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Traducteur/éditeur : Potter
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◈ Le protagoniste d’une romance fantasy ne m’aime que moi ◈
Chapitre 3 : Parce que c’est plus amusant. (2)
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3.
J’étais bien naïf.
Lancel ravala l’amertume qui lui remontait dans la gorge en songeant à ces dix et quelques années qu’il avait gâchées pour rien.
À bien y réfléchir, c’était logique.
Rodnis était une métropole florissante, mais le monde n’était pas assez clément pour qu’une fille de quinze ans puisse y survivre seule.
Pina, l’esprit que seule Marigold pouvait voir, n’était probablement qu’une fée volante et agaçante. Elle n’aurait sans doute pas pu lui venir en aide directement.
Il avait la tête qui lui lançait. Mieux valait que tout parte en vrille plutôt que de perdre encore dix ans comme ça.
Sur cette pensée, un banquet d’anniversaire bien connu se dressa devant lui.
« Joyeux dix-huitième anniversaire, Lancel Dan… »
« Je pars pour la capitale. Puisque je sais que vous allez essayer de m’en empêcher, prenez une épée et rejoignez-moi dehors, et vite. Nous n’avons pas le temps. »
« Hein ? »
Il était pressé.
En supprimant chaque retard inutile, il pouvait réduire le trajet jusqu’à la capitale à environ deux semaines.
Avec le cheval le plus rapide et un seul serviteur pour l’accompagner, Lancel arriva dans la capitale comme s’il avait le diable aux trousses.
Le dix-neuvième jour, tout juste.
« Toujours rien ? »
« Pardon ? »
Le serviteur, perplexe, regarda Lancel qui, l’air abattu, feuilletait le vide.
Une fois encore, l’écran du système de jeu n’apparut pas devant lui.
Dix autres années s’écoulèrent.
[Temps de jeu : 0 an, 16 jours]
- Marigold est morte.
- Aucun partenaire de mariage.
- Aucun succès.
[Mauvaise fin 2. Marigold, la pauvre noble déchue]
- La fin a été ajoutée à l’Album des souvenirs.
- Voulez-vous recommencer la partie ?
« Ça me rend dingue. »
À ce stade, Lancel en était certain.
Le fait qu’aucun écran de jeu n’apparût lors de sa première arrivée dans la capitale prouvait pratiquement que la fin avait déjà été décidée à ce moment-là. La partie était déjà terminée.
Les fins où Marigold mourait en étaient l’exemple le plus évident.
Après cela, il ne restait qu’un monde où la protagoniste avait disparu.
La capitale impériale, Rodnis, débordait inutilement d’animation et les incidents comme les accidents s’y succédaient sans relâche. Pourtant, Marigold, qui était censée vivre dans cette ville, avait déjà disparu.
En même temps, ce serait étrange que le système du jeu reste parfaitement intact après la mort de la protagoniste, Marigold.
Ha.
À vrai dire, ça lui avait fait un choc.
Quand il avait ouvert les yeux pour la première fois dans le corps de Lancel Dante, il avait cru être le protagoniste.
Était-ce de la prétention ?
N’importe qui ayant quitté le vingt-et-unième siècle pour se retrouver dans un monde médiéval d’épées et de magie n’aurait-il pas pensé la même chose ?
Mais je ne suis qu’un figurant ? Moi ?
Au juste, pourquoi avait-il vécu toutes ces années ?
Depuis le début, il n’avait eu ni grande mission à accomplir, ni grand mal à vaincre. Il n’y avait jamais eu que Lancel Dante, un homme sans rien de particulier.
Parce qu’il était un personnage secondaire.
Parce qu’il n’était qu’un figurant.
C’était donc ça ? Bien sûr. Je savais bien que quelque chose clochait. Il n’y avait vraiment pas grand-chose à faire. À tel point que j’ai même écrit un récit de voyage sur les fruits de mer.
Étrangement, il se sentit soulagé.
Les régressions sans fin, ce putain d’Empire, cette fichue famille impériale, la guerre, le crime, la folie, la débauche, la famine, les tragédies et les tourments n’étaient pas son problème. Ce n’était pas lui qui faisait tout de travers. Il n’avait pas à régler leurs problèmes.
Parce que la protagoniste de ce monde, c’était…
Marigold.
À quoi ressemblait-elle déjà ?
Ses souvenirs eux-mêmes étaient devenus flous, à présent.
Il le saurait quand il la rencontrerait.
.
.
.
« Joyeux dix-huitième anniversaire, Lancel Dante ! Par une si belle journée, pourquoi vous tirez-vous une tronche pareille ? »
« C’est le visage que mes parents m’ont légué. »
« À bien y penser, votre mère a eu une aventure, une fois. »
« J’ai entendu dire que son amant était un eunuque. »
« … Je vous ai dit ça, moi ? »
« Qui sait. »
Après avoir assisté deux fois de suite à la même fin funeste, Lancel ne se pressa pas particulièrement cette fois-ci. Il n’était ni frustré ni déçu.
