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Traducteur/éditeur : ZERO_SUGAR
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Chapitre 130 : Organisation communiste anti-impérialiste 【Triumvirat de Gyeongseong】 (2)[1]
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Une opération de sauvetage exigeait de rassembler les troupes avant toute chose. Même Il faut sauver le soldat Ryan le disait.
Mais Masque rouge n’en fit rien.
À la place, il raya les noms de la liste, un par un.
« Je n’emmène pas les Chuk Brothers. »
À commencer par leur chef, Hong-cheol, ils étaient certes forts et loyaux. Mais à quoi bon, pour une opération de renseignement de ce genre ?
« Le secrétaire du parti Myeong-su et le président Jun-ha savent plutôt bien se débrouiller, mais Myeong-su s’occupe d’Inje et de Sokcho, tandis que le président Jun-ha a des affaires à Chuncheon. »
À travers les trous de son capuchon rouge, Han San examina la liste et raya un autre nom.
« En fait, je n’emmène pas Jae-seok non plus. »
« Quoi !? »
Chuk Jae-seok sursauta.
Han San tira de sous ses vêtements le laissez-passer orné d’un cheval. C’était le signe de reconnaissance des amis de son père, la bande d’Inwang.
« Jae-seok, va à Sokcho et prends contact avec la bande d’Inwang. Il y a un certain Park Sang-jun là-bas, un homme d’expérience, non ? Aide-le à faire passer notre homme en Primorié. »
« Le Primorié… »
« On ne peut pas le garder dans la péninsule. Ce n’est pas un fugitif vaguement recherché comme les Chuk. C’est un grand fugitif qui a giflé la Police à tour de bras, encore et encore.
« Et s’il est mêlé à des activités communistes… Non, à de l’activisme de gauche… Enfin. S’il part au Primorié soviétique, ces salauds de l’Empire du Japon ne le poursuivront pas jusque-là, si ? »
À vrai dire, Han San n’y connaissait pas grand-chose non plus. C’était la première fois qu’il endossait le rôle de Masque rouge, une chose qu’il n’aurait jamais cru devoir faire. Comment aurait-il pu savoir ?
Il avait tout de même compris l’essentiel. Chuk Jae-seok remonta ses lunettes et acquiesça.
« C’est exact. S’il trouve d’abord refuge en territoire soviétique, il devrait pouvoir passer la tempête. »
« Pas vrai ? Après quelque temps, les choses se calmeront. Le pouvoir administratif et la police ont leurs limites. »
« Oui. Mais… devoir me retirer aussi loin à l’arrière… »
Ils allaient sauver son ami. C’était lui qui avait demandé de l’aide.
L’idée de ne pas mettre les pieds sur le terrain le plus dangereux le travaillait.
Mais Han San ne céda pas.
« En te retirant, tu nous aides. »
Quelqu’un qu’on croyait proche de Lee Jae-yu rôdait au cœur de Gyeongseong ? Juste après la fuite de Lee Jae-yu, à un moment pareil ?
Voulait-il aider quelqu’un, ou se livrer en pâture aux tortionnaires des sous-sols d’un poste de police ?
« Et je serai plus tranquille si quelqu’un comme toi s’occupe de l’arrière. Dès qu’il arrivera à Sokcho, un bateau de la bande d’Inwang devra l’attendre. Ensuite, il faudra mettre le cap au large sans perdre une seconde. Pour organiser tout ça aussi proprement, franchement, à qui d’autre pourrais-je confier la tâche en ce moment ? »
« … »
Chacun devait être employé là où il serait le plus utile. Han San connaissait bien ce principe.
Chuk Jae-seok était lui aussi un homme intelligent. Il pouvait avoir honte, mais il savait que le plus important était la réussite de l’opération.
Il serra le laissez-passer dans sa main.
« Je mènerai la mission à bien, Masque rouge ! »
Han San sourit. Une courbe nette se dessina sous son capuchon rouge.
« Bien. Je me charge de l’emmener à Sokcho… Tu as dit qu’il était à Daehangno, à Gyeongseong ? »
« Oui. Il se cacherait chez un professeur de l’Université impériale de Gyeongseong[2], un certain Miyake Shikanosuke. »
Devant Han San, qui lui faisait confiance et s’apprêtait à s’aventurer sur un terrain dangereux, Chuk Jae-seok n’avait plus rien à cacher, ni sur lui-même ni sur le mouvement socialiste.
