomba.
Enfin, tout devint silencieux.
L’enfance laissée derrière lui avec ce coup de feu fut recouverte par la pluie et s’endormit.
Notes :
[1] Le sarangchae était l’aile séparée d’une demeure coréenne où logeaient le chef de famille et les invités masculins.
[2] Seonpung dogol, littéralement « vent d’immortel et os de taoïste », est une expression classique évoquant une élégance raffinée et surnaturelle.
[3] Les yangban formaient l’élite héréditaire de la Corée de Joseon, traditionnellement associée aux fonctions officielles, aux études et à la propriété foncière.
[4] Les jungin, littéralement « gens du milieu », formaient une classe intermédiaire héréditaire de spécialistes techniques et de commis, située sous les yangban et au-dessus des gens du peuple.
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