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Traducteur/éditeur : Potter
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◈ Le protagoniste d’une romance fantasy ne m’aime que moi ◈
Chapitre 38 : Héritage, parcours 1, Lancel dans les coulisses. (6)
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14.
« Les choses ont pris une ampleur démesurée. J’aimerais vous demander conseil sur la marche à suivre. »
Lancel avait déjà une réponse en tête. Il saisit aussitôt sa plume.
« Un conseil ? Non, je vous apporterai mon aide avec plaisir. »
Le corbeau se posa soudain sur son épaule. Sans même lui jeter un regard, Lancel poursuivit sa lettre.
« D’abord, puisque vous êtes à la tête de cette organisation secrète, je pense qu’il serait préférable de mettre quelqu’un en avant. Vous vous souvenez de la servante appelée Mary, dont je vous ai parlé ? Nous allons la présenter comme votre double… enfin, comme une fausse Verveine citronnelle. »
Croâ !
À peine eut-il écrit ces mots que le corbeau sur son épaule sursauta et battit des ailes.
On aurait dit qu’il pouvait sentir le désarroi de Marigold, qui venait brusquement d’apprendre qu’elle aurait un double (enfin, pas vraiment).
Croâ ! Croââ !
« Silence. Du calme. »
Lancel ignora une nouvelle fois le corbeau avec aplomb.
« Souvenez-vous bien de ceci. À partir de maintenant, Mary est Verveine citronnelle. Toutes les informations que nous communiquerons aux membres de la famille impériale concerneront Mary. Alors ne vous inquiétez de rien. Je m’occupe de tout. Voilà. »
Croââ ! Croââ !
Le corbeau battit des ailes.
Lancel glissa prestement la lettre dans son bec.
« Voilà. »
Après lui avoir ainsi bouché le bec, il l’attrapa par l’aile et le jeta par la fenêtre.
« Allez, file. »
Flap, flap. Le corbeau ébouriffa ses plumes et s’envola. Sa silhouette qui s’éloignait avait quelque chose de mélancolique.
« Ouf. »
Lancel sourit.
Marigold. Cette fois, vous deviendrez vraiment Épouse impériale.
* * *
« Mary, vous avez entendu, n’est-ce pas ? »
« O-oui ! »
Lancel conduisit Marigold, qui semblait nerveuse, dans sa chambre.
« Ce n’est pas compliqué. À partir d’aujourd’hui, vous êtes Verveine citronnelle. Retenez-le, c’est tout. »
« Euh, à propos de ça, Jeune Maître Lancel… »
« Oui ? »
« Ça n’arrivera vraiment, vraiment pas, mais… ! Et si… Et si j’étais vraiment Verveine citronnelle, de Capuche noire… qu’est-ce qui se passerait ? »
Elle racontait décidément tout avec une facilité déconcertante.
Comme il s’attendait à cette question, Lancel lui adressa tranquillement un pouce levé.
« Et alors ? »
« Pardon ? Ça ne poserait pas de problème ? »
« Ce n’est pas votre cas, de toute façon. »
« Ah ! Oui ! C’est vrai ! Mais, purement par hypothèse… ! »
« Une situation hypothétique, donc. »
Lancel marqua une pause et se caressa le menton, comme s’il devait y réfléchir.
Puis il posa une main sur l’épaule de Marigold et répondit :
« Alors, personne n’aurait été trompé. Ce serait mieux, non ? »
« … ? »
Affaire réglée.
Peu après, le jour arriva où le premier indice sur Verveine citronnelle devait être révélé.
Un corbeau apparut sur une place tranquille de la Capitale impériale et répandit des dizaines de feuilles dans les airs. Elles ne contenaient toutes qu’une seule information.
[Indice 1. Verveine citronnelle est une étrangère arrivée récemment dans la Capitale impériale.]
Les nobles de la Capitale impériale se lancèrent alors dans un débat animé.
15.
« Si c’est une noble venue de l’extérieur de la capitale, inutile de chercher plus loin ! C’est la comtesse Ber ! »
« Allons donc, elle est mariée. Comment pourrait-elle faire une demande en mariage ? Son mari est toujours en vie. »
« J’ai trouvé ! C’est lady Klanes ! »
« Lady Klanes n’a que six ans cette année. »
« Vous êtes tous exaspérants. Regardez le nom, Verveine citronnelle. La fille de la maison Rosbarta est la candidate la plus probable. »
« Elle n’est pas née dans la Capitale impériale ? »
« Ah. C’est vrai ? »
Les nobles haussèrent la voix, comme s’ils avaient enfin trouvé de quoi égayer leur existence morne.
Naturellement, ils se ruèrent aussi sur les jeunes filles qu’ils avaient désignées comme candidates pour les interroger.
