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Traducteur/éditeur : ZERO_SUGAR
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Chapitre 117 : Dresser l’imitateur (2)
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Myo San prit la sauce d’huître, en goûta un peu du bout du petit doigt et hocha la tête.
« Oui… C’est bien ce goût-là, non ?
Bien joué ! Combien ça a coûté ? »
L’employé vêtu de blanc s’inclina.
« C-cette bouteille a coûté cinquante wons. Vous avez dit que le prix n’avait pas d’importance et qu’il fallait en trouver une au plus vite… »
« Quoi !? »
Myo San se figea. Cinquante wons ?
La prime pour l’affaire des loups, qui avait bouleversé toute la région voisine, n’avait-elle pas été de trois cents wons ?
Un sixième de cette somme pour une seule bouteille de sauce… Certes, la région en question était un coin assez reculé…
Malgré tout, Myo San hocha la tête, les dents serrées.
« Non, tu as bien fait. »
Un autre employé vêtu de blanc blêmit.
« M-mais, directeur ! Si nous payons cinquante wons pour chaque bouteille de sauce, même avec nos moyens… »
Myo San renifla avec mépris.
« Tu me prends pour un fou ? Tu crois que je vais continuer à en acheter à ce prix-là ? »
« Pardon ? »
« Ça vient de Hong Kong. Ça ne fait même pas un an que le produit y circule vraiment. En temps normal, il faut commander ce genre de marchandise en gros. »
C’était une limite propre à l’époque.
On pouvait tomber sur quelques bouteilles à un marché qui se tenait tous les cinq jours ou ailleurs, mais rien ne garantissait qu’on en trouverait régulièrement.
« Comment passer une commande en gros sans savoir si c’est la bonne sauce ? Et si on fait fausse route ? Qu’est-ce qu’on fera de tout cet argent ? On est censés s’enfiler nous-mêmes tout le surplus ? Et combien de temps perdra-t-on à attendre la livraison ? »
Myo San tapota légèrement la bouteille de ses doigts fins, comme un chat porte-bonheur qui attirait les clients.
« Les cinquante wons qu’on a payés, ce n’est pas le prix de la sauce. C’est le prix du temps. Maintenant qu’on connaît la réponse, si on cherche un peu, une filière d’approvisionnement à un prix raisonnable finira bien par se présenter, non ? »
Et, comme il l’avait dit, c’est ce qui arriva.
Le lendemain, avant même le coucher du soleil, un fournisseur affirmant pouvoir répondre aux besoins en sauce d’huître du Poulet frit de Myo se présenta de lui-même, comme s’il n’avait attendu que ça.
Le prix annoncé restait toutefois assez élevé.
Myo San fronça les sourcils.
« Deux wons et cinquante jeons la bouteille ? »
Le fournisseur acquiesça.
« C’est exact.
Je vais être franc avec vous. J’ai entendu dire qu’à Hong Kong, elle coûte un dollar et vingt cents. Une fois le taux de change pris en compte, le prix de base tourne autour d’un won la bouteille.
Mais il faut bien faire l’effort de l’amener jusqu’ici, non ? Nous aussi, il faut qu’on gagne quelque chose. »
« Quand même, prendre un won et demi juste pour la distribution, c’est un peu abusé… »
« Bien sûr, nous ne l’importons pas directement de là-bas non plus. Nous la faisons venir de Busan. Ceux qui nous la fournissent doivent prendre leur part, et nous aussi. Avec autant de cuillères dans le pot, qu’est-ce que vous voulez y faire ? »
Myo San grimaça, les dents serrées.
L’explication paraissait plausible et le prix était calculé à la perfection. C’était un sacré tarif, mais pas au point d’être hors de portée. On aurait dit que quelqu’un avait deviné exactement le prix maximal qu’il était prêt à accepter.
Je pourrais peut-être faire baisser le prix à environ deux wons la bouteille si je prenais le temps de chercher…
Mais on était déjà à la fin décembre. Le Nouvel An approchait à grands pas.
La péninsule célébrait toujours le Nouvel An lunaire, et la date limite de leur concours commercial tombait elle aussi au Nouvel An lunaire. Pourtant, avec la prolongation de la période coloniale japonaise, les traditions japonaises du Nouvel An s’étaient également enracinées dans toute la péninsule.
La première semaine de janvier, le commerce et les livraisons seront à l’arrêt partout. Ce sera peut-être encore plus difficile d’en trouver… Bon sang ! Je vais devoir me contenter de ça pour le moment !
