WeTried Translations
Traducteur/éditeur : Potter
Discord : <a href="https://dsc.gg/wetried" rel="noopener noreferrer nofollow">https://dsc.gg/wetried</a>
◈ Le protagoniste d’une romance fantasy ne m’aime que moi ◈
Chapitre 41 : Marigold fonctionnaire (2)
──────
2.
« On mange ensemble ? Vous devez commencer à avoir faim. »
« Ça va. J’ai déjà mangé. »
Hum.
« Qu’est-ce que vous écrivez avec autant d’application ? »
« N-ne regarde pas. C’est mon journal. »
« … »
Hum.
« Si vous êtes fatiguée, pourquoi ne pas dormir dans mon compartiment ? Je ne dis pas qu’on doit le partager. Je vous prêterai simplement la cabine. »
« Un compartiment… ! Non, ça va ! »
Hummm.
« Tenez, du jus de pomme. Je l’ai acheté au wagon-restaurant. »
« Merci ! Je vais vous rembourser. »
« Non, ce n’est pas la peine… »
« Je ne peux pas simplement l’accepter. Tenez. »
Quelque chose clochait.
« C’est aussi un journal ? »
« C’est un rapport. »
« Je peux le voir ? »
« Ah ! Non ! Ce n’est encore qu’un exercice ! »
« … »
La situation lui semblait étrange.
Que Lancel lui propose spontanément son aide ou qu’il l’ait préparée avec soin, Marigold la déclinait toujours avec douceur. Il avait l’impression que ses pensées s’enrayaient peu à peu.
Elle n’avait pas l’air froide ni dure, mais une certaine distance les séparait bel et bien. Ce n’était pas ainsi que les choses s’étaient passées lors de leur première rencontre.
Est-ce que ça me blesse ?
Pour la première fois en plusieurs centaines d’années de vie, Lancel éprouvait de la déception dans une relation.
Il savait qu’il raisonnait de façon étroite. En temps normal, il aurait été bien plus étrange qu’une femme adulte ouvre si facilement son cœur à quelqu’un qui venait de surgir dans sa vie.
Tout ce que Lancel pouvait faire, c’était ravaler son amertume.
* * *
« Que fait exactement une greffière ? »
« Ce que le nom indique. Elle consigne les informations. »
Marigold répondit, un doigt posé contre le menton.
« Ce qui se passe hors de la Capitale impériale, les problèmes qui s’y posent et leurs causes. Si un noble administre une région, quel genre de personne il est. Dans quelles conditions vivent les gens sous son autorité, quelle est leur culture et comment ils gagnent leur vie. Quelles sont les spécialités de la région. »
C’était compliqué.
« Il y a aussi les récits transmis oralement, les remèdes populaires, le sujet qui fait le plus parler en ce moment, l’état des temples et des églises. Ah ! La précédente greffière connaissait aussi très bien la géographie. Il faut donc consigner les sentiers qui traversent les forêts, les conditions agricoles, les routes empruntées par les carrosses, le climat local, les variations du niveau des rivières selon les pluies estivales, et… »
Il piqua du nez.
Lancel cligna des yeux et hocha la tête.
Quand son long exposé prit enfin fin, Marigold bomba le torse, l’air fière.
« Qu’en dites-vous ? Du travail d’une greffière ? »
« Oui, c’est impressionnant. C’est bien. »
« Hé hé. »
Elle reste quand même au-dessus des roturiers, mais en dessous des nobles.
Qu’y pouvait-on ? Sur ce continent imprégné de féodalisme, un administrateur ne pouvait pas faire grand-chose. Après tout, c’était un travail confié aux roturiers.
« Sir Lancel, cessez de somnoler et levez-vous. Nous devons descendre ici. »
Après s’être arrêté et être reparti à maintes reprises, le train arriva enfin dans un petit territoire de l’ouest de l’Empire. C’était la première étape de Marigold.
3.
Ça faisait longtemps que je n’étais pas venu ici.
Lancel se perdit dans ses souvenirs en contemplant la région céréalière qui s’étendait devant lui.
À la revoir, les plaines étaient toujours aussi fertiles. Un jour, elles deviendraient un champ de bataille et brûleraient furieusement.
« C’est immense, pour une baronnie. »
« Parce que ce n’est pas une baronnie. »
« Pardon ? »
Marigold le dévisagea, perplexe.
« Cet endroit s’appelait autrefois le comté de Runter. Même s’il fait désormais partie de l’Empire, il fut jadis gouverné par un roi. »
« Vous êtes étonnamment bien renseigné, sir Lancel. Je vous découvre sous un nouveau jour. »
« … »
Pas la peine de s’en étonner.
« Alors, qu’allez-vous faire maintenant ? »
« Observer et consigner, bien sûr. »
Marigold reprit son air fier.
« En tant qu’administratrice et greffière, j’ai le devoir de consigner dans mes rapports tout ce qui se passe aux frontières de l’Empire. Sir Lancel, vous n’avez qu’à vous reposer tranquillement à mes côtés. Je m’occupe de tout. »
Il était désormais vraiment curieux.
