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Traducteur/éditeur : ZERO_SUGAR
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Chapitre 11 : Le marché
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Un vent froid souffla dès qu’il sortit du restaurant de gukbap. Han San lui opposa l’épaule, poursuivit son chemin et s’arrêta une fois arrivé à destination.
Au beau milieu de la ville se dressait un poste de police, au-dessus duquel claquait le drapeau au Soleil levant[1].
Les passants baissaient la tête ou pressaient le pas devant le bâtiment, comme s’ils s’étaient tous entendus. Naître était un crime, quel que fût le monde où l’on venait au monde, mais à cette époque, c’était pire que jamais.
Pourtant, même ces gens-là avaient un endroit devant lequel ils relevaient la tête et s’arrêtaient un instant.
Le grand panneau d’affichage, à côté du poste.
Il était couvert de toutes sortes de communiqués officiels et de proclamations. Certaines étaient des affiches peintes à l’huile ; d’autres, des avis de mise en garde destinés à attirer l’attention.
Si les journaux recueillaient des informations de tous les coins du pays, ce panneau rassemblait les nouvelles du voisinage.
Seulement, la plupart étaient rédigées dans la langue nationale[2], autrement dit en japonais.
« Qu’est-ce que ça raconte, cette fois ? Regardez-moi ce dessin… »
« Animaux nuisibles… loups… On dirait que ça parle d’une espèce de loup. »
Même à présent, plus de vingt ans après l’annexion, les Joseon qui ne comprenaient pas le japonais étaient partout.
Mais Han San parcourut le panneau du regard. Avec ses soixante-quatorze années d’expérience, le japonais ne lui était pas étranger.
[Objet : Éradication des animaux nuisibles – Des meutes de loups toujours signalées]
C’est donc ça que Go Tae-chon prétendait avoir vu.
Une meute de loups existait bel et bien, après tout.
Et elle rôde près de notre village. Ça aussi, c’est vrai.
Selon l’avis, on l’avait surtout aperçue à l’est des ruisseaux d’Inbuk et de Naerin, depuis le col de Misiryeong jusqu’au col de Hangyeryeong, en passant par le pic de Daecheong, le long de la crête centrale du Gangwon.
Maintenant que j’y pense, il y avait eu toute une histoire de loups à cette époque…
Le mot « loup ». Le lieu et la date exacts indiqués sur l’avis.
Un souvenir s’éclaira dans son esprit, comme si certaines conditions venaient de s’aligner.
[Ces loups de Sibérie, leur chef de meute, tu vois ? Ils disent qu’il a le pelage argenté. Étoile d’Argent ! Avec un nom pareil, c’est forcément un loup nommé, je te le dis !]
[Même de Gyeongseong, tu vois ? Quelqu’un est venu, c’est ce que je te dis.]
[Monsieur Han, non, chasseur Han ! Pour le village, juste une fois, hein ? Même avec votre jambe dans cet état, vous pouvez encore poser des pièges, pas vrai ? Attrapez-le, vous protégerez le village et la réputation de la Vallée de Sebeom s’étendra au loin. J’ai tort ?]
Cette fois encore, ce fut la voix de l’exaspérant Go Tae-chon qui lui revint en mémoire.
Il ne se souvenait pas de la réponse de son père.
À l’époque, il ne s’intéressait pas à ce que faisait son père. Pour être plus précis, il s’était donné beaucoup de mal pour faire comprendre : « Ce que fait mon père ne m’intéresse pas du tout. »
Il tournait ostensiblement les talons et passait devant lui sans même le saluer…
Quel sale gosse.
En maudissant celui qu’il avait été, Han San claqua la langue, l’amertume au fond de la bouche.
Cela dit, si le souvenir ne lui avait laissé aucune trace, c’était que l’affaire n’avait pas eu de grandes conséquences par la suite.
Son père avait peut-être refusé, ou le loup avait échappé aux pièges, impossible à dire. Même le bavard Go Tae-chon s’était tu ; le remue-ménage autour du loup avait donc dû contourner la Vallée de Sebeom et finir par s’éteindre.
Un loup, hein…
Il songea au vieux loup qu’il avait aperçu à Neodeolbawi. Avait-il été chassé de son territoire par cette fameuse Étoile d’Argent ?
