WeTried Translations
Traducteur/éditeur : Potter
Discord : <a href="https://dsc.gg/wetried" rel="noopener noreferrer nofollow">https://dsc.gg/wetried</a>
◈ Le protagoniste d’une romance fantasy ne m’aime que moi ◈
Chapitre 46 : Marigold fonctionnaire (7)
──────
15.
« Paisible. »
La soirée était si calme qu’on se serait cru loin du champ de bataille. Tout était tranquille, hormis le chant des insectes dans l’herbe.
À bien y réfléchir, Lancel ne se souvenait plus de la dernière fois où il s’était allongé pour se reposer l’esprit libre. Il était presque fier de tout ce qu’il avait enduré ces derniers temps.
Il décida que si la régression se poursuivait encore deux ou trois itérations, il prendrait enfin de vraies vacances.
Et Marigold ?
Il n’aurait qu’à envoyer cette gamine dans un endroit sûr quelque temps. Ensuite, il pourrait s’enfuir avec des sacs pleins d’argent, profiter de la vie tout seul pendant dix longues années, puis revenir.
Oui.
Cette fois, il s’amuserait sans personne. Ne le prends pas trop mal, Marigold. Il te rapportera un souvenir. Ils pourraient le partager le dernier jour, ou les derniers jours, avant la régression. Lancel avait au moins autant d’affection pour elle.
« Moi aussi, je dois me reposer quand c’est le moment. »
Sur cette pensée, Lancel baissa les yeux.
Marigold était dans ses bras.
Ils se trouvaient seuls tous les deux dans une grotte obscure.
16.
* * *
[Simulation de la jeune noble déchue]
Vous définissez le programme de la deuxième semaine d’octobre.
Lun. : Marche.
Mar. : Marche.
Mer. : Marche.
Jeu. : Infiltrer la forteresse ennemie.
Ven. : Sécuriser la forteresse ennemie.
Sam. : Construire un campement provisoire.
Dim. : Repos. (Lieu : campement provisoire)
※ Les faits d’armes, c’est bien, mais ce ne serait pas agréable de pouvoir se laver correctement ? J’espère que la guerre prendra vite fin, avant l’arrivée de l’hiver !
* * *
Quatre mois.
C’était le temps qu’il avait fallu à l’armée du Cinquième Prince pour éliminer, un à un, les derniers groupes dispersés dans l’ouest de l’Empire.
Comme s’il avait pris sa décision, il avait conduit son armée à travers le territoire du comte Runter et les terres voisines, traquant les ennemis comme des rats. Tous ceux qui attiraient son attention étaient écrasés.
« À partir d’aujourd’hui, tous les salauds qui semaient le trouble dans la région ont été éliminés ! C’est un beau jour, alors nous donnerons une fête ce soir. Sortez toutes les provisions que nous gardions en réserve. Vous allez enfin découvrir par vous-mêmes le goût de l’alcool sur un champ de bataille. »
Dès qu’il libéra les provisions qu’il protégeait d’ordinaire jalousement, le camp s’anima.
Autour de chaque feu de camp, les soldats survivants se regroupèrent en petits cercles, se régalant de mets copieux et levant leurs coupes.
C’était la fête.
Sur les quelque trois cents fantassins qui avaient participé à la campagne, environ deux cent cinquante étaient encore en vie.
De plus, aucun des trente chevaliers du Cinquième Prince n’avait été blessé ou tué.
La victoire avait été, à proprement parler, écrasante.
« Il y a quelque chose qui cloche. »
Seul Lancel, au milieu de l’ambiance festive, gardait un visage impassible. Tout en mâchant son jambon séché, il balaya le camp du regard à plusieurs reprises.
« Tout se passe trop bien. »
À part les tentatives occasionnelles du Cinquième Prince pour faire la cour à Marigold, tout s’était déroulé avec une facilité déconcertante.
Marigold avait beau être douée pour les combats d’entraînement, et la Force impériale de secours avait beau être puissante, rien n’expliquait que tout se passe aussi bien.
Le territoire du comte Runter dont Lancel se souvenait avait été un champ de bataille bien plus impitoyable. Il y avait beaucoup trop peu de combats pour que tout s’achève ainsi.
Il n’avait même pas aperçu le comte Runter.
