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Traducteur/éditeur : ZERO_SUGAR
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Chapitre 105 : Secte du Jugement et du Salut de la Fin des Temps 【Baekbaekgyo】 (1)
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L’événement que les habitants du Gangwon appelleraient plus tard [les troubles de novembre] commença à l’aube, au moment même où un camion peint en noir, transportant un certain régressé, pénétra dans la cour du poste de police militaire d’Inje.
« Commandant. On ne pourrait pas attendre le lever du jour… ? »
« Tendo. Sais-tu ce que les poissons et les gens ont en commun ? »
Clac !
Sawada fit rouler la bille d’acier dans sa main et retroussa un coin de ses lèvres.
« Il faut les nettoyer dès qu’ils touchent la planche à découper. »
Sawada remonta les manches de son uniforme et descendit l’escalier menant au sous-sol. Son aide de camp porta une main à son front devant l’énergie qui émanait du dos de son supérieur, puis le suivit.
« On ne dira rien ! »
« Le pouvoir divin du Grand Magistrat nous protégera ! Baek, baek, baek… »
Les deux adeptes de Baekbaekgyo gardèrent la bouche close. Même s’ils découvraient de leurs propres yeux ce qu’était un [sous-sol] à cette époque, ils ne cédaient pas.
Entre leurs dents serrées ne s’échappaient ni aveux ni supplications, mais des prières et des incantations.
« Un monde nouveau va bientôt advenir… Le jugement du feu à l’ouest, le jugement de l’eau à l’est… !! »
« Ce jour-là, toutes nos souffrances nous seront rendues au double, et votre brutalité vous reviendra sous la forme d’une douleur décuplée ! »
C’était du fanatisme. Les coups, à eux seuls, ne pouvaient le briser.
Même Sawada Kazuo claqua la langue.
Quels têtus, bon sang.
Mais ce n’était pas un problème.
Han San ne leur avait pas livré deux hommes, mais trois, et le troisième avait fini par parler.
« C-c’est une route de montagne… !! »
Le conducteur Kim.
N’entends pas le mal. Ne vois pas le mal. Ne dis pas le mal.
L’homme qui avait observé ces trois commandements comme si sa vie en dépendait devint, une heure à peine après avoir été traîné là, le plus bavard de toute l’histoire de ce sous-sol.
« Hongcheon ! Après la troisième crête, sur la route de Hongcheon, il y a un… un arbre ! Un arbre bizarre ! Tournez à gauche et vous trouverez une mine abandonnée !
J-je n’ai pas déchargé la cargaison ! Ce sont les Maîtres de la Foudre qui s’en sont chargés ! Ils ont tout déchargé !
Je n’ai rien vu, non, je ne pouvais rien voir ! Je n’ai rien entendu non plus, ahh ! J-je l’ai entendu, quand même ! Je n’y pouvais rien ! La cargaison n’arrêtait pas de demander où on l’emmenait !
Il y avait quelqu’un d’autre que les mendiants ! Une personne bien habillée ! Des chaussures ! J’ai vu des chaussures ! Des souliers de cuir brillants sous les sacs, oui ! C-cette personne est descendue elle aussi ! Les Maîtres de la Foudre l’ont déposée à la mine abandonnée ! »
Une fois la brèche ouverte, impossible de la colmater.
Son aveu résonna à travers les murs, et les adeptes de Baekbaekgyo hurlèrent.
« Sale chien ! Traître ! Tu es pareil que ce conducteur, l’autre fois ! »
« Tu crois qu’il y aura encore une place pour toi dans le monde qui viendra après le Jugement ? »
Au milieu de ce chaos d’aveux et d’insultes, clac ! Sawada retroussa de nouveau un coin de sa bouche.
À présent, il allait leur montrer ce qu’il savait faire.
« Séparez-les. »
Il en installa un à chaque bout du couloir, assez loin l’un de l’autre pour qu’ils ne puissent même pas entendre la respiration de l’autre. Puis Sawada leur adressa les mêmes mots à tous les deux.
« Votre compagnon a commencé à parler. »
« Ne mentez pas ! »
« Croyez ce que vous voulez. »
C’était tout. Sawada sortit aussitôt, comme s’il venait simplement de leur transmettre un avis.
Restés seuls, les adeptes de Baekbaekgyo grincèrent des dents.
« Cet homme a parlé ? »
« Impossible. »
Leurs marmonnements, chacun de son côté, s’insinuèrent dans les pièces désertes. Là où ces voix s’éteignaient, l’imagination se répandait comme une nuée d’insectes sortis de leurs œufs.
L’imagination était, par nature, le tortionnaire le plus acharné qui soit.
Et Sawada lui donna un coup de main.
