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Traducteur/éditeur : Potter
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◈ Le protagoniste d’une romance fantasy ne m’aime que moi ◈
Chapitre 6 : Marigold la guerrière. (1)
──────
0.
« Mademoiselle, combien de temps comptez-vous encore dormir ? »
Marigold s’éveilla en papillonnant des paupières.
Elle sentit Pina, la fée ailée, lui tirer les joues de toutes ses forces.
L’odeur du foin lui emplissait les narines. Elle se trouvait dans une vieille écurie.
« Nous sommes censées partir pour la Capitale impériale, et vous, vous dormez tranquillement ici ? À ce rythme, nous allons rater le train ! »
« Mmm… Mais c’est demain. Il nous reste encore toute une journée… Aïe ! »
Pina lui tira de nouveau la joue.
« Il ne nous reste qu’un jour, mademoiselle. Un seul ! Si nous sommes en retard, nous devrons prendre le bateau au lieu du train. »
« Rah, je sais. Arrête de crier. »
« Vous n’avez pas oublié que nous n’avons loué cette écurie que jusqu’à ce matin, tout de même ? »
« Ah ! »
Marigold bondit hors du tas de foin. Le cheval à côté d’elle renâcla.
Près de sa tête se trouvait l’eau qu’elle avait recueillie la veille au soir.
Elle repoussa le cheval qui s’abreuvait et se débarbouilla rapidement. Une fois sa somnolence dissipée, elle se souvint de la nuit précédente.
« J’ai encore fait cet étrange rêve. »
« Un rêve ? »
« Oui. »
Un rêve.
Non.
« Était-ce vraiment un rêve ? »
« On dit qu’on rêve beaucoup quand on grandit. »
Marigold contempla son reflet dans la bassine et se remémora ce rêve familier.
C’était un endroit qui ressemblait à une galerie d’art où le temps se serait arrêté, avec d’innombrables tableaux accrochés aux murs. Marigold avait déjà vu cette scène plusieurs fois.
[Album des souvenirs]
-1. Quelle est donc cette vie, Marigold ?
-2. Marigold, victime de la guerre.
-3. Il y a mille façons de mourir.
-4. Marigold, vous tenez un restaurant ?
.
.
.
-15. Marigold, la servante pleine d’entrain.
-16. Marigold, victime d’un coup monté.
-17. Pauvre Marigold, noble déchue.
-18. Le surmenage est mauvais pour vous, Marigold.
-19. Mariage avec le Jeune noble « Lancel Dante ».
Chaque tableau représentait la même femme, tantôt enfant, tantôt jeune adulte. Marigold savait instinctivement qu’il s’agissait à chaque fois d’elle.
Sous les tableaux figuraient des descriptions qu’elle ne comprenait pas.
Fin 18. Le surmenage est mauvais pour vous, Marigold.
Vous avez augmenté le nombre de vos petits boulots, passant de trois à quatre, pour sortir de la pauvreté. Mais vous n’avez pas compris que rien n’était plus précieux que votre santé. Finalement, votre souhait de dormir tout votre soûl s’est réalisé.
Un cauchemar.
Marigold considérait cela comme un cauchemar.
Qu’aurait-ce pu être d’autre, si ce n’était un rêve montrant « les derniers instants de Marigold », qui se terminait par la mort, la solitude ou le néant ?
Une seule chose la troublait.
Le dernier tableau.
Mariage avec le Jeune noble « Lancel Dante ».
« Lancel Dante. »
Marigold répéta doucement le nom qu’elle avait vu dans son rêve.
Pour une raison inconnue, une sensation oppressante lui enserra le cœur.
C’était une émotion qu’elle n’avait jamais ressentie auparavant.
« Mademoiselle, pourquoi pleurez-vous ? Mademoiselle ? J’ai dit quelque chose de trop dur ? Je suis désolée, je suis désolée ! »
« Non, Pina n’a rien fait de mal… »
Marigold essuya ses larmes.
Elle grava profondément le nom de Lancel Dante dans son cœur.
1.
« La Capitale impériale est un continent en miniature. Au bout du compte, tous les pouvoirs s’y rassemblent, s’affrontent, rivalisent et se partagent le territoire. »
Les innombrables avis que l’on entendait sur Rodnis, la Capitale impériale, comptaient parmi les raisons pour lesquelles Lancel l’avait évitée.
Il aurait été facile de balayer les dictons prétendant qu’on se ferait voler son nez en allant dans la capitale en les mettant sur le compte de la rancœur habituelle des provinciaux envers les citadins. Pourtant, même la famille de Lancel frémissait chaque fois que Rodnis était mentionnée.