« Est-ce simplement moins intense cette fois-ci ? Ou bien… »
« Ah ! »
Lancel fronça les sourcils quand une forte odeur d’alcool lui parvint de tout près.
« Administratrice Mary ? »
« Sir Lancel, c’est la première fois que je bois ça, mais je trouve que c’est meilleur que prévu. Hé hé hé ! »
« … Vous êtes déjà ivre ? »
Marigold avait les joues rouges, le regard vitreux et serrait une bouteille d’alcool contre sa poitrine.
À bien y réfléchir, Lancel l’avait rarement vue boire. Même en vieillissant, elle n’avait jamais été du genre à rechercher l’alcool.
« Pfiou… »
« Quelle puanteur. »
Comme Marigold s’accrochait à lui et soufflait bruyamment, Lancel essaya de repousser son front.
« Lâchez-moi. »
« Raaah ! »
Elle s’agrippait de toutes ses forces, refusant de se décoller de lui.
« Sir Lancel, je vais aussi vous servir un verre. Tendez votre coupe. Allez. »
« Je n’en veux pas. »
« Pas question de refuser ! Tenez ! »
Elle se comportait comme ces ivrognes insupportables des repas d’entreprise.
Marigold s’empara de la coupe de Lancel et la remplit à ras bord. Et elle ne s’arrêta pas là : elle lui plaqua presque la coupe contre les lèvres.
« Buvez ! Cul sec ! »
« … »
« Cul sec ! »
Sans autre choix, il avala l’alcool. Un doux parfum lui chatouilla le nez.
Lancel s’attendait à un alcool bon marché et fut surpris de le trouver si bon. Il en but jusqu’à la dernière goutte.
« Bien joué, sir Lancel. Vous en voulez un autre ? »
« Administratrice Mary, c’est le comportement d’une ivrogne. Si vous ne vous reprenez pas vite, ça deviendra une habitude. »
« Le comportement… d’une ivrogne… c’est quoi ? »
« Ce que vous faites en ce moment. »
« Alors, c’est une bonne chose ? »
Marigold sourit bêtement et lui servit un autre verre. Lancel ne prit que celui-là, le but, puis éloigna aussitôt sa coupe.
« Ah ! Je voulais vous en donner juste un autre ! Il faut en boire trois, c’est la règle. »
« Cette règle n’existe pas. J’en ai assez bu, alors c’est à vous de boire. »
« Vous n’êtes pas drôle. »
Marigold avala rapidement trois ou quatre autres verres, puis ôta brusquement son manteau.
« Ah, j’ai chaud ! Si chaud ! L’hiver approche, alors pourquoi fait-il si chaud, sir Lancel ? »
« … Administratrice Mary, remettez vos vêtements. »
« Hein ? »
Il sentait les regards des soldats converger vers elle.
Marigold était la seule femme sur ce champ de bataille. Après des mois passés entassés entre hommes, les soldats étaient à bout.
Quand une guerre s’éternisait, ils finissaient par regarder même une princesse impériale. Naturellement, Marigold, qui n’était qu’une administratrice, ne faisait pas exception.
Lancel lui remit son manteau sur les épaules et la menaça : « Si vous l’enlevez encore une fois, je mettrai un cadenas à votre armure. »
« … J’ai chaud… »
Marigold fit la moue, mais se rhabilla. Ce ne fut qu’après lui avoir aussi passé une cape sur les épaules que Lancel vit certains regards s’éloigner.
C’était aussi pour le bien des soldats.
Il s’en serait voulu s’ils perdaient le sommeil pour rien.
« On dirait que l’administratrice Mary ne tient pas très bien l’alcool. »
Le Cinquième Prince s’approcha en ricanant.
« C’est un alcool coûteux. Ne le renversez pas par terre. Buvez jusqu’à la dernière goutte, administratrice Mary. »
À ces mots, Lancel prit la bouteille des mains de Marigold. C’était assurément un alcool bien trop raffiné pour être emporté sur un champ de bataille.
« C’est… »
C’était un alcool au léger parfum d’ananas.
Lancel en avait vu récemment.
« C’est le même que celui que j’ai vu sur le territoire du comte Runter ? »
Voilà donc pourquoi ils en avaient produit autant. Il avait même fini par arriver jusqu’ici.
Contrairement aux céréales, l’alcool avait l’avantage de se vendre cher, de se convertir facilement en argent et de se conserver longtemps s’il était bien fabriqué. C’était une ressource idéale pour le comte Runter, qui rêvait de rébellion.