« Kim Gang-cheol. »
« Oui, monsieur ! »
Kim Gang-cheol était affecté au poste de police d’Inje.
Ce policier coréen était célèbre pour deux choses.
D’abord, il haïssait les Coréens plus que quiconque à Inje.
Quand Kim Gang-cheol marchait, c’était comme s’il piétinait des têtes coréennes. Quand il mangeait, c’était comme s’il mordait dans des morceaux de chair coréenne. Quand il dormait, il rêvait de l’anéantissement rapide des Coréens.
Ensuite, il était doué pour les imitations.
Lorsqu’il y avait une beuverie au poste, Kim Gang-cheol imitait le roi de Joseon fuyant Hanyang ou le roi de Joseon exécutant devant l’empereur Qing trois prosternations et neuf génuflexions. Il n’avait jamais manqué de déclencher l’hilarité générale.
« Vous vous souvenez de leurs deux voix ? »
« Bien sûr, monsieur ! »
En préparant les dépositions, Kim Gang-cheol avait mémorisé chaque parole prononcée par les deux adeptes de Baekbaekgyo. De la voix éraillée du plus âgé à l’accent narquois du plus jeune, il se souvenait de tout.
Ce soir-là, Kim Gang-cheol commença son numéro dans la pièce voisine de celle où était détenu l’adepte le plus âgé.
« Ahhh ! J-je vais tout vous dire ! Épargnez-moi, je vous en supplie ! »
La voix qui sortit de sa bouche était exactement celle du plus jeune adepte de Baekbaekgyo.
« C-c’est ce vieux salaud qui m’y a forcé ! Quoi !? Lui, oui ! Il est vieux, non ? Il s’est servi de son ancienneté pour me forcer, alors que je disais que je ne voulais pas !!
Qu’est-ce qu’un jeune comme moi aurait pu faire ? C’est ce salaud, ce vieux salaud qui commande !! »
Un policier militaire qui observait par le judas raconta plus tard comment le visage de l’adepte le plus âgé avait changé.
« Il est devenu blême, puis rouge. On aurait dit un monstre en pleine métamorphose. »
Le lendemain matin, quand Sawada ouvrit la porte, l’adepte le plus âgé était rouge de la tête aux pieds, comme s’il avait changé de forme pour devenir rouge.
Sawada lui demanda : « J’ai entendu dire que vous aviez quelque chose à me dire. »
« Avant ça ! »
L’adepte le plus âgé se jeta en travers de la table, presque à quatre pattes dessus, et demanda avec désespoir : « Q-qu’est-ce qu’il a dit, exactement ? Qu’est-ce que ce salaud a dit !? »
Au lieu de lui répondre, Sawada pencha la tête.
« Savez-vous ce que les poissons et les gens ont en commun ? »
« Quoi !? »
« Lui a vite cédé sa chair. Elle sentait un peu le pourri, mais elle restait comestible. Mais vous… à ce rythme, il ne restera bientôt plus rien de vous qui vaille la peine d’être mangé. »
L’adepte le plus âgé reprit ses esprits, lutta un instant contre lui-même, puis serra les dents et se décida.
« Il y a dans notre secte un homme nommé Mun, un do-yusa… »
L’adepte le plus âgé se mit à parler.
Au même instant, le plus jeune résistait de toutes ses forces.
« Ce doyen ne parlerait jamais ! Vous avez tout manigancé et vous racontez n’importe quoi ! Vous croyez que je ne le vois pas ? S’il a dit le moindre mot, dites-moi ce qu’il a dit ! »
Un peu plus tard, des paroles lui parvinrent à travers le mur.
« J-je vais tout vous dire ! Ce jeune salaud est le meneur !
Regardez-moi ! Je suis vieux ! Quelle force pourrais-je bien avoir ? Quand ce jeune salaud me donnait des ordres, je ne faisais que ses commissions ! Ce jeune homme, vous voyez ? Il y a un certain Mun, un do-yusa ! Il a un faible terrible pour ce jeune homme… »
C’était, bien sûr, un autre numéro de Kim Gang-cheol, inspiré par les aveux de l’adepte le plus âgé. Mais cela suffit à faire prendre au plus jeune une mine de terre.
Quelques heures plus tard, le plus jeune adepte de Baekbaekgyo avoua deux fois plus de choses que l’aîné. Le poignet de Kim Gang-cheol commençait à le faire souffrir à force de consigner la déposition.
Kim Gang-cheol continua d’écrire en grinçant des dents.