« Rodnis est le repaire des nobles consumés par leurs désirs et leur mesquinerie. Rien que d’y repenser, j’en grince encore des dents. Ce sont des chiffons dégoûtants tombés dans une fosse d’étable. »
Chaque fois que sa mère, lady Nirvia Dante, buvait un verre, elle se remémorait l’endroit et maudissait ses habitants dans les termes les plus orduriers.
On pouvait dire sans exagérer que Lancel avait appris la majeure partie des jurons employés dans ce monde en écoutant sa mère démolir les nobles de la capitale.
« Mère, vous êtes née et avez grandi dans la Capitale impériale. Pourquoi grincez-vous des dents dès que vous y pensez ? C’est tout de même votre ville natale. »
À sa question, qu’il avait posée par curiosité, le regard de sa mère se voila de nostalgie.
« Mon fils. Comme tu le sais, ta mère fut autrefois une personne innocente, qui ne cherchait rien d’autre que l’amour pur. »
Autrement dit, elle avait fréquenté plusieurs hommes.
Mais aussi…
« La plupart des vauriens de la capitale étaient différents. Ils ne recherchaient l’amour que pour leur lignée. Ils se moquaient de savoir qui était l’homme en face d’eux ou quelle âme il possédait. Tu crois vraiment que c’est ça, l’amour ? »
« Je ne sais pas. Chercher à améliorer sa lignée, ça ne pourrait pas être une forme d’amour, aussi ? »
« Tu aurais dû voir ces fichues garces se bousculer pour rencontrer Son Altesse le prince. »
Il l’avait vu.
Au cours de plusieurs de ses vies dans la Capitale impériale.
On aurait presque dit un fan-club.
« D’âme à âme, de regard à regard. Trouver au fond de soi le véritable amour, voilà la voie du bonheur. N’oublie jamais ça, mon fils. »
« Et si j’épousais une roturière, vous feriez quoi ? »
« Je te rayerais proprement de l’arbre généalogique. N’y pense même pas. »
Même sa mère, qui prêchait la pureté de l’amour, ne pouvait accepter une roturière.
Et moi, je suis censé mettre Marigold en couple avec un prince ? C’est vraiment un jeu que je peux gagner ?
La différence de statut. Une foule de rivales. Le caractère inaccessible des princes. Et, par-dessus le marché, les redoutables barrières de la haute société.
Est-ce qu’elle peut vraiment surmonter tout ça ?
Bien sûr que oui.
Dans le jeu.
Si ses souvenirs étaient exacts, cela n’avait même pas été particulièrement difficile.
Avec un peu de chance aux événements aléatoires, leur affection augmentait régulièrement jusqu’à ce qu’elle finisse par se marier. C’était tout.
Mais ce n’était qu’un jeu.
Ici, c’était la réalité.
Je dois d’abord m’établir dans la Capitale impériale. Et il me faudra sans doute de l’argent aussi.
En effet. Avant même de tenter de mettre une noble déchue en couple avec un prince, le problème, c’était que lui-même n’avait rien à offrir.
Lancel décida de régler ce problème en premier. Peu importait le temps que cela prendrait.
Il savait tuer le temps mieux que personne.
2.
Il se souvint soudain d’une conversation avec sa sœur aînée, celle qui avait créé le jeu.
« Pourquoi des mercenaires gardent-ils la ville ? »
« Qu’est-ce que ça a d’étrange ? »
« Comment ça ? »
Il était aussitôt resté sans voix.
Apparemment, sa sœur avait pensé que les mercenaires pouvaient aussi faire le travail des gardes. Peut-être se les représentait-elle comme une sorte de société de sécurité.
Résultat, l’Empire subissait toujours les conséquences durables de ce choix. Les guildes de mercenaires, notamment, prenaient régulièrement en charge des portions entières de la sécurité des villes en sous-traitance.
Conséquence : d’innombrables hommes armés d’épées déambulaient dans les rues, la violence et les meurtres à la limite de la légalité faisaient rage, et les organisations illégales prospéraient bel et bien.
Enfin, ce n’était pas le problème de sa sœur.
* * *
« Je ne pensais pas que vous vous intéresseriez au métier de mercenaire. Ce genre de travail n’est-il pas un peu indigne d’un chevalier ? »
Le Baron Evil Shen sembla ravi lorsque Lancel lui annonça son intention de fonder une organisation de mercenaires.
