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Traducteur/éditeur : ZERO_SUGAR
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Chapitre 111 : Orphelinat Hanga Mogok (3)
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Tandis que les cours se poursuivaient dans les salles de classe, le nombre d’enfants recueillis par l’orphelinat ne cessait d’augmenter.
« Sajang ! On a ramené une nouvelle bande de petits mendiants ! On nous a signalé qu’ils traînaient sous ce pont presque terminé, le pont de Soyang, ou je ne sais quoi. Alors on s’est dépêchés d’y aller et on les a embarqués ! »
« Beau travail, chef ! Baechil, prépare de l’eau pour les laver ! Gomchi, compte-les ! »
Grâce à l’« opération de nettoyage des rues » du Commerce Myriad de Han, tous les enfants sans famille repérés dans le secteur de Chuncheon étaient directement envoyés à l’orphelinat Mogok de Han.
À l’époque, un orphelinat ordinaire aurait sans doute entassé les nouveaux venus dans les dortoirs et les salles de classe. Mais Han San avait traversé la période qui avait suivi la Libération, puis les conséquences de la guerre.
Il savait mieux que quiconque qu’improviser à chaque étape conduirait au chaos, aussi bien pour les comptes que pour l’éducation.
C’est pourquoi les orphelins rassemblés dans ce centre de distribution qu’était l’orphelinat Mogok de Han passaient par les étapes suivantes.
Étape 1 : humanisation.
Ne pas faire ses besoins dans la rue. Utiliser des couverts pour manger. Se coucher et se lever à heure fixe. On leur apprenait les règles de base nécessaires à la vie en société.
D’anciens voyous comme Gomchi s’acquittaient à merveille de leur tâche.
« Hé, les morveux ! Quand vous voyez un adulte, vous… ? »
Les enfants de l’étape 1 répondirent d’une voix tonitruante :
« On s’incline et on le salue ! »
« Avant de manger, on… ? »
« On se lave les mains ! »
« Quand on rentre de dehors, on… ? »
« On se lave les mains, les pieds et le visage, puis on range ses chaussures comme il faut ! »
Les enseignants, eux, devaient leur expliquer patiemment pourquoi ces règles étaient importantes. L’étape 1 prenait fin une fois les enfants capables de les réciter et de les respecter sans discuter.
Étape 2 : socialisation.
Une fois qu’ils avaient commencé à ressembler à des êtres humains, venait le véritable travail : en faire des membres de la société. À ce stade, les commerçants du marché de Hongcheon, où se trouvait l’orphelinat, furent les premiers à remarquer le changement.
« Hein ? Tu ne serais pas le gamin qui dormait tous les jours derrière ma boutique ? »
« Bonjour, monsieur ! À l’époque, j’étais vraiment mal élevé ! »
« Eh bien, regardez-moi ça ! Tu sais saluer les gens, maintenant ? »
Les commerçants, qui avaient tant souffert de la mendicité, des pickpockets et des vols, constatèrent une nette diminution de ces incidents.
Quand il se passait quelque chose, des hommes à l’air intimidant leur amenaient le meneur, puis s’agenouillaient en même temps que l’enfant.
« Nous sommes désolés, Sajang ! Un des enfants de la famille Han a causé des ennuis à votre foyer ! »
« Je suis désolé… »
Les commerçants, déconcertés par ces excuses, réagissaient de différentes façons. Certains riaient et leur faisaient signe de laisser tomber.
« Ah, oubliez ça. Ce ne sont que des enfants, après tout. »
« C’est vrai. Avant, ils étaient comme une nuée de singes et de moustiques, mais une fois lavés et habillés, on voit bien que ce ne sont que des enfants. Ça saute aux yeux. »
D’autres, en revanche, ouvraient de grands yeux.
« Non ! À quoi ça sert de s’excuser ?! »
« Il faut assumer ses responsabilités ! »
Bien sûr, Han San n’était pas du genre à fuir ses responsabilités.
« Mais bien sûr. Ce n’est pas grand-chose, mais voici de quoi dédommager votre foyer pour les dégâts causés par l’un de nos enfants ! Notre président vous prie de l’excuser, alors veuillez accepter ceci ! »
Même ceux qui avaient écarquillé les yeux n’avaient plus qu’à reprendre une expression normale.
« Hum ? Ah… Eh bien, dans ce cas… Veillez à ce que ça ne se reproduise pas. »
Comme les dédommagements étaient toujours versés, sans exception, les commerçants avaient l’impression qu’on venait enfin de leur arracher une dent douloureuse.