Une fois sa décision prise, Myo San abattit le poing sur la table.
« Achetez-la ! »
Les yeux du fournisseur brillèrent.
« Oh ! Quelle décision ! »
« Assez de bavardages. Apportez-moi la marchandise à temps. Vu le prix que je paie, si vous changez les conditions après coup ou retardez la livraison… je peux être très effrayant, en fait. »
Myo San le menaça, puis se leva. Il s’était attendu à être furieux, mais une fois sa décision prise, il se sentit au contraire un peu plus calme.
Han San. Ton astucieux assaisonnement au ganjang, qu’il soit à la mode de Daegu ou de Daejeon, m’a vraiment glacé le sang. Mais je t’ai rattrapé, maintenant !
Ça suffisait.
Après tout :
Ce n’est pas comme si un autre nouveau plat allait apparaître tout de suite !
Les idées géniales qui ne surgissaient qu’une fois par décennie n’allaient pas déferler sans fin. Le surcoût de cette sauce d’huître n’était que le prix de la laisse qu’il passait au cou de ce morveux de Han San.
Myo San éclata de rire.
« Commerce Myriad de Han ! Sajang San ! Attends un peu ! Je vais t’écraser ! »
Le fournisseur devait s’être laissé gagner par l’enthousiasme, car il se mit à rire avec lui.
« Un chant d’écrasement résonne au Commerce Myriad de Myo… !! »
Le silence retomba un instant.
Myo San se racla la gorge.
« Enfin, pas la peine de chanter… »
« Ah, pardon. C’est sorti tout seul, par habitude… Enfin, à la prochaine. »
Et c’est ainsi que…
Après avoir signé avec le Commerce Myriad de Myo un contrat exclusif de fourniture de sauce pour deux mois, le fournisseur repartit fièrement vers le bureau des [quartiers généraux].
Ce soir-là, la conversation suivante eut lieu dans les bureaux du Commerce Myriad de Han.
« Je vous dis qu’il y a vraiment eu un pigeon qui a acheté une bouteille de sauce exactement cinquante wons ! »
« Moi aussi, je l’ai vu ! De mes propres yeux ! »
Choi Seo-bang et Park Seo-bang n’en revenaient pas. On les avait choisis pour cette mission parce qu’ils parcouraient la route commerciale entre Inje et Sokcho et qu’on ne les connaissait pas à Chuncheon.
À côté d’eux, l’agent n° 3, M. Lee, posa un contrat sur la table.
« Moi aussi, j’ai vu un pigeon. Deux wons et cinquante jeons la bouteille, mais regardez le stock et la durée du contrat. »
Choi Seo-bang et Park Seo-bang contemplèrent avec stupeur le contrat que M. Lee avait posé devant eux.
« Bon sang ! Deux mois entiers ! »
« Deux wons et demi la bouteille… À combien exactement l’avons-nous payée ? »
« Un won et cinquante jeons la bouteille. »
« Hein ! Ces salauds l’achètent deux wons et demi ? Ça veut dire que notre entreprise gagne un won entier sur chaque bouteille qu’on leur vend ? »
Les membres du Corps des jeunes maris du hameau du Milieu en restèrent bouche bée.
Quelques mois plus tôt, ils n’étaient encore que des colons qui cultivaient des pommes de terre sur des terres défrichées par brûlis…
« Gagner de l’argent, c’est censé être aussi facile ? C’est du gâteau ! »
« Exactement. Et ils ne peuvent pas préparer ce nouveau plat sans cette sauce. S’ils veulent continuer à nous copier, ils devront continuer à nous l’acheter… »
« Seigneur. On gagne de l’argent avec un nouveau plat, puis on vend son ingrédient clé au salaud qui le copie et on gagne encore de l’argent sur lui. Mais quel démon… Non, quel Zhuge Liang ! »
Les employés du Commerce Myriad de Han étaient à deux doigts de s’évanouir devant ces méthodes commerciales si en avance sur leur temps.
En apparence, l’affaire semblait simple, mais Myo San subissait les effets combinés de trois procédés capitalistes : le rebranding, la revente à prix spéculatif et le modèle économique du cormoran.
« Je l’ai toujours su : notre directeur est un maître des plans ingénieux ! »
« Moi aussi, je le savais ! Je le savais ! »
« Un chant de plans ingénieux résonne au Commerce Myriad de Han… !! »
Tandis que les employés chantaient pour la première fois depuis longtemps, leur directeur mordait dans le nouveau poulet frit à la sauce soja du Commerce Myriad de Myo et s’émerveillait.