Et voilà qu’on le servait à une fête de l’armée impériale.
« Sir Lancel. Mmm. »
« Qu’est-ce que vous faites, administratrice Mary ? »
Lancel arrêta Marigold qui venait brusquement de tendre ses lèvres pincées vers lui.
« Mmm… Beurk ! »
Marigold, qui avait essayé de plaquer ses lèvres contre les siennes, prit soudain un air grave. Son teint se dégrada à vue d’œil.
« Ah. »
Lancel la tourna rapidement dans l’autre sens.
« Beurk ! »
« … »
Quel spectacle charmant vous leur offrez, Marigold.
Tous les regards braqués sur elle finirent enfin par disparaître.
« Toutes ces précieuses provisions sont retournées à la terre, administratrice Mary. »
Même le Cinquième Prince ne put continuer à regarder et ajouta son commentaire.
17.
« Beurk, sir Lancel. Je me sens mal. »
« Je savais que ça arriverait si vous buviez sans vous arrêter. »
« Urk… »
Lancel secoua la tête en regardant Marigold, étalée dans le chariot de ravitaillement. Sa gueule de bois était si violente que le bout de ses doigts était devenu froid.
Heureusement que la guerre était terminée. Sinon, il aurait peut-être dû la porter sur son épaule.
Les autres soldats n’étaient guère en meilleur état. Le visage épuisé, ils s’éveillaient après avoir bu jusqu’à perdre connaissance et se remettaient en marche.
Seuls le Cinquième Prince, qui n’avait pas touché à l’alcool, et ses chevaliers d’escorte étaient en forme.
« Urk… »
Au moment où les haut-le-cœur de Marigold lui parvinrent aux oreilles…
« Des gens. »
Lancel sentit des présences humaines au-delà de la forêt épaisse et arrêta son cheval.
« Halte. »
À sa voix, la colonne s’immobilisa aussitôt.
« Qu’y a-t-il, Lancel ? »
« Une embuscade. »
Les présences dans la forêt se firent de plus en plus fortes. Lancel comprit qu’ils étaient plus d’une ou deux.
Au moins quinze.
« Une embuscade ? »
Les lèvres du Cinquième Prince s’incurvèrent en un sourire.
« Non, ce sont des alliés. »
Lancel reconnut aussitôt les silhouettes qui apparurent les unes après les autres. Le vieux chevalier qui les conduisait ne lui était que trop familier.
« Nous vous attendions, Votre Altesse. »
« Comte Runter, vous n’aviez pas besoin de venir nous accueillir. On dirait que vous avez aussi terminé de votre côté ? »
« Je me suis contenté de nettoyer ce que Votre Altesse avait fait. Ce n’était pas difficile. »
« Quoi qu’il en soit, vous avez bien travaillé. »
Le Cinquième Prince et le comte Runter échangèrent des paroles amicales.
« Nous changeons de direction. Nous allons rejoindre le territoire du comte Runter pour nous remettre du voyage. Faites passer le mot à tout le monde. »
Que devait-il faire, maintenant ?
« Nous sommes tombés sur les rebelles. »
À vrai dire, il n’avait pas envie de s’en mêler. Il était impossible de savoir ce qui allait arriver.
S’il le pouvait, il s’enfuirait sur-le-champ. Il avait un très mauvais pressentiment.
Le problème, c’était…
« Beurk, laissez-moi descendre quelque part pour me reposer. Mon estomac… Urk… Je crois que je vais mourir. »
« … »
Lancel poussa un profond soupir en entendant la voix à moitié morte de Marigold.
« Je devrais guetter une occasion de fuir. »
À peine avait-il pris cette décision qu’un homme en armure s’approcha à cheval.
Quand l’homme releva la visière de son casque, un visage familier apparut.
« Cela fait longtemps, sir Lancel. »
C’était Adelhardt, le fils du comte Runter.
L’homme qui se tenait devant Lancel avait une allure complètement différente de celle qu’il avait quelques années plus tôt.
Il avait dû passer beaucoup de temps à combattre : son armure était couverte d’éraflures.
« J’ai eu du mal à vous reconnaître. »
« C’est grâce à l’entraînement que vous m’avez donné, sir Lancel. »
Était-ce censé être un compliment ?
