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Traducteur/éditeur : ZERO_SUGAR
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Chapitre 110 : L’orphelinat Hanga Mogok (2)
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Bien sûr, la grande réouverture de l’orphelinat ne se déroula pas sans heurts.
Non, elle fut même loin de se passer sans heurts.
Une fois encore, gérer un groupe ressemblait beaucoup au travail d’un auteur-éditeur.
Et Namgung Eok n’était sûrement pas le seul artiste dans le lot.
Les anciens professeurs de l’École Mogok, désormais enseignants à l’orphelinat, avaient l’air déconcerté.
« Euh… Président Han San ? »
« Oui. »
« Je comprends qu’un orphelinat puisse proposer un véritable enseignement scolaire et tout ça, mais… est-ce vraiment ce que nous sommes censés enseigner ? »
Les enseignants tenaient entre leurs mains l’emploi du temps de l’orphelinat.
« Le coréen, le japonais, le calcul, l’éducation physique… Rien à redire là-dessus. Mais pourquoi enseigner l’[anglais] à ces enfants ? »
L’Enseignant Namgung Eok avait été l’interprète anglais du roi Gojong. Mais cela signifiait aussi que l’anglais ne servait guère qu’en de telles circonstances. Alors, pourquoi l’enseigner dans un orphelinat ?
« Et pourquoi n’y a-t-il pas de cours de [chants scolaires] ou d’[éducation morale] ? »
Les chants scolaires et l’éducation morale correspondaient à peu près aux cours de musique et d’éthique d’aujourd’hui.
On estimait que ces deux matières étaient essentielles à la formation du caractère des enfants.
Han San haussa les épaules.
« Allons, j’ai mis l’[instruction civique] au programme. »
« On a regardé, et il n’y a que des choses comme ne pas doubler dans une file ou ne pas voler. Rien sur la loyauté, la piété filiale, ni l’amour de sa patrie et de son peuple. Comment peut-on appeler ça une véritable éducation morale ? »
Les enseignants étaient abasourdis.
À l’époque, les Coréens croyaient encore largement que le but ultime de l’éducation était de former des hommes vertueux.
Ils avaient déjà été déstabilisés par les engagements écrits et les lettres de repentance, par l’ordre d’accueillir et d’instruire une bande de petits mendiants, ainsi que par l’arrivée d’anciens gangsters chargés de surveiller les dortoirs, de monter la garde et d’enseigner l’éducation physique.
Ils ne restaient qu’à contrecœur, parce que le vénérable Namgung Eok les avait suppliés avec insistance et que le Gouvernement général leur avait fait passer le message : [Alors ? À partir de maintenant, je vais vous coller aux basques.]
Mais en découvrant le programme conçu par Han San, qui cumulait les titres de [nouveau riche], [issu d’un village de culture sur brûlis] et [proche de l’Empire du Japon], même eux se mirent à protester.
« À ce rythme, nous ne pourrons pas faire de ces enfants des adultes droits ! »
« Hum. »
Han San ne broncha même pas.
« Je n’ai pas l’intention d’en faire des hommes vertueux. »
« Pardon ? »
« Ce sera déjà bien s’ils deviennent des [travailleurs] capables de gagner leur vie honnêtement. »
C’était bien ça.
En tant qu’homme revenu dans le passé, Han San le savait mieux que quiconque.
« Les temps à venir seront rudes. »
Les enfants qui entraient maintenant à l’orphelinat, comme ceux de tout le pays qui commençaient leur éducation en rêvant d’une nation nouvelle, appartenaient à une génération miraculeuse.
Mais dans le mauvais sens du terme.
Quel avenir attendait les enfants nés en 1930, sous l’[Empire du Japon] ?
Ils devraient d’abord endurer la Seconde Guerre mondiale dans les années quarante, puis la guerre nationale des années cinquante. Et la liste des autres catastrophes était interminable.
« Franchement, avoir survécu moi-même relevait d’un miracle. »
Sans l’héritage que son père lui avait laissé et l’aide discrète de ses amis, dont l’oncle Imok, il n’aurait peut-être même pas atteint l’âge adulte. Après la disparition de la bande d’Inwang, les miracles s’étaient enchaînés.
Han San avait donc arrêté son choix depuis longtemps.
L’objectif de l’orphelinat Mogok n’était pas de former des hommes vertueux.
« Survivre. »
Survivre !