Qu’avait-il bien pu se passer pendant ces huit années où Lancel était parti, pour qu’elle devienne une administratrice aussi dévouée ?
Peut-être que cette fois, elle mènerait vraiment une vie convenable. C’est ce que pensa Lancel.
.
.
.
« Qui est cette femme ? Attrapez-la ! »
« P-pardon ? Je suis une administratrice… ! »
« Comment cette foutue étrangère ose-t-elle essayer de voler notre récolte ! Regardez-moi ça ! Tout le monde, au village ! On a un rat ! »
« Attendez, s’il vous plaît ! Laissez-moi vous expliquer… ! »
« Attrapez-la ! »
« Ligotez-la ! »
Qu’est-ce que vous faites, Marigold ?
Il s’était senti mal à l’aise dès qu’elle avait commencé à fouiller dans le grenier à grain. En voyant Marigold se faire ligoter par les miliciens rassemblés, Lancel laissa échapper un petit rire.
« Une voleuse ! Attrapez la voleuse ! »
« Je ne suis pas une voleuse ! Je ne suis pas une voleuse ! Aah ! »
Marigold finit par être emmenée de force.
Lancel se contenta de la regarder, un pas derrière elle.
« Ne restez pas là à me regarder ! Sauvez-moi, sir Lancel ! »
« Vous m’avez dit de me reposer tranquillement à vos côtés. »
« Je l’ai dit, mais… ! C’est vrai, je l’ai dit ! Mais vous êtes mon garde du corps ! Mon garde du corps ! »
« Si la situation devient vraiment dangereuse, je vous aiderai. Ne vous inquiétez pas. »
« Je crois qu’elle l’est déjà ! »
« Pas encore. »
« À quel point faut-il que ça empire pour que ça le devienne ?! »
Lancel regarda Marigold se faire escorter, le sourire satisfait.
Elle finit par se retrouver immobilisée, la tête et les bras coincés dans un pilori dressé au centre du village.
« Nous garderons cette voleuse de grain en détention pendant une journée, puis nous l’expulserons ! »
« Mais je ne suis pas une voleuse… ! »
Enfin, ils ne faisaient que mettre en détention la greffière Mary. C’était déjà assez clément.
« Ouaaah… »
Ce ne fut qu’en voyant son visage se décomposer, comme si elle allait fondre en larmes, que Lancel s’avança.
Après une brève discussion, le malentendu fut vite dissipé.
« Oh, vous auriez dû le dire plus tôt. Nous nous sommes trompés. »
« … Vous ne m’avez pas laissé l’occasion de m’expliquer. »
« Hum, c’est juste que ces derniers temps, il est très difficile de gagner sa vie. Essayez de comprendre. »
Lancel intervint :
« Avec autant de grain, comment peut-il être difficile de gagner sa vie ? »
« Ce n’est pas parce qu’il y a du grain qu’il nous appartient, sir Chevalier. Si les miliciens le gardent eux-mêmes, c’est pour une raison. »
« Vraiment ? Pourtant, vous avez l’air de mieux vous en tirer que les habitants d’autres territoires. »
« C’est… difficile à expliquer… »
« Hum… vous pourriez d’abord me sortir de là… ? »
La voix étouffée de Marigold s’éleva du pilori. Elle n’était restée que peu de temps dans cette position inconfortable, pourtant ses jambes tremblaient déjà.
« Oh, c’est vrai, j’avais oublié ! Hein ? Pourquoi ça ne s’ouvre pas ? »
« V-vous plaisantez, j’espère ? »
« Attendez un instant. Euh, qu’est-ce qui se passe ? »
À cause du pilori cassé, Marigold resta coincée dans cette posture gênante pendant une heure entière. Dès qu’on la libéra, elle s’effondra par terre.
Marigold avait le regard vide.
La fierté d’une administratrice d’élite venait d’être réduite en miettes.
« Sir Lancel, vous êtes un traître. »
« … »
Il ne s’était pas attendu à ce qu’il casse.
.
.
.
« J’ai beau y réfléchir, quelque chose cloche. »
« Quoi donc ? »
Ce soir-là, Marigold grignotait du pain à l’auberge quand elle releva soudain la tête.
« Cette région est une terre agricole fertile, où le grain abonde. Il y a aussi une gare, et beaucoup de monde y vit. »
« Et alors ? »
« Avec de telles conditions, ce n’est pas un endroit où les gens devraient mourir de faim. »
« On dit qu’ils ne touchent qu’une petite part. C’est le lot de la plupart des gens qui cultivent les terres des nobles. Rien d’inhabituel. »
Bien sûr, Lancel trouvait lui aussi certains détails étranges.
Les champs étaient immenses et le grain abondait, pourtant les villages du territoire semblaient à l’agonie.
Chaque fois que des villageois décharnés passaient près d’eux, le contraste avec les champs de céréales qui s’étendaient à perte de vue lui paraissait étrangement troublant.
