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Traducteur/éditeur : Potter
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◈ Le protagoniste d’une romance fantasy ne m’aime que moi ◈
Chapitre 4 : Parce que c’est plus amusant. (3)
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6.
Le soleil de midi brûlait l’intérieur de la voiture commune.
Des dizaines de regards se tournèrent vers Lancel.
Contrairement aux voitures privées des nobles, où l’on pouvait s’allonger à son aise, il n’y avait même pas assez de place dans la voiture commune pour poser un pied.
Elle est quelque part ici. Marigold.
Lancel se fraya un chemin entre les voyageurs, qui le dévisageaient avec perplexité.
« Hé, y a déjà pas de place ! Qui pousse ?
— Aïe ! C’était qui ? Qui m’a marché dessus ?
— Qu’est-ce que tu essaies de piquer, espèce d’ordure ? Ne touche même pas à mes bagages !
— Mais de quoi tu parles ? Quand est-ce que j’y ai touché ?
— Petit… ! »
Des cris et des coups de poing fusèrent dans le sillage de Lancel.
Après avoir fouillé la première voiture commune, Lancel passa aussitôt à la suivante.
La deuxième, la troisième, la quatrième…
Après avoir répété l’opération huit fois en tout, il finit par atteindre la dernière voiture du train.
Combien d’argent avait-elle économisé ?
C’était un wagon de marchandises sans fenêtres.
L’endroit le moins cher où voyager.
Le fracas assourdissant des roues, l’odeur de moisissure, l’humidité chargée de sueur et de haleines, sans oublier cette puanteur d’alcool presque écœurante.
Lancel entra, l’air dubitatif. Était-elle vraiment ici ?
« Espèce de salope ! Qu’est-ce que tu viens encore nous casser les pieds ? »
Une voix tonitruante retentit alors au loin.
« Je t’ai dit de cirer mes chaussures. Quand est-ce que j’ai promis de te payer ? Quelle gamine ridicule. »
« Vous avez dit que vous me paieriez ! Une pièce de cuivre ! »
« T’as une preuve ? »
« Tout le monde vous a entendu ! »
« Vous l’avez vraiment entendu, vous autres ? »
« Vous lui avez promis de la payer, vieux. Vous allez vraiment arnaquer une gamine pour une pièce de cuivre ? »
« Quoi ? Bande de… »
« Vous les avez entendus, non ? Payez-moi ! »
« Dégage, petite mendiante ! »
Clac !
« Ouille ! »
Une petite silhouette s’étala par terre.
« Petite insolente ! Une pièce de cuivre juste pour cirer mes chaussures ? Je ferais mieux de le faire moi-même ! Elles n’ont même pas l’air plus propres. »
Lancel vit la jeune fille étendue au sol.
Un petit corps, des cheveux blonds tirés en arrière et noués serrés, des vêtements miteux sous une cape usée.
Une lueur humide brillait dans ses yeux émeraude, mais elle ne laissa pas couler ses larmes.
Au contraire, serrant sa joue rougie, elle lança soudain un coup de poing.
Sans doute ne s’était-il pas attendu à ce qu’elle riposte : le vieux ivrogne reçut le coup en plein entre les jambes.
« Guh… ! »
« Ouah. »
Aucun doute possible.
« Payez-moi ! »
Ces traits.
Elle était si crasseuse qu’il ne l’avait pas reconnue tout de suite, mais son visage émergeait peu à peu de ses souvenirs.
« Espèce de salope haute comme trois puces. Tu vas… le regretter. »
« Euh, ah ! »
« Ce vieux fou… ! »
Des exclamations stupéfaites se propagèrent dans la voiture comme des vagues.
Un objet brillant venait de jaillir des vêtements de l’ivrogne, dont le visage et le cou rougissaient de douleur et de rage.
La jeune fille se raidit.
« Quoi ? Tu crois que j’ai survécu vingt ans dans un bordel parce que j’ai peur de voir du sang, espèce de salope ? »
Juste avant qu’il ne puisse enfoncer son couteau, quelqu’un lui saisit le bras.
C’était Lancel.
« T’es qui, toi ? »
La lame repartit en arrière et déchira un long pan des vêtements de Lancel.
« Voilà. C’est pour ça que j’ai continué à perdre dix ans à chaque fois. »
« Qu’est-ce que… Guh ! »
Lancel lui saisit la mâchoire et la tordit nonchalamment. L’ivrogne s’effondra au sol.
De l’autre main, Lancel avait déjà tiré la bourse de l’homme de ses vêtements.
Il en sortit une poignée de pièces.
« Des pièces d’argent ! »
L’homme avait l’air de n’avoir rien sur lui, mais il transportait une sacrée somme.