Mais le communiqué officiel ne donne même pas le nom d’un loup.
Pensant avoir pu le manquer, il relut l’avis, mais celui-ci ne mentionnait réellement que les zones où les loups avaient été aperçus.
Aucun nom de loup n’y figurait.
Ça viendra plus tard ?
À bien y réfléchir, Go Tae-chon était venu lui parler de cette histoire après le mois de mai. Un bon mois plus tard.
Je vais simplement garder ça en tête.
Han San hocha la tête et parcourut les autres nouvelles.
[Renforcement de la lutte contre le braconnage]
[Attention : présence de bandits signalée]
[Toute excavation minière sans autorisation est strictement interdite ! La possession d’explosifs, en particulier, sera sévèrement punie. Les informateurs infiltrés seront graciés et récompensés.]
[Recherche d’ouvriers pour la nouvelle route… Salaire journalier minimum garanti : 60 jeon. Détails selon le règlement du chantier.]
La plupart de ces avis reprenaient des informations qu’il avait déjà lues ou devinées dans les journaux, mais l’un d’eux attira vivement son attention.
[Objet : Récupération d’un instrument d’arpentage perdu
Lors des relevés effectués pour l’élargissement de la nouvelle route de Hangye-ri, un étui contenant un instrument d’arpentage spécial est tombé d’une falaise.
Lieu : près des chutes de Daeseung
Récompense : 5 wons
Conditions : récupérer l’instrument intact, sans l’endommager, et le remettre au responsable du chantier.
Attention : les autorités déclinent toute responsabilité en cas de blessure lors de la tentative.]
Outre une mention invitant les lecteurs à se renseigner directement sur place, l’avis indiquait le nom de son auteur.
[Sawada Kazuo, commandant du détachement de la police militaire d’Inje]
Han San fixa le nom en silence, puis, sur une impulsion, leva les yeux au-delà du panneau vers le poste de police.
Le terrain du poste était vaste. Plus vaste que celui du bureau du district. Car il n’y avait pas que le bâtiment où travaillaient les policiers. Han San savait parfaitement quel genre de salauds occupait le plus grand et le plus imposant bâtiment, au fond de l’enceinte.
Le détachement de la police militaire d’Inje…
Au début des années vingt, le système de police militaire[3] avait été aboli et la police militaire avait reculé un temps. Mais, à l’approche des années trente, elle recommençait à se faire sentir. L’Empire se déchaînant, son influence ne ferait que grandir.
Han San observa les alentours. Des ruelles s’étiraient à gauche et à droite du poste, et quelques maisons au toit de tuiles se dressaient non loin.
Il songea un instant à grimper là-haut pour jeter un œil aux cours intérieures du poste, mais renonça.
Il n’avait nulle part où poser son porte-charge à armature, et la traversée de la montagne lui avait coûté beaucoup d’énergie. Il pouvait bien attendre d’être revenu en ville quelques fois et de mieux connaître les lieux.
Il reporta son attention sur l’avis.
Une récompense de 5 wons.
Autant que l’argent qu’il avait dans sa veste, et il pourrait doubler cette somme en ramassant un seul étui ?
Les chutes de Daeseung se trouvent sur le chemin du retour. Et un endroit du coin qui conviendrait à la construction de la route… Je crois voir à peu près où ils veulent en venir.
Un pan de terrain lui traversa l’esprit comme un éclair.
C’est juste un peu plus escarpé que le sentier qui mène à Neodeolbawi, là où j’ai ramassé le serpent. Si je m’y prends bien, ça devrait le faire.
La vraie question, s’il y en avait une, était de savoir si l’occasion se présenterait encore quand il arriverait sur place.
Han San examina l’avis. Il paraissait tout frais, comme s’il venait d’être affiché, mais il ne fallait pas oublier l’époque où ils vivaient.
Il fallait plusieurs jours pour recevoir la nouvelle sur place, la transmettre, en faire un document et obtenir l’autorisation de verser la récompense.
Il ne serait pas étonnant que, lorsqu’il arriverait vraiment, l’instrument soit depuis longtemps tombé et brisé, ou qu’une personne habile s’en soit déjà occupée discrètement.
Bah, c’est sur le chemin, de toute façon.