Garder un bol de riz et survivre, au milieu d’un champ de bataille ou lorsque la guerre aurait réduit tout le pays en ruines.
« L’anglais leur est indispensable. Il ne fera que gagner en importance avec le temps. »
Le moment était idéal.
Namgung Eok, qui devait la vie à Han San, avait autrefois été l’interprète anglais du roi Gojong.
« Comment un vieil homme comme moi pourrait-il rester les bras croisés quand un jeune homme s’est tant démené pour m’aider ? »
Namgung Eok avait décidé de prendre lui-même place devant la chaire, malgré son âge.
« Quand j’ai fondé l’école, je ne voulais que transmettre mon savoir. Je crois que je peux retrouver l’esprit tranquille mon rôle d’éducateur. »
Han San inclina la tête, respectueux envers le vieil homme, qui lui offrait tout ce qu’il avait de sincérité.
« Merci, Enseignant. »
« Ho ho. Non, non. C’est moi qui suis désolé de ne pas avoir su retenir les enseignants, et de ne pas avoir réussi à gagner votre confiance. »
Les enseignants, qui étaient restés si déconcertés jusque-là, ne purent que paniquer en entendant leur pilier spirituel.
« N-non ! C’est à nous de… »
« Euh… Pardonnez-nous, Enseignant. Et vous aussi, Président… »
Les enseignants perdirent la moitié de leur élan.
Mais il leur en restait encore la moitié.
« Alors, pourquoi y a-t-il des cours de [génie civil] ? »
« Parce que c’est nécessaire. »
Han San avait affirmé sans détour à Namgung Eok que l’Empire du Japon s’effondrerait. C’était vrai, mais il y avait une autre vérité qu’il n’avait pas évoquée.
La République de Corée, après la libération, s’effondrerait elle aussi dans la guerre nationale qui suivrait !
Et pourtant, contre toute attente, la Corée se relèverait. Han San se souvenait des jungles de béton qui avaient fleuri sur un sol nu, là où il ne restait même plus une charpente.
(Cela dit, le Japon et la Chine s’étaient eux aussi relevés. Peut-être que les pays d’Asie du Nord-Est avaient cette aptitude dès le départ.)
« Des connaissances en génie civil serviront à reconstruire le pays après la guerre, sur le champ de bataille, et même au quotidien, pour réparer une maison ou un meuble abîmé. »
Han San promena son regard sur les enfants comme s’il contemplait des fruits mûrs.
« Je pourrais aussi les employer quand j’en aurai besoin. »
Nul besoin de chercher des enseignants supplémentaires pour le génie civil.
Les habitants de la vallée de Sebeom, notamment les Chuk Brothers, n’avaient-ils pas acquis de l’expérience en participant récemment aux travaux de réfection après les inondations ?
Han San comptait enseigner sérieusement cette matière, en associant le [génie civil] aux [études professionnelles], autrement dit à la pratique sur le terrain.
Cette décision choqua aussi les enseignants.
« Si l’on parle de pratique sur le terrain, ne faudrait-il pas naturellement leur enseigner l’agriculture ? Elle est le fondement de toute chose sous le ciel… »
« Le génie civil ? Un travail manuel aussi indigne… »
Han San resta ferme.
« Je vous prie de vous en remettre à ma décision. »
Puis il poursuivit :
« Je veux que ces enfants puissent gagner honnêtement leur vie où qu’ils se retrouvent, que ce soit à Chuncheon, Tokyo, en Primorié ou même à New York. Je ne demande rien de plus. »
« Hum… »
Les enseignants n’avaient pas l’air convaincus, mais ils n’avaient d’autre choix que d’accepter. Namgung Eok lui-même allait se présenter devant la classe et suivre le programme établi.
L’un des enseignants, réputé pour sa belle calligraphie, demeura artiste jusqu’au bout.
« M-même si tout le reste convient ! Il n’y a pas trop peu de matières pour cultiver l’esprit ? Un enfant devrait au moins apprendre à tracer élégamment les caractères chinois en grandissant. Sinon, comment développera-t-il sa sensibilité artistique ? »
« Il y a la [cuisine]. »
« En quoi la cuisine est-elle un art ?! »
Han San ne prit pas la peine de discuter.
Le premier jour de la grande réouverture de l’orphelinat, il mit la [cuisine] au programme de la première heure de cours et enseigna lui-même la leçon.
Au programme : verser de l’huile dans un chaudron et la faire chauffer, puis enrober du poulet de pâte à frire.