Lancel tendit le tout à la jeune fille de quinze ans qui se tenait devant lui.
« Même quand on a raison, on ne fait pas toujours bien. Parfois, il faut laisser tomber, même si ça laisse un goût amer. Tiens, prends ça. »
« M… merci… »
Après avoir jeté un coup d’œil autour d’elle, la jeune fille ne prit qu’une seule pièce de cuivre parmi toutes les autres.
Lancel contempla un instant, hébété, les pièces qui lui restaient dans la paume, puis les remit dans la bourse de l’ivrogne.
« Comment tu t’appelles ? »
Il la regarda droit dans les yeux en posant sa question.
Les roues du train claquaient bruyamment. La lumière s’infiltrait par les fentes du mur de bois fendu et glissait rapidement sur eux deux.
Brisant le bref silence qui semblait suspendre le temps, la jeune fille ouvrit lentement la bouche.
« Mary. »
Marigold.
Lancel avait rencontré Marigold.
7.
Lancel bavarda un moment avec Marigold, sur place. Rien de particulièrement important.
« Mary. D’où viens-tu ?
— Quoi ? Mon village, c’est…
— D’où viens-tu exactement ? Pourquoi es-tu dans ce train ? Tu voyages avec quelqu’un ? »
On aurait presque dit un interrogatoire.
Peut-être le trouvait-elle suspect, car une pointe de méfiance passa sur le visage de Marigold.
Lancel s’éclaircit doucement la gorge. Il s’était emballé : trop de questions lui brûlaient les lèvres pour qu’il puisse simplement se réjouir de la revoir.
« Je te demande ça parce que c’est étrange de voir quelqu’un d’aussi jeune voyager seul. »
« … Je ne suis pas si jeune. J’ai quinze ans cette année. »
Même dans ce monde, quinze ans, c’était encore jeune. Et Marigold était un peu plus petite que les autres de son âge, ce qui la faisait paraître encore plus jeune.
C’était dû au système du jeu, où même la croissance physique dépendait de la quantité de nourriture qu’on recevait.
« Suis-moi. »
« Quoi ? »
« Tu as besoin de travail, non ? »
Marigold ouvrit de grands yeux.
« C-comment tu le sais ? »
« Tu cirais même les bottes d’un ivrogne. N’importe qui aurait compris que tu cherchais du travail. »
« Ah. »
Marigold acquiesça, embarrassée.
Tout en se dépêchant de suivre Lancel, qui marchait devant elle, elle ajouta : « Non, même si j’ai besoin de travail, je ne ferai pas n’importe quoi. Je n’accepterai pas n’importe quel boulot. »
Elle se demandait avec inquiétude si elle pouvait faire confiance à cet homme et le suivre.
« On est d’accord, alors. Moi non plus, je n’ai pas le cran de faire faire n’importe quoi à une gamine que je ne connais pas. Alors arrête de dire des bêtises et suis-moi. »
« Je ne suis pas une gamine. J’ai quinze ans… Argh ! »
Marigold se fraya de toutes ses forces un chemin à travers la foule pour le suivre.
Lorsqu’ils arrivèrent à la deuxième voiture commune, elle était presque à bout de forces.
« Ouf… On va encore loin ? »
« On y est presque. »
Ils atteignirent la première voiture commune. Marigold s’appuya lourdement contre le mur et reprit son souffle.
« Ouf, ouf… Je ne pensais pas qu’on reviendrait vraiment jusqu’ici… »
« Qu’est-ce que tu fais ? On doit encore aller plus loin. »
« Quoi ? »
« Suis-moi. »
Marigold se mit à le suivre d’un air absent, puis attrapa soudain Lancel par le col.
« Attends, attends ! Pas par là ! C’est là que voyagent les nobles ! »
« Ah bon ? »
« Mais si, je te le dis ! Maintenant que je te regarde, monsieur, tu as un peu l’air… »
« L’air de quoi ? »
Lancel eut un rire sec.
Il posa la main sur la porte menant à la voiture des nobles.
« Aah ! »
Marigold savait bien ce qui arrivait aux gens du peuple qui ouvraient sans permission la porte d’une voiture de nobles. Elle ne put dissimuler son horreur. Un garde pouvait la tuer sur-le-champ en lui lançant une lame, et personne n’aurait pitié d’elle. Il arrivait que des gens s’y faufilent pour voler ou assassiner quelqu’un.
« Qui ose… ? »
Le regard féroce d’un garde en armure transperça la porte ouverte.
Marigold blêmit. Elle essaya de tirer Lancel par la taille pour le faire reculer. S’ils s’enfuyaient tout de suite, peut-être leur ferait-on encore grâce.