« Waouh… Regardez-moi ce salaud. »
La peau croustillante. La saveur profonde et délicieuse, imprégnée dans la chair.
« On dirait qu’ils ont même copié notre méthode : badigeonner le poulet de ganjang quand il est encore chaud, au lieu de verser la sauce dessus ou de le faire sauter… »
Le [Poulet frit Fierté] et le [Poulet frit en sauce] avaient déjà été imités de la sorte, mais celui-ci aurait pu passer pour un plat préparé dans le même établissement.
Han San se lécha les lèvres.
« Ce type… J’ai presque envie de le recruter. »
Au festival du drapeau de la province du Gangwon, Myo San avait déclaré qu’il prendrait tout ce que possédait Han San.
Quelle première rencontre fatidique !
Han San voulait lui aussi tout ce que possédait Myo San !
« S’il entrait dans notre entreprise, je pourrais lancer les affaires de Chuncheon en mode chasse automatique d’un seul coup, comme sur la route commerciale entre Inje et Sokcho… »
Bien sûr, il lui restait encore bien des montagnes à franchir.
Des montagnes que Myo San devrait surtout gravir. Pour travailler au Commerce Myriad de Han, il lui faudrait franchir toutes celles que Han San dresserait sur son chemin, non ?
(Le fait que Myo San lui-même ait ou non envie de travailler au Commerce Myriad de Han ne préoccupait pas le moins du monde le vieil homme de soixante-quatorze ans.)
« Donne-toi à fond, Myo San ! Il te reste encore plein d’examens d’entrée à passer ! »
Après lui avoir adressé du fond du cœur cinq mille sept cents caractères d’encouragement, Han San plaça aussitôt une nouvelle montagne sur sa route.
« Du lieu frit !? »
Le lendemain, Myo San se figea au beau milieu de l’application du ganjang sur le poulet, au Poulet frit de Myo.
Les employés vêtus de blanc accoururent et acquiescèrent.
« Oui ! Vous connaissez le bukeo séché ? On en effiloche la chair, on la fait frire légèrement dans l’huile, on la mélange avec du poivre et du sel, puis on en offre de petites portions gratuitement ! »
« Ils en vendent aussi frit à petit prix ! Ils appellent ça un [accompagnement] ! »
« Le restaurant de dakgalbi d’à côté sert du bukeo séché non frit en guise d’en-cas avec les boissons, et ça marche bien aussi ! À la base, ils accueillent des familles pour manger et boire ! »
Myo San s’interrompit, réfléchit un instant, puis comprit aussitôt le principe.
« Voilà pourquoi ils ont ouvert un étal de poisson au marché public… ! »
Depuis novembre, les températures avaient fortement chuté. Les hivers du Gangwon étaient particulièrement froids.
Et on était maintenant à la fin décembre.
C’était le cœur de l’hiver, quand même les températures maximales de la journée restaient souvent sous le zéro.
Ce qui voulait dire… ?
« Ce salaud de Han San travaillait à Inje, avant, pas vrai ? On raconte qu’il y a aussi gagné de l’argent en vendant du maquereau salé pendant la saison du maquereau.
Et Inje est proche de Sokcho… »
Le poisson de la mer de Sokcho pouvait maintenant arriver frais jusqu’à Chuncheon !
Myo San l’ignorait, mais c’était aussi pour cette raison que les membres du Corps des jeunes maris, qui faisaient la navette entre Inje et Sokcho, avaient débarqué à Chuncheon à ce moment précis. Jouer les agents était secondaire. Maintenant qu’ils pouvaient faire circuler plusieurs camions de marchandises, les conditions étaient réunies pour relier Sokcho à Chuncheon par une route commerciale.
« Ils vendent à l’étal le poisson de mer qu’ils font venir de cette façon, notamment du lieu. Oui, le lieu, c’est parfait. On en pêche en grande quantité et il est facile à sécher…
Mais s’ils font frire le lieu dans l’huile du poulet, puis le poulet dans celle du lieu, les saveurs ne vont-elles pas se mélanger ? »
Non, ce n’était pas ça.
Han San ne ferait jamais une erreur de débutant pareille.
Ce qui voulait dire…
« Putain ! Il tire le moindre profit de l’huile usagée ! »
Myo San ne put s’empêcher de l’admirer.
La friture du poulet oxydait rapidement l’huile, principalement à cause de la pâte à frire. Elle convenait encore le premier jour, mais au bout de deux jours, elle prenait une odeur rance si on continuait à s’en servir.