Les élèves de l’orphelinat acclamèrent cette nouvelle matière. Même les adultes attirés par l’odeur du poulet frit en eurent le souffle coupé.
L’enseignant de calligraphie, surtout, avait une cuisse de poulet dans la bouche et semblait avoir vu Han Seok-bong et Wang Xizhi faire la ronde main dans la main ; il murmura :
« La cuisine était donc vraiment un art. »
Et ainsi, même l’artiste fut réduit au silence.
Le sajang du Commerce Myriad de Han et président de l’orphelinat avait dépassé le stade de simple éditeur pour devenir une sorte de rédacteur en chef. Pourtant, une pensée lui restait en tête.
« Ce serait tout de même bien que les enfants acquièrent quelques bases littéraires. »
Les artistes étaient une espèce à part.
C’était à cause d’eux que des auteurs perdaient parfois la tête et murmuraient soudain : « Mais connaissez-vous le véritable sens de Noah le Nouveau… ? », ou déclaraient : « En réalité ! L’Empire a autrefois connu un beau jeune officier surnommé le baron Renard d’Argent… ! » avant de se lancer dans toutes sortes de bizarreries.
« J’ai promis à l’Enseignant Namgung de ne pas réintroduire en douce vingt heures de jeux de mots amusants…
Hum. Le vieil homme Gye a dit que Kim Yu-jeong était à fond et écrivait avec acharnement. Je pourrais peut-être m’en servir comme lectures complémentaires pour donner aux enfants quelques bases littéraires ?
Quand il y en aura assez, on pourrait en faire un manuel plutôt que de simples lectures complémentaires. »
Han San laissa libre cours à son imagination.
Cours de coréen. Une salle remplie d’enfants, réunis et plongés dans une discussion littéraire.
[ Pourquoi l’épée de l’esprit d’un maître transcendant est-elle plus puissante que l’aura de l’épée d’un maître du pinacle ? ]
[ Un maître transcendant, ça veut dire qu’il est transcendant ! Évidemment qu’il est plus fort qu’un maître du pinacle ! ]
[ Hum, mais n’est-ce pas une conclusion hâtive ? (Ajuste ses lunettes.) Ce que tu viens de dire prouve peut-être qu’un maître transcendant surpasse un maître du pinacle, mais pas que l’épée de l’esprit surpasse l’aura de l’épée. ]
Han San hocha profondément la tête.
« Voilà. »
Voilà une véritable institution d’enseignement. Il entendait déjà dire que la culture de la Corée libérée dominerait le monde.
« Ce serait parfait si l’endroit devenait une académie formant les futurs auteurs de wuxia… Une wuxiademie ? »
Tandis que le président se laissait posséder par cette anomalie, le Gouvernement général envoya aussi une équipe d’inspection pour le premier jour de cours. Les supérieurs avaient chargé Sawada de l’inspection, avec cette idée en tête : [Vous êtes proches, tous les deux, pas vrai ? Eh bien, rapprochez-vous encore davantage.]
Sawada observa les petits mendiants en classe avec l’air d’avoir avalé quelque chose de répugnant.
« …Hum ? »
Lorsque commença la deuxième matière, l’[histoire], son front sévère se plissa pour la première fois sous l’effet de la surprise.
Après le cours d’[histoire], Sawada s’entretint en privé avec Han San dans le couloir.
« Toi. »
« Oh, Commandant. Bienvenue. Je vous remercie sincèrement d’avoir honoré notre établissement de votre présence malgré votre emploi du temps chargé… »
« Assez de bavardages. Toi, tu connais la bataille d’Okehazama du seigneur Nobunaga ? »
Étonnamment, le cours d’histoire qui venait de s’achever n’avait abordé ni les origines du Japon ni quoi que ce soit de ce genre.
Il s’agissait, autrement dit, d’[histoire militaire].
Han San avait choisi des guerres de l’histoire japonaise et les avait fait enseigner sous l’intitulé [histoire].
« Bon sang, qu’est-ce que j’en sais ? Mais ! La grandeur de l’Empire réside dans la guerre, puis encore dans la guerre, n’est-ce pas ?! »
« Hum. »
« Et quand on parle de guerre, on parle d’Oda Nobunaga ! Qui d’autre que ce grand homme ?! »
« Hum. »
« Commandant, je souhaite seulement que ces enfants deviennent de bons guerriers et des membres utiles de la société. Pour cela, ils doivent recevoir une éducation énergique dès leur plus jeune âge, pas des leçons molles ou démodées. »
« Ah oui ? »
Même un fonctionnaire de l’Empire du Japon aurait peut-être répondu : « Vous allez un peu loin », en entendant Han San.