Han San ne se faisait pas de souci. S’il y était, tant mieux ; sinon, il pourrait toujours dire qu’il était allé jeter un œil au chantier.
Aucun autre avis ne sortait du lot.
J’ai vu tout ce qui valait la peine d’être vu.
Han San laissa échapper un long soupir.
À cette époque où les radios étaient rares, retourner dans la Vallée de Sebeom le couperait de nouveau des informations pendant un bon moment. Il était donc important de faire le plein de nouvelles comme celles-ci.
L’idéal aurait été de s’installer dans une taverne et d’écouter les conversations, mais il n’avait pas assez de temps pour ça.
Il remettrait ça à la prochaine fois.
Allons au marché.
L’heure était enfin venue de dépenser son argent.
Il était de nouveau au marché d’Inje.
Han San passa la main sur les 4 wons et 80 jeon qu’il avait dans sa veste, puis reprit sa route sans hésiter.
Du sel, d’abord.
Pour vivre, le sel était plus urgent que le riz. D’autant plus dans un village de culture sur brûlis, au cœur des montagnes.
À force de concentrer toute son attention sur le salage des brochettes d’écrevisse et de blaireau, craignant qu’un seul grain ne tombe à côté, il était épuisé ; tout son corps réclamait à présent une bonne revanche salée.
Arrivé devant l’étal de sel, Han San passa sa commande avant même de poser son porte-charge à armature.
« Un mal, s’il vous plaît. »
Le marchand de sel hésita. Le froncement de sourcils qui lui était venu en apercevant ce pauvre colon de brûlis changea d’expression.
« Jeune homme, tu as de quoi payer ? Un mal entier coûte plus d’un won… »
« J’ai de quoi, tenez. Donnez-moi du gros sel, bien tassé jusqu’au bord. »
Quand Han San sortit ses billets d’un won et les agita, les yeux du marchand changèrent en un éclair.
« Aigo, un homme riche, un homme riche ! Pas étonnant que vous ayez l’air si béni des dieux. Tenez, tenez, je vais vous en rajouter une poignée ! Donnez-moi un sac, un sac ! »
« Ah, si vous pouviez aussi me donner un sac, un sac, ce serait… »
« … Ah, bien sûr ! Hum ! Vous êtes béni des dieux, vraiment ! »
Il dépensa donc encore un won et vingt jeon, et un lourd sac de sel prit place sur son porte-charge à armature. Converti en unités modernes, cela représentait environ quinze kilos.
Il avait déjà calculé le poids qu’il pouvait porter en venant.
Je peux porter quatre-vingts kilos tout au plus. Mais avec les sentiers de montagne, la moitié, environ quarante kilos, c’est la limite.
Puisqu’il comptait sur son porte-charge, il devait faire ses achats en respectant cette limite.
[Sel, 1 mal : dépense de 1 won et 20 jeon / solde de 3 wons et 60 jeon]
[Sel : 15 kg, total : 15 kg / 40 kg]
Han San remit son porte-charge sur son dos et hocha la tête.
Ça va.
L’étal de céréales était le suivant.
Tout le pays traversait la période de soudure, mais, à moins d’une famine généralisée, les endroits qui avaient des marchandises en vendaient. Han San passa devant les tas de millet des oiseaux, de sorgho, d’orge et de riz complet, et s’arrêta devant le riz blanc, luisant.
Du riz blanc, hein…
Depuis combien de temps sa famille n’en avait-elle pas mangé ? Même dans sa vie précédente, qui l’avait vu traverser la période de forte croissance économique, il n’avait pu manger du riz à sa faim qu’à un âge avancé.
C’étaient ces plats qu’il avait posés sur la table commémorative de ses parents après leur mort ; qu’il les leur serve donc de leur vivant, quand ils étaient encore jeunes.
« Ce riz-là. Deux doe, s’il vous plaît. »
« Deux doe ? Du riz blanc ? »
La marchande de céréales ouvrit de grands yeux. Han San hocha la tête sans hésiter et tendit d’abord l’argent.
« Aigo, le jeune homme a la main généreuse ! Très bien. Je vous en donnerai une mesure bien pleine, sans araser. »
« Merci. … Mais vous avez dit que vous ne l’araseriez pas ? »
« Cette mesure est un peu grande, vous voyez ? C’est en l’arasant comme ça qu’on obtient la quantité exacte. »
« Alors il faudra aussi araser le prix. J’ai moi-même une grande mesure, donc en l’arasant, on obtient la somme exacte. »
Après d’âpres négociations, l’argent changea de main et les marchandises furent chargées sur son moyen de transport.