Certainement pas.
« Je ne perdrai pas deux fois, sir Lancel. »
« … »
Le regard brillant d’Adelhardt mettait quelque peu Lancel mal à l’aise.
* * *
« Nous vous guiderons, Votre Altesse. »
Alors que la colonne traversait une vallée escarpée, le Cinquième Prince et le comte Runter continuèrent à discuter.
« La guerre n’est amusante que quelque temps. Après des mois à me battre sans repos, je commence à en avoir assez. Et ce n’est que le début, alors je me demande ce qui nous attend. »
« Vous vous y habituerez bientôt, Votre Altesse. »
« Je l’espère. Au fait, comte Runter, vous voyez le chariot derrière nous ? Celui où se trouve l’administratrice Mary. »
« Oui, Votre Altesse. »
« Je sais que vous avez des différends avec l’administratrice, mais c’est un talent précieux. Veillez à ce qu’elle ne soit pas blessée. »
« Si elle a su attirer l’attention de Votre Altesse, je m’en assurerai. »
En écoutant leur conversation, Lancel se frotta brièvement le visage.
« Ils sont du même côté ? »
Il avait cru que, cette fois, le Cinquième Prince avait choisi de devenir un héros impérial.
Il avait pensé que tous ses efforts pour éliminer les bandits, les rebelles et les forces étrangères servaient l’Empire.
Mais c’était tout le contraire.
« Maintenant que j’y pense, le fait d’avoir débarrassé tout l’ouest de l’Empire… n’a-t-il pas seulement profité au comte Runter ? »
Au cours des six derniers mois de guerre, presque plus rien ne subsistait dans cette région : bandits, armées, compagnies de mercenaires, milices… La plupart des forces qui avaient semé le trouble dans les environs avaient disparu.
Il ne restait que le comte Runter.
La force rebelle de demain.
Par exemple…
Ces centaines de cavaliers qui barraient la route devant eux.
« Qui êtes-vous ? »
Ils étaient au moins deux fois plus nombreux que la Force impériale de secours. Ils avançaient dans leur direction, serrant fermement lances et épées.
À leur vue, le Cinquième Prince ne montra pas la moindre inquiétude. Il leur donnait tacitement son accord.
« Vous avez tous bien travaillé. Souvenez-vous de la fête d’hier soir comme de mes adieux. Un jour, quand cet Empire sera entre mes mains, je ferai au moins ériger une statue en votre mémoire. »
Lancel laissa échapper un rire sans joie.
Une fois encore, le Cinquième Prince avait choisi le rôle de l’usurpateur plutôt que celui du héros de guerre et s’était allié au comte Runter.
« Mary. »
« … Sir Lancel ? »
Sans la moindre hésitation, Lancel se dirigea vers Marigold, affalée dans le chariot.
« On s’enfuit. »
« Quoi ? Hi ! »
Il la souleva d’un seul mouvement pour la mettre sur son épaule.
« L’ennemi ! On nous attaque ! »
À cet instant, un cri alarmé retentit. Les deux forces s’entrechoquèrent.
En un instant, la vallée devint un champ de bataille.
« Aaaah ! »
« A-arrêtez-les ! »
« Hi ! »
Les séquelles de la fête de la veille, l’embuscade alors qu’ils n’étaient pas prêts à combattre et l’accord tacite du Cinquième Prince.
Les soldats se faisaient massacrer sans pouvoir se défendre. On aurait dit des chiens de chasse abandonnés une fois la chasse terminée.
C’était inévitable. Pour ceux qui préparaient désormais une rébellion, l’armée impériale n’était qu’un obstacle.
« Accrochez-vous bien, Mary. »
« M-mon, mon estomac… Mon estomac… Beurk ! »
Lancel pressa son cheval, Marigold assise devant lui et toujours secouée de haut-le-cœur.
« Attrapez-les ! »
« N’en laissez pas un seul s’échapper ! »
« Là ! Quelqu’un s’enfuit ! »
Un champ de bataille.
Des soldats mourants.
Des cavaliers lancés à la poursuite de Lancel.
« Beurk ! »
Et les haut-le-cœur de Marigold.
Quoi qu’il en soit, c’était un vrai chaos.
Rejoignez notre Discord : <a href="https://dsc.gg/wetried" rel="noopener noreferrer nofollow">https://dsc.gg/wetried</a>