« Mon Dieu. C’est bien là que se trouvait l’École Mogok, non ? On disait que le directeur était un homme célèbre. Il semble à la hauteur de sa réputation. »
« Le directeur, c’est une chose, mais j’ai entendu dire que le jeune Sajang, Han San, qui finance ces œuvres de charité, est tout un personnage. Vous savez, les gens disent qu’on ne peut plus aller à Chuncheon sans manger de dakgalbi et de poulet ? Eh bien, il paraît que c’est ce jeune homme qui a inventé les deux. »
« Vraiment ? »
« Bien sûr. La police militaire, la Police spéciale supérieure, tous ces gens raffolent du dakgalbi et du poulet. Avant, les gendarmes faisaient des descentes à l’École Mogok et y collaient des avis de fermeture, vous savez. Il paraît que le jeune Sajang a tout réglé lui-même et les a fait déguerpir. »
« Non, vraiment ?! »
« Je vous jure que c’est vrai ! J’ai vu ce Sajang de mes propres yeux, dans la rue ! Il marchait en discutant avec un policier militaire terrifiant, qui portait un cache-œil. Ils doivent être sacrément proches ! »
« Ah, je comprends mieux ! Pas étonnant que ces petits voyous bornés ne puissent pas se défendre ! »
« Ce jeune Coréen est impressionnant. Il y a une raison pour laquelle les gens qui réussissent réussissent. »
« Du dakgalbi, hein ? Chuncheon est juste à côté. Il faudra que j’aille goûter un de ces jours. »
C’est également à ce stade que l’effet de réputation associé aux œuvres de charité commença à se faire sentir, rehaussant l’image de Han San et du Commerce Myriad de Han.
À ce moment-là, on pouvait dire que les enfants étaient déjà socialisés dans une certaine mesure.
Étape 3 : individualisation.
Chaque enfant jugé suffisamment socialisé devait alors passer par une étape bien précise.
Gomchi rassembla les enfants qui venaient d’entrer dans cette troisième étape et leur fit un long sermon.
« Finger ? Flétan ? Truite ? Et toi, Mâchoire, toujours à te jeter sur Tête de ver de terre ! Bande d’idiots, c’est des noms, ça ? Moi, on m’appelle Gomchi depuis que je suis petit parce que j’ai le visage couvert de trous comme ça. On m’a toujours appelé comme ça, alors je m’y suis habitué. Mais vous, vous êtes encore jeunes ! Vous allez continuer combien de temps à vous appeler et à vous faire appeler par des trucs pareils ?! »
Les enfants, qui s’étaient donné des sobriquets au gré de leur humeur, reçurent officiellement des noms.
« Toi, tu as l’air d’avoir besoin d’apprendre les paroles de Confucius, alors tu seras Confucius ! Toi, tu devrais écouter les paroles de Mencius, alors tu seras Mencius ! Et toi… tu as l’air d’avoir besoin de la protection de Jésus, alors tu seras Jésus ! »
Gomchi avait prévu de leur donner à tous le nom de famille Kim, par commodité, mais Han San l’en empêcha.
« Allons, pourquoi Kim ? Combien de Kim est-ce qu’on a ici ? Si on leur donne un nom de famille, autant que ce soit Han. »
Gomchi cligna des yeux.
« Attendez, Sajang, votre nom de famille ? Ça ne porterait pas malheur à votre famille que de petits mendiants portent le nom de famille du Sajang… ? »
« Qu’est-ce que tu racontes ? Je ne crois pas à ce genre de superstition. J’ai demandé la permission de Père la dernière fois que je suis rentré à la maison. Et puis, où sommes-nous ? À l’orphelinat Mogok de Han, non ? Tu crois que ça s’appelle “de Han” parce qu’il n’y a pas de bruit par ici ? Ça s’appelle comme ça parce que c’est à la famille Han. Tout le monde s’appellera Han. »
C’est ainsi que les enfants reçurent des noms comme Han Confucius, Han Mencius et Han Jésus.
Les enfants en furent ravis.
« On dit qu’on a le même nom de famille que ce monsieur ! »
« Quel “monsieur” ? Appelle-le grand frère ! »
« Grand frère, c’est impoli ! Il faut dire grand frère avec respect ! On est tous ses cadets ! »
Les enfants bavardaient avec enthousiasme, tandis que les traces de leur ancienne vie de mendiants s’effaçaient peu à peu, non seulement de leurs visages, mais aussi de leur cœur.
L’étape 3 prenait ainsi fin.
Étape 4 : spécialisation.