[Riz blanc, 2 doe : dépense de 45 jeon / solde de 3 wons et 15 jeon]
[Riz blanc : 3,3 kg, sel : 15 kg, total : 18,3 kg / 40 kg]
C’est outrageusement cher, vraiment.
Il n’avait pourtant aucun regret. Pas quand il songeait à ce soir, à la viande de blaireau qu’il lui resterait, posée sur un tas de riz fumant.
De la viande de blaireau…
Hum… Tant que je suis venu jusqu’en ville…
Han San se dirigea vers le boucher.
« Monsieur, vous avez du porc ? »
Le boucher, à la barbe courte et au crâne entièrement chauve, hocha la tête.
« Bien sûr. Le sanglier est un peu moins cher, la truie un peu plus. »
« Hum… De la truie, alors. Coupez-moi deux geun dans un morceau avec une bonne épaisseur de gras. »
S’il avait décidé de dépenser pour de la viande, autant ne pas lésiner. À cette époque, on devait encore castrer les sangliers, mais un sanglier presque dépourvu de cette forte odeur, comme ceux qu’il avait mangés dans sa vie passée, à un âge avancé, devait être rare.
« Le morceau gras coûte cher. Vous le savez ? »
« Bien sûr. J’ai de l’argent. »
Le boucher prit l’argent, donna deux solides claques sur la poitrine de porc et la lui tendit. À cette époque, il n’existait pas encore de coupe appelée samgyeopsal[4] ; de temps à autre, quelques gens instruits parlaient tout au plus de segyeopsal.
« Et voilà ! Vous allez en tirer une tonne de graisse ! »
« Merci. »
[Porc, 2 geun : dépense de 60 jeon / solde de 2 wons et 55 jeon]
[Porc : 1,2 kg, riz blanc : 3,3 kg, sel : 15 kg, total : 19,5 kg / 40 kg]
Son porte-charge à armature commençait à peser lourd.
« Tu as beaucoup acheté. »
Il lui fallait encore acheter d’autres choses.
Il pensa aux pieds de sa famille. Les sandales de paille de son père étaient usées jusqu’à la corde. Les talons de sa mère étaient fendillés. Les orteils de Bada étaient rouges. Quant à lui, la terre s’infiltrait par les trous de ses sandales.
« Je vais acheter quatre paires de chaussures en caoutchouc. Pour les pointures, donnez-moi celles-ci, celles-là et celles-là. »
« Oya ! Prenez-les ! Il y en a une petite, alors je vous fais un prix ! »
[Chaussures en caoutchouc, 4 paires : dépense de 1 won et 25 jeon / solde de 1 won et 30 jeon]
[Chaussures en caoutchouc : 3 paires, 1,5 kg ; porc : 1,2 kg ; riz blanc : 3,3 kg ; sel : 15 kg ; total : 21 kg / 40 kg]
Han San n’en chargea que trois paires sur son porte-charge et enfila la quatrième sur-le-champ.
Super !
Il fit un petit bond et frappa les semelles de ses chaussures l’une contre l’autre.
Même cette paroi rocheuse ne me posera pas de problème avec ça.
Les semelles en caoutchouc adhéraient à la roche comme des ventouses de pieuvre. Sur les sentiers couverts de feuilles, les chemins mouillés ou la neige, elles glissaient davantage que les sandales de paille, mais il aviserait le moment venu.
Avec l’argent qui me reste, maintenant…
Son regard errant se posa sur un coin du marché.
Des poules blanches étaient enfermées dans un poulailler. Elles gloussaient « cot-cot » en picorant leur nourriture. Han San s’approcha et demanda :
« Celles-ci, ce sont des Leghorn ? »
Le propriétaire du poulailler cligna des yeux.