« Je pense qu’il faut enquêter. En plus, ça fera de la matière pour mon rapport. »
Le lendemain matin, Marigold mit aussitôt son plan à exécution.
« Pourquoi cette femme n’arrête-t-elle pas de regarder par ici ? »
« Je ne sais pas. On dit que c’est une administratrice de la Capitale impériale. »
« Une administratrice ? Elle ? »
Le village, les champs, les greniers, et même les carrosses qui traversaient la région.
Marigold observa tout sans rien laisser lui échapper et noircit ses registres.
« De l’alcool… ! »
Elle finit par trouver la réponse.
« C’est l’alcool, sir Lancel ! L’alcool ! »
Le visage de Marigold se figea aussitôt.
Sans s’en rendre compte, elle avait serré la main de Lancel. Son visage était si près qu’il occupait tout son champ de vision.
« Hum. Excusez-moi. »
« … »
Surprise, elle recula.
« Bref, regardez ça. Dans cette région, on brasse plus d’alcool que la quantité autorisée. Ici ! Regardez mes calculs, s’il vous plaît. »
Lancel contempla d’un air absent la tablette d’argile couverte de calculs que tenait Marigold.
Qu’est-ce qu’elle a écrit ?
Même après avoir vécu plusieurs centaines d’années, les mathématiques restaient son point faible.
« D’après la loi impériale, au moins 17,5 % du grain récolté l’année précédente doit être réservé aux semailles de l’année suivante, et on peut en distiller jusqu’à 10 % en alcool. Mais ici, on transforme près de la moitié de la récolte en alcool. La moitié ! Voilà pourquoi il ne reste plus de grain. C’est clairement une violation de la loi impériale ! »
« Hum, je vois. »
Lancel pensa : « Qui respecte tout ça à la lettre ? », mais se garda de le dire.
Même sur les terres du vicomte Dante, il arrivait qu’on privilégie la production d’alcool. Parfois, c’était plus efficace ainsi.
Mais en transformer la moitié en alcool semblait excessif.
« Hé hé. Je crois que nous avons ferré un gros poisson. »
Emportée par son enthousiasme, Marigold ne s’arrêta pas là.
Elle courut partout et finit par découvrir la distillerie clandestine et l’entrepôt d’alcool gérés par le comte Runter.
Lancel ne put que s’émerveiller de son énergie redoutable en la suivant à la trace.
Ils ne devraient plus tarder.
Une semaine plus tard, exactement ce à quoi Lancel s’attendait finit par arriver.
« Je travaille pour la maison de Runter. Puis-je parler franchement ? Inutile de faire durer les choses. »
Un homme élégamment vêtu se présenta devant eux.
« Notre maître vous demande de cesser de fouiner et de partir sans faire d’histoires. Notre patience a ses limites. »
Était-ce une menace ?
« Dites-lui de ne pas s’inquiéter. C’est exactement ce que je comptais faire. Nous partirons demain. J’ai déjà terminé le rapport destiné à la Maison impériale. »
Sur ces mots, Marigold se leva.
Le lendemain, elle fut de nouveau ligotée au pilori.
« Vous auriez mieux fait de nous écouter quand nous vous l’avons dit, petite administratrice insolente. »
« Je vais aussi signaler ça ! Je vais le signaler aussi ! »
« Faites donc ! Quand un noble fait quelque chose, les gens se disent simplement que c’est dans l’ordre des choses. Une violation de la loi impériale ? Quelle plaisanterie. À votre avis, qui écoutera les gens : un noble ou une roturière ? Voilà pourquoi les administrateurs novices ne valent rien. Le comte Runter a été assez clément pour se contenter de passer l’éponge après avoir récupéré votre rapport. Vous comprenez ? »
« Non ! Mon rapport ! Rendez-le-moi ! »
« Et si nous refusons ? »
Lancel observait tranquillement la scène en mâchant un grain de céréale.
Cette fois, ce n’était pas par méchanceté. Il voulait que Marigold découvre quelle était la véritable position d’un administrateur dans les régions frontalières.
Sur cette terre où l’esprit féodal régnait encore, voilà tout le statut qu’un administrateur roturier pouvait espérer.
Je lui ai sans doute montré assez de la réalité.
L’après-midi, au coucher du soleil, Lancel rejoignit Marigold, qui pendait mollement dans le pilori.
Il chassa d’un geste un bruant qui voletait au-dessus de sa tête.
« … Sir Lancel ? »
« Greffière Mary. »
Dans la Simulation de la jeune noble déchue, la route « Marigold, administratrice chevronnée » était considérée comme l’une des fins les plus marquantes.
« Voulez-vous du pouvoir ? »
« Pardon ? »
Et s’il essayait de faire en sorte que ça arrive ?
Rejoignez notre Discord : <a href="https://dsc.gg/wetried" rel="noopener noreferrer nofollow">https://dsc.gg/wetried</a>