« À partir de maintenant, vous aussi, vous allez suivre des cours ! »
Ce n’est qu’après avoir terminé les trois premières étapes qu’ils obtenaient enfin le droit d’entrer en classe. C’est alors qu’ils étaient soumis au programme particulièrement brutal de Han San.
« Ça va, merci ! »
« Plie les genoux, pas le dos ! »
« Première règle : ne mangez jamais un champignon si vous ne savez pas ce que c’est ! »
À ce stade, des enfants particulièrement doués dans certains domaines commencèrent à se distinguer, un à un.
« Huit fois huit, soixante-quatre ! Huit fois neuf, soixante-douze ! »
« Je l’ai coupé bien droit ! »
« Mais tu es déjà découpé… »
Han Confucius se révéla meilleur en calcul qu’en morale publique. Han Mencius avait davantage de talent pour raboter le bois que pour écouter les paroles de Mencius. Quant à Han Jésus, il se montra plus fervent devant une planche à découper en cours de cuisine que devant une croix.
L’étape 4 n’avait pas de fin. Elle se poursuivait jusqu’à ce que les enfants trouvent leur voie, quittent l’orphelinat et puissent gagner leur vie.
C’était comme poursuivre le développement d’un produit jusqu’à ce qu’un acheteur se présente pour cette vie toute prête.
Pourtant, même s’il parlait de distribution, de conditionnement et de développement de produits, un problème subsistait. Les êtres humains n’étaient pas des marchandises.
Étape 4,5 : soutien psychologique.
Parmi les enfants de la première promotion de l’orphelinat Mogok de Han se trouvait une fille nommée Han Su-jeong.
« C’est ma place. »
On lui avait donné le nom de Su-jeong parce que ses yeux étaient aussi clairs et purs que du cristal, mais son visage impassible et sa façon de parler sèche effaçaient toute la mignonnerie qu’elle avait reçue à la naissance.
Gomchi lui lança un regard noir.
« Hé, morveuse ! Combien de fois faut-il te le dire ? Tu dis : “C’est ma place !” »
« Voix forte, pénible. »
« Bon sang… Sajang, quand on rassemble des enfants qui n’ont pas de parents, il y en a parfois un qui est complètement dérangé, comme celle-là. Soyez indulgent. »
Han San comprenait, bien sûr. Il avait connu l’après-Libération et la guerre.
Tout en parlant, Gomchi tapota la tête de Su-jeong de sa paume.
« Cette gamine est un sacré phénomène, mais elle est très intelligente ! Le directeur Namgung Eok l’a couverte d’éloges, pas vrai ? Hé, Su-jeong. Récite-nous un peu de ton anglais, ou je ne sais quoi. »
« Quel anglais ? »
« N’importe quoi ! Traduis en anglais tout ce que je viens de dire ! »
Su-jeong cligna des yeux, puis leva calmement les yeux vers Han San. Ses petites lèvres s’entrouvrirent.
« Je vous suis profondément reconnaissante de m’offrir cette chance. Merci de m’avoir amenée ici et de m’avoir guidée. J’espère pouvoir continuer à bénéficier de vos conseils. »
Même Han San dut cligner des yeux.
Gomchi sourit de toutes ses dents et tapota encore la tête de Su-jeong.
« Alors ? Ça a l’air convaincant, non ? Je ne comprends rien à la langue de ces fichus Occidentaux, alors je n’ai aucune idée de ce que cette gamine raconte, mais tout de même ! Écoutez-moi cette tirade ! »
Su-jeong repoussa calmement la main de Gomchi.
« Taper tête, pénible. »
« Hé, gamine ! Je ne te tape pas ! C’est une marque d’affection ! »
Han San sourit en les voyant se chamailler.
Il se souvenait de cette gamine. Il s’accroupit pour se mettre à sa hauteur et lui demanda : « Tu faisais partie des enfants qui m’ont attaqué dans cette ruelle, pas vrai ? Tu récitais une incantation appelée Baek Seon-eung, ou quelque chose comme ça. »
C’était la plus féroce de tous.
Qui aurait cru que cette enfant sauvage, qui s’était agrippée à un morceau de fer rouillé et s’était jetée droit sur ses tendons d’Achille, changerait ainsi ?
Su-jeong inclina sa petite tête.
« Je suis désolée pour l’autre fois. »
« Quoi ? » Han San éclata de rire et lui ébouriffa les cheveux. « Quelle effrontée, dis donc. Laisse tomber. »
« Hum. »
« “Hum”, quoi ? En tout cas, tu te débrouilles bien en anglais. Tu as du potentiel. »
« Très reconnaissante. »
« Ta prononciation laisse quand même un peu à désirer. Écoute la mienne. Op-por-tu-ni-té. Con-seils. »
« Extrêmement insultant. »
À en juger par les choses étranges qu’elle disait, elle avait encore beaucoup à apprendre.