C’est ce qu’elle crut.
« Sir Lancel. »
Jusqu’à ce qu’elle voie le regard féroce du garde s’adoucir en un instant.
« Je vous prie de ne pas entrer dans les voitures communes, sir Lancel. S’il vous arrive quelque chose, nous en serons tenus responsables. »
« Si vous étiez si inquiet, vous auriez dû me suivre. »
« Si nous quittons cet endroit, nos têtes vont vraiment rouler. De quoi parlez-vous ? »
« Je ferai plus attention la prochaine fois. »
Marigold regarda tour à tour Lancel et le garde, sans comprendre.
« Sir Lancel, qui est cette gamine qui vous suit ? »
« Je l’ai ramassée en chemin. »
« Quoi ? »
Le garde se contenta de hausser les épaules à la réponse de Lancel.
Lancel se rendit dans la pièce située juste à côté de sa chambre, où logeait la femme de chambre qui l’accompagnait.
Quand il frappa, elle apparut aussitôt, après avoir rangé quelques vêtements.
« Vous avez besoin de quelque chose, jeune maître ? »
« Donne du travail à cette fille pour le moment. Fais-la travailler autant que tu veux jusqu’à ce qu’on arrive à la capitale. »
La femme de chambre ne posa pas d’autres questions. Elle hocha simplement la tête et prit Marigold par la main.
« Mary. À partir d’aujourd’hui, je te donnerai cinq pièces de cuivre par jour. Aide la femme de chambre dans son travail. Si tu ne sers à rien, tu seras jetée dehors sur-le-champ, alors garde ça en tête. »
Bien sûr, il n’avait aucune intention de la jeter dehors. À vrai dire, il voulait plutôt la garder près de lui.
Mais Marigold hocha si vigoureusement la tête qu’on aurait dit qu’elle fendait l’air. Après avoir mendié des miettes tout en cirant des bottes dans le dernier wagon, elle devait avoir l’impression qu’une chance inespérée lui tombait du ciel.
La femme de chambre sourit et tapota la tête de Marigold.
« C’est bien. Cinq pièces de cuivre, c’est généreux. À notre arrivée, tu en auras jusqu’à six pièces d’argent. »
21 juin, 816 de l’année impériale. Beau temps.
Événement spécial déclenché ! « Emploi temporaire de femme de chambre ! » À partir d’aujourd’hui, vous gagnerez 5 pièces de cuivre par jour !
※ La faveur d’un noble s’est manifestée ! En travaillant comme femme de chambre dans le train, vos repas vous seront offerts. Vous économiserez sur vos frais de repas dès aujourd’hui !
Je ne lui ai même pas encore dit que je la nourrirais.
Bien sûr, il avait l’intention de lui fournir à manger, mais voir le système du jeu s’emballer tout seul lui faisait une drôle d’impression.
Les domestiques recevaient normalement des provisions dans le train. C’était peut-être pour ça.
Qu’est-ce qui se passerait si je disais que je ne lui fournirais rien ?
Après y avoir réfléchi un instant, Lancel décida de ne rien dire. Il n’en avait tout simplement pas envie.
8.
Cette nuit-là.
Lancel était allongé dans son lit, incapable de trouver le sommeil.
L’image de Marigold, qu’il n’avait retrouvée qu’après trente ans, ne cessait de tourner dans son esprit.
Une gamine qui avait vécu comme une noble jusqu’à ses dix ans, avant de devenir soudain une roturière, peut-être même pire encore, et de dériver jusqu’ici.
Marigold est-elle vraiment celle qui me libérera de cette régression ?
Il n’en savait rien.
La seule certitude, c’était qu’il n’y avait aucune autre candidate.
Cette régression sans fin, qu’il avait déjà subie pendant plus de cent ans, presque deux cents, n’avait-elle pas commencé lorsque Marigold avait relancé le jeu ?
Si c’était le cas, la réponse était simple.
Il n’avait qu’à l’empêcher de relancer le jeu.
Le problème, c’est comment.
Devait-il le lui dire directement ? Non. Marigold pouvait-elle seulement prendre cette décision elle-même, au départ ?
Je n’en sais rien.
Il resta longtemps allongé là, en proie à des pensées confuses.
La porte de la chambre de Lancel commença alors à s’ouvrir sans bruit. Une petite silhouette se glissa par l’entrebâillement.
Il savait même qui c’était.
Marigold ?
Marigold, la noble déchue.
Elle s’était faufilée dans la chambre de Lancel.
« Pourquoi tu m’en empêches tout le temps ? Franchement, avec tes sermons… Je t’ai dit que je pouvais me débrouiller toute seule. »
Elle parlait à quelque chose d’invisible.
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