« Vous le dites exprès ? Vous vous êtes mordu la langue ? »
« Ah, c’est juste un peu… Enfin, j’ai raison ? »
« Ouais. Des poules étrangères, elles pondent comme une horloge. Des poules étrangères. Ça coûte cher. »
« Combien ? »
« Un won. »
Cher. Mais tout de même… Hum… les poules pondent des œufs. Bada était en plein dans sa croissance… Non, normalement, les œufs revenaient au chef de famille, mais s’il en élevait une à la fois… et avec une basse-cour, lui et ses parents auraient assez de bras pour s’en occuper…
Il réfléchit longuement, mais sa main sortait déjà de l’argent, comme si elle était ensorcelée.
« Donnez-la-moi. La Leghorn. »
« Pourquoi vous dites ça comme ça, je vous demande ??? Quel drôle de type ??? »
[Poule Leghorn, 1 : dépense de 1 won / solde de 30 jeon]
[Poule Leghorn : 1,5 kg ; chaussures en caoutchouc : 3 paires, 1,5 kg ; porc : 1,2 kg ; riz blanc : 3,3 kg ; sel : 15 kg ; total : 22,5 kg / 40 kg]
La poule battit des ailes tandis qu’on l’attachait tout en haut du porte-charge à armature.
Il était temps de conclure ses achats. Il se dirigea ensuite vers l’épicerie.
« Bienvenue. Vous cherchez quelque chose ? »
« Je voudrais acheter de l’huile. »
« De l’huile ? Laquelle ? De l’huile pour lampe ? De l’huile de ricin ? On ne vend pas d’huile de cuisine ici. »
« Vous avez de l’huile pour machine ? »
« De l’huile pour machine ? »
Le patron de l’épicerie le regarda, perplexe. Qu’est-ce qu’un homme habillé comme un colon de brûlis voulait faire avec de l’huile pour machine ?
« Vous avez une machine à coudre chez vous, ou quoi ? »
« Non. Les couteaux à la maison sont, euh… Et la faucille n’est pas en meilleur état… »
« Alors, il vous faut une pierre à aiguiser, non ? »
« On dit qu’il est bon d’appliquer de l’huile pour machine après avoir aiguisé. »
Han San le dit d’un ton assuré. Le patron hocha la tête.
« Eh bien, c’est vrai. C’est bon pour faire briller le fer. Tenez. C’est une importation, alors c’est un peu cher : 10 jeon. »
Le patron sortit l’huile pour machine. Ce minuscule flacon coûtait la bagatelle de 10 jeon.
Mais Han San paya sans hésiter.
[Un peu d’huile pour machine : dépense de 10 jeon / solde de 20 jeon]
Une fois le flacon bien calé dans sa veste, il se sentit rassuré.
Il n’en avait parlé à personne, mais ce petit flacon était lui aussi l’un des objectifs de son voyage en ville.
Parce que…
Cette huile sert à nettoyer une arme à feu !
L’entretien d’une arme à feu !
Le fusil d’infanterie Type 38 qui se trouvait chez lui. Han San avait prévu plusieurs choses à son sujet.
L’ordre dans lequel il les exécuterait était primordial, et le moindre faux pas risquait de tout faire échouer ; nettoyer l’arme était, sans aucun doute, la première chose à faire.
Son père avait probablement pris soin du fusil de temps à autre, mais plus de quinze ans s’étaient écoulés depuis qu’il l’avait récupéré. Il fallait le démonter, le nettoyer et le remonter.
Un chiffon fera l’affaire pour le nettoyer, et j’ai les journaux achetés tout à l’heure ; inutile d’en acheter d’autres.
Han San s’apprêtait à quitter l’épicerie lorsque son regard s’arrêta sur une extrémité du comptoir.
[1] Le drapeau au Soleil levant est le drapeau national du Japon ; ici, il flotte au-dessus d’un poste de police colonial.
[2] Sous le régime colonial, l’expression « langue nationale », ou kokugo, désignait le japonais, que les autorités imposaient comme langue officielle alors que de nombreux Coréens ne savaient pas le lire.
[3] Au début de la colonisation, le système de police militaire confiait également des fonctions de police civile à la Kempeitai, de 1910 à 1919. Après s’être faite moins présente dans les années vingt, elle réaffirma son emprise au cours des années trente.
[4] Le samgyeopsal est la poitrine de porc à trois couches devenue emblématique du barbecue coréen. Le terme n’était pas encore en usage ; on parlait tout au plus de segyeopsal, qui signifie « viande à trois couches ».
Notes :
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