« Soyez honnête avec nous, mademoiselle Anise. Vous êtes Verveine citronnelle, n’est-ce pas ? »
« Hum, je ne sais pas. Peut-être bien ? »
« Je le savais. Mademoiselle Anise est bien Verveine citronnelle, n’est-ce pas ? »
« Je vous laisse en juger. Ah, je me demande si Son Altesse le prince est au courant. Pourriez-vous peut-être aller lui glisser quelques informations sur moi… en toute discrétion ? »
« Ah. Donc ce n’est pas vous. Toutes mes excuses. »
« Quoi ? A-attendez ! Je n’ai jamais dit que ce n’était pas moi ! »
Les jeunes filles semblaient peu disposées à déclarer clairement qu’elles n’étaient pas Verveine citronnelle.
Les occasions pour des personnes d’un rang princier de faire le premier pas vers elles étaient rares. Elles faisaient souvent comme si elles espéraient secrètement qu’on les prenne pour elle.
C’est alors que Lancel prit contact avec un homme.
* * *
« Vous êtes Lancel, n’est-ce pas ? Mettez-vous à l’aise. »
L’homme au visage avenant lui désigna le siège en face de lui dans le carrosse.
Le Deuxième Prince.
Arwen Louis Freesia.
« J’ai entendu dire que vous saviez quelque chose sur Verveine citronnelle. Est-ce vrai ? »
C’était le prince que Lancel avait choisi pour épouser Marigold cette fois-ci.
Il avait bien l’arrogance qu’on pouvait attendre d’un membre de la famille impériale, mais, parmi les nombreux princes indisciplinés, il faisait un choix plutôt convenable. À l’exception du Quatrième Prince, gravement malade, c’était peut-être même la meilleure option.
« Peu de gens en savent plus que moi sur Verveine citronnelle, Votre Altesse. »
« Je vais vous faire confiance. Je ne supporte pas de perdre contre mes cadets, alors je dois absolument l’emporter. »
« … À propos, j’y pense. »
Lancel posa une question qui le tracassait depuis un moment.
« Je croyais que ce pari ne concernait que deux princes. Comment se fait-il que tous les autres s’en soient mêlés ? »
« Vous ne savez pas ? Le Bal impérial aura bientôt lieu. Ils sont désespérés, car ils ont peur que je sois le seul à me faire remarquer là-bas. Et trop de gens les ont poussés à participer, depuis les coulisses. »
Tout ça pour une raison aussi dérisoire ?
Lancel dut réprimer un rire. Pas étonnant que l’Empire, au bord de l’effondrement, soit rongé par la méfiance et les obsessions de la famille impériale.
Était-ce là le vrai visage de l’Empire qu’il avait autrefois servi avec loyauté ? Il ne pouvait qu’espérer qu’aucune guerre n’éclaterait au cours des dix prochaines années.
« Bref, dites-moi tout ce que vous savez. »
« Bien, Votre Altesse. »
Lancel baissa la voix et poursuivit :
« Verveine citronnelle n’est peut-être pas une noble. »
Le visage du Deuxième Prince se figea.
« Une roturière ? »
« Oui, aujourd’hui. »
« Qu’entendez-vous par là ? Expliquez-vous clairement. »
« Il existe pas mal de familles autrefois puissantes qui ont sombré dans la ruine et ne s’en sont jamais relevées. Verveine citronnelle est issue de l’une d’elles. »
« … Une noble déchue, qui a même perdu son titre… Cela fait déjà trop de candidates possibles. Ce n’est pas comme s’il n’y avait qu’une ou deux familles complètement ruinées. »
« Cette information devrait suffire à réduire le nombre de candidates. »
« Oui. Je comprends. Vous m’avez été d’une grande aide, Lancel. Si les informations que vous m’avez données sont exactes, je vous récompenserai généreusement plus tard. Vous pouvez vous en réjouir. »
Le Deuxième Prince s’en alla en lui adressant un clin d’œil.
À ce stade, je lui ai pratiquement servi la réponse sur un plateau.
Par la suite, de nouveaux indices furent révélés chaque mois.
[Indice 2. Verveine citronnelle a plus près de vingt ans que de trente.]
[Indice 3. Verveine citronnelle a les cheveux très blonds.]
[Indice 4. Verveine citronnelle a récemment fait un don important à l’Église du Martyre.]
[Indice 5. Verveine citronnelle n’a pas de domicile à elle. Elle se cache chez un noble fortuné.]
[Indice 6. Verveine citronnelle…]
.
.
.
« Jeune Maître Lancel. »
« Qu’y a-t-il ? »
Lancel baissa les yeux vers Marigold, qui reposait la tête sur sa jambe comme sur un oreiller.
Au-delà de la fenêtre s’étendait le jardin du Baron Evil Shen. Des flocons blancs tombaient, annonçant l’arrivée de l’hiver.
« Dans ma prochaine vie, je veux faire mieux. »
La Marigold régresseuse ne semblait pas satisfaite de la tournure des événements dans cette Itération. Même si Lancel n’avait aucune idée de ce qu’elle voulait faire, au juste.
