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Traducteur/éditeur : ZERO_SUGAR
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Chapitre 136 : Grande calamité 【Grande Inondation de l’année Gap-sul】 (2)
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« Se préparer ? Tu crois vraiment qu’une inondation va arriver, chéri ? »
Yoshihiro acquiesça à la question de sa femme.
« Oui ! »
Yoshihiro avait travaillé sur le chantier de Meokbawi Valley.
Pendant des mois, alors qu’il empilait des pierres et mélangeait du ciment, il avait vu le président du Commerce Myriad de Han venir en personne tous les quelques jours inspecter les travaux.
« Il fait peut-être toute une histoire pour rien. Tu disais qu’il était jeune. Tu n’en as pas vu, des gens de son âge gagner de l’argent puis le dépenser dans leur village natal comme s’ils s’y bâtissaient un monument ? »
« Si. Au début, je l’ai pris pour l’un d’eux. Mais les gens comme ça ne se comportent pas ainsi. »
Un contremaître vieillit sur les chantiers. Au fil des années, Yoshihiro avait vu plus de projets qu’il ne pouvait en compter.
« Ceux qui dépensent leur propre argent pour construire des ponts et des murs chez eux ne viennent pas tout inspecter eux-mêmes. La plupart restent à l’écart, les mains derrière le dos, en se disant que tout se fera comme il faut. »
« Ah bon ? Même quand ils financent eux-mêmes un projet pour le village ? »
« Oui. Je ne sais pas exactement ce qui leur passe par la tête. Ils se disent peut-être qu’en dépensant l’argent, ils ont fait leur part. Ou alors, ils s’imaginent qu’ils sont devenus trop importants et qu’aller sur le chantier pour rabrouer les ouvriers nuirait à leur dignité…
« Mais ce jeune président n’était pas comme ça. Il vérifiait chaque détail comme s’il faisait construire sa propre maison. »
Il y avait du vrai là-dedans.
Personne n’était idiot en ce monde. La plupart agissaient de la manière qui leur semblait la plus raisonnable.
Ceux qui n’avaient pas vu les travaux s’inventaient leurs propres explications prétendument [avisées]. Ceux qui les avaient vus arrivaient à une autre conclusion tout aussi [avisée].
Yoshihiro ne faisait pas exception.
Sa femme cligna des yeux.
« Mais même si on achète autant de choses, où est-ce qu’on va les mettre… ? »
« J’ai loué un entrepôt. On a mis notre argent en commun. Figure-toi que je n’étais pas le seul, sur ce chantier, à avoir eu la même idée. »
« Quoi ? Sans même m’en parler ? »
« Je prendrai mes responsabilités, chérie. S’il ne se passe rien, on mangera tout. Des conserves, des biscuits de mer, des céréales, peu importe. De toute façon, ce sont des choses qu’on peut manger. »
« Tu ne penses qu’à la nourriture ! Franchement ! »
Sa femme lui donna une tape dans le dos, mais dès ce jour-là, elle se mit à préparer tout ce qu’elle pouvait, en commençant par les vêtements.
Ils étaient mariés depuis vingt longues années. Son mari ne s’entêtait ainsi qu’une fois tous les cinq ou six ans, tout au plus, et jusque-là, il avait toujours eu raison.
Chuncheon, bureau provincial du Gangwon.
L’endroit avait autrefois servi de palais temporaire à la cour de Joseon et était connu sous le nom de palais secondaire de Chuncheon.
« Vous croyez, vous aussi, les paroles de ce jeune homme, gouverneur ? »
Le seul fonctionnaire coréen du bureau provincial du Gangwon cligna des yeux.
Le gouverneur du Gangwon, Lee Beom-ik, ajusta ses lunettes cerclées d’or, songeur. Devant lui se trouvaient les documents d’approbation concernant la constitution de réserves de fournitures.
« Vous allez à l’église ? »
« Pardon ? Non… »
Tout le monde savait que le commandant de la police militaire de Chuncheon n’aimait pas les croyants. Naturellement, ils étaient devenus moins nombreux au bureau provincial.
Quoi ? La séparation de l’administration civile et de l’armée ? Ah !
Pourtant, certains puissants pouvaient parler ouvertement de religion. Le gouverneur du Gangwon, Lee Beom-ik, était de ceux-là.