Il décida d’y voir une protection contre le mauvais sort et de prendre son temps. Après tout, il en avait à l’infini.
Et elle est déjà morte deux fois. Elle ne va quand même pas mourir encore, si ? Prenons notre temps. Tout doux.
.
.
.
[Temps de jeu : 0 an, 52 jours]
- Marigold est morte.
- Aucun partenaire de mariage.
- Aucun succès.
[Mauvaise fin 7. Le surmenage est mauvais pour vous, Marigold]
- La fin a été ajoutée à l’Album des souvenirs.
- Voulez-vous recommencer la partie ?
« … »
Marigold, une fille de quinze ans.
Était morte, une fois encore.
4.
De retour à l’âge de dix-huit ans, Lancel Dante posa une question au vieil homme qui se tenait devant lui.
« Majordome en chef, avez-vous déjà entendu parler d’une famille nommée Marigold ? »
« La Maison Marigold… »
« La famille comtale de l’est de l’Empire, qui n’existe plus. La Maison Marigold. »
Alors que le soir tombait, Lancel partageait une bouteille d’alcool avec le majordome en chef de la Maison Dante, sur le balcon du domaine.
« … »
Le visage légèrement rougi par l’alcool, Lancel posa la question d’un ton détaché. Le majordome en chef garda le silence un instant.
« Voilà bien longtemps que je n’ai pas entendu ce nom. »
Lorsqu’il reprit la parole, un sourire amer effleura ses lèvres.
« Ne posez pas trop de questions sur cette famille, jeune maître. Il vous suffit de savoir qu’il s’agissait d’une maison noble qui a disparu dans la disgrâce. »
« Dans la disgrâce ? »
« Oui. Dans la disgrâce. »
Lancel parla sans quitter son verre des yeux.
« Alors, ce n’est pas simplement une famille qui a péri dans un incendie pendant la guerre. »
« C’est ce que croit le public. »
« Que savez-vous, majordome en chef ? »
« Personne, et pas seulement moi, n’en sait plus que ce que je viens de vous dire. Cela comprend le fait qu’il ne vous apporterait rien de bon d’en apprendre davantage. »
On aurait dit qu’il taisait beaucoup de choses, mais Lancel choisit de croire le majordome en chef. Ce n’était pas un homme qui mentirait à propos d’une telle affaire.
« J’ai posé la question parce que ça m’est venu à l’esprit. Faites comme si je ne vous avais rien demandé. »
« Bien sûr, jeune maître. »
Lancel renonça à l’interroger davantage et leva son verre.
Ça se tient. Même dans le jeu, les circonstances de la Maison Marigold n’étaient jamais expliquées en détail.
À part quelques souvenirs d’enfance que dame Marigold évoquait parfois, la Simulation de la jeune noble déchue ne donnait pas beaucoup d’informations à ce sujet.
On savait seulement qu’il s’agissait d’une famille comtale prospère de l’est de l’Empire, anéantie au cours d’une seule guerre.
Lancel posa son verre.
« Je partirai pour la capitale demain. »
« Le chef de la maison s’y opposera. »
« Aucun problème. Je l’ai mis à terre au terrain d’entraînement, et il m’a donné son accord. »
« … Je m’occuperai des préparatifs. »
« Vous n’allez pas me demander pourquoi je pars ? »
« Tout chevalier digne de ce nom rêve de vivre à Rodnis. »
Le majordome en chef lui adressa un sourire chaleureux, puis ajouta : « Un train en direction de la capitale passera par ici dans deux jours. Il fera peut-être un détour, mais si vous n’êtes pas pressé, vous pourriez monter à bord. »
« Un train… Combien de temps faut-il pour rejoindre la capitale ? »
« Avec celui qui passe en ce moment, il vous faudra environ quatre mois, n’est-ce pas ? »
« Quatre mois ? »
Bien sûr qu’il était pressé. Puisque cette jeune demoiselle poisson-lune pouvait mourir d’un jour à l’autre, autant arriver au plus vite.
Mais peut-être parce qu’il s’était déjà précipité plusieurs fois pour finalement rentrer bredouille, Lancel était étonnamment calme.
Il semblait avoir appris l’impuissance après trois tentatives où rien n’avait changé, qu’il se hâte ou qu’il prenne son temps.
« Le train a l’air confortable. »
« Je vous ferai réserver un compartiment. Laissez-moi m’en charger. »
5.
Un train en direction de la capitale entra en gare, au milieu des champs.
C’était une invention technologique un peu trop avancée pour un décor médiéval, mais à force de la voir, elle ne lui semblait plus particulièrement étrange.