Il révéla donc aussi le plus grand secret de la pègre rouge de la péninsule.
Han San en fut si stupéfait qu’il dut vérifier qu’il avait bien entendu.
« Un professeur japonais le cache !? »
« Oui. Parmi les étudiants… enfin, il est connu pour avoir des idées politiques assez marquées. Malgré ses origines japonaises, il a même attiré l’attention de la Police spéciale supérieure de Gyeongseong[3]. »
« Je vois… »
Han San se tut.
Un professeur japonais d’une université impériale menait une véritable série à épisodes, en cachant un fugitif coréen.
Pas étonnant qu’il soit l’idole rouge de cette époque.
Ce n’était pas le fan qui se mettait au service de l’idole. C’était l’idole qui servait le fan.
Au risque de sa vie sociale, voire peut-être de sa vie tout court.
Après tout, c’était peut-être ainsi que se nouaient les liens entre idoles et fans, à toutes les époques.
« Très bien. De toute façon, je dois passer par Gyeongseong. »
Ce serait la première fois qu’il mettrait les pieds à Séoul dans cette vie, et il n’y allait pas pour affaires, mais pour s’occuper de sottises communistes. Sa seconde vie était décidément mouvementée.
« Je vous en prie, Masque rouge ! »
« Pareillement. À bientôt à Sokcho. »
« Bon… voyons voir… pour entrer à Gyeongseong par une voie détournée… Je devrais en parler à cette jeune femme. »
À quel point le statut de Han San s’était-il élevé, à présent ?
Il était le seigneur du hameau du Milieu et le véritable roi de la vallée de Sebeom, le maître d’Inje et de Sokcho, celui qui avait englouti un coin de Chuncheon. Il avait ainsi gagné avec fierté sa place parmi les jeunes princes du Gangwonland.
Mais cette péninsule de fantasy noire était un monde où les divisions de classe étaient rigides. Même s’il s’était fait un nom dans le Gangwon, le Royaume du Milieu, il lui faudrait de l’aide pour naviguer à Gyeongseong, le Royaume céleste.
Allons voir Kim Seong-ja.
Han San prit la direction du Pavillon Bleu et Or.
Dans le sous-sol plongé dans le noir du Pavillon Bleu et Or, Han San s’assit face à la deuxième fille d’une célèbre famille de gangsters de Gyeongseong.
« Une voie détournée pour entrer à Gyeongseong… ? »
« Oui. Une entrée et une sortie discrètes. Ce serait encore mieux si je pouvais passer inaperçu. »
Kim Seong-ja cligna des yeux. Dans la silhouette ronde de son corps recroquevillé comme une chouette, seuls ses yeux brillaient derrière ses grosses lunettes.
« Hmm… et qu’est-ce que tu vas faire là-bas… ? »
« Mieux vaut ne pas le savoir, non ? Si ça tourne mal, tu pourras dire que tu n’étais au courant de rien. Si tout se passe bien, je veillerai à ce que tu sois récompensée. »
« C’est vrai… »
Kim Seong-ja acquiesça. En femme de la nuit, elle ne posait pas de questions inutiles.
Elle alla droit au but.
« Hmm… si tu veux rejoindre Gyeongseong en secret depuis ici, tu pourrais remonter la rivière Bukhan… ou prendre un bateau qui passe par l’île de Ganghwa… Ah, tu es doué en montagne, alors tu pourrais faire un détour et redescendre par le mont Bukhan… »
« Le mont Bukhan. »
Han San se plongea dans ses réflexions. Il avait évidemment confiance en ses talents de montagnard.
La voie maritime recouperait un peu l’itinéraire pour l’envoyer au Primorié après son arrivée à Sokcho. Cette fois, mieux vaudrait peut-être passer par les montagnes.
Le problème, c’est que je connais le Seorak comme ma poche, pas les sentiers du mont Bukhan. Et ce Lee Jae-yu est-il aussi bon montagnard que moi ? J’ai entendu dire que sa santé s’était détériorée après des mois d’interrogatoire…
Han San fronça les sourcils.
« Mais… moi, je te conseille simplement d’y aller… »
Kim Seong-ja parla, et Han San cligna des yeux.
« D’y aller, tout simplement ? »
« Oui. Au grand jour… »
« Ces derniers temps, Gyeongseong est sacrément agitée, tu sais ? Dans ces moments-là, les policiers surveillent de près les soi-disant chemins de traverse… »
« Ah. »
Han San comprit aussitôt le raisonnement.