« Moi non plus. Mais ces catholiques ont un argument de vente plutôt convaincant. »
« Que disent-ils ? »
« Ils disent que si tu ne crois pas et que tu vas en enfer, tu perds cent. Si tu crois et que tu vas au paradis, tu gagnes cent. Mais s’il ne se passe rien dans un sens comme dans l’autre, tu n’as perdu qu’une unité d’effort à croire. »
Le fonctionnaire coréen claqua la langue.
« Ce n’est pas faux. Mais pourquoi se lancer dans la religion ? Avec un tel talent, ils devraient créer une compagnie d’assurances. »
« Exactement. Une assurance. »
Lee Beom-ik esquissa un sourire.
« C’est ce que m’a dit ce jeune homme, si respectueux envers ses aînés. Puisque je suis un aîné, je devrais moi aussi prendre une assurance. Et ce n’est même pas notre argent qu’on dépense. C’est celui des impôts. »
Le gouverneur Lee Beom-ik saisit son sceau et approuva les documents. Le fonctionnaire coréen fit la grimace.
« Cet argent qu’on était censés se partager… »
Selon cette logique, c’était une perte énorme. Mais puisque la personne qui avait le pouvoir de décision s’était prononcée, le fonctionnaire n’ajouta rien.
« Cela dit, si rien ne se passe, on n’aura qu’à détourner ces fournitures et les revendre, puis se partager l’argent. Notre part sera un peu plus petite, mais à peine. Le Mandchoukouo manque de ce genre de choses en ce moment, alors ils paieront bien. »
Et si quelque chose arrivait ?
Le Gangwon, et tout particulièrement Chuncheon, que l’on méprisait comme un ramassis de ploucs, ne deviendrait-il pas le seul exemple à suivre, celui d’une région qui avait vu venir le danger et s’était préparée à l’avance ?
Mogok, Hongcheon.
Les préparatifs avançaient bon train à l’école qui avait autrefois planté des hibiscus et s’appelait désormais l’Académie Han-ga.
« Exercice d’évacuation aujourd’hui… Non, entraînement à l’évacuation ! »
« Tout le monde sur le toit du dortoir ! »
Au coup de sifflet, les enfants bondirent de leur siège et rassemblèrent leurs affaires. Ils se déplacèrent avec la rapidité de futurs participants à un exercice de préparation aux catastrophes.
« Ouaiiis ! »
Même si leurs gestes étaient devenus instinctifs, leurs visages reflétaient l’excitation et la malice d’enfants qui s’amusaient à un jeu.
Les enseignants, les élèves plus âgés — au milieu ou à la fin de l’adolescence — et les surveillants de dortoir, d’anciens membres de gangs comme Gomchi, les maintenaient en rang.
« Ne courez pas ! Marchez ! Restez en file, mais avancez vite ! »
« Hé ! Je vous l’ai dit : s’agiter, ce n’est pas aller vite ! »
Dès le début, Han San avait fait construire les dortoirs en prévision de la Grande Inondation de l’année Gap-sul.
Ils se dressaient sur un terrain élevé et solidement tassé. De vastes réserves d’urgence avaient été bâties tout autour et remplies à ras bord de céréales, d’étoffe de coton, de bâches imperméables et de bois de chauffage.
« Nous dormons ici ce soir ! »
« Gardez tout propre ! Demain, quand nous redescendrons, nettoyez si bien qu’il ne reste aucune trace de notre passage ! »
Quelques enseignants penchèrent la tête, perplexes.
« Il n’est pas tombé une goutte de pluie. Tout ça est vraiment nécessaire ? Notre président n’en fait pas un peu trop ? »
Namgung Eok ne répondit pas.
Le vieux directeur de l’Académie Han-ga, qui dirigeait aussi une société secrète, ne regardait pas les rizières fendillées et ridées comme ses propres mains. Il contemplait le ciel au-delà.
Le ciel ne disait rien.
Il n’avait jamais rien dit.
Quand il avait lu la Bible pour la première fois. Quand il avait ajouté son nom à ceux des fondateurs du Club de l’Indépendance. Quand le pays était tombé. Quand Yi Wan-yong dormait en paix. Quand il avait été arrêté, encore et encore, le ciel n’avait rien dit.
Même lorsqu’il avait planté des hibiscus et s’était fait prendre, le ciel était resté silencieux.
Mais…
Le ciel avait envoyé des gens.