Sa sœur aînée, qui avait créé le jeu, balayait les objections sur la fidélité historique d’un « Il peut y avoir des trains dans une romance fantasy ! » Et elle n’avait pas tout à fait tort.
Si ça existait, ça existait. Voilà tout.
« Vous attendez depuis longtemps ? »
Un homme en uniforme descendit du premier wagon. C’était un homme d’âge mûr à l’imposante moustache.
« Je suis le baron Roct, de la Compagnie impériale des chemins de fer. J’ai appris que la Maison Dante avait un fils qui venait d’atteindre sa majorité. Vous avez l’air tout à fait fiable. »
« Je suis Lancel Dante. »
« Lancel, c’est un beau nom. Le voyage est long, alors montez à bord. Votre chambre se trouve dans le deuxième wagon, la deuxième porte. Si quoi que ce soit arrive, prévenez aussitôt un garde du train. Ils répondront à la plupart des demandes raisonnables. »
Il désigna le wagon-lit réservé aux nobles.
À l’intérieur, il y avait de somptueuses décorations, de l’alcool, des fruits et une chambre si spacieuse qu’elle en était extravagante pour une seule personne.
Pour diverses raisons, le trajet était plus lent qu’à cheval, mais le confort était indéniable.
« Pas mal. »
Lancel déballa ses affaires à la va-vite et se jeta sur le lit. Les installations étaient excellentes, mais il allait devoir rester là quatre mois entiers. À la longue, se contenter de manger les repas qu’on lui servait finirait par devenir une épreuve.
S’il n’avait pas eu autant de temps à tuer, il n’aurait jamais pris le train.
Pour être gentil, c’était un train itinérant. Pour être moins gentil, une fichue limace sur rails.
La principale raison était qu’il y avait peu de lignes, et que l’ordre de passage dépendait du rang.
Aucun train ne pouvait passer avant un train impérial.
Ensuite venaient les trains de l’Église, puis ceux de l’armée impériale. Ce n’était qu’après tous ceux-là que passait le train de la Compagnie impériale des chemins de fer que Lancel empruntait.
La plupart des passagers des wagons ordinaires étaient des marchands itinérants qui se rendaient de ville en ville le long des lignes ferroviaires, ou des voyageurs qui avaient besoin d’une voiture et de gardes pour aller loin, mais n’avaient pas les moyens de se les payer.
Le wagon des nobles n’accueillait que des aristocrates désœuvrés comme Lancel, qui avaient tout leur temps à perdre.
À ce rythme, je vais seulement apprendre à gâcher ma vie. J’ai du temps à perdre, mais…
Il ferma les yeux sur le lit.
Il sentit le train quitter la gare.
- 21 juin, 816 de l’année impériale. Beau temps.
- Événement de voyage en cours. « Je vous accompagne un petit moment ! »
« … ! »
Lancel sentit tout son corps se raidir.
Que se passait-il ? Son talent pour tuer le temps avait-il atteint des sommets surhumains, au point que quatre mois s’étaient écoulés entre le moment où il avait fermé les yeux et celui où il les avait rouverts ?
Impossible.
Lancel retint son souffle devant la scène qui se déroulait sous ses yeux.
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[Simulation de la jeune noble déchue]
Définissez le programme de la troisième semaine de juin.
Lun. - Chercher du travail dans le train.
Mar. - Chercher du travail dans le train.
Mer. - Chercher du travail dans le train.
Jeu. - Chercher du travail dans le train.
Ven. - Chercher du travail dans le train.
Sam. - Se reposer dans le train.
Dim. - Se reposer dans le train.
※ 105 jours avant l’arrivée à Rodnis.
※ Vous manquez d’argent pour le voyage. Trouvons un petit boulot.
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Elle est là.
Son cuir chevelu le picota.
Marigold. Il ignorait pourquoi elle se trouvait dans un train en direction de la capitale. La seule chose dont il était certain, c’est qu’elle était là.
Trente ans.
Il lui avait fallu trente longues années pour voir cet écran et se retrouver au même endroit que Marigold.
Lancel bondit sur ses pieds et quitta la chambre.
Marigold vivait probablement sous le statut de roturière, à présent. Elle se trouvait donc forcément dans un wagon ordinaire.
« Seigneur Lancel ? Vous avez besoin de quelque chose… ? »
« Poussez-vous. »
« Ah ! Oui, seigneur… »
Lancel écarta les gardes qui tentèrent de l’arrêter et força le passage à travers les wagons.
« Seigneur Lancel, au-delà de ce point, vous quittez la section réservée aux nobles… »
« Ne vous en mêlez pas. »
Sans hésiter, il ouvrit la porte du wagon ordinaire.
Notes de bas de page :
« Poisson-lune » est une plaisanterie coréenne sur Internet qui compare une personne ayant une tendance comique à s’effondrer ou à mourir à un poisson particulièrement fragile.
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