« Vous parlez comme si vous en aviez plusieurs en réserve. »
« Qu’est-ce que vous feriez si j’en avais vraiment plusieurs ? »
« Ce serait intéressant. »
Un bref silence s’installa.
« Et si, dans ma prochaine vie, je… »
Marigold marmonna quelques mots.
« … »
Lancel garda le silence un instant, puis répondit :
« J’y réfléchirai. »
« Sérieusement ? »
« Oui. Sérieusement. »
« Vous l’avez promis. »
Lancel se disait que si quelqu’un se rendait compte que Verveine citronnelle était une roturière, une foule se rassemblerait devant elle, même aujourd’hui.
On avait déjà révélé pratiquement tous les indices à son sujet. Pour une partie de « vingt questions », ce n’était pas particulièrement difficile.
Mais les gens restaient prisonniers de l’idée préconçue que Verveine citronnelle devait être une noble.
C’était pour cette raison que la plupart des nobles n’avaient pas encore trouvé leurs marques.
Des candidates par dizaines apparaissaient et disparaissaient chaque jour. Puis, enfin, le Bal impérial se retrouva à leurs portes.
Félicitations ! L’examen du titre de baronnette de Marigold a été mené à bien. La Maison impériale lui remettra bientôt une insigne attestant de son titre !
Marigold cessa d’être une servante.
« Qu’en pensez-vous, Jeune Maître Lancel ? »
Elle se tenait devant lui, vêtue d’une splendide robe de bal. Elle avait passé la journée à courir de boutique en boutique pour la faire ajuster.
La jupe blanche, ornée de fils d’or, ondulait au gré des mouvements de Marigold. Le soleil derrière elle la faisait resplendir.
« Elle vous va bien. »
« Hé hé. »
Marigold était désormais fin prête à assister au Bal impérial.
Bien sûr, elle ne ferait pas sa demande à un prince. Contrairement aux jeunes filles de la Capitale impériale, elle ne semblait pas s’intéresser le moins du monde aux princes. À ce Bal impérial aussi, elle chercherait sûrement à rester collée à Lancel et à lui seul.
Mais Lancel ne serait pas là.
Il n’avait aucune intention d’y assister.
Marigold, qui l’ignorait complètement, se retrouverait sans doute seule au Bal impérial et attirerait, à elle seule, toute l’attention de la famille impériale.
La scène était prête ; il allait donc forcément se passer quelque chose.
Avec un peu de chance, Marigold et un prince tomberaient aussitôt amoureux, comme dans le jeu.
« La maison Marigold… »
Et, enfin, le Deuxième Prince trouva la réponse.
16.
Faire de Marigold une Épouse impériale était devenu une sorte d’obsession pour Lancel.
Il ne pouvait pas savoir si c’était la bonne solution. Mais il n’avait pas besoin de se demander si cela valait au moins la peine d’essayer une fois.
Il faut bien essayer d’en faire une Épouse impériale, non ?
C’était la simple conclusion à laquelle Lancel était arrivé.
Ça allait de soi. La Simulation de la jeune noble déchue avait toujours été ce genre de jeu. Un jeu qui accordait la plus grande importance au mariage de Marigold.
La longue quête du bonheur de Marigold prenait toujours fin lorsqu’elle était choisie par quelqu’un qui deviendrait son partenaire.
Et parmi les innombrables fins, seule « Épouse impériale Marigold » avait toujours occupé la première place.
Lancel le savait bien. C’était pour cela qu’il tenait tant à la marier à quelqu’un de haut rang. Il voulait que le bonheur finisse par trouver Marigold, qui avait tout perdu à l’âge de dix ans.
« Mary. »
Et aujourd’hui…
« … La maison Marigold… »
Lancel frissonna en entendant le Deuxième Prince prononcer ce nom.
C’était la première fois qu’il l’entendait de la bouche de quelqu’un d’autre que lui.
Tous ses efforts pour distiller les indices sans éveiller les soupçons avaient visiblement porté leurs fruits.
« Mais quelque chose cloche. »
Le Deuxième Prince prit un air grave.
« Si la baronnette Mary est vraiment une jeune femme de la maison Marigold… le palais impérial ne laisserait jamais cette femme en vie. »
« Qu’entendez-vous par là ? »
Pendant un instant, Lancel crut avoir mal entendu.
Le Deuxième Prince reprit :
« C’est une famille de traîtres. »
« … »
Toutes les pensées de Lancel s’arrêtèrent.
« La maison Marigold, la vieille ennemie de la Maison impériale. »
Ses lèvres se figèrent.
Les sons lui parvinrent étouffés et sa vision se brouilla.
Il eut l’impression qu’on venait de le frapper à l’arrière du crâne.
— Ne soyez pas trop curieux au sujet de cette famille, Jeune Maître.
« À bien y réfléchir, c’était censé rester secret. Mais je l’ai déjà dit, alors il n’y a plus rien à faire. Évitez simplement d’en parler à qui que ce soit, Lancel. »
Marigold.
Depuis le début.
Elle n’aurait jamais pu devenir Épouse impériale.
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