À bien y réfléchir, le ciel avait toujours envoyé des gens.
Le chef de la Société de la Croix avait compris depuis longtemps, à travers sa propre vie, que le Seigneur agissait ainsi. Le Seigneur confiait aux hommes les affaires de cette terre.
« Vous n’avez pas besoin de comprendre. »
Namgung Eok prit enfin la parole.
« Croyez simplement, et suivez. »
Telle était la demande du vieux directeur. Il gardait les yeux fixés sur le ciel.
Un à un, les enseignants suivirent son regard vers le haut, puis acquiescèrent.
« Oui. Nous le ferons. »
Ils choisirent de croire.
Bien sûr, tout le monde ne faisait pas de même.
À la terrasse d’un salon de thé près du poste de police de Hongcheon, deux hommes étaient assis face à face. Ils s’appelaient Jeong Guhwan et Jeong Do-il.
L’ancien professeur de l’école Mogok qui avait dénoncé l’établissement à cause des hibiscus, et le policier de Hongcheon qui avait accepté sa dénonciation, se trouvaient dans une situation particulièrement gênante depuis que l’affaire avait tourné court.
Hongcheon était aussi petite qu’Inje, et les méthodistes que Guhwan avait dénoncés et que Do-il avait emprisonnés vivaient tous dans les environs.
Avant de les dénoncer, Guhwan avait même travaillé avec eux comme collègue.
Et voilà qu’ils avaient tous été libérés et étaient revenus !
Ce n’était pas tout à fait un Retour du roi. Plutôt un retour à moitié roturier, à moitié basse caste, mais ils étaient tout de même nombreux. Il était naturel que les frères jurés Jeong se sentent comme deux petits ours polaires lâchés au milieu d’un village d’ours malais.
Guhwan prit la parole.
« Tu as entendu, grand frère ? »
À l’époque, la suggestion du père Cho, qui leur avait proposé de devenir frères jurés puisqu’ils portaient le même nom, les avait fait rire. Ils avaient trouvé ça un peu exagéré.
Mais après le retour des gens de l’école Mogok, ils n’avaient plus eu le choix.
Quoi qu’il en soit, les deux Jeong n’avaient plus personne d’autre sur qui compter.
Le policier Jeong Do-il claqua la langue.
« À propos de l’inondation qui arriverait ? »
« Oui. À Mogok… Enfin, je suppose qu’on doit maintenant dire l’Académie Han-ga… Bref, eux aussi font toutes sortes de préparatifs… »
« Tu es allé voir ? »
« Non, j’étais juste de passage… »
Guhwan se gratta l’arrière du crâne. Do-il soupira, le méprisant intérieurement comme le rat de dénonciateur sans courage qu’il était, bien que son indécision l’agacât aussi.
« On dirait que beaucoup de gens se préparent, ces temps-ci. Tu connais Kim Gang-cheol, le fameux cinglé du poste de police d’Inje ? Ce salaud achète des réserves et les entasse lui aussi dans un entrepôt. »
« Quoi ? Un policier comme toi ? »
« Bon sang, ils ne se ressemblent pas tous, les policiers. Je t’ai dit que ce type était fou.
« Là-bas, il y a un commandant de détachement de la police militaire que Kim Gang-cheol vénère comme une relique sacrée. Sawada, ou je ne sais plus quoi. Apparemment, Sawada a fait savoir que ceux qui voulaient se préparer feraient mieux de le faire, juste au cas où. Ce cinglé de Kim Gang-cheol l’a pris pour parole d’évangile. »
« Même le commandant de la police militaire… »
Guhwan se mit à tendre l’oreille. On aurait dit qu’il se demandait s’il devait courir au marché pour acheter tout de suite le nécessaire complet en cas d’inondation.
Do-il ne put ignorer cet air de poltron.
« Laisse tomber. Ce ne sont que des sottises. »
« T-tu crois ? »
« Oui. C’est juste ce jeune salaud, le président du Commerce Myriad de Han, qui raconte n’importe quoi pour s’enrichir. Les prix ont déjà augmenté, non ? »
« C’est vrai… »
« Voilà. Ce n’est qu’une combine. »
En vérité…
Do-il disait cela, mais comme tout le monde autour de lui s’agitait, il avait commencé à se demander s’il ne ferait pas mieux de se préparer, au moins un peu.