« Monsieur ! Les Coréens n’excellent vraiment qu’à se méfier les uns des autres et à se tirer dans les pattes, monsieur ! »
« Hum… »
« L’existence même des Coréens suffit à anéantir la prétendue pureté du dieu dont ces sales chrétiens de basse extraction nous rebattent les oreilles ! Si Dieu était vraiment parfait, comment un peuple maudit comme les Coréens pourrait-il exister en ce monde, monsieur ! »
« Hum… Oui, et ensuite… »
« À voir ces sauvages coréens inférieurs faire preuve d’une barbarie sans limites, ma main se met à trembler sans que je puisse m’en empêcher, monsieur ! Tout comme le visage de ces sauvages coréens quand ils ont appris l’union du grand Japon et du petit Joseon, monsieur !!! »
« Hum… Kim Gang-cheol ? »
« Oui, monsieur !!! Je vous écoute, monsieur !!!! »
« La ferme et écris… »
« Oui, monsieur !!!!! »
La plume de Kim Gang-cheol courait sur le papier tandis qu’il consignait les dépositions. Sawada contempla son profil, si animé par le zèle qu’il frisait le fanatisme, avec une lassitude rare chez lui.
Les dépositions furent rapidement mises au propre.
Les imbéciles pris dans les filets d’une secte ne connaissaient pas la loyauté, et le fanatisme pouvait basculer du tout au tout au moindre sentiment de trahison.
Plusieurs jours passèrent.
Pendant la rédaction des dépositions, les courriers officiels circulèrent dans les deux sens. La plupart des endroits cités se trouvaient dans les districts de Chuncheon et de Hongcheon ; il fallait donc prévenir Chuncheon et demander la coopération de Hongcheon.
Le commandant du poste de police militaire de Hongcheon, qui avait le même grade que Sawada, laissa le courrier officiel de côté pendant une demi-journée.
« Quoi ? Une bande de mendiants ? Ils ont peut-être déplacé des tas de mendiants coréens d’un endroit à l’autre pour nettoyer les rues, hein ? Ce salaud de Sawada fait encore des histoires ? »
Quelqu’un d’un autre district voulait enquêter, sans raison apparente, sur une mine abandonnée relevant de sa juridiction.
Et il semblait que l’affaire pourrait se transformer en une réussite assez importante, ce qui lui restait en travers de la gorge comme une arête de poisson.
« Comme si ça ne suffisait pas que le caporal Ishihara, cet incapable sans aucun sens du devoir, m’ait piqué l’affaire de l’École Mogok dans ma juridiction… »
Dire que le commandant du poste de police militaire de Hongcheon était au niveau de Sawada ne concernait pas seulement leur grade.
Même sa conclusion — qu’il ne pouvait pas ignorer une demande de coopération plus d’une demi-journée — était tout à fait au niveau de Sawada.
« On dit qu’une des victimes portait des chaussures de cuir.
Enquêtez là-dessus. »
L’ordre venait de la police militaire de Chuncheon.
En suivant l’itinéraire indiqué par le conducteur Kim et les renseignements divulgués par les deux prosélytes, qui s’avérèrent appartenir à l’unité d’intervention de la secte, les Maîtres de la Foudre, les forces de sécurité de l’Empire ratissèrent le Gangwon.
Elles atteignirent une mine abandonnée.
Des gens furent traînés dehors. Certains étaient vêtus de blanc ; d’autres n’étaient guère que des peaux tendues sur des os, clignant des yeux d’un air absent.
Il ne faisait aucun doute que les bandes de mendiants de Chuncheon se mêlaient à eux, mais personne ne pouvait les distinguer. Ceux qui ne portaient pas de blanc se ressemblaient tous.
Ils avaient tout de même eu de la chance.
Certains ne ressortirent jamais.
Devant un profond puits, au fond de la mine, les policiers militaires japonais, les policiers et leurs assistants, qui s’étaient d’abord plaints de l’incivilité des Coréens et de la raison pour laquelle on les avait traînés dans un village si reculé, finirent peu à peu par se taire.
« Hé, ça… »
« Hum… »
Kim Gang-cheol fut le seul à fixer le fond du puits, les yeux injectés de sang, en répétant sans cesse : « Les Coréens feraient mieux de disparaître. » Un policier japonais dont il était un peu proche posa une main sur son épaule et le guida vers la sortie.
L’équipe d’enquête conjointe rentra.
Chuncheon fut sens dessus dessous.
« Quoi !? Ils ont trouvé douze corps !? »
« Ouais. La plupart n’auraient pas de famille. Des mendiants ou des colons qui pratiquaient la culture sur brûlis, sans registre familial… »
« Quoi ? Tu m’as fait peur pour rien. »
Contrairement aux enquêteurs qui avaient vu directement l’état des corps, les rumeurs ne pouvaient transmettre qu’une partie de la réalité. À cette époque, on traitait la mort avec cette indifférence-là.
Mais ensuite.