C’était un peu différent de l’idée selon laquelle l’endroit le plus sombre se trouve sous la lampe.
C’était plutôt la logique du chasseur qui pose ses pièges.
Han San la connaissait mieux que quiconque. Un chasseur choisissait les sentiers fréquentés par les animaux et y installait des pièges torabasami.
Et quels étaient les chemins de traverse de Gyeongseong ? N’étaient-ils pas les premiers itinéraires auxquels songeaient ceux qui voulaient fuir la ville ?
Non. Han San se rappela la manière de faire de Tono. Peut-être que ces « chemins de traverse » existent justement parce qu’on les laisse d’ordinaire tranquilles, afin de pouvoir y tendre des pièges dans des moments pareils…
S’il y avait une chose qu’un homme de soixante-quinze ans ayant vécu sous une dictature militaire savait, c’était que les forces de l’ordre adoraient arrêter les salauds qui s’enfuyaient par la porte de derrière. C’était là que le plus grand filet était déjà tendu.
« Tu as tout à fait raison, grande sœur. J’ai failli faire une énorme erreur. Merci, grande sœur. Il faut vraiment savoir demander conseil. »
En voyant ce jeune homme de dix-neuf ans, sincère, incliner la tête, Kim Seong-ja lâcha son fameux rire « hi hi hi » et lui fit signe du doigt.
« C’est vrai… tu es toujours si docile quand ça compte… »
« Je suis toujours docile. »
Savoir accueillir les paroles des autres avec ouverture d’esprit. C’était l’une des qualités de Han San.
« Puisque tu es si docile… tu pourrais arrêter de jouer sur les mots, à partir de maintenant… ? »
« Je m’en vais. »
S’obstiner à ignorer les paroles des autres et s’en tenir à sa propre voie. C’était l’une des qualités de Han San.
Kim Seong-ja était à moitié impressionnée, à moitié désespérée qu’un tel salaud existe en ce monde, capable de ravager son cœur du Dao avec autant d’efficacité.
« Avant que tu partes… si mon conseil t’a été utile, est-ce que je peux te demander un service ? »
Han San s’arrêta.
« Un service ? »
« Hum… tu connais Anna, la femme de Tae-chon ? »
Madame Go.
« Oui. Pourquoi ? »
« Elle est à Gyeongseong en ce moment, mais je n’ai pas eu beaucoup de ses nouvelles dernièrement… Si jamais tu la croises là-bas, tu pourrais l’aider ? »
« Elle est à Gyeongseong ? »
Han San cligna des yeux.
Un mois plus tôt à peine, quand ils avaient parlé de la création de l’école Han-ga et de l’entrée de Jin-dong à l’école, elle semblait travailler dans un restaurant d’Inje…
« Qu’est-ce qu’elle est allée faire à Gyeongseong ? »
Kim Seong-ja joignit les mains, y posa le menton et lui adressa un sourire radieux.
« Mieux vaut ne pas le savoir… Si ça tourne mal, tu pourras dire que tu n’étais au courant de rien… »
Han San se fit renvoyer ses propres paroles, mais se gratta l’arrière du crâne.
« Non, si je dois l’aider, il faut bien que je sache, non ? »
« Oui… je veux juste dire que, si tu la rencontres par hasard et que tu vois que tu peux l’aider, j’aimerais que tu le fasses… »
« Franchement… »
Han San soupira.
Gyeongseong était immense. Quelles étaient les chances qu’il tombe par hasard sur Madame Go là-bas ?
Han San regarda Kim Seong-ja en y songeant, mais ne posa pas d’autres questions.
La chouette de Chuncheon l’observait avec un air étrangement satisfait.
Et le chasseur de montagne de soixante-quinze ans comprit que la chouette était convaincue qu’il rencontrerait forcément Madame Go.
Han San claqua la langue.
« Si j’en ai l’occasion, je le ferai. Pour toi, grande sœur. »
« Oui… ne te force pas si c’est trop difficile. »
« Bien sûr. »
Ayant décidé de se rendre à Gyeongseong au grand jour, Han San se mit aussitôt à préparer son voyage vers la capitale.
Par chance, il avait un excellent prétexte.