Mais le Gouvernement général avait envoyé Sawada en qualité de responsable de l’inspection sur place.
Une fois encore, est-ce qu’un responsable assumait ses responsabilités ?
Non. Être responsable, c’était détenir le pouvoir suprême de se dérober à toute responsabilité.
Sawada étant responsable, la faute retombait sur le Gouvernement général qui l’avait nommé.
« Je ne peux pas le nier. Ce programme d’histoire est excellent. »
Même si le bâtard coréen en face de lui avait délibérément proposé des cours centrés sur les samouraïs pour le flatter — non, c’était justement ce qui rendait la chose encore plus significative.
Cela ne signifiait-il pas qu’il exerçait une bonne influence sur cette terre coréenne et y insufflait l’esprit avancé des samouraïs ?
« Est-ce là la 【prestance】 d’un homme destiné à gouverner le monde ? »
Il était satisfait.
« Continue comme ça. »
« Bien sûr, Commandant. »
Naturellement, Han San n’avait nullement l’intention d’enseigner l’esprit des samouraïs.
Ce qu’il voulait apprendre à ces petits, c’était comment survivre aux guerres qui les attendaient.
En cherchant comment leur enseigner tout cela, une idée brillante lui était venue.
« Hum ? Pourquoi ne pas simplement prétendre enseigner l’histoire militaire japonaise, tout en glissant discrètement des leçons de guerre ? »
En plus, ça faisait illusion.
Tout comme les Coréens croyaient encore que l’éducation devait former des hommes vertueux, les Japonais estimaient eux aussi largement qu’elle devait former des samouraïs.
Les cours de Han San convenaient à merveille à Sawada, dont les idées étaient particulièrement conservatrices !
« Hé, Sawada. Comment ça se passe, là-bas ? »
Le chef des opérations de la police militaire de Chuncheon le lui demanda en le retrouvant.
Sawada se redressa.
« C’était propre et sans fioritures inutiles. »
« Vraiment ? »
« Oui. Je n’y ai décelé aucune pensée ni conduite impure. De la forme des cours à leur contenu, tout répond aux attentes de l’Empire. »
« Hum… »
Le chef des opérations se dit que si même ce salaud avait donné son aval, il n’y avait pas de problème.
Une fois encore, le Gouvernement général devait assumer la responsabilité d’avoir envoyé Sawada mener l’inspection.
« Ce jeune Coréen du nom de Han San est vraiment utile. »
Han San se servait d’[éléments séditieux qui cultivent l’hibiscus de Sharon] pour transformer des [mendiants des rues] en bons [sujets impériaux], et passait pour un citoyen modèle.
Même pour le Gouvernement général, il n’était pas différent d’un alchimiste. Les réductions d’impôts et les subventions leur avaient rapporté bien plus que leur investissement.
Et ainsi.
Dans cet établissement scolaire, officiellement reconnu par le Gouvernement général pour former des [sujets impériaux], voici ce qui se passait.
« Bonjour, Younghee ! Je m’appelle Cheolsu ! Comment vas-tu ?! »
« Je vais bien, merci ! Et toi ?! »
« Moi aussi, je vais bien ! »
Dans une classe, les salutations des enfants dans la langue de ces salauds d’Occidentaux fusaient avec application. (Heureusement, on avait réussi à préserver l’accent du président en l’isolant soigneusement.)
« Pour transporter des charges, servez-vous de vos fessiers, pas de votre dos ni de vos épaules ! »
« Pour soigner les courbatures du chantier, il faut travailler sur un chantier ! »
Dans une autre classe, on transmettait des connaissances pratiques en génie civil.
« Un ! Ne perdez jamais de vue le camouflage de votre itinéraire, et surveillez les alentours ! »
« Un ! Une tranchée est ma maison ! Non, mon village natal ! Si vous restez quelque part plus d’un jour, commencez par vous y aménager un village natal ! »
« Un ! Ne mangez pas les champignons que vous ne connaissez pas ! Apprenez chaque jour par cœur le nom d’une plante sauvage comestible ! »
Et dans une autre classe encore… eh bien, il s’y passait quelque chose.
Notes de bas de page :
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