Alors que Chuncheon, déjà bouleversée une première fois, s’apprêtait à retrouver son calme, un autre incident la secoua de nouveau.
« Quoi !? Il y avait des gens ordinaires, inscrits au registre familial, parmi les morts !? »
« Toute une famille !? »
« Ouais, vous savez, la famille du président Choi… »
Un homme nommé président Choi tenait un étal de poisson au marché public de Chuncheon. Deux mois plus tôt, toute sa famille avait soudainement disparu. Comme il ne restait pas la moindre trace de leurs biens, la rumeur avait couru qu’ils avaient emprunté de l’argent et fui en pleine nuit.
Le président Choi et sa famille furent retrouvés dans ce puits. Leurs biens disparus furent découverts dans la troisième succursale de Baekbaekgyo à Chuncheon.
Le monde entier apprit que Baekbaekgyo était une secte qui s’en prenait même aux gens ordinaires.
« Bon, les mendiants, passe encore. Les colons qui pratiquent la culture sur brûlis aussi ! Mais comment ont-ils pu s’en prendre à quelqu’un comme le président Choi… »
« On dit que sa fille a dix-huit ans maintenant… »
« Ces salauds en blanc. Ce sont pas eux qui sont passés dans notre ruelle, eux aussi ? »
« J’ai mangé leur bouillie quelques fois, moi aussi. C’était gratuit, après tout… »
En une seule journée, plus personne vêtu de blanc et coiffé d’une casquette blanche ne put circuler librement, et les policiers et les militaires posèrent ensemble un avis de mise sous scellés sur la porte du bâtiment occupé par la troisième succursale de Baekbaekgyo à Chuncheon.
Quatre ans avant la date prévue par l’Histoire, le monde commença à s’intéresser à Baekbaekgyo.
Et, un peu plus tôt encore, la nouvelle parvint à quelqu’un qui discutait de la Voie avec des [fées], dans une cachette quelque part à Gyeongseong.
« Quoi ? »
Jeon Yong-hae.
Le chef de Baekbaekgyo. L’incarnation du Grand Magistrat. Le capitaine de l’arche qui survivrait entre le jugement du feu et celui de l’eau.
Un seul regard de cet auguste personnage suffisait à faire prosterner dix mille croyants, et d’un geste de la main, les fées élues s’approchaient pour lui offrir leur corps. Pourtant, de sa bouche sacrée et céleste sortirent ces paroles divines :
« Putain, Mun Bong-jo ! Quel putain d’incapable ! »
La décision fut rapide.
Ce soir-là, Mun Bong-jo, do-yusa, fut retrouvé pendu dans la salle de la quatrième succursale de Baekbaekgyo à Gyeongseong. De l’urine et des excréments lui coulaient le long des jambes, et une lettre de suicide gisait à ses pieds.
[ J’ai appris que certains hérétiques, qui se réclamaient de mon nom, ont emprunté une voie blasphématoire.
Je ne leur ai jamais donné de telles instructions, et telle n’a jamais été mon intention. Pourtant, j’ai peut-être manqué à mon devoir de guider les croyants et les ai égarés. Si cela aussi est un péché, alors c’en est un. Rongé par le remords, je souhaite assumer ma responsabilité de cette manière.
Tout cela n’est que ma faute et ma responsabilité. Je prie pour qu’aucun autre membre de la foi ne souffre à cause de cela. ]
L’écriture était soignée. Beaucoup trop soignée pour avoir été tracée juste avant de se donner la mort.
La secte fit alors tout son possible pour rassurer ses fidèles, ou du moins ceux qui méritaient de l’être.
- Cet incident n’est rien de plus qu’une déviation de Mun Bong-jo, qui prétendait à tort être un do-yusa, et de quelques hérétiques qui l’ont suivi. Le Grand Magistrat avait depuis longtemps percé à jour la malveillance de Mun Bong-jo et l’avait chassé de la foi.
- Ne vous laissez pas troubler par les fausses rumeurs qui se répandent dans les rues. Voyez cela comme une épreuve de votre foi avant le jugement du feu et de l’eau, et récitez souvent l’incantation du Grand Magistrat.
C’était une tentative de couper la branche malade, mais restait à voir si elle fonctionnerait.
Une chose était certaine.
Dans l’histoire d’origine, les crimes de Baekbaekgyo ne seraient pas révélés de nouveau avant quatre ans, et Mun Bong-jo ne perdrait la vie qu’après plusieurs années de procès.
Mais dans ce monde-ci.
Le système formé par le chef de secte Jeon Yong-hae et les deux do-yusa, Yi Gyeong-deuk et Mun Bong-jo, avait déjà perdu une aile !
Personne n’aurait pu deviner qu’à ce tournant de l’Histoire se tenaient un camion peint en noir et un certain régressé.
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