« J’ai souvent besoin de mercenaires pour mes affaires, moi aussi. Mais aucun d’eux n’est digne de confiance. Si vous vous lancez là-dedans, investir un peu d’argent ne me coûtera rien. »
« Trente pièces d’or, ce serait possible ? »
« Ce serait si difficile entre nous ? Mais le Vicomte Dante est au courant ? »
« Bien sûr que le Vicomte Dante n’est pas au courant. »
« Parfait. Faisons en sorte que ça reste ainsi. »
Une fois l’argent obtenu sans difficulté, Lancel acheta d’abord un grand bâtiment dans les faubourgs de Rodnis.
Il installa un comptoir d’accueil au rez-de-chaussée et aménagea les deuxième et troisième étages en dortoirs. À première vue, on voyait tout de suite qu’il s’agissait d’une grande guilde de mercenaires.
Recruter du personnel et des mercenaires ne fut pas difficile.
Lancel avait emmené de nombreux domestiques avec lui en quittant le domaine familial. Il en avait douze, parmi les plus dignes de confiance.
« Je n’ai qu’à rester assise ici, jeune maître ? »
Il plaça une servante à l’accueil et fit asseoir ses domestiques les plus baraqués à l’intérieur : aux yeux de tous, l’endroit avait désormais tout d’une guilde de mercenaires.
[Guilde des mercenaires Lancel]
Les domestiques semblèrent assez perplexes lorsque Lancel admira l’enseigne, mais aucun ne protesta. C’étaient les serviteurs les plus fiables qu’il avait eus au cours de toutes ses vies précédentes.
Parmi eux se trouvait un garde âgé. Lancel l’avait emmené pour une mission un peu particulière.
« Si vous allez dans la trente et unième rue de la Capitale impériale, vous y trouverez une enfant nommée Mary. Trouvez-la et enseignez-lui l’escrime. »
« À vos ordres. »
« Vous n’allez pas me demander pourquoi ? »
« Si vous avez entrepris quelque chose, jeune maître, c’est que vous avez vos raisons. Et puis, je me sens seul ces derniers temps ; cela me fera du bien. »
Le résultat apparut dès le lendemain.
Calendrier impérial, trois mars 818. Nuageux.
Événement déclenché ! « Le but, c’est de devenir maître d’armes ! »
※ À partir d’aujourd’hui, vous recevrez un entraînement d’escrime de base.
Il n’était pas rare que Marigold apprenne l’escrime ou la magie.
Du moins, dans le jeu.
Mais dans la réalité, il n’était pas facile pour une jeune noble de décider brusquement d’apprendre le maniement de l’épée. Lancel avait donc forcé les choses.
Un mois plus tard.
Calendrier impérial, neuf avril 818. Ciel dégagé.
Marigold a maîtrisé l’entraînement d’escrime de base.
※ À partir d’aujourd’hui, vous pourrez suivre un entraînement d’escrime pour débutants.
« Déjà ? »
Deux autres mois passèrent.
Calendrier impérial, premier juin 818. Pluie.
Marigold a maîtrisé l’entraînement d’escrime pour débutants.
※ À partir d’aujourd’hui, vous pourrez suivre un entraînement d’escrime de niveau intermédiaire.
※ Les entretiens pour les petits boulots disponibles ont été mis à jour. Gardien, soldat, mercenaire, instructeur d’entraînement, bandit et voyageur ont été ajoutés.
… Serait-elle une génie ?
Lancel fut presque stupéfait par les progrès de Marigold, bien plus rapides qu’il ne l’avait imaginé.
Quand il convoqua le professeur d’escrime de Marigold pour l’interroger, le garde répondit d’un regard fuyant.
« J’ai déjà transmis à cette enfant presque tout ce que je possède, jeune maître. Je n’ai plus rien à lui enseigner. C’est déchirant. Mes accomplissements et mes compétences sont si modestes. C’est déchirant. »
« … »
Le lamentable aveu d’un homme qui ne pouvait plus rien enseigner à son élève.
Se disant que la protagoniste était décidément à part, Lancel tapota doucement l’épaule du garde.
« Jeune maître. »
C’est alors qu’il entendit derrière lui la voix de la servante. C’était Hestie, la femme qui l’accompagnait depuis sa vie précédente.
« La guilde des mercenaires a reçu une demande aujourd’hui. Mais l’expéditeur est… Son Excellence le Comte de la Cour. »
Ça y était.
Lancel savait que son investissement avait enfin porté ses fruits.
L’un des événements les plus probables du jeu, l’« Événement d’escorte », était arrivé jusqu’à lui sans encombre.
Ce n’est pas une demande envoyée par le Comte de la Cour. C’est…
La demande elle-même était simple.
Retrouver un homme et une femme disparus, puis les conduire à la Capitale impériale. Le délai était d’un an.
« Hestie, commence à recruter des mercenaires dès aujourd’hui. »
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