Le problème, c’était que pendant qu’il hésitait, les prix avaient déjà grimpé. Les céréales, l’étoffe de coton, tout ce qui pouvait servir en cas d’inondation coûtait désormais dix à vingt pour cent plus cher que d’habitude.
En termes de Bourse, c’était comme si tout le monde s’arrachait des actions à douze wons après avoir refusé de les acheter à dix.
Cette hausse de vingt pour cent lui restait en travers de la gorge.
« Franchement, une hausse de vingt pour cent, ce n’est pas une si grosse dépense. Pas comparé à ce qui s’est passé juste après le typhon de l’an dernier. Le problème, c’est que si j’achète plus cher et qu’il ne se passe rien, je vais passer pour un parfait imbécile, non ? »
C’était une question d’orgueil.
Ces étranges luttes de volonté apparaissaient parfois sur les marchés où tout avait un prix, même quand on ignorait contre qui on rivalisait.
Bien sûr, Do-il n’avait pas l’intention de laisser son frère juré cadet, ce dénonciateur sans courage au visage de rat, découvrir cet aspect de lui.
Il changea donc de sujet.
« Plus important, où est passé le père Cho ? Hé, Guhwan. Tu as entendu quelque chose ? »
« Euh, eh bien… C’est toi le policier, grand frère. Tu n’as rien appris ? »
Do-il fronça les sourcils. À moitié parce qu’il trouvait son frère inutile, à moitié parce qu’il essayait de se rappeler les rumeurs qu’il avait entendues.
« Eh bien… Il vivait dans un endroit appelé la vallée de Sebeom, non ? On dit qu’il n’est même pas retourné chez lui là-bas depuis des mois… »
« Alors, c’est grave, non ? »
« Il a toujours été insaisissable. Même sa famille pense qu’il est peut-être parti prêcher quelque part dans le pays sans prévenir personne. »
De mauvaises rumeurs circulaient aussi.
On disait qu’il s’était compromis avec Baekbaekgyo et qu’il était poursuivi soit par les autorités, soit par les derniers membres de Baekbaekgyo, qui avaient perdu leur base principale et n’étaient plus animés que par la rancœur.
Do-il ne parla pas de ces rumeurs. Son frère juré cadet, inutile, sans courage et au visage de rat, ne ferait que s’inquiéter davantage.
En proie à ces sentiments contradictoires, les deux hommes se turent. Leur thé avait depuis longtemps refroidi et commençait à s’évaporer, mais aucun des deux n’y touchait.
Puis…
« Hein ? »
« Euh. »
Sans que l’un ni l’autre ne bouge le premier, les frères jurés Jeong levèrent les yeux vers le ciel.
Ploc, plic.
Au même instant, des gouttes de pluie se mirent à tomber autour d’eux.
Plic-plic-plic. Le bruit recouvrit bientôt tout ce qui les entourait. Fffff… En quelques instants, la pluie se fit dense et abondante.
Assis en plein air, les frères jurés Jeong furent trempés comme des rats en un rien de temps. Les gouttes frappaient leurs tasses intactes comme des flèches, éclaboussant le thé, qui se mit à déborder.
Guhwan paniqua.
« C-ce n’est pas vraiment une inondation qui arrive, grand frère ?! »
Do-il paniqua lui aussi.
« N-ne t’emballe pas, idiot ! Ce n’est qu’une petite pluie. Le soleil nous tape dessus depuis des lustres, alors on a enfin droit à une pluie bienvenue, c’est tout… »
« C-c’est vrai ? »
« O-oui. »
« Oui… Euh, grand frère. Je viens de me rappeler que j’ai quelque chose d’urgent à faire… »
« Ah, toi aussi ? Hé, moi aussi. Bon sang, le visage de ces salauds séditieux vient de me traverser l’esprit. »
Ils se levèrent en même temps. Ils n’avaient tous deux qu’une idée en tête : courir au marché et acheter quelque chose, n’importe quoi, tant qu’il en était encore temps.
Pensant exactement la même chose, les frères jurés Jeong se croisèrent dix minutes plus tard devant un magasin de céréales du marché de Hongcheon.
Nous étions le 15 juillet 1934.
Le journal du lendemain rapporta que la pluie bienvenue, enfin tombée à la fin de la sécheresse, avait apaisé les inquiétudes des paysans.
C’est ainsi que les choses se passèrent à l’époque.
Notes :
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