Juste avant de retourner en classe, Su-jeong baissa de nouveau la tête.
« Je suis vraiment désolée pour l’autre fois. »
« Je t’ai dit de laisser tomber. »
Han San n’en avait vraiment rien à faire. Les vrais coupables, c’étaient les adeptes de Baekbaekgyo qui s’étaient servis des petits mendiants.
Mais tout le monde n’était pas capable de distinguer les responsabilités aussi nettement que Han San.
C’était particulièrement vrai des huit enfants impliqués, et plus encore de Su-jeong.
« Je suis désolée… Je suis désolée… Je suis désolée… »
Quelques jours plus tard, une nuit, Han San et Gomchi faisaient leur ronde dans l’orphelinat quand ils virent Su-jeong marmonner dans son sommeil, sous sa couverture.
Gomchi jeta un coup d’œil à Han San et lui expliqua :
« Elle fait ça toutes les nuits. Les enfants qui sont arrivés avec elle gémissent parfois aussi, mais Su-jeong, surtout… »
« Tss. »
Han San claqua la langue. Il se doutait de la raison.
D’après ce qu’il avait appris de Tendo, l’adjoint de Sawada, les huit enfants qui l’avaient attaqué dans la ruelle avaient été choisis dans différents groupes de petits mendiants. Ils avaient subi une « sélection ».
Et que pouvait bien signifier une « sélection » organisée par des gens comme ceux de Baekbaekgyo ?
Comment Su-jeong aurait-elle pu apprendre à se jeter sur les gens et à les poignarder avec autant d’aisance ?
Quand elle n’avait été qu’une bête sous un visage humain, elle n’avait pas eu besoin de réfléchir. Mais maintenant qu’elle avait reçu un nom, qu’elle avait été éduquée et qu’elle était enfin devenue humaine, les enfants les plus intelligents avaient plus de mal à échapper à l’enfer qui les rongeait.
« Allez, je te prends. »
Han San prit Su-jeong sur son dos.
Tout doucement, pour ne pas la réveiller. Comme on porte un chat endormi.
« Sajang… »
« Chut. Tu vas la réveiller. »
Il l’emmena dehors et se mit à faire le tour de la cour de l’orphelinat.
« Mmm… »
La mi-novembre était déjà passée. L’air nocturne de Mogok était froid.
Mais le dos du jeune chasseur était chaud comme un poêle ardent, et Su-jeong ne tressaillit que légèrement sans se réveiller.
Après deux ou trois tours, ses murmures — « Je suis désolée, je suis désolée » — cessèrent, remplacés par le doux bruit de sa respiration.
Han San recoucha Su-jeong avant de sortir. Gomchi ne put retenir son admiration.
« Eh bien, Sajang. Vous savez même vous occuper des enfants ? »
« Tu sais que j’ai un petit frère. »
« Le jeune maître de votre famille ? Ha ha ! Alors le roi du janggi de la vallée de Sebeom aurait besoin qu’on s’occupe de lui, contre toute attente ? »
« Un peu. »
Pour être précis, c’était arrivé dans sa vie précédente.
Après la Grande Inondation de l’année Gap-sul, il avait élevé le petit Bada tout seul et l’avait souvent porté sur son dos pour le réconforter. Comparé à cette époque, ce n’était rien.
« Enfin, le projet d’orphelinat est sur les rails, maintenant ! »
« Sur les rails ? À ce rythme, le nom de Sajang sera connu partout. »
Et voilà.
L’opération de nettoyage des rues de Chuncheon, autrefois gérée par Baekbaekgyo, était désormais menée sans accroc par l’orphelinat Mogok de Han, sous l’égide du Commerce Myriad de Han.
Voilà toute l’histoire derrière les paroles du chef des opérations de la police militaire de Chuncheon à Yi Gyeong-deuk : « Quelqu’un d’autre a repris l’affaire. »
Puis, un jour…
« Sajang. On vous a apporté quelque chose. »
Une invitation arriva pour le Sajang du Commerce Myriad de Han, qui s’était lancé dans les œuvres de charité, avait ouvert les deux restaurants les plus en vogue de Chuncheon et avait été le premier à dénoncer les crimes de Baekbaekgyo.
[ Vous êtes invité à la cérémonie d’achèvement du pont de Soyang. ]
L’hiver était déjà bien installé.
Nous étions à la mi-décembre 1933.
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