« Mademoiselle Ayame ! Allons à Gyeongseong ensemble pour préparer la maison d’édition. On pourra organiser des rencontres avec des écrivains, ou je ne sais trop quoi. On pourra aussi rencontrer ce jeune Kim Yu-jeong. »
« Oui ! »
Les préparatifs pour fonder les Éditions Sanreung !
Ils chercheraient une imprimerie, rencontreraient des écrivains et recruteraient des gens talentueux. Même si le Gouvernement général se demandait : « Pourquoi va-t-il à Gyeongseong ? », il finirait par hocher la tête et dire : « Ah, voilà pourquoi il y va. »
Et ainsi…
La voiture la plus propre du Commerce Myriad de Han prit la route de Gyeongseong.
« San, San ! Le plus important, dans une imprimerie, c’est la presse typographique ! Il faut en trouver une qui utilise un modèle récent ! »
Ayame bavardait sans s’arrêter depuis le siège passager. Son carnet, ouvert sur ses genoux, débordait de listes d’imprimeries, de grossistes en papier, de cercles littéraires et de personnes qu’ils devaient rencontrer.
« Ah oui ? La presse typographique. »
« Oui ! Et la couverture, tu sais ? Il faut un autre type de papier… »
En regardant Ayame, qui se réjouissait sincèrement à l’idée de fonder une maison d’édition, Han San éprouva un étrange sentiment de culpabilité.
Je lui ai caché la vérité…
La moitié de la raison était qu’il voulait protéger Ayame. Si elle ne savait rien, cela jouerait en sa faveur.
Pour l’autre moitié, à vrai dire, Ayame n’était pas une agente de renseignement.
N’était-elle pas du genre à taper sur la table quand elle était contente et à hausser la voix dès qu’elle était surprise ? Rien qu’à la voir, on comprenait qu’elle avait vécu bien loin du « secret » et de la « discrétion ».
En tant que journaliste, elle savait tenir sa langue et respecter un embargo à la lettre, mais les secrets se lisaient aussi dans les expressions et les gestes.
Vu les enjeux, Han San ne voulait laisser aucune place à l’erreur.
Et puis, si elle ne sait vraiment rien, sa façon d’agir pourrait servir de couverture aux yeux des autres…
Mais malgré tout…
Ça me fait de la peine.
Rarement, Han San sentit son cœur se serrer à l’idée de cacher des choses à quelqu’un qui souriait si radieusement, et de se servir d’elle comme couverture.
Quand l’occasion se présentera…
Han San se fit une promesse.
Quand tout serait terminé et que tout serait redevenu sûr. Peut-être après la libération. Quel que soit le nombre d’années qu’il faudrait attendre. Alors, il raconterait à cette jeune femme tout ce qu’il lui avait caché.
C’est la moindre des choses.
Tandis que Han San raffermissait silencieusement sa résolution, Ayame continua de jacasser avec enthousiasme.
« Ah ! Et puis, et puis ! »
« San, tu connais le grand magasin Mitsukoshi[5] ? Il y a un jardin sur le toit ! Il y a aussi des restaurants occidentaux près de la gare de Gyeongseong. On dit que la cuisine du Chosun Hotel est bonne ! »
« Et Changgyeongwon[6], c’est ça ? Il paraît que les cerisiers y sont magnifiques en ce moment, la nuit… »
Mais cette conversation s’éloigne peu à peu des maisons d’édition, non… ?
Une étrange sensation enveloppant Han San, la voiture qui les transportait entra dans Gyeongseong.
C’était le printemps.
[1] Le Triumvirat de Gyeongseong était une organisation communiste anti-impérialiste clandestine active dans la Corée coloniale.
[2] L’Université impériale de Gyeongseong était l’université impériale japonaise de la Corée coloniale. Fondée en 1924, elle accueillait principalement l’élite coloniale.
[3] La Police spéciale supérieure, ou Tokkō, était la police politique de l’Empire du Japon. Elle surveillait et réprimait les mouvements socialistes, nationalistes et autres mouvements dissidents.
[4] Le cœur du Dao est une notion teintée de taoïsme et de wuxia qui désigne la dévotion intérieure d’une personne envers le Dao ou sa voie spirituelle.
[5] Mitsukoshi était une chaîne japonaise de grands magasins dont la succursale de Gyeongseong était un haut lieu du commerce à l’époque coloniale.
[6] Changgyeongwon était le nom donné à l’époque coloniale japonaise à l’ancien palais de Changgyeong, transformé en zoo et en jardin botanique.
Notes :
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