La clientèle aisée visée par le marché du poulet ne tolérerait pas un produit de cette qualité.
C’est pourquoi il fallait vite renouveler l’huile. Pourtant, selon les critères de l’époque, l’huile jetée après avoir servi à frire du poulet était loin d’être usagée.
Elle était encore assez propre pour qu’un restaurant ordinaire puisse s’en servir plusieurs fois.
Ils récupéraient donc l’huile qui ne pouvait plus servir à frire du poulet et la vendaient aux marchands d’huile pour compenser leurs pertes. Ceux-ci en tiraient ensuite leur propre profit en la revendant à des restaurants bon marché ou à des fabricants de savon. Mais, avec le lieu frit servi en accompagnement, le Commerce Myriad de Han avait réussi à en extraire encore plus de valeur.
« Excellent.
Comme ça, l’odeur de poisson séché ne s’imprégnera pas dans le poulet. Au contraire, les saveurs du poulet et de la pâte à frire masqueront le goût de poisson du lieu séché, ce qui le rendra plus appétissant… »
Bien sûr, le lieu frit prendrait le goût rance de l’huile, mais ce n’était pas pareil que le plat principal, le poulet frit.
De toute façon, ils en offraient gratuitement et, même quand ils le vendaient, ce n’était qu’un accompagnement bon marché.
Ils trompaient comme il se devait les papilles exigeantes, mais naïves, de leurs clients !
« Et puis, qu’il s’agisse de poulet ou de dakgalbi, ces plats haut de gamme… on a souvent envie d’en reprendre juste un peu. Ça leur permet de combler ce manque à peu de frais, tandis que ceux qui le goûtent en guise d’en-cas peuvent devenir de nouveaux clients… Han San, espèce de salaud ! »
Après avoir percé à jour tous les calculs cachés derrière cette petite astuce, Myo San grimaça, les dents serrées.
Il avait cru enfin rattraper l’incroyable poulet assaisonné, mais Han San venait de sortir un nouveau tour. Et celui-ci fonctionnait d’une manière entièrement différente d’un simple nouveau plat.
« Un homme exceptionnel est vraiment exceptionnel. »
Les affaires, c’était comme rechercher l’immortalité. On prenait un pas de retard, et on ne cessait ensuite de reculer.
Han San était une fois de plus loin devant lui, mais Myo San serra le poing.
« Hmph ! Ce n’est qu’une petite combine ! Tu crois être le seul à vendre du poisson !
Puisque c’est comme ça, je vais te montrer pourquoi les poissons de mer ne sont qu’un produit d’hiver éphémère à Chuncheon ! »
Myo San vivait à Chuncheon depuis plus longtemps. Et pour ce qui était du commerce du poisson, les Pêcheries de Myo n’avaient-elles pas précédé le Commerce Myriad de Myo ?
Le lendemain, le Poulet frit de Myo lança un nouvel accompagnement.
« Éperlans frits du fleuve Soyang ! Disponibles dès aujourd’hui en accompagnement ! »
« On vous en offrira aussi gratuitement ! »
Décembre était la saison de la pêche sur glace dans le fleuve Soyang.
Les employés du Commerce Myriad de Myo parcoururent les environs du fleuve Soyang pour racheter les éperlans. Ils payèrent même une prime aux marchands qui avaient déjà commencé à en acheter et à en faire des réserves.
Par exemple, des marchands comme celui-ci.
« Vous l’achetez vraiment exactement à ce prix ? »
Ou des marchands comme celui-là.
« J’en vends aussi ! Moi aussi, je veux en vendre ! »
Et des marchands comme celui-ci.
« Un chant de pêche aux éperlans résonne au bord du fleuve Soyang… !! »
Myo San ne parvenait pas à se défaire de l’impression que quelque chose clochait, d’autant que tous les prix étaient curieusement exorbitants tout en restant abordables.
Pourtant, persuadé d’avoir une nouvelle fois réduit l’écart avec Han San, Myo San serra les dents et s’écria :
« Je peux faire mieux ! Je vais te montrer ce que j’ai de meilleur, Han San ! »
Au même moment…
De l’autre côté de la rue, au Poulet de Han, Han San accepta l’argent que le Corps des jeunes maris avait gagné en vendant les éperlans et hocha la tête, satisfait.
« Tu peux faire mieux, pas vrai ? Montre-moi ce que tu as de meilleur, Myo San ! »
Le dernier jour de l’année 1933 s’écoulait.
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